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CHAPITRE XII

XV* SlUlE.

Les Meistci'saMiKer, auteurs dramatiques. — Urgauisation de ces sociétés. — Hans Rosenblùt. — Le Pap<», les» cardinaux et les évèqueB.— La Couronne. — Le Mantetu de Luneta. — La Parce du Turc— Ln barbier Hans Fûlz. — Son Jeu du Roi Salomon.— Le Jeu de l'fimpereur et de i'abbô. — Le beau Jeu de la dame Jutta.

Ii6S Meisiermnger^ ou Maîtres e^niewn^ tiennent eu Allemagne la place que les Trouvères occupèrent en France, avec cette différence, toutefois, que les Trouvères étaient libres et indépendants , et que les Mattres chanteurs allemands formaient une association qui avait ses lois , ses règlements , ses récompenses 6t ses pénalités. Les deux auteurs dramatiques dont les noms eurent le plus de retentissement au xv° siècle de l'autre côté du Rhin faisaient paille de la société des Meistersaenger de Nuremberg ; Tun se nommait Hans Rosen*

blut , il était peintre d'armoiries ; Tautre se nommait Hans Folz ^ il était barbier.

Presque tous les membres de ces sociétés étabties dans les principales villes de l'Allemagne exerçaient un métier, ce qui ne les empêchait pas d'étudier la littérature et la musique, et d'acquérir dans ces deux ai ts une certaine science et parfois une certaine célébiité. Chaque société avait son école, qui tenait ses séances habituellement dans une salle d'auberge, siège de son administration , et , aux circonstances solennelles, on se réunissait dans le chœur de l'église. Trois moniteurs /Merfter/, montés surune estrade (Gemerk)y avaient pour fonctions de reprendre les fiintes d"es élèves et de les punir. Ces fautes , notées avec soin dans le règlement appelé la tahulaturet étaient au nombre de trente4rois ; les principales se commet* talent contre la langue, contre l'orthodoxie religieuse, contre la bonne latinité , contre la clarté du discours et contre la rime* La pénalité la plus sévère allait jusqu'à l'exclusion de la société.

On rangeait parmi les écoliers ceux qui ne connaissaient pas encore les règles de la tabulature; on appelait amis de V école ceux qui les connaissaient ; pour obtenir le titre de poète , il ikliait pouvoir rimer une poésiesur une mélodie donnée^ et, pour passer maitre^ on devait composer les paroles et la musique des morceaux que l'on soumettait aux juges.

Le premier prix consistait en une chùne d'argent à laqiielh^ pendait un médaillon représentant le Boi David ; le second prix était une simple couronne.

La première école consacrée à Tétude du chant populaire fut fondée, dit-on, à Bfayenœ^ par le

célèbre Minnesinger Frauenlob (surnom qui signifie louange des dames; son vrai nom était Henri de Meissen). C'est un titre de gloire pour les M eiatersaeiiger, pour ces sociétés de poètes artisans , de rattacher leur filiation aux Minnesinger , aux chantres d'amour, à ces chevaliers-poëtes dont le renom fai si grand pendant quatre siècles.

Ce cycle d'Homérides chrétiens de la vieille Allemagne que l'on appelle les Minnesinger fut illustré par plus de cent cinquante poètes originaux ne relevant que de Dieu et de leur génie. Les plus célèbres sont : Gautier de la prairie aux oi&eaux (WaUer von der Vogeîweidefy énergique, profond, fervent catholique, prédicateur de la croisade-; Godefroid de Strasbourg, bercé par les fées galantes de la cour de Hoheustauffen ; Ulrich de Lichtenstein, le Styrien, descendant de rois dont la bannière flottait sur quatre-vingts châteaux; Klingsor, le chantre aux harmonies noires , TantagonistedeWolfrand d'Eschemback au combat poétique de la Wartbourg, où le Tannhàuser est récompensé par le duc Frédéric, dont la grande dme héberge l'honnmr et loge à Vaise cet hôte magnifique*

Les maître» chanteurs tenaient de l'Empereur Charles IV, entre auties privilèges, celui d'avoir un blason portant au premier et au quatrième canton : d'or, à une aigle impériale de sable ; au second et au troisième : de gueule , au lion de Bohème d'argent couronné d'or.

Les pièces de Rosenblût et de Folz sont encore bien

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grossières dans la forme, et la satire y mord à pleia tout ce qu'elle touche.

Le levain des idées luthériennes fermente déjà sourdement dans ces compositions, que ne polit point le contact de la poésie méridionale. L'Allemagne, à cette époque, n'a aucun échange d'idées littéraires avec le reste de l'Europe. Le Mystère, la farce, la ballade y naissent spontanément sans que les auteurs cher* chent à imiter la France, l'Italie , l'Espagne ou l'Angleterre. Les mœurs étaient rudes dans cette terre germanique , les conûits fréquents entre les princes et les villes. Rosenhlût foisait partie de l'armée citoyenne qui ^ avec le secours des Suisses «î/.r longues piques ^ battit à Hempach , en 1450 , les nobles et les princes qui voulaient asservir Nuremberg. Le maître chanteur écrivit un poëme sur cette victoire à laquelle il contribua de sa personne.

Parmi les cinquante-quatre pièces de théâtre que l'on attribue à RosenblQt, on cite les Noces du Roi d'Angleterre , le Jeu du moine Berthold ^ le Jeu du gentilhomme et d'une dame^ le Jeud'unmédecinnommé maUre Uneian^ les Douze Valets de moines.

Au milieu de sa fantaisie populaire, Rosenblut montre de la gaité et de la bonne humeur. On trouve quelquefois chez lui des idées peu communes. Les sujets qu'il traite s'élèvent au-dessus des canevas de tréteaux ; on sent que le poète artisan a plus de portée et d'ambition que ses confrères. Dans le jeu qui a pour titre : le Pape^ les Cardinaux et les Kuêqnes, un chevalier se plaint au Saint-Père de ce que les souve-

rains ecclésiastiques , à rexemple des souTerains laïques,

oppriment le pauyrè peuple au lieu de le protéger. (C'était sans doute une allusion à Tévêque de Wurtzbourg.) Un prélat s'excuse en prétendant que les intérêts de rÉglise sont conformes à ceux de la noblesse, et que si le prêtre veut pouvoir compter sur l'appui de l'aristocratie, il doit la soutenir à son tour. Pendant cette discussion, Fun des personnages expose sa poli* tique de la manière suivante : a 0 prince, laissez les choses suivre leur cours. Les paysans et les villes deviennent trop riches. Si la paix durait sans cesse, ces insolents bourgeois écraseraient bientôt la noblesse par leur luxe et leur opulence. Entretenons donc la guerre, c'est le seul moyen de les dompter et de les empêcher de lever la tête. »

Cette pièce se termine par un conseil donné au peuple par le fou. € Les nobles, dit-il, veulent vivre dans la joie et les plaisirs. Ce ne sont que tournois et fêtes donnés aux dames. Mais ces amusements les ruinent, et c'est ainsi qu'ils sont obligés d'engager leurs terres et leurs châteaux. Un fois privés de leurs biens, ils ne revent plus qu'à les reprendre, et ils ne trouvent pas de moyen plus commode que de faire une bonne guerre. Voulez-vous mettre un terme à ce petit trafic? Suivez mon conseil. N achetez plus rien de leurs possessions, ne leur prêtez pas un pfennig, et vos seigneurs seront bientôt obligés de signer la paix. »

Il faut encore citer, parmi les pièces de Rosenhlûty deux farces de carnaval qui se font suite : la Couronne et le Manteau de Luneta, L'une de ces deux pièces est la

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contre-partie de Vautre, et M. Kurz croit qu'elles ne forment qu'une pièce unique, divisée en deux actes.

Dans la première, il s'agit d'une couronne magique que les maris cornards ne peuvent s'ajuster sur la tète et qui ne se laisse ceindre que par ceux dont rhonneur conjugal est sans tache. Dans Tautre, c'est un manteau qui se raccourcit et se resserre lorsqu'une femme inâdèle veut le mettre sur see épaules.

La, Farcê du TSji/rc Mt arriver à Nuremberg le Suhan Mahomet II,- le conquérant de Gonstantinople, que le bourgmestre a prié de venir lui donner quelques avis politiques. Les bons bourgeois, vertement étrillés par les satires du Turc, veulent lui faire un mauvais paili, mais le bourgmestre intervient et s'oppose à ce qu'on viole le sauf-conduit qu'il a donné. Mahomet retourne alors dans son pays, et ils se séparent les meilleurs amis du monde.

Ces farces ne sont que des cadres à satires, qui réussibbaient par l'à-propos. Les auteurs ne se donnaient pas la peine de combiner une action dramatique quelconque : pourvu qu'ils fissent rire leur auditoire pai des allumions «grotesques aux événements et aux idées du jour, chacun était satisfait et se retuait content.

Le barbier Hans Fobs fut moins fécond que son

confrère Uosenbliit ; il ne laissa que quatre Fastnacht^ spiele, ou pièces de carnaval. Son Jeu du Rai Salomon et de Marcolf est la pièce que l'on mentionne de préférence. Elle est tirée d'un ancien recueil de contes satiriques , cité par Eschenburg dans ses Monuments de

rancienne poéaie aUemaude. En voici l'argament en quelques lignes :

Marcolf arrive à la cour de Salomon et saisit toutes les occasions de railler la sagesse du Roi.

Id, se place rhisioire biblique de l'enfant aux deux mères. Salomon prononce son jugement, et Marcolf le critique à son ordinaire. La conclusion de son raison* nement est que les femmes sont des créatures nées pour le mensonge, et que se lier à elles est une duperie ridicule. Salomon s'insurge contre cette morale et il somme Marcolf de lui fournir la preure de ce qu'il avance.

Marcolf va trouver sa sœur Jusita et se plaint du mauvais vouloir de Salomon à son égard. Sa position à la cour, dit-il^ est devenue insupportable; l'un de ces jours, Salomon lui jouera un uiauvals tour. Il est donc résolu à se soustraire à la colère royale et à se venger en même temps. Il veut tuer le Roi. Une fois cette fausse confidence faite, Marcolf cherche à sa sœur une querelle devant le Roi et parvient à la mettre dans une telle fureur, que Jusita trahit le prétendu secret de Mai colf et prévient le Roi que son frère veut attenter à ses jours. Marcolf, quia pris ses précautions, se justifie sans peine et croit avoir ainsi fourni la preuve de la méchante duplicité des femmes. Mais le Roi n'est pas satisfait et demande des preuves plus convaincantes. Âlors, Marcolf s'engage à faire prodamer par le Roi lui-même la perfidie du beau sexe, et, en effet, il réussit à soulever toutes les femmes contre Salomon, si bien que ce prince, exaspéré, s'écrie que rien n*est

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plus méchant au inonde que la femme. Mais lorsque Salomon apprend qu'il a été dupe de Marcolf, il prend

la résolution de se défaire d'un compagnon si dangereux, et le condamne à mort. MarcoU obtient une dernière grâce du Roi, qui le laisse libre de choisir l'arbre auquel il veut être pendu. Marcolf profite de ce sursis pour jouer un bon tour au bourreau, et il s'échappe sain et sauf.

La biographie de nos deux mattres chanteurs est restée dans le plus complet oubli. Leurs noms seuls ont survécu avec quelques-unes de leum œuvres. Pour qu*on ne lui attribuât pas les pièces des autres, Hans Folz avait Thabitude de mêler son nom aux derniers vers de chacun de ses ouvrages.

Le Jeu de V Empereur de Vabbé^ fitrce de la même époque, est anonyme. L'Empereur consulte sa noblesse sur une question de guerre. Les gentilshommes, froissés de l'ascendant qu'a pris un certain ecclésiastique sur l'esprit du monarque, lui répondent : « Sire, nous ne savons ; consultez votre abbé. » L'abbé , consulté, dédine sa compétence sur un Mi de guerre. Mais l'Empereur se fâche et lui dit : « Sire abbé, malheur à vous si vous ne résolvez pas les trois questions que je vais vous poser et qui ne sont pas cette fois des questions de guerre : l** Quelle quantité d'eau y a-t-il dans la mer? 2"* Combien d'argent vaut un Empereur? 3* Quel est l'homme qui est le plus près du bonheur ?

L'abbé, fort embarrassé, demande une semaine pour réfléchir. Après ce délai passé, il s'engage à donner

les trois réponses» L'Empereor le lui accorde. De retour (liez lui, l'abbé se consulte avec son prieur; le prieur lui conseille de faire venir le meunier du village, qui est un gars très maHn, et de lui soumettre les trois énigmes du souverain. L'abbé invite à dîner le meunieri qu'il gorge de bonne nourriture et de bon vin , et pour dessert il lui pose les trois questions de TEmpereor. Le meunier consent à aller trouver le monarque et à lui donner de la part de Tabbé les solutiona qu'il a imaginées; mais, pour être admis devant Sa Majesté, il tient à revêtir le costume de l'abbé , qui le lui prête avec joie. A la première question, le meunier répond à r£mpereur : € Dans la mer il y a trois tonnes d'eau. — Pourquoi trois? — Pas davantage, à la seule coudition que les tonnes seront assez grandes pour que pas une goutte du liquide ne soit perdue, i A la seconde question : c Combien vaut un Empereur? > If meunier répond par une autre question : « Combien vaut le groschen?^— Sept deniers. — Alors, Sire, votre tète impériale vaut quatre groschen. — Ords-tu donc, coquin, interrompt le césar, que je sois fait de poussière et de boue comme toi? — Sire, j'en appelle à vous-même. Le Christ a été vendu trente deniers. £n vous estimant vingt-hmt deniers; deux deniers moins que lui, je ne crois pas vous déprécier beaucoup, i

Voici comment le meunier résout la troisième question : € Qud est l'homme le plus près du bonheur ? » Cest moi, répond-il, puisque mon plus «zrand désir serait d'être abbé, et que j'ai l'habit d'un abbé sur la peau. »

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L'Empereur accorde au meunier sa requête; il succédera à Fabbé véritable dans le gouvernement du monastère. Le meunier demande à son tour Imit jours de délai pour vendre son moulin, prévenir sa femme qu'elle est abbesse et ses enfants qu'ils ont un moine pour père.

Une singulière pièce du xv® siècle, c'est celle de Théodore Schemberk, prêtre catholique. Ce poète ne

faisait pas partie de l'association des maîtres-clianteurs. Sa pièce est intitulée ; Un beau Jeu de la dame lutta (Ein ichon spU von frauf Jutten}, Elle date de 4480, et ne fut imprimée qu*en 1565 , à Eisleben. C'est un dévot très consciencieux qui l'a écrite, sans la moindre intention die plaisanterie. Il est convaincu que le iait qu'il met en scène est de l'histoire pure, parce qu'il l'a lu dans la lè^^ende. Il croit à la puissance du diable autant qu'à celle de Dieu, d'accord en cela avec son compatriote Luther, qui plus tard verra le diable partout et dans tout, excepté dans sa doctrine.

Voici le £ût de la légende et du drame de Théodore Sehemberk:

Lucifer, assis sur son trône infernal, propose aux démons assemblés de gagner pour l'enfer une belle jeune fille « nommée Jutta qui en ce moment voyage sous des habits d'homme, avec un clerc, et se rend à PariSf où tous deux veulent étudier les sept ai ts. Deux diables, Satan et Spiegelglantz (miroir brillant), acceptent la ruission de leur souverain et s'en vont sur la terre, où ils encouragent Jutta à persévérer dans son projet*

Ils lui disent qu'elle acquerra bientôt une grande renom m ée.

Jutta et son amaut arrivent à Paris, où ils suivent les cours des plus fiuneux maîtres de l'Université. Bientôt ils sont reçus docteurs et se rendent à Rome, où le Pape Basile, séduit par leur jeunesse et par ieui* immense savoir, les nomme tous deux cardinaux. Ces événements sont bien étranges, mais ce n*est rien encore. Basile meurt, et c est Jutta que le conclave élève au pontiûcat. Un jour, un seigneur romain amèneson fils possédé du démon, etil supplie le Pontife de l'exorciser. La Papesse, qui ne se sent pas Tâme tranquille,iait conjurer le diable par les cardinaux, mais Satan répond qu'il ne sortira pas du corps de Tenfant, à, inuiiis que le Pape lui-iucine ne rexorcise. Jutta est donc forcée d'intervenir, au risque de ce qui peut arriver. Satan ùàt la grimace en sentant Peau bénite, et, forcé de déguerpir, il se venge en révélant tout haut le sexe de la Papesse, qu'il déclare porter un entant dans son sein.

La scène suivante du drame se passe au ciel.

La Vierge Marie intercède poui^ Jutta. Le Christ lui donne le choix pour sa protégée entre la damnation étemelle ou la honte et le malheur dans cette vie. Jutta consent à souffrir, pourvu qu'elle soit sauvée. La Mort vient alors trouver la Papesse et lui fait en*durer mille angoisses ; après quoi elle sépare F&me et le corps. La Papesse met au monde un fils en expirant.

Les diables se préparent à torturer Tàme de Jutta, mais une fervente prière de la malheureuse àla Vierge

352 HISTOIBB UraVERSELLE DU THÉÂTRE.

Marie lui vaut le pardon céleste* « Sois la bienvenue, lui dit le Christ, tes péchés te seront remis, puisque ma Mère et saint Nicolas ont prié pour toi. a Un hymne de reconnaissance, chanté par Jutta, termine la pièce. Voici la traduction de la scène où la Mort apparaît à la Papesse :

« Je rampe derrière toi depuis longtemps; je t'ai poursuivie pendant des semaines et des années : je te

tiens, eiitiii, en uja puissance; iiubsi tu ne m'échapperas pas. Je veux en agir avec toi à ma guise et te iidre souiïrir tant qu'il me plairai car Dieu a remis ta vie entre mes mains en expiation des fautes que tu as commises. Tu as revêtu les liabits d'un homme, tu as été le scandale de la chrétienté; tu as oublié que tu étais femme, et, pourtant, tu portes un enfant dans ton sem. C'est pourquoi tu vas mourir misérablement, et tu deviendras la honte du genre humain.

— Hélas! répond Jutta, faut-il donc mourir? Ne puis-je racheter mon âme? Mon Dieu, prends pitié de moi, et que tu ne sois pas mort en vain pour sauver une pécheresse telle que mol. Étends sur moi, mon Dieu, les trésors de ta miséricorde... Adam, le premier, méprisa tes commandements , et pourtant tu lui pardonnas ; PieiTC trône à ton côté dans le paradis^ et, Il oii fûis pouilant, il te renia ; Thomas douta de ta parole, et pourtant tu lui accordas sa grâce ; Paul perpétra plus d*un crime avant que la lumière de la foi n'ou^vrît ses yeux ; Matthieu détourna une partie des revenus publics , et il fut absous ; Théophile se vendit au diable, et tu le délivras; Marie-Madeleine commit

beaucoup de péchés, elle est heureuse aujourd'hui auprès de toi; Zacheus fut injuste, et pourtant il est parmi tes sei viieurs; Longinus te perça le cœur de sa lance« et il a trouvé grâce ; le larron qui mourut sur la croix fut sauvé. Tous ces pécheurs sont dans le ciel. 0 mon Dieu! prends pitié de ma soullVance et pai'donne-moi comme tu leur pardonnas. Ne me laisse pas mourir ainsi, misérablement souillée par le péché. »

On reconnaît, dans cette étrange histoire, la tradition fort répandue de la Papesse Jeanne, dont la légende ûtbuleuse place le règne dans le ix* siècle, entre le Pape Léon IV et le Pape Benoît III.

Ces pièces allemandes du xv' siècle, écrites par les Mattres-chanteurs ou par quelques ecclésiastiques lettrés, ne s'élèvent guère au-dessus des improvisateurs connus sous le nom de Spruchsprechen, et elles demeurent bien loin des poésies lyriques, comme des ballades et des chants de guerre de la même époque. On n'y rencontre pas les nobles élans de ces clievalierspoëtes, dont prétendent descendre les Meistersa^nger; et, si Wàlther de la Vogelweide et Frauenlob furent vraiment leurs ancêtres poétiques, rien ne reproduit dans les pièces de théâtre la véhémence du premier de ces Minnesinger, rappelant à l'Empereur Frédéric que Damiette est perdue pour la foi chrétibiiiic ; ou les louanges à la V ierge Marie^ que soupire le second de ces chantres d'amour dans ses vers inspirés.

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