‹ Histoire universelle du théâtre (volume 3)Chapitre 8 sur 17 · THÉÂTRE ALLEMAND · texte numérisé non relu

THÉÂTRE ALLEMAND

Coup d'oeil général sur la production contemporaine.

Le romantisme des Allemands , tout différent du nôtre, remonte àLessing et à Gœthe : à 1767, époque où le célèbre critique publia ssi Dramaturgie, et à 1773, époque où l'auteur de Faust débuta au théâtre avec son Goetz de BerlicMngen. Nous avons vu que le romantisme français rêvé par Chateaubriand, Benjamin Constant et M""* de Staël ne se traduisit par des œuvres qu'à la venue de Victor Hugo , d'Alfred de Vigny, d'Alexandre Dumas et de l'école de 1830. Le romantisme allemand dévia bientôt de la ligne tracée par Lessing, Gœthe et Schiller. Il prêcha la doctrine de l'art pour l'art et la prédominance absolue de l'idéal. Il se confina dans le moyen âge, dans l'Orient, dans les fabliaux et les légendes. Tieck alla même jusqu'à mettre à la scène les contes de fées. Gries traduisit en vers allemands Pétrarque , l'Arioste , le Dante ; Wilhelm Schlegel vanta Calderon comme le modèle à suivre. D'autres traduisirent l'Edda Scandinave et les poëmes sanscrits. Frédéric de Hardenberg, romancier et poëte lyrique, plus connu sous le nom de Novalis,

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considéra l'univers comme un grand poëme, et devint, avec Tieck, l'un des deux chefs de cette seconde école romantique que Gcethe appelait « une période de talents forcés ». Les frères Schlegel se firent les missionnaires de la religion nouvelle. Frédéric continua Novalis. Wilhelm prétendit unir le monde des sens au monde de l'esprit. Il admire aussi bien Sophocle et Aristophane que Shakespeare ou Calderon, mais il nous refuse , à nous autres Français , l'originalité ; c'est un éclectique scolastique agrémenté de restrictions mentales. Tout consiste pour lui dans la forme doctrinale, ce qui l'empêche de comprendre les chefsd'œuvre de notre scène, dont il trouve l'enveloppe trop empruntée au théâtre des anciens. L'horreur des unités lui a gâté le charme des grandes compositions de Molière. De parti pris il préfère le Médecin malgré lui au Misanthrope^ ce qui donne la mesure de son appréciation générale en matière de comédie.

Au miheu de cette seconde période de romantisme, il se forme une école séparatiste, la secte des fatalistes. Cette secte ressuscite le fatum antique et l'introduit dans la vie moderne. Kleist, Adolphe Miillner, Grillparzer, Houwald, Raymund remettent en honneur l'idée qui a donné naissance au Vingt-quatre Février de Zacharias Werner.

Le mouvement romantique s'éteint peu à peu en Allemagne comme chez nous, et aujourd'hui il n'en reste à peu près que le souvenir. Le théâtre de nos voisins tend à devenir une reproduction ou une imitation de notre littérature réaHste. Ainsi disparaît le

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travail d'émancipation prêché par Lessing dans sa Dramaturgie, par Gœthe et par Schiller dans les Heures, dans le Répertoire ivurtembergeois de littérature, dans la Thalie rhénane, dans la Gazette d'Iéna et dans les Propylées. On remarquera que tout l'effort du génie dramatique allemand se concentre dans le drame. La comédie, développant les ridicules de la société, n'est ni dans les goûts ni dans les aptitudes intellectuelles du peuple germanique ; il lui préfère les grosses farces (Possen). Le plus souvent la comédie apparaît sous cette forme, et le public en raffole.

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