‹ Histoire universelle du théâtre (volume 4)Chapitre 23 sur 31 · PREMIÈRE PÉRIODE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PÉRIODE

Longtemps on n*a connu qu'un très petit nombre des Moralités et des Farces composées et jouées eu France pendant la première moitié du xvi* siècle.

THÉÂTRE FlUNV^ii^- — ^^'^^ SIÈCLE. 403

Grftce à de récentes pabtications, auxquelles nonnseu*

lement Paris, mais toutes nos villes de province ont apporté leur contingent, nous possédons aujourd'hui un répertoire sinon complet, du moins très hche, de ces prédeux documents. En outre des vieux manuscrits publiés, on a aussi imprimé à nouveau les exemplaires rares, et quelquefois uniques, de certains ouvrages qui n'existaient pour ainsi dire que par leurs titres.

C'est pour la première fois que ce répeitoire des Farces et des Moralités va être examiné et analysé

dans son ensemble.

A une époque où les Mémoires si communs aux siècles précédents deviennent moins nombreux et ne nous révèlent qu'imparfoitement les mœurs historiques, on est heureux de trouver les pièces de théâtre qui reflètent au moins Tesprit et les idées du temps. Ce sont pour la plupart des diatribes contre toutes les classes de la société ; elles sont écrites en style populaire et elles se jouaient le plus souvent sur les tréteaux des carrefours. Personne n*écbappe à leurs sanglantes étrivières, ni les prêtres, ni les nobles, ni les magistrats, ni les bourgeois, ni les manants. Les Princes et les Souverains eux-mêmes y sont parfois ftistigés, ce qui provoque les colères du Parlement et des gens du Roi, les condamnations à la prison, aux verges, au bannissement. Quelquefois aussi, c'est le Souverain qui pousse les auteurs à at* taquerc* MX qui gênent sa politique, soit ài mtérieur, soit au delà des monts.

On peut subdiviser ce répertoire de la première moitié du xvi* siècle en deux classes :

!<» Les comédies ou satires politiques ;

2** Les comédies de mœurs.

Les Moralités servent plus spécialement de cadre aux satires politiques ; les Farces, aux comédies de mœurs. Nous parierons plus loio des Sotties.

Pierre drinsore r« le r^prrtolre des Knftmls

Sras-Soacl.

L*auteur de pamphlets politiques leplushabUe et le plus renommé, c'est Pienx' Gringore, dont tout le moude aujourd'hui sait lenom^ mais dont peu de gens connaissent au vrai la personne et les œuvres. Il mérite qu'on lui consacre cjnelques instants.

Né vers 1480, dans les environs de Caeu selon les uns, en Lorraine selon les autres, il court de bonne heure les grands chemins. Il est en même temps acteur et compositeur de Farces» Comme la Rancune et les héros du Roman comique, il voyage d'abord dans les provinces avec une troupe de bateleurs. Â cette école, il apprend sou métier sous deux grands professeurs, la

faim et la soif, qui ne lui ménagent pas leurs dures

leçons. Ils abandonne ces muses peu nourricières pour suivre l'armée française en Italie. Il prend part au triomphe de Charles VIII et au bon accueil que chaque Français trouvait alors auprès des belles de MOan, clo Uoiae, de Florence et de Naples. Il voit le Borgia du Vatican se livrer à toutes les excentricités de sa vie de réprouvé. Il voit Machiavel gagner comme lui pénl* blement son pain à la sueur de son front ; il voit brûler Savonarole, mourir Charles VIII, Louis XII lui succéder; puis, après la conquête du Milanais et l'expédition de Naples, il revient en Fi ance aussi gueux que lorsqu'il en partit. Reprenant son premier métier, il s'en- Me alors dans la troupe des Enfants Sans-Sovct, où ses talents lui font conférer la dignité de Mère-Sotte, la seconde de la confrérie du Prince des Sots,

Dans cette troupe il trouve pour camarade , comme auteur et comme acteur, le fameux Jean de Pont^ Alletz, le bossu spirituel qui devint plus tard entrepreneur de Mystères. Pont-Alletz était admis dans l'intimité des grands seigneurs à cause de ses bons mots. Il fut même accueilli par les Rois Louis XII et François I®' qui s'amusaient de son audace. L'histrion abusait quelquefois, il est vrai, de son droit d'impertinence , le jour par exemple où, appuyant sa bosse contre l'épaule d'un cardinal qui avait une conformation semblable à la sienne, il lui disait : c Vous voyez , Monseigneur, que deux montagnes peuvent se rencontrer, » et cet autre jour où , battant la caisse pour appeler le pubUc à ses jeux près de l'église Saint-Ëustache , il

vit accourir à lui tout courroucé le curé , qui venait d'interrompre son prêche, lui disant : « Qui te rend si hardi de tambouriner quand je prêche? » A quoi il répond, et sans quitter ses baguettes : « Et vous, Monsieur le curé ^ qui vous rend si hardi de prêcher quand je tambourine? »

Le jeune Clément Marot jouait aussi dans la troupe de Gringore avant d'entrer en qualité de page chez M. de Villeroy. Il composa Tépitaphe ou ballade du comte Me Salle, l'un des acteurs de la bande, et celle de Jehan de Serre, excellent joueur de farces. Les vers suivants de Marot donnent Tidée du costume que portaient alors les comiques.

Or brpf qunnfî il entrait en salle,

Avt'c uup chemise sale,

Le front, la joun et la narine

Toute couverte de farine,

Kt coëffë U'un béguin d'enfant

Btd'un haut bonnet triomphant

Garni de plumes de chapon...

Au moment OÙ Ghngore voyait la foule accourir à son joyeux théâtre, le monde était dans renfimteroent,

non pas seulement d'une Poétique, niais d une révolution. La Renaissance couvait la Réforme. Gringore représentait les idées de Téternel bourgeois de Paris^ qui sape tout gouvernement et toute autorité, et qui, bien étonné quand les ruines sont faites, déplore ses maladresses pour les recommencer le lendemain. Gringore administrait le théâtre des Enfimts Sans-Souci ; il tenait de plus, comme auteur et comme acteur, la pre*

TBÉA.TBE FRANÇAIS. — XVI* SIÈCLE. 407

mière place, et il se refaisait un peu de ses jeûnes de province et de son expédition d'Italie. Les Sotties et les Moralités qu'il débitait à ces bons boutiquiers narquois, accourus aux lialies devant ses tréteaux, n'étaient autre chose qae des pamphlets politiques , religieiix et sociaux de la plus extrême violence. On ne sait au juste, aujoui tl hui, quels sont ceux qui lui doivent être attribués, en outre des trois qu^il a signés et qui composaient lafiuneuse affiche du mardi gras de l'année 151i : le Jeu du Prince des Sots et Mère-Sotte ; VHomme- Obstiné et la tarée de Faire et Dire; mais il est probable qu'il fut collaborateur de la plupart des pièces où il joua. Dans tous les cas c'était sa pensée d'opposition qui servait de cadre et de but à toutes ces facéties, aussi difficiles à comprendre pour les gens de notre temps que le seront pour nos successeurs la plupart des pièces légères que nos petits théâtres représentent aujourd'hui.

Le Roi Louis XII et ses ministres devinèrent le parti

qu'ils pouvaient tirer de cette boutique à satires et à lardons. On n'acheta pas Gringore , mais on le flatta , on l'encouragea , on lui donna l'impunité, et, voyant la porte toute grande ouverte à ses audaces , il se lança comme un dogue à la chasse du Pape Jules II et des gouvernements italiens qui s'opposaient à la domination française au delà des Alpes.

Ce ne sont pas seulement des Sotties qu'écrivait Gringore contre le Pape, mais des libelles en vers, comme V Espoir de paix et la Chasse du Cerf des Cerfs , jeu de mots sur lu iormuic papale servus servorum

Dm. Poarqu*on ne s'y méprenne pas, Gringore dépeint le Cerf des Ger& avec une mauvaise tète ,

Mais elle était triplement couronnée.

Les francs veneurs le voulaient épargner, mais le

maudit animal

Tant âpre estait que de jour et de nuit

Il ne prenait aucun repos ni somme, De son dit pii* les gens frapiu' et assomme Chevaux et cliiiMis; co pic ([u'ou (int baiser Il veult de force et de rigueur user.

Il représente les cerfs vénitiens et lombards fuyant avec leur chef dans son hallier, où il prétend se défen*

dre, et le poëte finit par une exhortation où li le prévient

Qu*oD prend bien cerf qu'il soit rusé ou vieux.

Le colérique Jules II devait bondir de rage en lisant de telles insultes. La Sottie intitulée: /eu du Prince des Sots et Mère-SoUe^ que Gringore représentait aux halles avec Pont-Âlletz , n'est pas moins injurieuse pour le vieux Pape, qui s'y voit tiaité de Papillon. C'est un idiot, appelé le Général d^Enfance^ que l'on envoie pour combattre le Pa|nllon, armé de son hochet et monté sur son cheval de bois.

La noblesse est représentée dans ce pamphlet par le seigneur de Joye, qui passe sa vie en nopcest convis et banquets»

THÉÂTRE FRANÇAIS. — XVl' SIÈCLE» 409

L'abbé de Plate-Bource représente le clergé avec l-abbé de la Courtille.

Ces prélatz font ung tas de mines.

Ainsi qup moynes réguliers,

Mais souvent doHsoubz lescourtines

Ont créatures féminines

En lieu d'heures et de psaultiers.

Un Sot fait observer que l'Eglise a de mauvais piliers. La Sotte-Commune I c'est-à-dire le bon peuple de Paris, a son compte à son tour. « Que m'importe « dit Sotte Commune , que dans la chaire de saint Pierre soit assis un fou ou un sage ?

— De qui te plains^tu? lui demande-t-on ; on ne te mène pas à la guerre. Ou ne te dérobe pas tes volailles. Tu es en paix en ta maison. Je ne sais ce que tu as à gruroeler. — Hélas ! répond Sotte-Commune, je n'ai plus le sou , c'est une douleur non pai eille. »

La Mère-Sotte est déguisée sous les habits de la sainte Eglise, et dans cet accoutrement elle débite ses arguments en faveur de ses envahissements temporels. On a beau lui objecter que les princes s'opposent à ses projets; elle répond qu'il en sera ainsi, qu'ils le veuillent ou non. Elle prie tous les Sots de Taider dans son entreprise et leur promet en échange des chapeaux rouges à foison. On reconnaît enfin Mère-Sotte, qu'on dépouille de son habit d'emprunt. Sotte-Commune continue à géinir, disaiit (fu tile n a plus écus ni ducats ; mais elle se console avec une moralité finale, reconnaissant que ce n*est pas Mère-Sainte-Egtise qui lui iait la guerre , mais simplement Mère-Sotte.

La Moralité qui suit la Sottie, dans le Jeu du Prince des Sots, représenté aux halles en 1511, commence

par un dialogue politique entre le peuple français et le peuple italien. Les deux voisins eu ont gros à se dire depuis deux règnes passés en guerres incessantes pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Le Français est en paix à sa charrue ou dans sa boutique ; on se bat sans lui, car il n'est qu'un vilain, taillable et corvéable, mais il débourse son argent sous toutes les formes pour payer la poudre et les boulets , les arquebuses et les fauconneaux, pour solder les Suisses et tous gens de trait , et pour surcroît on baisse chaque jour la valeur des monnaies. En cette année 1511 ce sont les écus viels, les royaux, les francs à pied et à cheval qui ont subi Taltération et la dépréciation qui le ruinent. Le peuple italien , lui» est toujours aux créneaux des murailles ; il couche sur la paille et ses membres sont rompus. Survient un troisième personnage, V Homme- Obstiné, qui se iâiit connaître en quelques mots. On lui a pris ses châteaux , il ne peut se tirer d'aiTaire que par la trahison et la ruse* Quand on le menace de la punition divine , il sourit et répond que c'est lui qui est chargé de tout gouverner ici-bas,

La Punition-Divine symbolisée vient reprocher à l'Homme-Obstiné sa perversité , et au peuple d'Italie la duplicité de sa i)olitiqne, qui trop souvent trahit lu loyal lis. Punition-Divine va jusqu'à prétendre que l'Homme-Obstiné, c'est-à-dire le Pape Jules II, est un circoncis. Gringore veut si bien désigner Jules II, qull met dans la bouche de son personnage les propres

paroles du saiiit Pontife : «Je ferai retourner les Français en France ou je mourrai. »

Simonie et Hypocrisie sont les alliées du Pape. Hypocrisie fait kl chatemilte et feint de iiuni^er des herbes sauvages , mais en secret elle iestoye à sa guise ; en un mot y elle est tout d Dteu^ fors que le corps et l'àme.

La Farce qui complète cette intéressante affiche des £nlants Sans Souci est d'un tel laisser-aller qu'il serait impossible de raconter cette aventure par trop égril* larde de dame Doublette et de son mari Raoullet- Ployart , où le seigneur de Balletreu est appelé à juger la question suivante v Si lorsqu'un mari laisse en Mche la vigne de sa femme , celle-ci a le droit de la ûdre houer par un autre.

La Sottie servait de lever de rideau; la Moralité , plus développée, formait le milieu du spectacle, qui finissait par une Farce joyeuse.

On voit que les Sotties ne sont autre chose que des satires dialoguées^ récitées par le Prince des Sots, la Mère-Sotte, les autres dignitaires de l'ordre et le menu peuple.

La circonstance qui fait naître une Sottie étant passée ou bien oubliée, il ne reste plus forme de pièce,

et il faut recouru* aux événements du temps pour comprendre l'idée de l'auteur. Le Jeu des acteurs , leurs costumes , leur feçon de se grimer, la ressemblance qu'ils savaient se donner avec les personnages mis enjeu, faisaient souvent tout le piquant de la représentation.

On a retrouvé très peu de Sotties ; il est probable

que beaucoup de ces pièces de circonstance n'obte* naient pas les honneurs de l'impression. La Sottie à huit personnages , intitulée le Monde des sots, est une revue comme celles que donnent aujourd'hui nos théâtres de second ordre. On y voit figurer toutes les sottises du jour, Sot-Dissolu habillé en homme d'Église , Sot-Glorieux , espèce de bravache ridicule. Sot-Ignorant, Sot^rrompu, Sot-Trompeur, disputent avec la Mère-Sotte sur la reconstruction du ^enx monde, qui s'est endormi dans sa faiblesse et dans son impuissance, et qu'il s'agit de régénérer. Chaque Sot apporte sa colonne sur le théâtre , et au faite de ces supports on bisse le vieux Monde sous la forme d'une boule de carton. Maintenant , dit Sot-Abus , nous aurons du repos. Amusons-nous. Ib se mettent alors à courir entre les colonnes qui soutiennent le Monde, et par leur maladresse ils font tomber à terre tout l'édifice qu'ils viennent d'achever. Le Monde se réveille et moralise le public en le priant d'excuser Taudace de l'entre* prise.

La Sottie du Nouveau^Monde qu'on a, paraît-il, attribuée à tort à Gringore, est une satire à propos

du remplacement de la Prasrmatique de Charles VII par le concordat du Pape Léon X. Ce concordat, consenti en 1517 par le Roi François I^% et que le Pariement n'enregistra que contraint et forcé, était considéré comme attentatoire aux libertés de l Eglise gallicane. La pièce fait passer sous les yeux du public les Bénéfices^ V Élection, la Nomination, le Père-Saint, le Légat, l'Université et la Provision apostolique. Le

légat dispose des bénéiices grands et petits, conti airemeni à la Pragmatique, que le Concordat a remplacée ; mais il ne peut se faire obéir, et le Pape est obligé de venir en personne, armé de son bâton pastoral, pour mettre le holà I U assomme Pragmatique, en la traitant d'hérétique et de ioUe. Celle-ci pousse des cris affreux, et lui reproche de la supprimer, lui qui devrait la maintenir. Bref, elle en appelle à Dieu. Élection et Nomination pleurent leur mère Pragmatique et se réhigientdansleseinderUniversitéjloiu aïeule, qui, dans soncoupletaupubiic.adjurele Hoi de rétablir Pragmatique dans tous ses droits au moyen de quelques bons coups de lance.

La Sottie du Roi des Sois et celle des Trompeurs n'offrent plus guère de sens. Elles roulentsur des jeux de mots alors en vogue. La première pratique le caleriiboui par à peu près, comme le font aujourd'hui les artistes de la jeune Bohème. Sottinet dit d'un Sot qui porte des rats dans une hotte: c C*est un rapporteur 5 )) et plus loin : « Vecy Coqnibus qui rats porte, » Le Hoi des Sots veut nommer Guipeiin son gouverneur. Il répond qu'il préfère être son gros veneur. Le sel de la sottie des Trompeurs consiste dans la série de calembours à laquelle donne lieu Tinstrument appelé trompe. Tous les sots en jouent peu ou prou. Le personnage le Temps fournit aussi son contingent de lazzis eipiivoques, qui nous semblentaujourd'hui beaucoup trop dessalés*

n vint un moment où Gnngore dut bien regretter ses attaques contre Tordre établi, et surtout contre la

414 HISTOIBE inOVERSELLE BU THÉÂTRE.

religion catholique : c'est quand il vit arriver en Lorraine les Rustauds d'Allemagne, qui pillaient et mettaient tout à sac en prèctiant la communauté des bleus et en criant : Vive Luther ! Gnngore avait reçu du duc Antoine la charge de héraut d'armes, sous le nom (le Vciiildemont. Il fallut quitter ses tréteaux pour aller prendre part à cette guerre où les pillards furent repoussés et anéantis, mais où notre poëte faillit se voir arquebusé par ces bandits.

De retour à Paris, il trouva tout bien changé. François I*' venait de succéder à Louis XII, et la tolérance du Père du Peuple était remplacée par la raideur du gouvernement militaire. Le lloi-chevalier fit, un beau matin de Tannée 1516, saisir les joueurs de Farces, qui s'étaient permis quelques mots satiriques contre madame de Savoie, sa mère, et les délinquants se trouvèrent bien heureux d en être quittes pour quelques mois de prison. A ce moment, Gringore abandonna tout à fait le théâtre et alla mourir en Lorraine auprès du duc Antoine (1539), après avoir publié un factum poétique contre les huguenots, intitulé : leBUuondes hérétiques. Ce mea culpa est la contre-partie de ses joyeusetés premières.

Il devait avoir amassé quelque bien, car, grftce à la ikveur dont il jouissait auprès des ministres de Louis Xn, il s'était associé à Pierre Marchant 1, charpentier de la grand'cognée, pour l'entreprise des fôtes et Mystères donnés aux entrées et galas en la ville de Paris. Il se retira donc en Lorraine avec une honnête aisance. La devise de ce successeur de Villon était

c Tout par raison, raison partout, raison dans tout. » C'était, au fond, un esprit appliqué et réfléchi, chez

qui la bouffonnerie recouvrait souvent une pensée morale et sérieuse. Son principal ouvrage est resté jusqu'à présent inédit (sauf quelques courtes citations extraites ça ut là). Ce manuscrit utteml un éditeur dans le capliai naiiin de la bibliothèque de la rue Richelieu. Quand donc le trouvera-t-il ? La publication de l'œuvre de Gringore, commencée en 1858 par MM. d'Héricault et de Montaigloûj ne nous donnera- t-el le point le Mystère de Gringore, intitulé : la Vie de Monseigneur Saint'Loys par personnages? J'ai entamé la lecture de ce manuscrit, d'une écriture fatigante pour les yeux , et j'en ai assez vu pour souhaiter vivement que ce grand travail d'un poète célèbre dans son temps sorte de la tombe où on l'a mis tout vivant.

lie» Hloriilltés*

Les Moralités sont nombreuses au siècle, moins pourtant que les esquisses de mœurs appelées Farces.

La Moralité empruntait à la Sottie beaucoup de ses effets, mais elle avait toujours un fond de raison, et, comme forme, une Poétique renouvelée des romans

allégoriques des troubadours provençaux. Chaque passion, chaque vertu, chaque vice prenait un corps dans la Moralité ; ils jouaient un personnage conforme à la nature de chacun et diversifié seulement par les évolutions de l'action ; mais tout se passait habituellement dans le domaine comique. La Moralité prise au sérieux (et il y en a de ce genre) rentrait tout à fait dans la catégorie des Mystères et se confondait avec eux. Telle est la Moralité des Blasphémateurs eiceUe de Mundus, Caro , Dœmonia, un vrai sermon sur la nécessité de mortifier la chair. La sœur de Fi ançois la lieine de Navarre, écrivait aussi des Moralités et des Farces que jouaient les damoiselles de sa cour. Les Deux Filles et les Deux Mariées; — Trop^prou^ peu, moim^ représentent ses essais dans le genre comique. Son style semble un reflet de celui de Marot. Son invention est toujours allégorique et n'est pas souvent facile à comprendre, car elle se perd dans le raffinement des choses et des termes. La protectrice de Ronsard et de la pléiade des poètes a aussi composé des Afystères. Rien ne Justille Topinion qui attribue une partie de ses œuvres à BonaventuredesPerriers et à Clément Marot.

Les j)iL'ces de la Ueine de Navarre sont bien loin de valoir ses contes.

Le nom de Simon Bourgoin, valet de chambre de Louis Xn, celui de Jean d'Abondance, basochien et notaire du Pont-Saint-Esprit, sont connus par les catalogues mentionnant les Moralités de cette époque; mais leurs œuvres, quoique imprimées, n'ont jamais attiré l'attention.

La Moralité de Nicole de la Chesnaye, intitulée : la Condamnation de Banquetf est ruue des plus célèbres, et elle n^oîfre pas même une allusion aux événements du temps. L'auteur avait dédié son oeuvre au roi Louis Xil. £lle a été plusieurs fois réimprimée, et je la suppose trop connue pour m'y arrêter longtemps, n faut pourtant Tinscrire à son rang (1512). Nicole de la Chesnaye accuse dans sa préface l'intention de villipenderj détester et aucunement extirper le viee de gUmtmnerie^ crapule^ ébrtété et voracité, et, par oppo^ site, louer, exalter et magnifier la vertu de sobriété, frtigdlité^ abetinenccy tempérance et bonne diette. Le succès de cet ouvrage médico-poétique (La Chesnaye était médecin de Louis XII) dut être grand, car on le retrouve hystorié sur les tapisseries llamandes reproduites par MM. Achille Jubinal et Sansonetti. En le lisant aujourd'hui , on ne devine pas la caii^;e de sa vogue. Il contient certainement çà et là quelques bouffonneries assez récréatives, mais cette succession de personnages allégoriques : Bonne-Compagnie, Accoutumance, Friandise, Gourmandise, Esquinancie, Apoplexie, Goutte, GraveUe, Jaunisse, Diète, Pleurésie, Paralysie, constitue un défilé bien monotone, et tout cela ne pouvait prêtera rire qu'à la condition d'être joué avec force charges et caricatures. On trouve dans la pièce des menus de cuisine très détaillés ; on y apprend que les vins en usage à cette époque étaient ceux de Màcon, de Dijon et de Samt-Pourçain. On sert des chapons gras, sous le nom de hustandeaux, des poulets pèlerins^ cygnes, paons, perdreaux, bécasses, butors,

gélinottes, htroiis, pluviers et alouettes. On les accoinpagne de ç^nnce galimatrée où rlomiDe le gingembre, de sauce Madame, de sauce Robert, cameliue et cretonnée. Le blanc-manger, la galantine côtoient le boussac de iièvre monté avec dodme de verjus.

Naturellement, les convives trop repus tombent malades. Abconrent alors les Maladies, qui abattent la table, les tréteaux, la vaisselle et les escabeaux. Ce jeu, dit le livret) pourm durer l'espace d'une patenôtre ou deux. La leçon, toutefois, ne profite pas, et les écuyers apprêtent uu nouveau festin où figurenl la hure de sanglier, la vinaigrette, la salade, le bouilli lardé, la fine geléoi la perdrix à la trimouiliette, c'est-à-dire avec sauce composée de bouillon, d'oignons hachés, épices^ graine de paradis et sucre autant (pie de raison. Puis viennent les merles et tourterelles et les tartes jacoptnes revêtues de tranches d'orange et de fiHjiiiage fin, le tout arrose de bunne crèiue et llanqué de tronçons d anguilles. Pour dessert, pommes et poires, avelines, cerneaux^ noisettes.

Pendant que chacun se livre à sa gloutonnerie, entre le docteur Prolocuteur, qui débite un sermon aux convives, citant la Bible, saint Jérôme, Tite*>Live, Lycur- -gue et Tércnce. Puis Apoplexie, Pleurésie, Paralysie, Esquinancie, liydropisie, Colique et Jaunisse fondent sur les convives et les couchent à terre. Ils appellent en vain à leur aide leurs serviteurs. Diète, Glystère, Pilule, Saignée, qui appellent à leur tour Hypocrate et Galien, Avicèae et Averroès. Les trois auteurs de cette algarade , Dtner, Souper et Banquet, comparaissent

devant les docteurs. Banquet est condamné à êti e pendu; c'est Diète qui l'exécute. Souper portera dorénavant des gants de plomb, et il laissera toujours six

heures de distance entre lui et Dîner, sous peine de la hart.

Cette leçon diététique, donnée an Roi Louis XII par

son rnédedii La Chcsnayo, ne Uu profita point. Quand il eut épousé Marie d'Angleterre en troisièmes noces, il voulut faire le jeune homme et allonger ses repas ; il mourut comme Banquet, regrettant, mais trop tard, d'avoir passé en toutes choses les bornes de la tempérance.

La Moralité allégorique pure et simple n'offrirait pas un intérêt bien soutenu si on voulait la suivre dans ses infinis développements. 11 y a des Moralités sur des sujets sacrés et sur des sujets profanes ; il y en a de comiques, il y en a de li agnelles ; mais nous non> arrêterons seulement, pour éviter les redites et la monotonie, à la série qui touche aux affaires politiques du temps, et qui offre, par cela même, un caractère spécial.

420 HISTOIBË UNiV£aS£LLE DU THÉATHE.

Les limeurs ûe Pampliicts.— Les Quatre Ages.^ L'Église et la Commune. — La Losstve.^Le Jeu du Gapifol. — Science etAnerie. -*

Hérésie ot rEj^liso.— Mieux-que-Devant.— Les Gens nouveaulx.— La Moralité de Tout le monde,— Le Seigneur de Marchebeaii. — L'Aventureux.— Tliéodore de Bèze.— La Comédie du Pape malade et tirant à sa fin.

Le XVI* siècle prête à la controverse, et partant à la comédie, une pâture nouvelle. Le nivellement léodal est achevé par la royauté : les preux chevaliers marchent toujours bardés de fer, mus ils commencent à devenir deh; courtisans; les fières communes sont démantelées de leurs privilèges; les serfs sont pour la plupart afiranchis. Les idées de la Réforme poussent de tous côtés dans ce terrain fortement labouré; elles deviendront bientôt de grands arbres. L'esprit d'opposition du bourgeois de Paris, que nous avons vu encouragé par Louis XII^ est en partie restreint i>ar François au moms en ce qui le concerne. Il ne veut pas que les bouffons blâment ses dépenses, comme ils avaient nargué l'économie de son prédécesseur ;

mais le moavemeiit est donné, et pourvu que la comédie ne sape point le trône, elle conserve ses franches allures en dépit des fâcheries du Parlement. Le con« cordât du Pape Léon X ne garantit pas le souverain de Rome contre les lardons des fiiiseurs de Sotties, de Farces et de Moralités. Il semble, au contraire, que le souffle de la révolution religieuse ait enfiévré les rimeurs et les joueurs de pamphlets, car ils vont plus loin dans leur audace qu'au temps de l'antagonisme de Louis XII et de Jules IL Les tyrannies de l'Église, les mœurs relâchées des moines, les pilleries des hobereaux, l'ignorance des agents de Tautorité, la misère croissante et la longanimité du bon peuple, désigné sous le sobriquet de Commun, sont attaquées aussi violemment que dans les écrits de Luther. Le Roi, occupé de ses tournois, de ses amours et de ses rêves sur r Italie, entouré d'ailleurs de partisans secrets de la Réforme jusque dans sa famille (sa mère et sa sœur), et jaloux, d'ailleui'S, de plaire aux savants et aux lettrés, laisse Êdre en souriant. Plus tard, il est vrai, il prendra sa revanche et fera brûler Berquîn sur la place Maubert (1529) , procédant ainsi au massacre des inofrensi& Vaudois, qui déshonora sa vieillesse.

La Moralité des Qmire Ages, à quatre personnages, tend à prouver qu'un vit dans le pire des temps et que le beau siècle de la Henaissauce n'est autre chose que ràgedefer.

L'Âge d'or, qui nourrissait les hommes sans soucis, sans deuil, sans impôts et sans guerre, est mis dehors et remplacé par l'Âge d'argent, qui donne à ses sujets

432 HISTOIBE UNIVERSELLE DU THÊATIIE.

des maisons pour s'abriter et des épées pour se dé* feodre. Plus tard il bâtira des châteaux et des palais.

L'Age (1 ail am le surprend au milieu de ses travaux, et le somme, à son tour, d'avoir à vider la place. L'Âge d'airain forgera artillerie pour abattre tours et donjons. 11 tiaiichera les rochers^ il construira des vaisseaux pour aller chercher des riciiesses aux quatre coins du monde. Il enfantera des Achille, des César, des Scipion, mws avant de pouvoir jouir de sa puissance, il se voit lui-même supplanté par un nouveau progrès. L*Âge de fer arrive, et c'est par la fourberie que ce nouveau souverain prétend régner. Il se creusera des chemins sous lerre, il assassmera, il incendiera, et nul ennemi ne saurait résister à sa puissance. Maître du monde il décide de le constituer à son image :

D'abord je veux mettre en l'Eglise Symonie et Papelardise, Lesquelles avec avarice Souvent feront de vertu vice ; Après, je veux que la noblesse Plus que jamais ^on pouplo blesseï Pour charger tiii Iles rt impôts Dossus SOS sujets et supp(^t«;.

Après, vouxquf los marchands Soient sans luy, sans loy....

■Je fais {tiaitler le fils au père Et le frère coutre le frère , Et la fille contre la mère.

Poy rftn A Tautre on ne tiendra.

iA mère sa flUe vendra....

Tel est le tableau Uatteur du règue de TAge de fer.

TiiiîATRE FRANÇAIS. — XVl' SIÈCLE. 423

qui est naturellement le temps présent. L*Age d'airain

so retire eu disant au public :

Conclusion : nobles S^njmou iv,

Si. (lo bref, ne changez vos mœurs,

L'ire de Dieu sur vous viendra.

Pourquoy jv on mot<; exprès te jugement de Dieu est lires.

Dans cette ^foralité ce sont les mœurs générales qui sont prises à partie; dans les Moralités suivantes va se développer cette thèse d'opposition qui sert de corollaire aux prédications luthériennes, compliquant la question religieuse de la question sociale et politique.

UÈglise et la Commune n*est à vrai dire qu'un dialogue de quelques pages entre ces deux symboles. L'Église parait d'abord pour se plaindre qu'on lui a ravi ses biens et qu'on lui fait à plaisir de méchants tours.

Commun arriv e (le peuple) disant :

Je suis Commun» qui vis en pleurs Sansqu*on supporte mes clameurs.

Il ajoute que des misérables l'ont réduit à la mendicité, que le droit et l'équité sont chaque jour violés à son égard. Les seigneurs Vont moulu jusqu*aux osy chair^ sang et peau. L'Église joint ses doléances à celles du peuple, et c'est la noblesse qu'ils accusent de tous leurs maux. Mais il faut se taire par esprit de charité, et vivre dans l'espoir d'un meilleur avenir.

Vive tous ceulx qui par humblesse

Nous ont remys hors de soucy 1 Vive la fleur de gentillesse, Vive la Ûeur de lys aussi I *

Daos la pièce intitulée : VÉgUse^ Noblesse et PaU" vrelé qui font la les^ive^ dame Église s'est réconciliée avec la Noblesse, et c est Commun qui porte tout le faix. £ile lave son linge sale en chantant ; Noblesse lui aide ; Pauvreté est chargée d'étendre le linge et de le faire sécher. Voici ce que dit l'Église ;

C'est inoy, cVst moy qui siiib la mère Eglisp; Cest moy, c'est moy qui faict seule à ma guise. Je saulve et damne & mon intention.

La Noblesse dit à son toui' :

C'c.-t moy qui &uyh Nuhlt ssi' la grand dame. Qui u ay jamais soucy ni crdintP d'ùrae ; Soit bien, soit mal, comme il me plaît est fîiict. C'est moy, c^est moy que cœur mondain enflamme; Cestmoy qui faict allumer feu et flamme.

Puis, quand je veulx, tout soudain est deflkîct

Et le bon peuple ;

C'est moy qui suys poNretè simple et Cresle ; Cestmuy en qui famine, deuil se mesle, Soucy, travail et désolation.

S'èbabit^on si suys defiteite et gresle :

La pluye et vent, la tempeste et la gresle Ke sont toujours en consolation.

Ils conviennent donc de faire ensemble la lessive.

L'Église propose son plan : Ambition donnera le linge, Hypocrisie versera Teau, Avarice allumera le feu.

Noblesse veut que ce soit Richesse et Faveur qui lavent le linge, Amour le séchera, dame Justice le pliera et Rapine le serrera. Pauvreté , résignée d'avance, demande quel sera son rôle. On lui répond

qu*elle étendra le linge. Elle objecte vainement qu'elle ne fait que cela depuis longtemps et qu'elle en a les bras tout cassés. « Va, lui dit l'Église, tu étendras tou» jours, vaille que vaille.

— Hclas! on m'u tant fidt étendre que tous nies membres en sont rompus. — Étends toujours : après. Force viendra pour tout serrer. — C'est cela! répond Pauvreté. »

Loug-lL-mits y a (fii^ par Korcp n'ai rien; Force jadis m'a du tout mis à bas.

La lessive est faite ; on se partage le linge. Pauvreté s'ébahit de la quantité qu'en possède l'Église. Ce sont,

répond celle-ci, des cadeaux que l'on m'a faits. Pauvreté n'a pas de linge ; elle en réclame à l'Église, qui lui demande à son tour si elle lui donnera de l'argent en échange. Alors le bonhomme Commun lâche la bhde à sa langue et dit à l'Église son fait. li lui reproche ses moines gras, frais et papelards, si divers d'habits, qui se ressemblent tous par le cœur, pour attraper soit du blanc, soit du bis :

Puis, quand ils; sont vonus proschcr drs champs,

IJe tout après vtMidpnt conimo marchands.

Disant ({u'ils outgagni' cclii gratis.

Puis vont, in camerà canLaUs,

Boire d'autant boa vin, bon ne leur semble

Pour assouvir leurs trop grands appétits.

L'Eglise rit de l'à-pi opos, et elle avoue qu'elle prend de toutes mains, du mort comme du vif ; qu'elle met, à sa fantaisie, ses enfants au feu et qu'elle les en retire ;

426 lUSTOIÛE UNIVfclRSELLE DU iULATRE.

qu'elle dépense les deniers des pauvres et qu'elle pille

le <:rain quand cela lui [ilait. Noblesse, qui ne veut pas être en reste, détaille ses privilèges dans quatre stances, qui se terminent par ce refrain :

Noblesse bat, et sans être battue.

« Oui, de moi, réplique Pauvreté, car je ne puis m'en venger sans qu'on me jette en prison. »

En somme, la lessive faite et le linge plié, c'est le bon peuple qui porte tout. Le pauvre crocheteur aura pour récompenser sa peine le brouet de la cuisine.

Le Jeu du Capifoî est uuc nouvelle exhibition des mêmes reproches contre l'Église et la Noblesse. Cette fois, le pauvre Commun marche accompagné de Labeur, représentant spécialement le cultivateur des champs. Commun se compare à un essaim d'abeilles qu'on chasse d'arbre en arbre. Requis de dire tout haut ce qu'il a sur le cœur, il aime mieux se taire, de peur qu'O ne lui en cuise Cependant, puisque voilà les trois États rassemblés, il consent à jouer au Capifol avec eux. On tire à la courte paille : c'est Commun qui doit se placer sur la sellette le premier. Il se cache les yeux, tend le dos, et. la main ouverte dessus, il prie au moins qu'on frappe doucement. On lui demande : « De qui te plains-tu? » Et il débite alors son chapelet. Il se plaint de l'Éj^iise, qui renvoie un pauvi e veuf sans enterrer sa femme en terre chrétienne s'il n'a point d'argent. Il se plaint de Noblesse, par qui il est taUlé. battu^ robé, miUilé, pillé, tribouillé barbouillé, et s'il se plaint ou lui dira qu'il a tort.

Quand c'est au tour de Labeur, il se plaint des faux

prélats et des faux prêcheurs : « Pourquoi prèchentils deux seuliers, si ce n'est pour amasser des de« niers? ji II se plaint des gens d*armes qm Noblesse met

sur ses champs,

Oiiiluy font. ]il()iifV'r clKuilth'f Inrmos, TaiU leurs l'aicU saut ors cliDescliaiis.

Le Jeu fini, Labeur dit à son compagnon Commun :

.... Pn»nons en Dieu confort, Car m ceste morti^ saison Uo nous joueront à capifol Jusqu'à mettre la hartau col.

Ce sont les fonctionnaires du gouvernement qui sont spécialement vilipendés dans la Moralité satiiique inti^ tulée : Science et Anerie,

Place! gare! que tout le monde se range! Cette belle dame, si riche en ajustements, c'est Anerie, Anerîe en haute £aveur à la Cour, Ânerle qui distribue les grâces et les bénéfices. Elle en prend, elle en donne, elle en amasse, elle en possède une mine inépuisable. Elle va. elle vient, elle court, et baille pour rien des revenus à ses bons serviteurs. Le Badin (le comique de la Moralité) demande à être poin-vu, attendu qu'il ne sait pas le latin. Dame Science présente en concurrence son derc, qu'elle a instruit elle-même. Anerie. comme de raison, accorde le brevet à l'ignorant.

(E Faire un prêtre d'un tel sot / — Comment? riposte

Badin, mais j'aurai cornette de velours traînant jus-

qu il terre, et tous les bonnets me salueront. — C'est votre habit qu'on saluera. »

— Qui faict 1rs bons clorcs ravaler?

— O'ii fnirt justice mal aller?

— Qui cause tant tl'inipùts nouveaux?

— Qui faict au monde tant de maiilx?

— Qui entretient la piilt rie?

— Conclusion: c'est Ancrye.

Si l'Église est veitement attaquée dans les pièces qui précèdent, elle est défendue à outrance dans la Moralité ayant pour titre : HérAte H rÉglise, à six personnages. Hérésie, Simonie, Force, Scandale et Procès s'étonnent que les portes de l'Église se soient fermées devant eux. Force entrera Tépée à la main dans le temple ; Procès, avec l'argent qu'il tient en bourse.

L'Église se présente résoiùment pendant qu'ils chantent en chœur : attoUite porta$.

Retirez-vous tous, apostats!

Pensez-Tous en l'Eglise saincte Venir soubi religion feinte.

Sans y avoir aultre habitude ?

Ces! cy un lieu de solitude»

Ouvert aux bons, clos aux maulvais.

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