TH. FR. — LES PIÈGES COMIQUES DU XV« SIÈCLE
testament, et il le dicte au boa prêtre. Je désire être enterré
Eli une cave à ravoniurf»,
Dessoubs un muid de vin de Beau lue.
Puis fàictes IlEûre en lettre jaune
Cy repose et gist Pathelin,
En son tempb advocat bous Tonne.
Le curé lui demande s'il veut beaucoup li- kuninaire à son enterrement. Il en veut poui' quatre liards seulement. On peindra sur Técu destiné à son blason :
Pour co ({iraymc la llcurdu vin, Tioijs belles grappes de raisin.
Sa femme a beau lui dire de ne point penser à de telles choses , mais à son Ame, il n'en continue pas moins ses libations, si bien qn Û trépasse réellement. La farce, comme on voit, finit en tragédie; mais le jeu de l'acteur faisait probablement contraste avec la situation. Beaucliainp dit que le Testament de Pathelin fut joué pendant vingt ans de suite, ce qui ne peut s'expliquer que par une circonstance tout à &it indépendante du mérite de l'ouvrage, qui est mince. C'étaient les lazzis souvent renouvelés qui prolongeaient sans doute le succès de la pièce.
La moralité intitulée V Aveugle et le Doiteux, ainsi que la iarce du. Meunier de qui le Diable emporte Vâme datent de 1490. La première de ces pièces nous montre
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deux mendiants, un boiteux et un aveugle, qui s'aident mutuellement, l'un mettant au service de l'autre l'organe qui lui reste valide. Un miracle de saint Martin ident à les guérir tous deux, et les yoilà désespérés, car ils ont perdu avec leur infirmité le gagne-pain qui les faisait vivre. Il leur reste pourtant une ressource dont ils useront, c'est de toucher leur rente accoutumée en feignant d'avoir conservé les maux qu'ils n'ont plus.
La fyrce du Meunier passe les bornes de la gpité gauloise, aussi sera-t-il difficile d'en tenter le récit ; elle fut jouée pourtant, et fit, paraît-il, beaucoup rire en son temps. On y voit un curé courtiser la meunière près du lit de son mari malade ; on y voit un apprenti diable envoyé par son maître Lucifer pour se cacher sous le lit du moribond, attendant le moment où l'àme du patient lui sortira du corps. Aux cris que pousse le meunier en se frottant le ventre et en se roulant sur ses couvertures, le diable ouvre son sac, et, tout jo3^eux, il porte en enfer et le contenant et le contenu. Luciier ouvre le sac et s'écrie en se bouchant le nez : « Fy ! fy! ostez moy telle ordure. Brou! Je suis tout empuanté. » Si le meunier a rendu quelque chose, ce n'est pas son âme ; car, la farce terminée, il se porte à ravir et le curé aussi.
Lea uioralités, les tarées et les sotties étaient en grande faveur au xv* siècle, quoique le nombre soit peu considérable des pièces de cette catégorie qui nous sont restées; la plupart n'ont jamais été imprimées; elles se conservaient manuscrites ou même dans la