THÉÂTRE ESPAGNOL
Martinez de la Rosa. — Gil y Zarate. — M. Breton de los Herreros. — M. Hartzenbusch. — José de Larra. — José Zorrilla. — MM. Garcia Gutierrez, — Luis de Eguilaz, — Ventura de la Vega , — Francisco Camprodon , — Lopez de Ayala , — Rodriguez Rubi.
Si le théâtre espagnol du xviii" siècle représente une période de décadence, celui du xix" siècle passera difficilement pour une période de progrès. Parcourons les principales œuvres contemporaines, et le lecteur appréciera.
Nous nous trouvons d'abord en présence d'un littérateur célèbre en son temps, Martinez de la Rosa, né en 1789 et mort en 1862. Il commença sa carrière théâtrale en môme temps que sa carrière politique, menant de front les deux besognes. Il figurait en 1810, à Cadix , parmi les partisans de l'insurrection , et il faisait représenter sa première comédie et son premier drame, le Pouvoir cVun emploi et la Veuve de Padilla. Député aux Cortès de 1812 à 1814, emprisonné par le roi Ferdinand VII, condamné aux pi'ésides d'Afrique, ramené par la révolution de Riego, puis ministre, puis exilé, puis gracié en 1833 par la reine Christine, l'auteur du Pouvoir d'un emploi épuisa toutes les chances de sa double carrière.
Comme homme politique, il a laissé le souvenir d'un esprit peu arrêté dans ses convictions; comme écrivain dramatique, il n'a produit qu'une jolie comédie, que les arrangeurs français ont exploitée pour leur compte sur l'une de nos scènes de genre. Cette comédie a pour titre en espagnol : La Nina eu casa y la Madré en la mascara, et en français : La Mère au bal et la Fille à la maison. Elle fut jouée pour la première fois à Madrid, vers la fin de l'année 1821. La pièce originale est en jolis vers, l'adaptation française en simple prose; mais l'arrangement de Théaulon a certainement amélioré l'action castillane, en faisant disparaître ce qu'il y a de triste dans ce personnage de Teodoro qui courtise la mère d'Inès , en même temps qu'il veut épouser la fille, et qui emprunte de l'argent à Leoncia, laquelle, après avoir chassé ce misérable, finit pourtant par lui donner la main de son enfant. La Jalousie mal fondée ou le Mari dans la cheminée n'est qu'une farce sans intérêt. L'auteur nous montre un mari jaloux corrigé par son beau-frère qui feint d'être l'amant de la dame et force l'Othello de se cacher dans la cheminée, pour lui démontrer ensuite qu'il a offensé par ses soupçons ridicules une femme charmante et vertueuse. La Veuve de Padilla se classe parmi les tragédies sans action, ainsi que Morayma, épisode mal digéré de l'histoire du roi grenadin Boabdil. Au cinquième acte de ce dernier ouvrage, Martinez de la Rosa verse tout à coup dans le plus invraisemblable des mélodrames. La Conjuration de Venise est un autre mélodrame mal fait , et YŒdipe
une reproduction indigeste de la tragédie grecque. Quant à VAhen Humeija, on se rappelle qu'il fut représenté sans succès en 4823 à Paris, au théâtre de la Porte-Saint-Martin. L'ouvrage avait été écrit en français par le ministre poëte pendant son exil. Martinez de la Rosa est un dramatiste secondaire, dont il ne reste plus déjà que la comédie intitulée La Nina en casa y la Madré en la mascara.
Gil y Zarate fut tour à tour poëte, prosateur, auteur dramatique et journaliste. Il commence en 1823 par une comédie, el Entremetido {V Intrigant), qui réussit médiocrement, puis viennent en iS2Q Cuidado con las novias! o la Escola de los jnvenes (^Attention aux fiancées I ou V École des jeunes gens) et Un ano despues de la hoda {Un an après le mariage). Ces pièces sont toutes deux en vers. Dans la première l'auteur trace un caractère de jeune fille pratique à l'américaine. Dona Engracia, une mère qui vit dans la gêne, recommande à sa fille Isabelle un prétendu très-riche. Don Candide. Au nom de son expérience, elle veut faire la leçon à la jeune personne, qui se montre plus forte qu'elle. « Mon prétendu, dit Inès, ne doit pas me voir toujours vive et joyeuse , assaisonnant mes discours de mots gracieux et spirituels. Il sera utile avec lui de montrer de la candeur et de la modestie, et de me donner en même temps un air de sensibilité et de tendresse; de paraître quelquefois rêveuse et presque triste, et, quand il voudra savoir la cause de mon .chagrin, je refuserai de l'avouer, mais en le regardant si tendrement que je lui laisserai lire dans mes yeux
le secret que je lui cache. S'il est trop timide pour se déclarer, je lui montrerai de l'indifférence, j'irai même jusqu'à me fâcher. La tourmente passera, et alors je céderai, non pas tout à fait, mais tout juste ce qu'il fiiut pour augmenter son désir. — Jésus ! s'écrie Dona Engracia tout heureuse, Jésus! quelle fille j'ai là! » Inès a une entrevue avec un autre soupirant, Don Silverio, qu'elle aime. Elle lui tient ce singulier langage : (i Parlons clairement. Votre bonne grâce me plaît, mais vous n'avez pas d'argent, et, quoique vous soyez très -amoureux, vous êtes un amoureux à sec. — L'amour ne tient-il pas lieu de tout? soupire le galant. — Laissons là ces niaiseries. Savez-vous qu'on m'offre un parti superbe? Don Candide? — Lui-même. N'ayez pas de chagrin pour cela : vous savez que Candide vous apprécie ; vous serez toujours l'ami de la maison. )> Vaincu par cet argument, Silverio se console et il se charge de décider son ami, si par hasard il hésitait encore.
Les mœurs de la comédie intitulée Une année après le mariage ne sont guère plus édifiantes que celles de Cuidado cou las novias ! Un certain Chinchilla enrichi dans les affaires s'est donné le titre de marquis et vit en Sardanapale , délaissant sa femme pour une certaine baronne qu'il comble de cadeaux. Il se débarrasse de sa femme, en la jetant dans les bras d'un ami ; mais il s'aperçoit bientôt qu'il est la dupe de la baronne, laquelle n'est au fond qu'une femme de chambre congédiée. Le faux marquis abjure alors ses grandeurs et se précipite aux genoux de sa
femme. Celle-ci, heureusement, était restée fidèle. Le couple retourne en province désabusé , et Chinchilla comme devant. Don Tryphon ou tout pour l'argent nous offre un sujet bien rebattu, l'antagonisme de l'esprit et de la richesse. Dans Un Amigo en Candclabro , il s'agit d'un amant ambitieux abandonnant sa maîtresse pour une grande dame. La maîtresse se venge en découvrant la participation du jeune ambitieux à un complot politique. La chute du cardinal Alberoni arrive à temps pour sauver la tête du coupable et lui faire obtenir le pardon de celle qu'il a délaissée.
Gil y Zarate a aussi donné au théâtre plusieurs drames historiques assez heureux , entre autres Rosmuncla et Charles II V Ensorcelé. Rosmunda est l'histoire d'Éléonore de Guyenne et de la maîtresse infortunée du roi Henri II d'Angleterre , que la jalouse souveraine fit empoisonner. La pièce espagnole, sans s'arrêter, comme beaucoup d'autres, aux périodes cadencées, procède par coups de théâtre. Dès le lever du rideau, on se trouve en pleine action. On voit le roi venant à un rendez-vous dans la maison de celle qu'il aime, l'amoureux de la belle surprenant le secret, la reine intervenant et méditant sa vengeance. Lorsque Éléonore a fait donner le poison à Rosmunda, elle lui met une couronne sur la tête et fait placer sur un trône le cadavre de sa rivale, près duquel elle conduit le roi. Henri pleure sa maîtresse si cruellement punie, mais il la voit bientôt s'éveiller et lui tendre les bras, car le courtisan chargé de l'action sinistre n'avait
administré à la belle qu'un narcotique. Henri veut répudier sa femme et donner sa main à Rosmunda, mais Rosmunda refuse héroïquement la couronne, et, pour prix de ce sacrifice, Éléonore la marie au jeune homme qu'elle aime. L'action de Charles HT Ensorcelé n'est pas moins mouvementée que celle de la Rosmunda , et, comme la pièce précédente, elle incline quelque peu vers le mélodrame. L'exposition se fait par une scène de confession. Le roi raconte à fray Froïlan Diaz , son directeur de conscience, que sa vie est troublée par le souvenir d'un crime. Il a jadis séduit une jeune fille, qu'il a délaissée avec son enfant; c'est pourquoi Dieu a permis qu'un suppôt du diable jetât sur sa tête un mauvais sort. Le confesseur sait à quoi s'en tenir à ce sujet, car c'est lui qui a fait disparaître la femme et l'enfant. Cet enfant est une jeune fille qui se nomme Inès. Elle doit épouser un page favori du roi. Amenée au palais, elle reconnaît fray Froïlan Diaz comme le meurtrier de sa mère, mais elle n'ose le dénoncer. Le confesseur, pour se débarrasser d'un témoin dangereux, accuse la jeune fille d'avoir ensorcelé le roi. Charles n'ose la défendre contre l'Inquisition, qui vient saisir sa victime jusque dans le palais royal. Mais, au moment où la pauvre Inès marche au .supplice vêtue du san-benito , le roi aperçoit à son doigt une bague qu'il donna jadis à sa maîtresse : à ce signe il reconnaît sa fille. La pièce finit parla mort du traître Froïlan Diaz, à qui le fiancé d'Inès plonge son poignard dans le cœur. Gil y Zarate a écrit aussi diverses tragédies et drames intitulés : Blanche de
Bourbon, Don Alvaro de Luna, Masaniello, Guzman le Brave , etc. Il a plus de talent que Martinez de la Rosa; son action est généralement bien ourdie ; il cherche et sait trouver des situations, il possède un grand mouvement scénique , et sa phrase ne s'égare pas dans des développements inutiles.
L'un des plus féconds parmi les auteurs de ce temps est M. Breton de los Herreros. Il a le ton comique et l'observation ingénieuse. Il affectionne surtout la critique des mœurs bourgeoises et les amusants détails de la comédie de genre, comme Picard la comprenait chez nous. Ce n'est pas toutefois par l'invention que brille cet écrivain facile et spirituel. Rarement il développe un sujet dont on ne puisse trouver l'analogue dans les pièces anciennes ou modernes. La comédie en trois actes et en vers qu'il intitule J"e retourne à Madrid (A Madrid me vuelvo) rappelle par le fond et même par la forme la Petite Ville de Picard. Don Bernardo, comme le Desroches de la Petite Ville^ croit trouver le repos dans un bourg de province. Il s'y heurte contre de petites intrigues, et y entend de si sots propos qu'il se décide à retourner dans la grande capitale, où, du moins, on ne voit et entend que ce que l'on veut voir et entendre.
Tout est comédie dans ce monde, autre pièce en trois actes et en vers de M. Breton de los Herreros, n'offre pas une plus grande complication d'événements. « 0 monde ! dit la cousine Dona Vicenta à M'" Pilar que vient d'abandonner Faustino , son amoureux , pour courir après la fortune, ô monde ! qui n'est pas comé-
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dien sur ton mobile théâtre? Le comparse d'aujourd'hui jouera demain les premiers rôles ! ! » Les Mesures extraordinaires ou les Parents de ma femme, tel est le titre d'une comédie en un acte représentée en 1837. L'argument est bien léger. Un gentilhomme qui a épousé une campagnarde se trouve en butte aux obsessions de toute une famille de besoigneux qui viennent lui arracher ce qu'ils peuvent. Il donne une pezeta à Ambrosio, à qui la guerre a mangé toutes ses poules. La tante Quinones, l'oncle Cénon lui envoient, l'un un poulet étique, l'autre des fruits gâtés, le tout valant bien sept réaux, et les porteurs réclament le double de la somme rien que pour leur commission. Puis c'est la grand'mère, la sœur, les petits-neveux et toute la dynastie. Le gentilhomme leur quitte la place et il emmène avec lui sa femme et ses domestiques. Les parents, furieux de ne pouvoir s'installer, émigrent en n'emportant que leur mauvaise humeur et leurs guitares. Nous avons vu souvent ce thème mis en action depuis la Maison de campagne, le joli petit acte de Dancourt. Je quitte Madrid {Me voy de Madrid), comédie en trois actes, contient à peine la matière d'un vaudeville en un acte. Manuela, femme romantique (la pièce est de 1835), veut marcher avec son siècle. Elle tend à se dilater l'âme par un amour immense comme le ciel. Un certain Joaquirn lui jure une éternelle adoration ; Manuela lui donne un médaillon où sont peints ses traits. Le drôle vend le bijou à une marchande à la toilette et prend la diligence de Saragosse. Manuela €n est réduite à racheter son image. La marchande à
la toilette, qui a eu des bontés pour le traître, court aux messageries en s'écriant : « L'épouser ou mourir! » La comédie qui a pour titre Le Quart dlieure [El Cuarto de hora) développe en cinq longs actes un sujet qui pourrait se renfermer dans deux actes. C'est encore l'argument qui a servi à Moreto pour écrire El Desden con el desden. El Cuarto de hora a pourtant réussi au théâtre par l'esprit du dialogue et l'élégance des vers. Quand M. Breton de los Herreros veut aborder les sujets dramatiques, il perd toutes ses qualités;, sa Bâte- Hère est là pour le démontrer. Ces quatre actes, qui contiennent de jolis détails, tournent finalement au mélodrame le plus vulgaire. La batelière Faustina, oubliant son amoureux Pablo pour s'amouracher d'un capitaine, et revenant à sa première affection quand elle voit tout espoir perdu par la mort de celui qu'elle n'a pu épouser, n'offre pas précisément un modèle d'intérêt et de généreux sentiments. Meurs, et tu verras! {Muerete, y veras ! ) est un autre petit mélodrame qui procède de la même idée, mais l'ingrate amoureuse y trouve sa contre-partie dans un second personnage assez heureux sur qui se porte l'intérêt qui manque à la Batelière. Don Pablo part pour aller combattre les carhstes, et il laisse à Saragosse sa fiancée Jacinta avec Isabelle, la petite sœur de Jacinta. On annonce que Don Pablo a été tué. Quelque temps après , Jacinta assiste à un bal, tandis qu'Isabelle pleure et prie sur les marches de l'église pour l'âme du défunt. Don Pablo, qui n'est pas mort, se jette dans les bras d'Isabelle et lui demande où il pourra rencontrer sa Jacinta.
Isabelle avoue tout, en pleurant. Pablo s'élance dans la salle de bal comme l'Edgard de Lucie de Lammermoor. Il reproche à son ancienne fiancée son odieux oubli , puis il épouse Isabelle en disant : « Il n'est rien de tel que de mourir pour apprendre à vivre. »
Les comédies de Don Eugenio Hartzenbusch ont une valeur relative de beaucoup inférieure à ses drames. Né à Madrid en 1806, d'un père allemand et d'une mère castillane , il commença la carrière , en 1823 , par des traductions et par l'adaptation de quelques ouvrages de l'ancien répertoire espagnol. En 1837, il obtint son premier succès avec un drame original intitulé Les Amants de Téruel. Cet ouvrage, élégamment écrit en vers et en prose, contient de belles scènes; mais la matière inventée est faite d'une assez pauvre étoffe. Don Juan de Marcilla, prisonnier des Maures, a laissé à Téruel sa fiancée Isabelle de Segura. Zulima, l'une des femmes d'un harem mauresque, vient, sous un déguisement d'homme , annoncer à Isabelle que son infidèle Ta trahie pour épouser une femme maure. Isabelle , furieuse de l'affront , se marie de son côté pour le punir. L'époux revient à Téruel et reproche son crime à Dona Isabelle. Elle apprend alors que Don Juan a été calomnié par une femme dont il avait dédaigné l'amour. Don Juan meurt de douleur, et Zulima est assassinée par un émissaire venu de Grenade. Un autre drame en trois actes, joué en 1838 au théâtre du Prince et intitulé DoTia Mencia, n'est pas fait d'une plus riche matière, ce qui ne l'a pas empêché de réussir et de valoir à l'auteur, avec la décoration d'Isabelle,
une plume d'or surmontée d'un magnifique rubis. Le drame Alphonse le Chaste n'est guère mieux combiné. La Mère de Pelage, drame en trois actes de M. Hartzenbui^ch, n'est autre chose qu'une Mérope espagnolisée. Luz, la mère de Pelage, a perdu son mari Favila par un meurtre dont l'auteur est demeuré inconnu. Elle fait arrêter un jeune homme soupçonné d'être le coupable. Le roi maure lui laisse le droit de juger le meurtrier. Elle l'interroge et le condamne. Mais un juif vient révéler à Luz que ce jeune homme est son fds Pelage qu'elle croyait mort. A ce moment les Espagnols font irruption dans le palais. Pelage se met à leur tète et il s'écrie en parlant au roi : « Rends-moi ma mère, et je sauverai tes jours. » Luz paraît. Elle est blessée à mort et elle dit à son fils : « Retourne vers les tiens. Je t'ai sauvé pour que tu sauves l'Espagne ! » M. Hartzenbusch fut nommé, en 1847, membre de l'Académie espagnole. R a composé, outre son théâtre, beaucoup de poésies détachées, cent fables et une quantité d'articles de journaux qui furent très-remarques dans leur temps.
Don Mariano José de Larra, né à Madrid en 1809 et mort en 1837, lorsqu'il n'avait pas encore atteint ses vingt-huit ans, a laissé un plus grand nom comme polémiste que comme auteur dramatique. Ses satires politiques obtinrent un succès très-vif. R avait adopté le pseudonyme de Figaro. R travaillait à la Revista espanola et à VOhservador. Dans la collection des œuvres de Larra, l'éditeur fait bravement figurer le Don Juan d'Autriche do Casimir Delavigne et le Bcr-
trand et Raton de Scribe, traduits en espagnol. Le drame original intitulé Macias a beaucoup d'analogie avec le drame d'Antonio Garcia Gutierrez, el Trovador, dont la musique de Verdi a fait un chef-d'œuvre que personne n'a jamais pu comprendre. J\[acias, trouvère renommé et damoiseau ou doncel de Don Enrique de Villena, maître de Calatrava, arrive au manoir de son seigneur à l'instant où celle qu'il aime, Elvira, fille de Nuno Hernandez, va être mariée par contrainte à Fernan Ferez. Il s'irrite et attaque son rival l'épée à la main. On arrête Macias et on le jette au cachot. Elvira vient le trouver dans sa prison, comme Leonora vient trouver Maurique. Macias se précipite dehors ; Fernan Ferez le tue d'un coup de poignard. Elvira alors retire le poignard de la poitrine de son amant, et elle s'en frappe, échappant ainsi à un époux qu'elle abhorre.
Aux funérailles de Larra, on vit un jeune homme de vingt ans sortir de la foule, et on l'entendit prononcer sur la tombe du défunt un discours en vers qui obtint un notable succès. Ce jeune homme se nommait Don José Zorrilla. Il était né à Valladolid en 1817. Sous l'influence du romantisme qui venait de s'acclimater en Espagne, le jeune poëte devait devenir très-rapidement un dramatiste remarqué. José Zorrilla veut être un poëte national, et il choisit de préférence ses sujets dans la chronique espagnole. C'est ainsi qu'il met en scène le Roi Don Pedro ^ le justicier dans sa bilogie intitulée El Zapatero y el Rey {Le Cordonnier et le Roi). Ces deux pièces, chacune en quatre actes
et en vers, ont toute l'allure d'un drame caldéronien. Le roi entre de nuit chez le cordonnier Diego Ferez, sous le costume d'un soldat. Diego Ferez, qui a reçu les confidences d'un conspirateur, dit au soldat prétendu qu'il veut voir le roi pour lui révéler un complot. Lorsqu'il va s'expliquer, on vient chercher Diego sous un prétexte banal, et il est assassiné en pleine rue. Le roi jure à Blas Ferez , fils du cordonnier, qu'il lui abandonnera l'assassin quel qu'il soit. Don Fedro découvre bientôt que les conjurés se rassemblent chez Samuel Lévy, le banquier juif. Il s'introduit chez le juif, où il fait arrêter un envoyé du roi maure de Grenade, et c'est après s'être affable du manteau du défunt qu'il reçoit lui-même les conjurés et qu'il apprend par eux les détails du complot. La maîtresse du roi, Dona Aldonza, qui fait partie de la conspiration, est arrêtée comme les autres. « Tu vas voir comme je rends justice ! » dit Don Fedro à la fdle du zapatero. Le roi s'empare en effet de tous les conspirateurs ; il livre à Blas Ferez l'assassin de son père, que celui-ci poignarde, et le juif Samuel est remis aux mains du bourreau. Telle est la première partie du Zapatero y el Rey. Dans la seconde partie, Blas Ferez est devenu capitaine. Il est secrètement l'amant d'une jeune fille dont le père conspire contre les jours du roi. Blas, au moment où le meurtre va s'accomplir, enlève Inès de la maison de son père , en jurant qu'il la tuera si la vie de Don Pedro n'est pas épargnée. Le roi est livré à l'infant DonEnrique qui le tue de ses propres mains. Au même instant, le capitaine Blas, qwi est venu au
camp des rebelles pour réclamer Don Pedro, sonne son cor de montagne : c'est le signal de la mort d'Inès. (( Régnez, dit-il à l'infant, et sachez que j'ai tué celle que j'aimais pour remplir mon devoir envers mon roi. » Il y a certainement de la grandeur dans cette pièce et beaucoup détalent dans la manière dont elle est traitée. Le Cheval du roi Don Sanche , pièce en quatre journées, met en scène la bizarre chronique du bâtard Don Ramire qui démasque les trahisons de l'infant Don Garcia contre son père Don Sancho, roi de Navarre. Sous la robe d'un pèlerin, Ramire vient trouver le roi à Pampelune et lui dit : « Tuez plutôt votre cheval de bataille que de le laisser monter à l'infant. Si on voit l'infant sur votre destrier, ce sera le signal de la révolte, et l'infant sera proclamé à votre place. » L'infant, ne trouvant pas sa mère favorable à ses desseins, l'accuse d'adultère et la fait condamner à mort ; mais Ramire qui veille toujours vient justifier la reine et confondre l'infant. Il raconte l'histoire d'une femme qu'épousa jadis le roi et qu'il abandonna. Cette femme mourut laissant un fils. « Le séducteur de la femme abandonnée , c'est vous , sire ; la reine est l'épouse que vous avez trompée; je suis le bâtard, et l'infant est le traître. » Le roi embrasse son fils en pleurant. Ramire se retourne vers Garcia et lui dit : « Si tu veux me tendre la main, je suis ton ami, sinon je t'offre le combat, » Ce drame, dont j'esquisse le squelette , a du mouvement et de la couleur. Il est écrit d'un style ferme et concis, et rappelle beaucoup les bons drames de l'ancien répertoire.
L'une des pièces de Zorrilla qu'il intitule Cada ciial con su razon {Chacun avec son motif) contient un excellent premier acte, digne en tout point de l'école caldéronienne ; mais la pièce s'embrouille au second acte, pour se perdre au troisième dans des situations impossibles. Zorrilla a voulu refaire le Don Juan de Tirso de Molina (el Burlador de Sevilla), et il a eu deux fois tort, d'abord parce qu'on ne refait pas les chefs-d'œuvre, et ensuite parce qu'on est doublement coupable quand on les refait mal. Cette refundicion est en deux parties ; la première a quatre actes, et la seconde tout autant. La mort du commandeur n'arrive qu'au dernier acte de la première partie, et jusque-là Don Juan se montre un pâle et insignifiant personnage. A la fin de la seconde partie, il se convertit, et le fantôme de Dona Ana vient lui annoncer que Dieu lui pardonne. Le drame intitulé Juan Dandolo , écrit par Zorrilla en collaboration avec Don Antonio Garcia Gutierrez, n'est qu'une nouvelle édition du Bravo deFenimore Cooper. Les incidents ne manquent pas d'un certain intérêt de curiosité et la pièce est vive et alerte. Dans le Poignard du Goth et dans la Fièvre, drame fantastique qui lui fait suite , l'auteur abuse un peu du romancero. Il y a beaucoup de confusion dans le drame en trois actes Un an et un jour, lequel est accompagné d'un prologue, Caïn le Pirate. Ce Caïn, espèce de Zampa, s'est enrichi à écumer les mers, puis il est venu s'établir dans une petite ville andalouse, où il vit en grand seigneur. Là il devient épcrdumentéprisdela fiancée d'un certain Don Juan qu'il
a lâchement abandonné dans une île déserte. Le fiancé a dit à la jeune Isabelle, le jour où il partait, qu'elle pourrait se marier à un autre s'il n'était pas de retour de son voyage après un an et un jour. Don Juan revient un peu plus tard qu'il ne l'avait promis, mais assez tôt pour démasquer le bandit et sauver l'honneur de sa fiancée. Ces quelques analyses succinctes donnent une idée suffisante du genre de l'auteur. Son répertoire est très-nombreux, et les ouvrages qu'il contient montrent une exécution trèsinégale. Mais ses défauts sont plus que compensés par de grandes qualités dramatiques qu'on ne rencontre pas dans les autres contemporains de sa nation.
Don Luis de Eguilaz naît en 1830, et en 1844 les affiches du petit théâtre de Xerez-de-la-Fontera annoncent déjà sa première production, un acte en vers ayant pour titre Por dinero baila el perro {Le chien danse quand on le paie). Le poëte de quatorze ans fut rappelé sur la scène après la représentation de cette bluette, puis il partit pour Madrid. Ce n'est qu'en 1853 qu'il donne sa première comédie : Les Amères Vérités {Las Verdades amargas). Il a voulu, dans cette pièce, tracer le caractère de l'ambitieux, pris au sein de notre société moderne ; mais il faut avouer qu'il ne s'est pas mis en frais d'invention. Son ambitieux, après avoir abandonné la jeune fille qui l'aime, revient à elle quand les événements ont renversé sa fortune imaginaire. Rien de plus vulgaire et de moins intéressant. Doux Menso7iges (Mentiras dulces), comédie en trois actes, débute par un charmant premier acte ; le second acte
contient des longueurs, et le troisième est alourdi par le dénouement. Après une campagne maritime autour du monde, le cousin César revoit au bout de six ans sa cousine Hortensia, son amie d'enfance. La petite fille est devenue une belle personne spirituelle et moqueuse. Ils échangent de gais propos, ainsi que Benedick et Béatrice dans la pièce de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien , et ils se donnent la main comme frère et sœur. César se vante d'être à l'épreuve de l'amour. « Prends garde! lui dit son amie, tu regardes beaucoup Carmen. » Hortensia, pour ramener à elle son cousin, se laisse faire la cour par Don Luis, le prétendu de Carmen. Carmen boude Don Luis, et finit pourtant par se réconcilier avec lui ; elle profite de cette paix conclue pour donner à César son congé ! Comme les personnages de Shakespeare, le jeune marin et la malicieuse jeune fille finissent par s'avouer mutuellement qu'ils se sont menti en prétendant ne pas s'aimer. « Le mariage est un mensonge comme le reste, dit l'un des personnages de la comédie. — D'accord, répond César, mais c'est un doux mensonge. » La comédie qui porte pour titre La Croix du mariage {La Cruz del matrimonio) met en opposition deux femmes du monde : l'une qui court les bals pour se distraire de ses chagrins, pendant que son mari mène une vie ruineuse avec des maîtresses ; l'autre qui reste à la maison auprès de ses enfonts , sans prendre garde aux escapades de son époux. Le train de vie de la première l'amène à prendre un amant ; la conduite exemplaire de la seconde rapproche d'elle son volage
conjoint. A côté de ces comédies de mœurs, qui renferment d'agréables détails et qui sont finement écrites, Eguilaz a donné quelques comédies historiques, comme Le Chevalier du miracle^ Une Vierge de Murillo, Une Aventure de Tirso, Alarcon, Un tour de Quevedo. Ce Chevalier du miracle^c'esi Xefarsante Rojas que se disputent deux femmes, Amaryllis et Aurora, la première une comédienne, la seconde une dame de la cour. Ces femmes trompées finissent par unir leurs vengeances ; elles dénoncent Rojas comme s'étant rendu coupable du crime de lèse-majesté en tirant l'épée dans les jardins royaux d'Aranjuez. Désespérée de ce qu'elle a fait, Amaryllis tombe morte après une brillante représentation, au moment où la reine va placer une couronne de laurier sur son front. Le tour de Quevedo est un tour qui aurait pu conduire son auteur sur les galères du roi, car il consiste à revêtir indûment le costume d'un alcade pour s'introduire chez une femme et triompher de sa résistance.
M. Ventura de laVega, membre de l'Académie espagnole, est l'auteur de trois pièces en vers,, que la critique tint jadis en 'estime. Ces pièces sont intitulées : L'Homme du monde, Don Fernando d'Antequera et La Mort de César. L Homme du monde est une suite de conversations sans fin, aboutissant à cette moralité que traduit Dona Clara s'adressant à son époux : « Avoir beaucoup vécu n'assure pas pour l'avenir le bonheur d'un mari. Ce qu'il a fait aux autres, il croit que tout le monde veut le lui faire, et ce continuel soupçon le tient dans une agitation perpétuelle. » Don Fernando
d'Antequera est plus une pièce politique qu'une pièce dramatique. Il fallait au moins dramatiser la chronique, ainsi que l'a faitTirso dans son beau drame de la Prudencia en la muger, où la reine Dona Maria, mère du roi mineur Fernando IV, se trouve à peu près dans la même situation que Doua Catalina, mère du roi Jean II, dans la pièce de M. de la Vega. Parmi les auteurs applaudis aujourd'hui sur les théâtres de l'Espagne, citons de préférence, entre beaucoup d'autres, Don Francisco Camprodon, Don Adelardo Lopez de Ayala, Don Tomas Rodriguez Rubi.
Fleur d'un jour {Flor de une dia), par M. Camprodon, en est arrivée à sa quatorzième édition. C'est un drame en trois actes et en vers avec prologue. Nous voyons dans ce prologue un jeune homme, Don Rodrigo Carvajal , rappelé en Amérique par son vieux père au moment où il va épouser la fille du baron Espinosa. La cérémonie du mariage est fixée au prochain retour du fiancé. Entre le prologue et la pièce il s'écoule un assez long temps, et Rodrigo Carvajal n'a pas donné de ses nouvelles. La baron est mort; sa fille Lola s'est retirée chez une de ses tantes à Santander. Là , après avoir convenablement pleuré son fiancé qu'elle croit mort, elle s'est laissé séduire parle jeune marquis de Montero , qu'elle a épousé. Le marquis échappe comme par miracle à un accident de mer ; il est sauvé par un étranger qu'il amène dans son château et qu'il présente à sa femme. Lola reste terrifiée en reconnaissant dans le sauveur de son mari son fiancé Rodrigo Carvajal. Scène entre les anciens
amants , qui se termine par une explication non moins vive entre Rodrigo et le marquis. Un duel alieu ; deux fois désarmé par son adversaire , le marquis convient avec son rival qu'ils tireront au sort qui des deux cédera la place à l'autre. Le sort, toujours malin , désigne le mari légal. Il est prêt à s'exécuter lorsque le généreux Diego se décide à repartir pour l'Amérique , laissant le marquis jouir en paix de son bonheur. Le sujet, comme on voit, n'est pas d'une parfaite vraisemblance , et ce n'est pas en France qu'un tel ouvrage serait publié à quatorze éditions. Le succès fut pourtant assez accentué pour que l'auteur jugeât bon de lui donner une suite. Cette suite, il l'intitula Las Espinas de una flor (Les Épines cVune fleur). Les mêmes personnages paraissent en scène, et c'est la même actrice, Teodora Lamadrid, qui joue le rôle de la marquise. Diego de Carvajal n'a pas oublié l'infidèle Lola , mais il a épousé de son côté une autre femme , Doua Elena de Villena, avec laquelle il va s'établir au Mexique. Un navire fait naufrage sur la côte, et, parmi les passagers que l'on sauve, Rodrigo voit débarquer la marquise Lola qui venait rejoindre son mari nommé gouverneur de laVera-Cruz. La pièce recommence alors dans des conditions à peu près identiques à celles de la première. Lola devient folle au dénouement, et elle meurt assistée par Elena. Cette suite , qui a eu dix éditions , n'en est pas meilleure pour cela.
Asirse de un cabello {S'accrocher d un cheveu) représente un petit marivaudage en un acte qui se passe entre deux personnages , Ricardo et sa femme Emilia.
L'auteur dit, dans sa dédicace à sa fille, que c'est là un proverbe sérieux, pliilosophique et renfermant une intention morale. Il en attribue tout le succès au talent des deux artistes qui créèrent l'ouvrage au théâtre du Prince en 1868 , Matilde Diez et M. Manuel Gatalina. Le dialogue de ce proverbe est élégant et raffiné ; le fond a déjà servi quelquefois. Une femme arrache son mari à la vie dissipée en lui montrant un cheveu blanc qui s'est mêlé à l'ébène de sa chevelure. Elle conclut de là qu'il est temps pour lui de devenir raisonnable et de se contenter de sa femme, qui l'aime et qui n'e§t pas moins jeune et moins jolie que les autres , quoiqu'il ait l'air de ne pas s'en apercevoir. M. Camprodon a, selon l'usage de son pays, arrangé (arreglado) beaucoup de pièces étrangères, dont il a fait soit des comédies, soit des opéras comiques (zarzullas).
Don Adelardo Lopez de Ayala a donné, en 1861, une comédie en trois actes en vers qui reçut un trèsbrillant accueil. Cette comédie, qui a pour titre Un tanto por ciento {Tant pour cent), n'est pas une école de bonnes mœurs. On y voit une riche veuve payer les dettes de son amant et lui donner sa main , après s'être jouée des spéculateurs qui couchaient en joue sa fortune. Le Toit de verre, comédie en quatre actes, reproduit à peu près les Mémoires d'un colonel de hussards de Scribe, un vieux viveur qui fait l'éducation d'un jeune mauvais sujet et qui se trouve payé de ses leçons par l'infidélité de sa femme. Le Nouveau Don Juan, du môme auteur, ne possède ni la grâce, ni l'esprit, ni l'habileté de ses ancêtres, car
il se laisse berner comme un sot par une femme vulgaire et enfermer dans une armoire par un mari. Rioja appartient à la classe des drames admiratifs. On y voit un vertueux jeune homme sacrifier, pour honorer la mémoire de son père , son intérêt et son amour, et se faire prêtre pour compléter le renoncement. Cette action , où la passion se trouve immolée au pur raisonnement, réussit malgré ses défauts, grâce au talent de la principale actrice, la senora Lamadrid.
*La Fuente del Olvido {La Fontaine de V Oubli) est une comédie en trois actes de M. Rodriguez Rubi, dont le principal rôle fut créé par Dona Matilde Diez. Cette pièce nous montre un vieux général et une grande dame qui retrouvent par hasard , dans une station balnéaire, une charmante jeune fille qu'a élevée le docteur des eaux et que les péripéties d'une action compliquée les amènent à reconnaître comme le fruit de leur ancienne liaison. Le général et la comtesse jurent de légitimer l'enfant par un mariage , et la jeune Maria leur présente à genoux, dans un vase de cristal, l'eau d'une source nouvelle à laquelle son père adoptif a donné le nom de fontaine de l'OubU. L'auteur a dédié à Don Manuel Breton de los Herreros, qu'il appelle le prince des comiques modernes, sa comédie en vers la Famille , qui fut représentée au théâtre du Cirque, à Madrid, en 1866. Cet ouvrage est pavé de bonnes intentions, comme l'enfer du philosophe, mais c'est un cours de morale en trois points plutôt qu'une pièce de théâtre en trois actes. L'année
précédente, M. Rubi avait donné, sur la même scène, Physique expérimentale, autre comédie en trois actes et envers. Cette comédie, un peu plus animée que la précédente, repose sur un fait qu'on ne rencontre pas tous les jours. Une femme, que son mari délaisse pour aller courir le monde, fait parvenir à son infidèle une dépêche de Paris lui annonçant qu'elle vient de mourir subitement. Cachée sous un voile épais, elle est là, dans le salon de l'hôtel garni qu'il habite à Madrid, et elle est témoin de sa réelle douleur. Après bien des aventures où le sujet se mêle à de vagues idées d'émancipation, le mari acquiert la preuve que sa femme est vivante. Le frère de la dame, son complice, veut terminer l'épreuve par un coup de théâtre qui doit mettre fin à la leçon. Il présente la fausse défunte au mari, qui feint de ne pas la reconnaître. Après quelques doux reproches, l'époux signe enfin la paix avec l'imprudente chercheuse d'aventures, et il lui annonce qu'ils vont se retirer dans leur terre pour jouir de la lune de miel qu'ils n'ont pas encore connue. Là, avec le peu d'expérience que lui adonnée son étude du monde, il écrira un livre qui aura pour titre « Physique expérimentale ».
Desde el umbral de la muerte, comédie-drame qui se passe dans une province d'Espagne, pendant la guerre de l'Indépendance de 1808, nous décrit les chastes amours de la belle Luz, fille d'un riche pêcheur, avec un jeune seigneur. Don Félix de Carvajal. Après les demi-aveux, les jalousies, les oppositions de famille, tout s'arrange comme d'usage, et les amants
se trouvent heureux, sans que l'auteur se soit donné beaucoup de mal pour cela... M. Rubi a composé nombre de pièces de genre plus ou moins réussies, mais qui se maintiennent toujours dans un milieu moral et littéraire.
Le lecteur a pu comprendre, par cet aperçu du mouvement dramatique en Espagne depuis le commencement du siècle, que la tradition de l'art a toujours survécu chez nos voisins à un degré modeste, mais suffisant.
Parmi les rares auteurs hispano-américains qui ont produit de nos jours des pièces de théâtre, il faut citer M. Salvador San-Fuentes, né au Chili, où il fut ministre de la justice et de l'instruction publique. M. San- Fuentes publia en 1850 un volume de légendes nationales, parmi lesquelles se trouve un drame, Jeanne de Naplcs, où il y a quelques belles scènes. Le Venezuela nous offre en M. Garcia de Quevedo , descendant de l'illustre écrivain madrilène Quevedo Villegas, un auteur dramatique , dont les ouvrages ont été représentés en Espagne avec succès. Les principaux de ces ouvrages sont intitulés : Nobleza contra nohleza , Un Page y un Caballero, Don Bernardo de Cahresus, El Juicio imblico. M. Maria Ferez, né en Colombie, a fait représenter en 1856, au théâtre de Bogota, un drame portant pour titre Teresa. Il a écrit aussi un Corsaire noir et une Elvira. Sa renommée, toutefois, lui est plutôt venue de ses poésies lyriques que de ses productions dramatiques. M. Heraclio Fajardo, né en 1853, dans l'Uruguay, est à la fois un poëte, un pu-
bliciste, un historien et un philosophe. Il a tiré de l'histoire de son temps et de son pays un drame intéressant où il met en scène le dictateur Rosas condamnant à mort une jeune fille et un jeune prêtre dont l'intrigue amoureuse fit jadis quelque bruit. M. Torrès Caïcedo, aujourd'hui ministre de la république de San-Salvador à Paris, a pubUé deux drames en cinq actes, el Mariscal Sucre et las Dos Fortunas. M. Caïcedo est un poëte de beaucoup de mérite, et l'auteur des Ensayos hiographicos, charmant livre qui nous fait connaître les célébrités de l'Amérique latine.