THÉÂTRE ALLEMAND. — MYSTÈRES FARCIS
fard qui nous embellisse et nous rende plus séduisantes. Il ne faut pas qu'un regret puisse atteindre l'amoureux de mes charmes. ^ La conversion de Marie de Magdala se fait ici par le moyen d'un ange qui lui apparaît dans son sommeil. Elle se réveille en s'écriant sans transition aucune : « ma vie passée ! vie pleine de péchés 1 que ferai-je ? »
Heu! vita prœterila^ vitaplena malis... quid agam?
L'ange lui répond qu'elle doit faire pénitence. Alors elle dépose ses habits mondains et revêt une robe noire. Elle achète des parfums et va vers Jésus, qui lui remet ses péchés parce qu'elle a eu la foi.
Vient ensuite l'épisode de la résurrection de Lazare, puis la cène pascale et le crucifiement. Les complaintes allemandes ont quelque développement. Elles sont dites et chantées par Madeleine, par Notre-Dame, et par Pilate ; ce soin d'écrire en allemand les principaux morceaux de la pièce prouve que le latin n'était déjà plus compris par la masse des spectateurs.
Les documents allemands remontant au xiii^ siècle sont d'une extrême rareté. De la Plainte de Marie (Marien klage) 'û ne reste que 172 vers. Ce fragment ne contient que des chœurs dialogues, sans aucune espèce d'action dramatique. Tous les Jeux de la Passion^ écrits en langue farcie, latin et allemand, sont à peu près semblables, parce qu'ils suivent pas à pas le texte sacré, dont ils reproduisent les moindres détails.
Un ancien plan, découvert et cité par Mone, nous montre l'organisation d'un théâtre allemand destiné à jouer les Mystères. C'est une plate-forme entourée par
les spectateurs. Les décors des diverses scènas sont juxtaposés et placés sur trois lignes : — 1*^* ligi^®-» Tenfer, les jardins de Gethsémané, la montagne des Oliviers ; — 2** ligne, la maison d'Hérode, celle de Pilate et de Gaïphe, le logis de Simon où eut lieu la cène, la colonne de la flagellation et celle sur laquelle était posé le coq de saint Pierre ; — 3® ligne, la croix, le saint tombeau, le ciel. Pas de coulisses ni de lieu où puissent se retirer les acteurs quand ils ne sont pas en action. Ils montaient probablement au moyen d'une ou de plusieurs échelles sur la plate-forme, placée à très peu de distance du sol.
Nous aurons l'occasion de comparer cette organisation matérielle aux moyens employés chez nous, lorsqu'on représenta les grands mystères sur les places publiques, devant des assemblées de plusieurs milliers de personnes.
GHAP1TRE3 V.
XIV* SIÈCLE