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LES COMÉDIES

La comédie ancienne, qui se résume dans Aristophane, puisque nous ne possédons que de vagues notions sur les autres auteurs comiques de cette période, fut toute politique et satirique. La comédie nouvelle, qui compta Ménandre pour chef, quand le gouvernement des Trente eut défendu de traduire les personnages réels sur la scène, se réfugia exclusivement dans la peinture générale des mœurs. La satire personnelle d'Aristophane qui allait jusqu'à copier par les masques les traits des citoyens pour les livrer à larisée publique, succédant à l'innocente comédie de Chionidès et de Magnés, n'eut pas de peine à faire oublier Gratines et Eupolis, qu'elle trouva en possession de la faveur pu* blique. Dans sa seconde pièce, perdue aujourd'hui, les Babyloniens^ et dans les Acharniem, le nouveau poète attaquait déjà vertement le parti des démagogues et son chefjGéon, qui, pour se venger, lui intentait un procès en usurpation du droit de citoyen. Dans les Chevaliers, Aristophane fait une charge à fond contre cet ennemi tout-puissant. Il se vit contraint de jouerlui-mème le rôle deCiéon, personne n'osant l'accepter. Certes, il fallait une grande audace pour aflubler le personnage le plus

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redouté d'Athènesde la robe d'un esclave paphlagonien et pour le &ire insulter et détrôner par un charcutier insolent et grotesque, c Chère couronne, adieu I s'écrie Cléon en quittant la scène. Qu'un autre te possède, sinon plus grand voleur, du moins plus fortuné 1 »

On a écrit des volumes en Allemagne pour mettre en doute l'honnêteté d'Aristophane ii propos du rôle qu'il donne à Socrate dans sa comédie des Nuées, Les défenseurs d'Aristophane, de leur côté, ont fini, à bout de logique, par déclarer que, dans leur opinion, la mort de Socrate avait été juste et méritée. La vérité est que, partisan des anciennes mœurs, Aristophane haîssût non pas précisément Socrate, mais les rhéteurs en général, qui, selon lui, faussaient l'esprit de la jeunesse en la poussant à l'oubli du devoir, et c'est So* crate le sophiste qu'il attaquait avec sa violence habi* tuelle, comme étant le plus illustre de ses ennemis. Ce jeune homme qui, dans les Nuées^ bat son père, après lui avoir prouvé qu'il agit selon son droit, est une démon.sti atiûn par l'absurde de la pervensité des nouvelles doctrines. Nous retrouvons la critique des sophistes dans les Guêpes ; puis, dans les OUeaux^ le poëte revient à ftistiger la démocratie et ses chefs, ainsi que l'aveugle crédulité des Athéniens. Mais c'est surtout la comédie des GrenouiUes qui donne la mesure de la force et de la verve railleuse d'Aristophane. 6acchus lui-même, ainsi qu'Hercule le vigoureux, tombent sons les quolibets qui ricochent sur Euripide. Le poète va chercher Euripide jusqu'aux enfers pour le faire vaincre par £scbyie.

« Vojrez les hommes que je lui ai livrés, dit Eschyle aux juges du concours infernal : ils n*étaient pas flà-

ncuis, iiitiigaiits, chai latans comme de nos jours: ils ne respiraient que lances et Javelots, casques aux blanches aigrettes, boucliers recouverts de sept peaux... Voilà les sujets que doivent traiter les poètes... C'est à toi qu'est du ce goût de bavardage et d'argulies qui a&it déserter les palestres etcorrompu les jeunes gens avides de pérorer... De quels crimes n'est-il pas l'auteur? N*a-t ilpas mis en scène des entremetteuses, des femmes qui accouchent dans des temples, des sœurs incestueuses ?... » La satire littéraire ne laisse pas teposer, du reste, la satire politique, et le démagogue du jour, Cléophon, y trouve aussi son compte en passant.

C'est surtout dans la comédie d'Aristophane que le masque devenait un accessoire d'une hante importance, puisqu'il devait représenter trait pour trait le personnage bafoué, de ikçon à ce que les spectateurs des gradins les plus élevés pussent le reconnaître tout d'aboi d. Le costume de la comédie, au moins celui des types ridicules, ressemblait à celui des bouffons de carrefours qu'on retrouve sur les vases peints de la Grande Grèce : pantalons collants avec raies de couleur, petites vestes, petits manteaux, nez enluminés, abdomens démesurément arrondis. Quant aux figures fantastiques: les Oiseaux, les Guêpes, les Nuée$, les Grenouilles^ il est probable que le masque suffisait à les désigner. Le chœur comique d'Aristophane se composait de vingt quatre choreutcs celui de la tragédie n'en comptait que douze. Le chœur comi-

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que se livrait à des danses très licencieuses ; le cordax était lapins effrontée de ces danses. Locien) qui a beau-

coup parlé de la danse au point de vue mimique, ne nous a laissé aucun détail sur la partie technique de cet art, et nous ne savons pas de quels éléments elle se composait. Le batteur de mesure, dont les sandales garnies d'une lame de fer marquaient tous les temps en frappant le plancher, comme font nos maîtres de baUet aux répétitions au moyen du bâton dont ils sont armés, devait fort incommoder l'oreille du spectateur. Lucien, qui critique tout, ne critique pourtant pas ce procédé peu ingénieux.

En somme, quoi qu'on ait dit sur Aristophane, c'est le plus vivant et le plus instructif des auteurs comiques de l'antiquité. L'effet de ses audaces, appuyé par un espi il toujours présent et pai une sûreté de uiain imperturbable, devait être prodigieux quand il fondait, les serres ouvertes, sur les spectateurs de ces sanglantes immolations. Rien ne peut nous donner une idée des orages que devaient susciter ces personnalités mordantes, et surtout la violence dois parabases, où Je chœur, abandonnant la fiction et la plaisanterie, s'a* dressait directement au peuple pour lui faire la leçon delapart dupoëte. « Lorsque vous élûtes général le corroyeur paphlagonien, ennemi des dieux, dit la parabase des Nuées, le tonnerre gronda au milieu des éclairs^ la lune se détourna de sa route accoutumée et le soleil, retirant son flambeau, refusa de luire si Gléon était général; cependauL vuus l'avez élu.» Kt ceci se débitait sur la scène pendant que Ciéon occupait le pou-

voir suprême, et peut-être en sa présence. Cette gazette

des scandales athéniens serait un livre bien précieux si l'on retrouvait quelque jour ce qui nous manque des cinquante-quatre comédies d'Aristophane, aujourd'hui réduites à onze.

L'école des auteurs comiques de Sicile, qui a pour chef Ëpicharme, Grec de l'ile de Cos, fixé à la cour du roi HIéron T*', se dédommagea de ne pouvoir attaquer les souverains de la teu e en attaquant ceux du ciel. Elle put, avec une impunité plus grande encore que celle d'Aristophane, bafouer les dieux de cet Olympe vermoulu auquel ou commençait à ne plus croire et charger à outrance les ridicules et les vices que la tradition mythique leur attribuait. Les débauches de Vénus et de Jupiter , la gloutonnerie d'Hercule furent ses thèmes favoris.

Sous le nom de comédie moyenne les anciens critiques ont désigné un groupe très nombreux d'ouvra^^vs, aujourd'hui perdus, qui remplissent le temps écoulé depuis la disparition delà comédie ancienne jusqu'à la conquête d'Athènes par Alexandre le Grand. Cette obscure période aboutit à Ménandre, qui lut regardé comme le chef de la comédie nouvelle. C'est de ce charmant peintre des mœurs de son temps (^ue le poëte ManiUusa dit qu'il montra la vie à la vie ivilœ osiendit viiam) ; ce qui signifie qu'il oilrit à ses contemporains le miroir où ils purent reconnaître leurs traits. LaiiiUbc de Ménandre consola Athènes asservie et lui lit oublier un instant ces hobereaux macédoniens se promenant fièrement sur l'Agora, les cheveux ornés d'une

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L^AMTIQUITÉ ET l/ORlENT. 35

cigale d'or. Elle se prit aux usuriers du Pirée, aux petits gentilshommes campagnards venant vendre euxmêmes leurs denrées sur le marché, aux sycophantes

devenus esclaves, de tyraus qu'ils avaient été sous le régime démocratique,mais toujours intrigants etprocessi£s ; aux héritières d*Âspasie ruinant comme jadis les fils de ilirnille ; à ceux-ci passant leur vie à regarder des combats de coqs nourris d'ailet à s'abrutir dans l'orgie* n représenta le parasite Trasonidès payant son écot en vaiiUtnlises, la courtisane Tliaïs , la Culiiiiène attique, peut-être un portrait desa maîtresse Glycère, TArmande Béjart du poète grec. Condisciple et ami d'Ëpicure, Ménandre plaide à tout propos contre les femmes et contre l'institution du mariage ; il est phiiosuphe à ses moments, et Ton en peut juger en parcourant les fragments très courts qui seuls ont survécu des cent comédies qu'il avait composées. « Quiconque étend sa main vers Tor, dit-il dans le fragment de la Leucadienne, je ?ois à son geste qu'il est prêt à mal foire; 9 et dans le flatteur : a Jamais honnête homme au s'est rapidement enrichi. » M. Villemain a défini d'une façon très pittoresque ces fragments de Ménandre en les appelant « la poussière d'un marbre brisé. » L'édition la i)lus complète des fragments de Ménandre est celle publiée eniSâd, à Berlin, par M. Meineke. La meilleure appréciation du poète athénien delà comédie nouvelle a été faite par M. (juillaume Guizot, dont le remarquable travail fut couronné en 1853 par l'Académie française.

Quel peuple que ce petit peuple grec^ bi grand dans 1 liistoiredu monde! Il a connu toutes les subUmiies de

36 HISTOIBE UNiyfiBSELLE DU THÉÂTRE.

Fart, de la science, de la politique, delà philosophie; et parmi les chefe^'œuvre qu'il a créés dans tous les genres, ce n'est qu'une infime partie de son immense production qu'il nous a été donné de connaître. Que serait doncTensemble si nous pouvions l'embrasser 7 Oii sont les quatre-vingts tragédies d'Eschyle qui nous manquent, les cent de Sophocle , les cinquante-sopt d'Euripide, les quarante-trois comédies d'Aristophane égarées plutôt que perdues, Ménandre absent tout enliui Autant demander où sont les statues de Praxitèle, de Phidias et de Lysippe, que volèrent les Romains en Grèce, que Constantin transporta sur le stade de Byzance et que les iconoclastes et les croisés latins mirent en pièces!

ItfC théâtre reniai n*

La comédie athénienne passa tout entière et de plain-pied, avec ses costumes et ses masques, d'Athè* nés à Rome, importée par le poète Noevius, en même temps que Livius Andronicus essayait de uationaliàer par ses imitations latines les tragédies du temps de Péridès. Ennius, Pacuvius, ^tius arrangèrent aussi les pièces giocques pour l'usage romain ; Ovide lui-

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même écrivit une Médée fort louée par Quintilien. Tout ce répertoire est aujourd'hui perdu. Avant ces importations Rome et Tltalîe n'avdent connu que les improvisations fescéniennes, les farces appelées salurcBy les intermèdes joués par des acteurs sans cothurnes et les atellanes apportées d'Étrurie, où Ton prétend retrouver aujourd'hui Torigine des masques italiens. Remarquons, avant d'aller plus loin, que, si en Grèce c'étaient les citoyens qui formaient la masse des cfaoreutes employés dans les tragédies, sous la haute direction de l'archonte éponjme, tous les emplois du théâtre romain étaient abandonnés aux esdaves et à des histrions de bas étage. Cette affectation exclusive des esclaves aux jeux scéniques, qui se retrouve en Chine et en d'autres lieux de l'Orient, est la source du préjugé qui veut exclure Tart des comédiens de Testime dont jouissent sans conteste tous les autres arts. Les Romains étaient loin de posséder le goût, le sens fin et délicat des Grecs. Chez eux Futile primait en tout l'agréable, et, quand ils avaient traité leurs affaires, ils préféraient les gros plaisirs qui reposent le cerveau aux plaisirs raffinés qui l'excitent. La lutte des chars, les hécatacombes de lions, d'éléphants et de panthères mouchetées ; les naumachies peuplées de monstres marins, au milieu desquels s'entre-cboquaient des flottes ; les combats de taureaux à la mode thessalienne ; la baleine de bois de l'empereur Sévère, des flancs de laquelle s'échappaient cinquante ours courant au milieu du cirque ; Vunion mimée de Pasiphaé avec le taureau crétois^ eui^ent toujours beaucoup

plus d'attraits pour le peuple romain que les urbanités poétiques deTérence.

Si en imitant les pièces grecques les fils de la Louve ne surpassèrent ni £schyle, ni Sophocle, ni Aristophane, en prenant pour modèle les constructions thé&r traies athéniennes ils les laissèrent bien loin en arrière. Ils rentraient là dans leur spéciaUté de l'utile. Qu'était en efFet, sous le rapport du comfort, le théâtre de Bacchus, tant vanté, auprès du théâtre de Pompée, contenant 40,000 spectateurs, auprès de celui de l'édile Marcus Scaurus, qui en recevait 80,000? Scaurus avait dévalisé Sycione, la patrie du statuaire Lvsippe, pour orner son théâtre ; U avait décoré sa scène de 360 colonnes, enlevées aux monuments publics de cette terre conquise et disposées par ses architectes en trois ordres, dont le prenuer se composait de colonnes de marbre et le second de colonnes de cristal. Les statues entre les colonnes étaient au nombre de 3,000. Le théâr tre de Marcellus, l'un des plus petits parmi les théâtres de Rome, contenait encore 2â,000 personnes. Le seul changement qu*effectuèrent les Romains dans la distribution grecque, ce fut d'ôter l'orchestre à la danse pour y faire asseoir les sénateurs et les premiers magistrats.

Même sous la plume des meilleurs écrivains, la comédie latine demeura un reflet de la comédie grecque, par le côté littéraire comme par le côté matériel. Le Romain, encore peu initié aux délicatesses d*un monde poli, s'est soudain pris de passion pour le goût rafliné d'Athènes. Gaïus Julius César, voulant louer Térence

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outre mesure, rappelle un demi-Ménandre (ô dimi^ diaU Mmanderl), Tout au grec et au selattique, Horace ne rend pas à Plante la justice qui lui est due. L'ancien garçon meunier lui paraît trop peuple, et il lui préfère Térence, l'affranchi Carthaginois devenu Tami (le Laelius et du premier Sdpion. La vérité est que les deux poètes ont traduit et imité dans des proportions iliverses ieii comiques grecs, entre autres Ménandre et * Épicharme. Plante a donné plus de rudesse à ses modèles, Térence les a mellifu's; la plume docte et sobre de celui-ci nous a reproduit les propos des patriciens, et celle de son rival a beaucoup emprunté aux conversations de la rue. En prenant à Ménandre la CisteU laria, Plaute fait parler des Romains et non des Grecs, tandis que le doux Térence, en empruntant au même maître Y Eunuque et les Addphe$, est resté grec de la tête aux pieds. Térence vit par son style plus que par sa verve comique ou par ses caractères toujours indécis et incomplets; c*est un poète de salon et de cabinet, tandis que Plaute, en dépit de ses obscénités et de son langage abrupt, est un auteur dramatique plein de mouvement et de vie, qui supporte le voisinage d'Âristophane sans paraître par trop elTacé.

Parlez-moi de Sénèque. Senèque est le véritable auteur dramatique delà décadence romaine. Âu point de vue du théâtre, il est tellement dénué de toute actton et de tout mouvement, que les quelques vers et les quelques maximes heureuses que l'on rencontre çà et là dans ses dix tragédies font à peine oublier ses offienses aux grands tragiques de la Grèce, dont il a si

mal à propos relait les principaux ouvrages. Œdipe ^ Médée^ Agamemnon, les Iroyens, levez-vous et parlez! On a longtemps cru qu'il existait un Sénèque le tragique, différent du philosophe Lucius Annaeus Seneca. Les savants paraissent d'accord pour décider que ces deux auteurs sont bien le même homme. Toutes ces déclamations stoïciennes, ce cùneetto perpétuel introduit dans le vers tragique, cette boursouflure dans les mots, ce vide dans les idées, cette uniformité dans les caractères, font douter que ces pièces aient jamais subi répreuve de la scène. Et cependant Sénèque a fait école non-seulement dans le monde ancien, mais dans le monde moderne. Le théâtre italien et le théâtre français ont été longtemps infectés de cette manie déclamatoire, qui, au dire de W. Schlegel, aurait influé jusque sur le génie de Radne. Racine a bien, il est vrai , emprunté quelques idées à Sénèque et , entre autres, plusieurs détails de sa tragédie de Phèdre (dans la scène de la déclaration, scène si peu grecque et si éloignée de celle d'Euripide) ; mais la solennité de la période racinienne n'a rien à voir, Dieu merci, avec la déclamation ampoulée du philosophé de Crordoue.

Quand le goût blasé du public de Rome abandonna Plaute et Térence, pour se précipiter aux représentations des mimes et des pantomimes, ce fut la décroissance et bientôt la perte de l'art dramatique. Les mimes étaient des pièces très-courtes, dans le genre de nos fiurces du moyen âge ou des posos espagnols; on les écrivait en vers , et , dans la bonne époque,

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sous Jules César, ils se tinrent dans les limites de la plaisanterie à peu près honnête. Labérius et Sjrus furent les auteurs des mimes les mieux accueillis. Ovide, dans le second livre de ses Tristes^ reproche déjà à Auguste d'encourager par sa présence des spectacles honteux. Les sénateurs et les chevaliers assistaient à ces représeiitations, qui admettaient tous les genres, depuis le tragique jusqu'au plus bas comique. Un des attraits de ces mimes fut, sans doute, Tintroduction des femmes dans le personnel récitant. Jusqu'alors on n'avait vu paraître que des hommes sur la scène, même dans les rôles de femmes. Les auteurs (hi temps citent avec éloge une actrice appelée Dyonisia et une autre appelée Phaebé Vocontia. La première avait été engagée au prix de 200,000 sesterces (50,000 francs).

Le succès des pautomimes , en supprimant toute trace de poésie et même de prose sur les théâtres, porta le dernier coup à la littérature dramatique chez les Komains. Les libretti de ces pièces sans paroles furent même écrits et copiés en langue grecque pour les spectateurs des premières précinetions, c'est-à-dire i'our les gens comme il faut. Voilà donc le théâtre revenu à son point de départ^ aux spectacles pour les yeux. Cette nouveauté servait merveilleusement la po<litique de l'empereur Auguste, qui employa le succès de deux célèbres pantomimes, Pylade et Bathyle, comme un dérivatif aux conversations du forum sur la perte des libertés publiques. Il opposa l'uii à l'autre les deux antagonistes, dont les admirateurs se Uvrè-

rent de véritables batailles. Pylade jouait la pantomime sérieuse, et, au dire d'Athénée , il passait pour merveilleux dans son art. Son instruction était fort grande; il avait écrit un livre sur la danse, malheureusement perdu comme tant d'autres. Bafhyle, au contraire, était un mime conuque, ancien esclave de Mécène, très-soutenu par la bonne compagnie et passé maître dans Tart des cabales. La mort prématurée de Bathyle laissa le sceptre à Pylade, qui devint tolleuieiit arrogant qu'un jour, jouant Hercule furieux^ il s'avisa de lancer ses flèches sur le public, et il blessa plusieurs personnes.

Les pantomimes excitèrent plus d'une fois des séditions dans Home, tant fut prononcé le goût qu'on avait pris pour eux, tant leur audace grandit par les applaudissements. Ils furent bannis sous le règne de Tibère, mais Néron les rappela et se fitgloire de partager leurs Jeux et leurs débauches.

Pas un de ces libreiU de mimes et de pantomimes n'est venu jusqu'à nous. On sait seulement que les mythes grecs étaient la source oh ils puisaient. Euripide et Sophocle furent traduits en gestes ; Ovide lui-même dit que ses poëmes furent souvent dansés sur le théâtre :

El mea nmt iMpulosallala poetnata sspe.

Un chœur chanté, souvent en grec, et soutenu pai* des flûtes garnies d'airain, rivalea de la trompette^ remplaça la llùte unique de Livius Andronicus. Le psaltériou, la harpe syrienne , les cymbales et les crotales

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^puyèrent plus éoergiqueioent les évolutions des danseurs.

L'empereur Néron, qui ambitionnait toutes les gloires et qui se ût, comme on sait, comédien, chanteur, lutteur, joaeor de lyre, conducteur de chars, avait près de loi un pantomime qui raccompagnait de ses gestes quand il chantait. La prétention de Thistrion couronné était de réunir tous les talents dans tous les arts. Pour fortifier sa yoix 11 se couchait sur le dos , la poitrine couverte d'une lame de plomb. Suétone nous apprend que c'est à Naples qu'il débuta et que, malgré un tremblement de terre qui ébranla le théâtre , il ne laissa pas d'achever Tair qu'il avait commencé. Il l'ut le {u emier organisateur des applaudissements à gages , que nous nommons aujourd'hui la claque. Cinq mille jeunes gens du peuple, forts et audacieux, «^lidés par quelques jeunes chevaliers, formaient le personnel qu'il employait à ses triomphes. H inventa les différentes manières d'applaudir qu'on appelait les hourdonnemcnts {bomboê) les tuiles iimbrices) et les castagnettes (testasj, La marque distinctive des daqueurs néroniens était une épaisse chevelure et un anneau d'argent qu'ils portaient tous ÙL la main gauche. Leurs chefs recevaient quarante mille sesterces de gages (environ 10,000 fr.). Quand Néron paraissait à Rome dans une salle de spectacle, il se faisait acclamer, et les soldats, se joignant aux daqueurs, le priaient de vouloir bien chanter. C'était un préfet du prétoire qui portait sa harpe. Un » onsulaire auuoni,:ait le programme. Quand l'empereur jouait la tragédie, soit qu'il dût représenter un

héros ou un dieu, son masque reproduisait toujours ses propres traits, afin que personne ne s'y méprît. Il alla donner des représentations jusqu'en Grèce. Il concourut dans toutes les villes pour disputer le prix, qu*il obtenait toujours de la complaisance des juges. Puis il rentrait dans Rome, monté sur le char triomphal d'Auguste , vêtu d'une robe de pourpre et la couronne olympiquesur la tète, environné desesclaqueurs, qui portaient les couronnes gagnées avec des inscrip* lions indicatives.

Les pantomimes avaient fait oublier les vrais corné* diens Roscius et Esopus; ils furent eux-mêmes efi^s par les funambules et les animaux savants. On alla voir nager des femmes nues, d'autres femmes nues danser sur la corde. L'empereur Héliogabale joua lui-même tout nu le rôle de Vénus. La sensibilité du public s'oblitérait de plus en plus. On ûnit par mêler les meurtres réels aux jeux scéniques. Tertullien raconte que, dans une représentation pantomime d'Hmrcule furieux, on brûla un homme vivant ; c'était un criminel condamné à mort qu'on faisait ainsi servir au divertissement de ce peuple blasé sur les carnages des gladiateurs. Quœ fuerat fabula, pœna fuit, dit tranquillement Martial en rappelant cette impudente offense à l'art et à la justice.

C'est contre les mille infamies de cette espèce que tonnaient les Pères de la primitive église, après que rétoile de Betbléem se fiit levée dans ce ciel éteint du monde antique qui allait finir pour laite place au monde chrétien.

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l'amtiquité et l'orient.

MiKu WÊÈmémmm et leur théAtrc*

Ce pays bien-aimé du soleil, qui produit les perles, les saphirs et les diamants, et dont les fleuves roulent de For ; ce jardin du monde, dévasté depuis tant de siècles par des maîtres étrangers venus tour à tour de la Grèce, de T Arabie, de la Mongolie, de la Perse et des îles Britanniques, eut une période de liberté et d'autonomie sous les dynasties primitives.

Avant l'invasion d'Alexandre et de ses Macédoniens, rinde> divisée en mie foule de petits royaumes, possédait une civilisation très avancée. Les quatre védas , hymnes antiques, les premiers monuments de la littérature indienne, existaient quatorze cents ans avant notre ère, et, aux temps antébistoriques, la langue dans lac^ueUe ils sont écrits devenait, par l'émigration des Arias, la kmgue mère de tous les idiomes de l'Europe.

Le théfttre, chez les Hindous, appartient à la seconde phase du développement de la poésie sanscrite. Le drame, en sanscrit, se nomme nâtaka ; le mot ndla signifie danseur, ce qui donne à penser que dans l'Inde, comme en Grèce, l'art dramatique est issu de la danse, et que d'abord il était exclusivement destiné aux fêtes des dieux.

46 HISTOtBE imiVERSELLE DU THÉÂTRE.

On a bâti, surtout en Allemagne, bien des théories sur le théâtre des Hindous, et, malgré les textes qui

aflirment sa haute antiquité, (juelques savants ont |)rétendu qu'il n'était qu'une imitation du théâtre grec apporté dans les Indes par l'armée d'Alexandre. Un seul fait détruit ce système. Il n'existe aucune ressemblance entre les deux théâtres. Le drame indien est de tous les drames celui qui porte le plus l'empreinte nationale ; il ne touche par aucun point aux arts étrangers; il se meut, sans jamais varier, dans sa propre histoire, dans sa mythologie , dans la tradition de ses mœurs antiques et de ses lois , aussi vieilles que le monde. La complication de sa poétique suliii ait à elle seule, comparée à la simpUcité de la poétique grecque, pour prouver sa par&ite autonomie. Les Aristotes indiens ont applique au théâtre la loi des castes, qui régit leur société religieuse et civile. Les transformations de leur drame ne sont pas moûidres que celles de \eLiih dieux et déesses. Leui' ujusiquc elle-mè[ne s(^ compose de quatre-vingt-quatre modes appropriés aux sensations que le poète veut produire , de même que Icul architecture compte soixante-quatre sortes de bases pour les colonnes. Chacun des sentiments exprimés dans le drame a un nom, et la réunion de plusieurs sentiments porte un autre nom. Le vers sanscrit peut contenir jusqu'à cinquante-sept syllabes. Les pièces nobles ont leurs subdivisions, qui admettent plus ou moins de noblesse. La durée, le nombre d'actes, qui peut s'élever jusqu'à dix, le genre de style, la dose de chant, de danse, de comique, d'intrigue ,

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tout cela est scrupuleusement pesé à la balance. Ces dassifications donnent vingt-huit sortes de drames ou

de roiuédies. Le caractère d un héros a quuiantc-iiuit manières d'être , et les passions ne sont pas en reste. Y a-t-il assez loin de cette complication à la simplicité grecque?

On a voulu prouver aussi que le drame indien n'est antérieur que d'un siècle à notre ère, par la raison que les plus anciens drames que nous possédons sont ceux de Caiidàsa, Vune des neuf perles , c'est-à-dire des neuf poètes célèbres qui vivaient à la cour du roi Yikrama. Mais , d'abord, combien de souverains dans rinde portèrent ce surnoui et non pas ce nom, car vikrama^ en sanscrit, veut dire énergie 9 et puis, parce que nous ne possédons pas de pièces antérieures , estce une raison pour prétendre qu'il n'eu existe pas , et cela contrairement au dire des missionnaires et en dépit des traditions locales? Nous sommes encore très-pauvres en pièces di aiiiuliqiiLs hindoues. On connaît Sacountalai traduite en par William Jones, et les six drames suivis d'analyses dont on doit la publication à M. H. Wilson, secrétaire de la Société asiatique du Bengale, et qui furent retraduits de l'anglais en français. Sacouniala est un merveilleux poëme dramatique de Tillustre Galidàsa, qui écrivit aussi le Héros et Ut nymplie»

Les deux volumes de M. Wilson contiennent en outre le Chariot â! enfant^ du roi Soudraka, si poéti*

queuient mis en rimes par Méry, et le Mariage par f eurprise^ de Bavabbouti, le plus célèbre dramatiste

48 HISTOntB UNIVERSELLE BU THÉATBE.

après Calidâsa ; on doit encore à Bavabhouti V Histoire du grand Héros ou l'Histoire de Bama. Le livre de Wilson contient aussi Ratnavaliy ou le CoUier, écrit par le roi de Cachemir Sri Harcha Déva. Voici le portrait que , dans le Chariot d'enfant ^ le directeur de spectade trace de son auteur, le roi Soudraka : c II avait la majesté de l'éléphant, ses yeux étaient vifs comme ceux de la perdrix , son visage avût Téclat de la pleine lune. Âprès avoir accompli le grand sacrifice du chev il, arrivé à l'âge de cent ans il entra dans le feu du bûcher, » c'est-à-dire qu'il termina sa vie par le suicide.

Pour lire avec intérêt les pièces indiennes , il faut d'abord connaître la mythologie brahmanique et les noms des arbres et des fleurs de ces contrées, car ils reviennent continuellement dans le récit. Â chaque instant , sous Vombre épaisse des grands bois de manguiers et des arbres aux perles odorantes^ parmi les saptachadas aux sept pétales , le nagae^r consacré à Tamour, Vochaddy qui n'exhale ses parfums que la nuit , passent des troupes de jeunes filles le corps pai fùmé de kaliyaka , les seins frottés de santal et parés d'un fil de perles , la bouche embaumée d'asava^ agitant leur épaisse chevelure qui exhale les senteurs de Vagourou, Elles s'asseyent et suspendent le bruit des bracelets de grelots qui sonnent au bas de leurs jambes; elles tournent de toute pai t leurs yeux pleins de langueur, semblables à la fleur de lotus. Le bourdonnement des abeilles, le chant enivrant des kokilas per* chés sur la cime des bourdjaSj sont connue autant de

l'antiquité et l'orient. 4^^

flèches lancées par Kama-Déra , le dieu de l'amottr ,

fils du Ciel et de l'Illusion.

Dans la mythologie indienne, plus encore que dans la mythologie grecque, tonte la création s'incarne dans

la personne de quelque divinité faite homme. Déjà soumis aux. lois de la triade brahmanique^ les pauvres mortels sont tourmentés par une foule de dieux secondaires, enirc lesquels brille au premier rang Indra, roi du firmament, armé de son tonnerre et de son arc; cet arc inoilénsif est l'arc^en-ciel. Les étoiles sont ses yeux. Il passe sa vie à voir danser les Âpsaras, ses bayadères, nées de la mer comme la Vénus Aphrodite. Indra les envoie souvent sur la terre pour séduire les hommes. Les Asouras^ démons ennemis des dieux, guettent les bayadères célestes quand elles s'abattent sur la planète terrestre, et ils les enlèvent. C'est une aventure de ce genre qui forme le sujet du drame de Calidâsa , intitulé Vikrama et Ourvaci, ou le Héros et ia Nymphe.

La pièce de Calidâsa commence d'une ikçon trèsmouvementée par une scène où les Apsaras supplient le roi Pourouravas de les défendre contre l'insolence des Asouras, qui viennent de ravir leur compagne, la belle Oûrvad , sur les sommets de THémacouta (le Pic d'Or). Le roi, qui chasse dans les âpres montagnes de rUimalaya,s*élance sur son char et reparait bientôt portant dans ses bras la fille du ciel évanouie. Le chef des gandliaran j c'est-ù-diie des musiciens célestes, accourt remercier le héros de la part d'Indra.

Le roi Pourouravas, revenu dans son palais, ne

songe qu'à la nymphe qu'il a sauvée. Sa femme, jalouse, s'aperçoit de sa préoccupation et l'observo. Tout à coup) pendant que le roi pleure l'oubli et ringratitude de la nymphe, Ourvad parait dans les airs ; elle cueille une feuille de bordja (espèce de bouleau qui sert à la fabrication du papier), et sur cette feuille elle écrit quelques lignes qu'elle laisse tomber aux pieds du roi. Puis elle se rend visible et sollicite de Pourou-* ravas son secours contre un nouvel ennemi. — Quel est cet ennemi? — L'amour. — Mais Theore s'écoule, la belle Apsara est forcée de remonter au ciel, car elle joue le soir même dans le palais d'Indra. C'est 1 anachorète Bharata(l'inventeur du drame selon la tradition hindoue) qui a composé la pièce que les Apsaras dansent et récitent dans le palais céleste d'Amaravati. Ce drame, que jouent les bayadères d'Indra, a pour sujet le mariage de Lakchmi, la déesse de la prospérité et de la fortune, qui choisit Vichnou pour époux. La nympiie Uurvaci, qui représente le personnage de Lakchmi et qui ne songe qu'à son amant terrestre, au lieu de répondre : c Vichnou, )» quand sou interlocuteur lui demande qui elle aime, prononce le nom de Pourouravas.Pour sa punition elle est condamnée à un exîl sur la terre, et par compensation Indra lui permet de céder à son amour pour le roi Pourouravas, à condition qu'elle reviendra dans le àel le jour où le roi aura vu le fils qu'elle lui donnera.

Voilà Ourvaci chez son royal amant. Avec la docilité des époubcs indiennes, la reine permet l'union de son mari et de la nymphe exilée du ciel. Les nouveaux

l'antiquité et l'oment. m

conjoints vont passer leur lime de miel sur les luiuteurs du GandhamadiDa. Le quatrième acte^ où ce pèleiv

nage s'accomplit, est tout entier en musique et en ballet. Oui'vaci disparait tout à coup aux regards de son époux, quî| après l'avoir vainement et longtemps cherehée, la pleure amèrement. Elle a été changée en liane par le dieu de la guerre pour avoir pénétré dans cette forêt consacrée.

Guidé par son amour et par un rubis magique, qu'on appelle le rubis de la rt union, le roi rend sa forme première à la nymphe d la taille cambrée^ et il jure que le rubis protecteur brillera désormais sur sa tète comme le croissant de la lune sur le front de Siva.

De retour dans son palais, après un temps indéterminé, qui a permis au fils né de la nymphe et du roi de grandir, Pourouravas perd son rubis. Un vautour l a emporté croyant emporter un lambeau de chair. Biais le vautour est tué par la flèche d'un en&nt ; et cet enfant est celui d*Ourvacl et du roi. Quand Pourouravas a reconnu son lils, l'Âpsara se voit contrainte de retourner au del. Le roi Invoque la pitié d'Indra, qui consent à lui laisser la nymphe aussi longtemps que durera sa vie.

Ce poème dramatisé est plein de fraîcheur et de grâce. L'amour s'y exprime avec une délicatesse extrême ; les principaux personnages, le roi, la belle Oui'vaci, la reine Ancinari, sont des figures dessinées par un habile puiceau sur un fond lunûneux comme le ciel du Bengale.

SacQuntala est une pièce du même ordre que le

52 HISTOIBE UKIV£BS£LLE DU THÉÂTRE.

Héros et la Nymphe , c*est le Ndtaka , la pièce par excellence, où le protagoniste est toujours ou un monarque, comme Pourouravas et Douchmanta, ou un dieu, ou un demi-dieu. L'intrigue du Ndtaka^ d'après la poétique indienne, doit être simple ; toutes les scènes doivent ressortir du sujet. Sacountala, traduite à plusieurs reprises, analysée et commentée par M. de Lamartine, représentée en ballet à 1 Opéra, est une œuvre de haute valeur qui mérite de tout point sa réputation. L'élégante version de M. de Ohézy a un peu subi la toilette française; si le lecteur veut goûter toute la saveur du sanscrit, il doit recourir à la récente version de M. Fauche, aussi littérale que peut l'être la traduction d'une lauprue orientale. M. de Lamartine dit avoir retrouvé Isomère, Théocrite et le Tasse dans l'épisode du Mahabharata, d*où est tiré le drame de Galidàsa; tout en louant le drame, il parait l'estimer à un moins haut prix que le poëme, qui aurait à ses yeux plus de virilité antique. Pour moi le drame de Gatidàsa ne se ressent nullement du raflinement d'esprit qu'on a voulu y trouver. Lu dans une traduction littérale, comme celle de M. Fauche, il conserve toute la verdeur de son origine. C'est M. de Ghézy qui a civilisé le poëte indien. A cette époque le goût pu])]ic demandait plutôt une interprétation qu'une copie fidèle. Cette façon d*interpréter a sans nul doute influé sur la critique de M* de Lamartine, si bon juge en matière de poésie.

La Sacountala de Calidàsa a toutes les grâces de oe pays de lumière et de parfums. Elle porte avec elle

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