ESTHER
Sûrement.
ASBCfoUS.
Te mettre i mort?
2dO HISTOIBE UNIVERSELLE DU THÉATBE.
B»TBBR«
Sentence en est donnée.
AMUÉAUS.
Que me dis-tu?
B8TRKII.
Et partout publiée.
Par qurl pou relias?
ESTHKIt.
hum U' diray, je ppnse.
ASSUiRCS.
Qui a cefàict?
EBTBBR.
In ciiuse est avérée»
(Test par Aman que voici en présence.
Le Roi se retourne vers Aman, et, tottchant de son
sceptre Esther agenouillée, il fait arrêter son ministre par ses garties.
Tous les épisodes du Vieil Testament n'ont pas ce cachet de grandeur, et le dialogue y tombe parfois dans la vulgarité et dans la farce. La décence la plus élémentaire n'y est pas toujours respectée, du moins au point de vue de nos usages actuels. Nos pères, comme
TIIÉATKE FKAN VAIS. — LES MYSTERES CYCLIQUES. 261
on sait, étaient moins vétilleux que nous sur ce chapitre.
Il y a aussi, dâns les vieux textes, des inconvenances de termes qui viennent de ce que les mots ont changé d'acception Certains d'entre eux sont demeurés comme
avilis et déshonorés par Tapplication qu un monde interlope en a £ùte à des plaisanteries ou à des obscénités saugrenues. Il &ut bien le reconnaître, le progrès
n'est pas dans tout, et, nous avons beau en parler sans trêve, nous ne sommes pas toujours dans ses voies.
I^e H/stère des Apdire».
Le Mystère des actes des apôtres, le plus long sinon le meilleur des drames cycliques ilrançais, et qui contient 80,000 vers, est l'œuvre des frères Gréban (Ar-
noul et Simon), docteurs en théologie, dont Clément Marot a dit ;
Les deux tirêban ont le Mans honoré.
Arnoul était chanoine, Simon moine de St-Richer en Ponthieu et secrétaire de Charles d'Ânjou, duc du
Maine. Le piemier commença la pièce, l'autre Tacheva.
Digrtizeij Ly <jOOgIe
Cet ouvrage touffu, et plus garni d'épines que de fleurs y oiïre une confusion d'événements historiques que ne rachète aucun épisode intéressant. Le Mystère commence au martyre de scûnt Étienne, suivi de près par celui de saint Jacques le Majeur. Nous assistons ensuite à un conseil des Âpôtres, puis à la mort de la sainte Vierge, qui n*inspire guère lepoëte. Saint André voyaije eu Thessalie, saint Mathieu en Scythie, saint Thomas va prêcher daus l'Inde, où il convertit la princesse Mygdoine, ce qui le fait condamner à cheminer sur des fers rouges. Ici, la mise en scène du volume nous avei tit qu'il y aura escamotage des barreaux rougis et qu'on simulera la brûlure du saint par de la vapeur d'eau qui doit faire fumée. Puis, saint Pierre est crucilié, et l'empereur Néron est emporté en enfer.
La partie comique ou plutôt grotesque ne manque pas dans le Mystère des Ap6ti*es Les malins esprits, voyant les progrès de TÉglise, prennent la résolution d'abandonner le rovaume infernal et d'aller sur terre gagner leur vie. Satan décide de se faire usurier, et il assure qu'il trouvera chez nous assez d'ouvrage. Bérith se fera marchand de chevaux, Hurgibus prendra la toque d'avocat, et Cerberus embrassera la profession lucrative de messager d'amour pour la cour et la ville. Dans une autre scène^ les Juifs ordonnent aux tyrans de lapider saint Paul et saint Barnabé. Maubuo un des tyrans) dit à son camarade RifQart de lui apporter un caillou pour prendre part à cette exécution. Gomme le gars laide quelque peu, Maubue lui répète : a Apporte donc! » Attendez un peu, répond RifiQart, « j'ai
THÉATBE FBANÇAIS.— LES MYSTÈRES CYCLIQUES. 263
mis ma main en une ordure » L'apprenti tyran, lorsqu'on lui demande ce qu'il sait faire, répond sans se troubler :
.... Bien pendre.
Rôtir, brûler, écarteler.
Battre de verges, décoller, Trayner, eicorcher, enfouir»
Kt, 81 on se combat, fUîr.
Je passe sous sOence le Rtn Avenir, drame de
17,000 vers, composé par Jehan du Prier, dit le Prieur du roi de Sicile René le Bon. Il traite de la conversion de Josaphat par Barlaam. Nous retrouverons bientôt ce sujet dramatisé par les poètes italiens. Terminons la revue des drames cycliques français par l'examen de la pièce dont le titre suit.
JLe Mystère do slé^e 4*Orlé«as*
£n i862, MM. F. Guessard et de Certain publiaient, dans la collection des documents inédits surTHistoire de Fmnce, un draine manuscrit de 20,000 vers, trouvé par eui à Rome dans la bibliothèque du Vatican. Ce Mystère, d'un auteur inconnu, reproduit toute Vhîs-
Digrtizeij Ly <jOOgIe
204 HISTOIBE UNIVEaSELLB DU THÉ4TRE«
toil'e du siège d'Orléans et la délivrance de la ville par Jeanne d*Arc. Un savant bibliographe, IL Quicherat, affirma, dans l'une de ses publications, que la valeur historique de cet ouvrage était nulle, non pai cc que l'auteur s'était éloigné de l'histoire, mais parce qu'il n'avait Mt que dialoguer le journal du siège. Les éditeurs lui répondirent que, si M. Quicherat avdt lu en entier le livre, il n'en aurait point parlé aussi légèrement La vérité entre l'attaque et la défense, c'est que cette histoire dialogoée n'est, en effet , qu'une chronique rimée inliniincnt trop chargée de détails, que ce n'est pour ainsi dire pas une pièce de théâtre, même en se reportant à la poétique d'alors, mais que [»ourtani, par ses détails même, elle offre un très grand intérêt au point de vue de .l'histoire matérielle du théâtre. C'est de plus le premier essai d*une action dramatique purement historique et nationale, où le personnel céleste n'inlcrvieiit que par épisodes. Ce drame est certes bien loin, et pour le style et pour le caractère, du Mystère de la Passion. Les inventions y sont rares et la confus on y est extrême. Le personnage de la Pucelle, qu'il était si facile d'idéaliser sans sortir de la vérité et de l'opinion que ses contemporains s'étaient ihite de cette héroïne, est sans couleur et sans élévation. Les longues tirades abondent et fatiguent le lecteur. A peine trouve^t-on par-d par-là quelques scènes à effet. L'une de ces scènes m'a frappé ; quoique ce soit un simple épisode, je le citerai tout à l'heure dans Sun texte, faible récolte après avoir lu 20,000 vers ! La pièce n'emploie pas moins de 136 personnages par-
mÈXTRE FiiANÇiUS.— LES MÏÔTÊBES OÏCUQU£S. 265
lants, sans compter la figuration, qui est innombrable. Elle change de lieu à chaque instant. A-t^Ue été repiiésentée 7 Les éditeurs affirment qu*elle le fut en 1435 et en 1439, moins le prologue, et ils le prouverit victorieusement d'après les registres de la ville d'Orléans, mentionnant des dépenses faites à ce sujet. Ce drame offre, dans tous les cas, un certain intérêt, parce qu'il fournit des indications très -développées sur la mise en scène de l'époque. Cette mise en scène est dans de telles proportions que tout ce que nous connaissons ne peut lui être comparé comme complication et difficulté, si r exécution répondait aux exigences de Fauteur.
Le drame commence en Angleterre, où Salisbury s'embarque avec son armée, « et montent en mer tous en belle ordonnance. » Voilà déjà une mer, des vaisseaux et une armée. Je veux bien que tout cela soit fort sommaire, un embryon si Ton veut ; la mer sera une toile peinte, les vaisseaux seront des profds de barques, mais nous avons déjà vu deux cents ans plus tôt le machiniste couvrant toute la scène d'une toile peinte, comme on le fait de nos jours, pour représenter le déluge. Quant à la figuration et aux costumes, on sait que ce n'est pas par là que les Mystères péchaient, car chacun y voulait contribuer pour sa part. Après le débarquement (qui se fait devant le public), sur la plage de Toucques, nous voyons les Anglais attaquer les quatre tourelles ou tournelles du pont d'Orléans. Les défenseurs de la ville c sont en armes sur le pont, et dedans les tournelles et au boulevart grant force gens d'armes et ious les seigneurs
dessus nommés. % Alors les ÂDglais assaillent les tourelles. Du haut des remparts les femmes Tersent de
l'huile bouillante sur les assiégeants, le beffroi de la ville sonne avec fracas ; on porte les morts sur le pont, et les Anglais repoussés battent en retraite. Un peu plus loin, nous voyons un nouvel assaut où les tourelles s'écroulent. Cela sutUrait aujourd'hui poui* défrayer un drame. Ce n'est pourtant que le prologue. Âu siège d*un autre fort, le boulevard de la Belle-Croix, les Anglais, apercevant la Pucelle en armes, l'injurient à la façon des héros d'Homère.
Le sire de Molins lui dit :
Va garder tes brebis et bôtes...
Y te iinult une panetière Aimd comme les autres onU
Le bailli d'Évreux lui demande à son tour :
Veux- tu tlevcuir duc ou comte Ou baron T
Jeanne répond :
Vous me dictes beaucoup d'injures, Uesseigneurs, etaves grant tort; liais» par raison et par droiture, Vous endurerez desconfort
A Tassant de St-Loup on dresse les échelles contre
les murs et on prend la ville sous l'œil des spectateurs : « et feront saillir du haut de la tour des An^ glais à terre^ et seront tués de deitx à trois cents et
prisonniers grant quantité, >»
Digrtizeij Ly <jOOgIe
TUÉATBB PRANÇAIS.— LES MYSTÈRES CYCLIQUES. 367
Nouveau combat en action pour la prise du fort St« Jean-le-Blanc. La Pucelle est blessée, à l'assaut du
boulevard, rVun trait de flèche^ entre lépaule et la ijorge^ qui traverse son harnois.
De ma bleasura ne vous chailie,
s*écrie Jeanne :
En nom Dieu ce ne sera rien Ne déleseez ceste baCaiUe Et ne vous camayez de rien .
On la force pourtant à se retirer un peu à l'écart, mais loi^squ'elle apprend que Tassant recommence et que son étendard a touché la muraille, elle reprend ses armes, et dit à celui qui lui apprend cette nouvelle :
Jehan de Molz, ami, Dit ii vous gartl Joyeuse guis de ces nouvelles.
Il est bien gardé qui Uieu gart Allons visiter les tourelles.
Au milieu de la môlée se passe l'épisode suivant, tout empreint du caractère de la chevalerie. Le comte de Suffolck (que l'auteur appelle Suffort) est renversé par un liorDine d'arnies français, nommé Guillaume Renaut ; celui-ci le somme de se rendre s'il ne veut mourir.
Il dit au comte :
Rpiidoz-voiis à moy. ou je jure l'ar moy st iv^ mort et eteitit.
Digrtizeij Ly <jOOgIe
268 HIi^TOXRE UNIVERSELLE DU TIIÉATEE.
Slpfolgk.
Jo ^-iiis contint cstre entes mains, Mèfi que tu eoyes gentilhomme.
Goillaume Renaut avoue qu'il n'est pas gentilhomme;
al(jrs Suffolcklui donn*' ïaccoU'e et le crée clievaliei , aliu de pouvoir noblt^meut se rendre à lui. Il lui dit :
Je vous ceins de Tépèe dorée Comme preux vaillant chevalier.
Que vous ne refuserez journée En quelffup lieu où vous aillez.
Au6.si Les espérons dorez Que voyez que je vous présente, Foy de noblcsso gardem A vostre povoir et entente.
(lors h baise H lui ceitU tespée dorée.)
Et Salisbury conclut par ces mots qu'il adi esse au nouveau noble :
Or çà donc, messire Guillaume, Prisonnier vous suis de présent.
Après tous ces assauts nous assistons encore à la
prise de Jergneau et de Heaugency, à la bataille de Patay et à la victoire finale, qui fait lever le siège aux Anglais.
N'est-ce pas là une vraie pièce militaire, s*il en fut jamais? £ile était destinée à la iète annuelle donnée par la ville d'Orléans en mémoire de sa délivrance. Elle fut composée six années après le siège véritable, de sorte que tous les spectateurs avaient de leurs yeux
Digrtizeij Ly <jOOgle
VU les faits représentés. Cette drconstance explique le détail iniini dont le drame est surciiargé, à son grand dommage. On a pu remarquer que la mise en scène de cette série de batailles, dont les notes explicatives du manuscrit règlent les détails , olTrait une assez grande complication. L'embarquement et le débarquement de Tarmée anglaise nécessitaient une figuration considérable. L'attaque et la défense des tourelles du pont d'Orléans^ le siège du boulevard de la Belle- GroiX) le combat devant St^Jean-le-Blanc» où la Puoelle est blessée, et la victoire dernière qui délivre Orléans, ces divers épisodes militaires occupaient probablement toute la place publique de la ville, et dans cet immense hippodrome les masses avaient une certaine libellé pour se déployer. Le programme ne dit pas si Ton fit usage de chevaux pour représenter ces batailles. La chose aurait été possible. Ce que nous savons, c'est que la dépense de cette fête Ait considérable. Les éditeurs du Mystère pensent que le fameux maréclial de Rais, qui avait combattu dans ces guerres, contribua de ses deniers à la pompe de la représentation. Un fait bizarre c'est que Jeanne d'Arc fut mise en scène à peu près dans le même temps en Allemagne. Son personnage figura épisodiquement, il est vrai, dans une pièce qui avait pour sujet la guerre des Ilussites. La Pucelle avait écrit, en eUet, une lettre aux Hussites quelques années avant sa mort.
Digrtizeij Ly <jOOgle
Nous avons parcouru toate la série des grands drames cycliques. Les autres, coupés dans Taucienne dimension, n'oûrent à cette époque aucune originalité.
C'est toujours la reproduction des épisodes de l'ancien ou du Nouveau Testament, ou la (li;uTiali^^Litioii de la légende dorée. Âprès le Mystère de la Passion^ qui les résume tous, la lecture des premiers n'est plus possible.
Il faut excepter pourtant de cette condamnation la Desiruciian de Troie la grarU, pièce en quatre joui^ nées, qui renferme de grandes beautés, mais dont
l'examen nous entraînerait trop loin.
M. Achille Jubinal a publié, en 1837, deux volumes de Mystères du xv* siècle, qui justifient ce que nous veiions de dire. Au point de vue de la philologie, la publication a son importance ; mais les martyres de saint Étienne et de saint Denis, non plus que les miracles de sainte Geneviève et la vie de saint Fiacre, ne dorment rien qui approche du plus faible des Mystères qui précèdent. On dirait ces ouvrages de plus d'un siècle en arrière, car ils sont loin d'avoir le mouvement des pièces du siècle. Seulement dans ki vie de saint Fiacre nous trouvons, ainsi que nous l'avons vu déjà dans un jeu de Pâques allemand, en 1391, mie farce intercalée au milieu du Mystère. Cette farce, qui
n'est qu'une conversation entre un vilain, un sergent et deux femmes^ est entremêlée de disputes et de batteries dans un cabaret. £Ue n'ofire pas trace d'un élément comique. Elle n*a pas dû être représentée sur les places publiques, car le populaire demandait plus de sel que n'en contient ce ragoût, destiné peut-être à des bénédictins.
Ne quittons pas le chapitre des Mystères, quoiqu'il soit bien long déjà, sans dire un mot de la Diablerie de Chaumont. Tous les ans, à la fête de saint Jean, un chanoine, escorté d'un notaire apostolique et précédé d'un joueur de trompe, paicourait les divers quartiers de la ville, taisant à tous venants ample distribution de programmes, et il criait à chaque station du cortège : a C'est le grand pai don gtméral de peine et de coulpe. Dieu vous fera la grâce de mériter les eOets d'une si grande indulgence. » C'est le dimanche des Rameaux que la diablerie commençait, et elle attirait à Ghaumont une foule considérable le curieux. Quand la procession, après sa tournée dans les campagnes voisines, voulait rentrer dans la ville, elle était accueillie par une nuée de diables, de diablesses et de diablotins, en costumes infernaux, qui criaient, chantaient, hurkdent sur tous les tons et jetaient du haut de la tour de Barîe des lances d'artifices, des pétards et des fusées. La procession se dispersait, craignant les brfiilures et les horions, et la diablerie, sortant de son repaire, poursuivait les passants et leur livrait des combats grotesques, dont s'amusait le bon peuple chaumontaîs en y prenant sa part. Les diables par«
Digrtizeij Ly <jOOgIe
couraient la ville et les campagnes pendant plusieurs jours, levant sur les marchés une dîme dont ils se nourrissaient grassement pendant les fêtes. Le Jour de la Quasimodo, Tenaient se joindre aux diables les
Sanabins, qui avaient aussi pleine licence. Enfin, arrivait le jour de la représentation des Mystères, célébrant les divers épisodes de la vie de saint Jean. Tous les métiers avaient travaillé, pendant un mois, pour construii e et équiper les dix ou douze théâtres en plein vent qui servaient à reproduire les divers épisodes de la vie du Précurseur'. Sur chaque échafaud un écriteau annonçait le sujet traité. Ici c'était l'accouchement de sainte Elisabeth, qu'on apercevait dans son lit bien parée; la nourrice lui apportait un bouillon pour la réconforter. Là, saint Jean prêchait dans le désert. Le plancher était couvert d'une épaisse couche de gazon, les côtés étaient garnis de ramées. On voyait le saint entouré de sauvages, de serpents et d'animaux hideux. Il disait aux spectateurs que ces bêtes représeiitHieiil l'image de leurs péchés : a Votre orgueil c'est un aigle ; votre envie c'est un chien, votre colère c'est un lion. Cœurs endurcis, obstinée engeance de vipères, sachez que la main de Dieu est levée. » Sur un autre théâtre il baptisait Jésus dans le Jourdain. Au moment où l'eau était versée on lâchait dans les airs un pigeon blanc, et Dieu le père apparaissait sur les rochers avec une longue barbe blanche. Les sauvages étaient vêtus d'habits de toile recouverts de lierre ; ils brandissaient des massues. Ailleurs on montrait saint Jean dans sa prison. Hérode portait un habit vert à la romaine et
THÉÂTItE FRANÇAIS.— LES ICYSTÈBES CYCLIQUES. 273
un manteau couleur de feu ; les princes, des justaucorps de toutes couleurs, et les prîncesses des robes de salin, avec passements d'or et d*argent. Plus loin
encore, c'était l'éiiisode de la décollation. On substituait adroitement un mannequin à l'acteur, qui disparaissait par une trappe, et quand le bourreau frappait on voyait jaillir des flots de sang. Ce dernier échafaud passait pour le plus beau et le plus luxueux. On l'appelait le grand théâtre. Il était surmonté des armoiries de la ville et de celles du Roi. C'est là que se dessinait l'apothéose, au milieu d'un superbe feu d'artifice. Quoique la pièce fût bien finie, il y avait encore un théâtre sur la place, devant la balle, qu'on appelait le théâtre de l'Enfer, et qui était entièrement tendu de noir. Lucifer, le grand diable, présidait avec sa femme aux tourments des damnés, et les diablotins venaient montrer à Hérode la tète sanglante de saint Jean, en lui répétant ces paroles : « Non licet iibi habcre uxorem frairi& tui, }> La femme de Lucifer portait une robe noire, garnie de bandes debougran rouge; sa chevelure était laite do toufles de criu hcrissées. Tout le personnel diabolique avait le visage recouvert de masques plus ou moins hideux. Telle était cette diablerie de Ghaumont, à propos de laquelle M. Ëmile Jolibois publia à Chaumont, en 1838, un volume des plus intéi essants. Le MysUre de saint Jean, qui ligure dans ce volume, a été récrit à la fin du xvi* siècle ; mais dès le xv« siècle on le jouaû cUcL. d'autres paroles qui sont perdues aujourd'hui. Depuis rinstallatiuii des tètes du Pardon,
en vertu d'une bulle de Sixte IV, le fond ne variait pas :
is
274 HISTOIRE tnmERSfiLLE DU THÉÂTRE
c'étaient toujours les divers épisodes de l'histoire de saint Jean que l'on représentait; mais chaque année
les autorités ecclésiastiques et civiles cherchaient à surpasser les merveilles des années précédentes. La diablerie de Chaumont dura jusqu'en 1663. On n'osa d'abord que la suspendre. On la remplaça au commencement du xviu siècle par une tragédie que jouèrent les élèves des jésuites, puis enfin par un feu d'artifice. Sic transit gloria mundi*
Digrtizeij Ly <jOOgIe
GHAPITRB VIII.