L'ANTIQUITÉ ET L'<»IENT
beaucoux) d'art. Les caractèri s y sont surtout reoiai^quables : Tcharoudatta qui, malgré sa détresse, donne son vêtement, faute de mieux^ au messager qui vient lui apporter des nouvelles de la courtisane ; cette charmante Vasantaséna, modèle de délicatesse et de passion ; le brahmane Métreppa, le çradaso de la pièce; le beau-frère du radjah , jeune débauché , assassin de Yasantaséna et accusateur du pauvre Tcharoudatta ; Sarvillaka, le voleur par amour, qui tâche de racheter sa faute par son l epentir ; le bouddhiste mendiant, qui rappelle à la vie la courtisane et la produit devant les juges, risquant sa propre tôte pour sauver l'innocent, sont des personnages vrais, peints avec des touches très>fermes et très-pittoresques. La scène du tribunal nous montre ce qu'était la justice sous le règne de ces radjahs indiens (il ne fiiut pas oublier que c est un roi qui a écrit la pièce). On voit dans cette pièce le beau-irère du souverain, l'assassin qui vient charger un innocent du poids de son meurtre, slntroduiie sans façon au milieu des juges, obtenir par la menace que sa cause soit examinée toute aiTaire ces* santé, chasser le greffier de son siège pour s'y installer commodément , puis aller s'asseoir paimi les magistrats et appuyer ses mains sur la tète d'un juge pour mieux se reposer.
Lu drame composé par le rui de Cachemir Sri Harclia Dé va, sous le titre de lialnavalif ou le Collier, est un marivaudage indien très-curieux comme reproduction des mœurb et du langage de cette époque, de beaucoup postérieure au temps de Calidâsa et de Bhavabhouti*
Nous sommes au pi inlenips, à Cosambi, dans les Ktats du roi Vatsa, qui régnait au commencement du xii*' siècle de notre ère. Un des amusements de cette fête du printemps, qui s'est conservée jusqu'à nos jours sous le nom de Holi, et qui rappelle le carnaval romain, consiste à se jeter au visage, avec des tubes, de Teau de senteur ou une poudre line colorée de safran et de santal.
La terre qui reçoit cette pluie de parfums, dit l'un des personnages de Ilotnavali^ présente l apparence d'un vaste tapis de lard (le fard des Indiens est jaune). On voit briller les diadèmes des femmes à travers le brouillard de celle poussière d'or, el l'oii entend résonner les grelots attachés à leurs pieds. Dans le cortège des femmes de la reine se trouve une princesse inconnue , cachée sous le costume d'une esclave. C'est la ûlle d'un roi voisin, qui la destinait à devenir la seconde épouse du roi Vatsa. Elle a fidt naufirage en venant de son pays. Elle est entrée, au palais sous un faux nom, alin d'étudier le mari que la politique de son père loi destine. La reine éprouve une méfiance instinctive contre cette étran* ijère si belle, qu'elle ne connaît que sous le nom einprunté de Sagarika. Le roi n'a pas été le dernier à remarquer la belle suivante et il lui a donné un rendez* vous de nuit dans les jardins du palais. L heure vient, et au lieu de la suivante c'est la reine elle-même qui se présente sous les habits de Sagarika.
— Ma bien aimée, lui dit le roi Vatsa, ton visage est aussi radieux que la lune, tes yeux sont des boutons de
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iûtus. Viens dans mes bras et calme la fièvre dont m'accable le dieu d'amour.
— Croye^moi toujours Sagarika, mon bon seigneur, répond la reine en rejetant son voile, puisque son image remplit à ce point votre cœur.
Le feu prend au palais, où la pauvre Sagarika a étâ enchaînée ])ar ordre de la leiuc; le roi la sauve, et l'identité de Ratnavali, la fille du roi de Sinhala, est bientôt certifiée par les ambassadeurs de ce pays* La reine Vasavadatta embrasse la seconde épouse de son mari, et consent à vivre auprès d'elle comme une sœur.
Le thé&tre indien se complète par une série de
farces (jprahasana)^ qui n'ont pas grande valeur par elles-mêmes, mais qui indiquent le mouvement satiriqoe des idées. La critique porte toujours sur les brahmanes ou sur les princes, les seules influences dans cette société de castes. Les forces se jouaient aux grandes fêtes et accompagnaient sans doute les drames, comme chez les Grecs et chez les nations européennes du moyen âge. Le Dhourta nartaka peint les ridicules des religieux sivistes; le Douriha sanuKjama montre deux pi ètres mendiants se disputant la possession d'une courtisane, et un brahmane pris par eux pour juge qui décide que la demoiselle restera sous garde jusi^u'à ce qu'il ait débrouillé le procès. La comédie d'Hasyarnava se moque des ministres et du commandant en chef des troupes, qui revêt son armure de fîuerre pour couper une sangsue eii deux. La plus hardie de ces farces est la Cotouka
6d mSTOmË UNIVERSELLË DU TEÉATBE.
Sarvasava, dirigée à la Ibis contre les rois et les brahmanes. « Les qualités de notre souverain, dit Tun des brahmanes, sont Famour de l'injustice , rivrognerie, la passion pour les femmes des autres, Testime pour les méchants et k haine contre la vertu. Le roi est insensé, ses conseillers sont des fripons et ses ministres des misérables. c^)iiant aux mythes religieux, ils n'enseignent que l'immoralité. Indra trompe la femme de Gôtama, Tchandra enlève réponse de son gourou (père spirituel), Yama séduit la femme de Pandou, Madhava débauche les femmes des bergers du pays qu'il habite. » Le roi dénoue la pièce en ordonnant que le vice sera proclamé vertu au son du tambour. Cette iarce est l'œuvre d'un pandit, ou proiesseur de Tordre des brahmanes; elle fut représentée à la fête d'automne du Dourgapoudja, dans le Bengale.
Le théâtre des IIuilIuus est, comme on voit, le produit d'une civilisation très-railinée, et qui pousse la complication des moyens jusque dans ses limites extrêmes. Une constante moralité anime ces compositions, que distingue une grande recherche de pensée et de style. Chaque pièce marche escortée de son prologue, qui, dans une invocation traditionnelle, place l'auteur et son œuvre sous la protection de Brahma, de Vichnou ou de Siva. Les personnages parlent, selon leur caste et leur rang, en vers sanscrits ou bien en langage vulgaire. La partie matérielle ne répond pas malheureusement à la hauteur de vue qui préside à la composition des pièces. Les théâtres dans Tlnde sont niiLvïQ aujourd'hui des échaiaudages, dressés sur les
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places publiques ou dans les cours des maisons. L'azur
du ciel sert seul d'abri aux spectateurs de toutes classes, qui s'asseyent comme ils peuvent sur la terre nue, sur une natte ou sur un lambeau de tapis. Les femmes qui paraissaient jadis sur le théâtre furent remplacées par de jeunes garçons lors de la conquête musulmane. Une autre bizarrerie locale, c'est la présence sur la scène de deux personnages qui ne font pas partie de l'action, et qui amusent le public comme les clowns, en Angleterre, au temps de la reine Elisabeth, quand le thé&tre reste un instant vide pour laisser sortir les acteurs ou pour un changement de décor. Ces personnages sont ï interprète et V introducteur (le vichcambhaka et le pravesaka). Les auteurs modernes ont mêlé ces personnages à Faction pour donner à la scène plus de liaison et de vraisemblance.
La musique et la danse ont toujours joué un grand rôle dans les pièces hindoues. Les compositeurs de rinde, comme ceux de la Chine, doivent se renfermer strictement dans les canons qui règlent les lois de cet art, et, au lieu de chercher du nouveau, s'efforcer de revenir à l'ancienne musique, réputée la plus belle, et à laquelle la tradition religieuse prête une naissance divine. Le rhythme poétique sert toujours de régulateur au rliythiiie mu^^^ical^ Luimiic chez les Grecs et chez les Romains. L'indien ne reconnaît d'autre harmonie que Foctave ou Tunisson. Les phrases musicales sont courtes, la t' nalité est uniforme; dans les orchestres dommeut les tambours, les trompettes et les cymbales.
Les principaux instruments à corde sont le tom->
68 HISTOIRE UNIVERSELLE DU THÉÂTRfi.
poura, espèce de guitare, premier rudiment de tous
les instruments de cette famille, et la vina^ long bambou monte de sept cordes, dont deux d'acier, et garni de chevalets mobiles. Les instruments à archets, comme la sermda, sont d'invention moderne. La danse partage l'origine céleste de la musique; elle est cultivée Qon'-seulement au théâtre , mais dans l'intérieur des pagodes sacrées, à l'imitation d'Indra, qui forma les groupes des apsaras pour le divertissement des dieux. Les danseuses constituent tout le ballet indien; les hommes n'y paraissent que comme bouffons pour la partie mimique, encore a-t-on soin de les habiller eu femmes.
Les bayadères ou devadâm voyagent de ville en
ville avec les troupes de comédiens, et jamais leur con» dition n'a été servile ; celles du Nord sont les plus renommées pour leur beauté. Paris se souvient d'avoir vu en i838 une troupe de ces âevaddsU, venue du Coromandel, accompagnées dans leurs évolutions par trois musiciens qui dirigeaient leurs mouvements. Les Parisiens trouvèrent la chorégraphie hindoue un peu monotone; mais ils admirèrent les grâces de la belle Àmmani, dont Baixe exécutala statuette. Cette
danse, plus mimique que saltatoire, dépaysa les amateurs deiitiecliats. Lcb Anglais de l'Inde, plus liabitués à ces poses souples et élégantes , variées à 1 mlini , en font un éloge peut-être exagéré.
l'antiquité et l'owent.
Malgré les steamers réguliers allant de France aux ports de rEmpire-Ccleste, malgré les souvenirs de l'Exposition universelle et la présence d'une foule de C9iinois dans nos villes, le bon peuple français voit
toujoLi s dans les sujets du fils du ciel des magots ventrus qui lui tirent la langue et qui sont tout prêts à le divertir par de bouffonnes excentricités. Il accorde Incn à la rigueur un peu de sérieux à l'Indien, dont la iigure basanée lui rappelle les mélodrames du bon temps; mais le Chinois, avec ses queues nattées et ses yeux fendus en amande, avec les bâtonnets d'îvoi^ qui lui servent à manger son dîner coupé en petits morceaux dans une assiette ornée de monstres &ntastiques, lui semble toujours souvermnement grotesque. Peu importe que cette race inventive ait connu avant nous la poudre à canon et que nous lui ayons emprunté après des siècles d'usage le système dédmal appliqué aux mesures , peu importe que cette nation ait précédé toutes les nations du monde dans la civilisation et que la sienne remonte authentiquement à 2600 ans avant Jésus-Christ , il est convenu qu*elle doit nous taire rire, et i on rit quand même du Chou* King du grand philosophe Confiicius, le livre de mo-
70 iiisTOiBE univi;ksëll£ du tuj1;atr£.
raie par excellence, dont le nom seul est, paraît-il, si plaisant. 0 Athéniens du boulevard si enclins à rire de tout ce que vous ne savez pas , ce qui foit de vous le peuple le plus rieur de la tci i o, apprenez donc que les anciennes lois morales de ces illustres magots sont les plus sages et les plus démocratiques de toutes les lois ; car elles sont fondées sur Tamélioration de soi-même, sur la chai ité et sur la fraternité.
« Ce que le ciel voit et entend n'est que ce que le peuple voit et entend. Ce que le peuple juge digne de récompense et de punition est ce que le ciel veut punir et récompenser. Il y a une communication intime entre le ciel et le peuple. » Voilà ce que dit le Ta-Hio, ou la Grande Etude, l'im des livres classitjues de Khoung- Fou-Tseu, dont on a latinisé le nom en rappelant Coniiicius. Si les empereurs tatars se sont mis au-dessus des lois en proclamant des édits contraires aux principes, c'est un lait de la conquête qu'il ne faut pas reprocher au peuple conquis. Le thé&tre en Chine re* produit naturellement Tétat social, comme partout, et, au point de vue historique, il me parait plus instructif que les mémoires des savants. Aujourd'hui que la langue chinoise se propage en France pour les besoins de la politique et du commerce, nous alluiis sans doute pouvoir ajouter de nombreux matériaux à ceux que nous possédons déjà. MM. Wilson et Davis en Angle» terre, et en France le père Prémai e, missionnaire du dernier siècle, MM. Stanislas Julien, Pauthier et Bazin, sont à peu près les seuls qui nous aient donné des pièces chinoises traduites. Ce répertoire chinois est
l'antiquité et l'orient. 71
immense, et pourtant nous n'avons encore entre les
mains qu'une quinzaine de pièces in extenso, sans compter les analyses contenues dans le Siècle des Youen publié en 1850 par Bazin.
Le pèreCibot, missioauaire à la Chine, fait remonter le théâtre chinois à dix-sept siècles et demi avant rère chrétienne. Les sinologues modernes, se fondant surun passage de Thistoiredes Thangoùil estquestion de composer des pièces régulières pour y introduire la musique nouvelle de Tempereur Hiouen-Tsong, affirment que le théâtre en Chine ne date pas de plus loin que le vin® siècle après J.-G. Et comme cette prétention est absolument contraire à l'histoire elle-même puisque du temps de Confucius il est question de comédiens décapités pour avoir insulté par des allusions dans leurs jeux la mère d'un souverain, on avance que les pièces anciennes n'étaient que des pantomimes. Comme de raison, on ne donne pas la preuve de cette assertion toute gratuite, que d'un moment à l'autre va venir mettre à néant Tarrivée de Tanden répertoire chinois, que nous attendons avec le répertoire japonais. Celui-ci, très -considérable en nombre, est complètement ignoré de r£urope.
Ce que nous possédons de comédies chinoises rentre donc dans ce qu'on ai)pelle les comédies régulières et appartient au recueil intitulé : a Les cent pièces composées sous la dynastie des Youen, » c'est^-dire au XIII* siècle de notre ère. Ce répertoire est contemporain de saint Louis, et il a chez nous pour pendant le répertoire des Trouvères.
72 HISTOIRE UNIVERSELLE DU THÉàTBE*
Le premier priru ipe du théâtre chinois, c'est d'être moral. Toute pièce qui ne se fonde pas sur une peusée morale est regardée comme manquant de base. Pour arriver au complet développement de la moralité, les Chinois ont mtroduit dans leur drame un personnage spécial, lepersonnagequi chante» C'est ordinairement le héros ou l'héroïne de la pîèee qui, tout à coup, quitte le ton du récit pour prendre ^celui du lyrisme musical. Soutenu par Forchestre, ce personnage tâche de donner à sa voix une noblesse et une pompe sen* ton lieuse qui rappellent les chœurs de la tragédie grecque. Le crime est toujours puni et la vertu récompensée, comme dans nos drames du boulevard. Lea vertus spécialement louées au théâtre comme dans la société chinoise sont celles de la Êuniile, le respect pour les père et mère, la dévotion pour les restes des ancêtres. Un culte particulier est réservé par les fils à la mémoùe des aïeux, ce qui fait considérer comme le plus grand des malheurs la privation d'enâmts. La loi qui permet au mari de prendre plusieurs épouses inférieures, tout en conservant la suprématie delà première lemme, apporte un singulier élément dans les relations sociales. Il en est de même de Tintroduction des coui tibanes lettrées, qui passent des examens et jouissent de certains privilèges. Elles doivent être belles, conndtre la musique^ la danse , l'histoire et la philosophie. Elles doivent savoir écrire tous les caractères contenus dans le livre du philosophe Lao-Tseu. Après leur réception dans le disiriet vert $t rouge, elles sont déclarées femmes libres et lé-
l'antiquité et l'orient. 73
gaiement affranchies de tous les devoirs auxquels est
soumise la jeune fille ou la femme mariée. La différence radicale qui distingue la société chinoise le la société indienne, c'est que la seconde repose sur la loi des castes, et la première sur rélection.
La oritique de la comédie chinoise mord principalement sur les juges, qui» bien que nommés au concours, ne paraissent pas (tre toujours de la plus scrupuleuse équité. Quant aux épouses chinoises, contiairement à ce que l'on en pense vulgairement chez nous, les récentes observations des Européens qui habitentle pays tendent à prouver qu'elles sont généralement chastes et attachées à leurs devoirs. C'est ainsi, du reste, que le théâtre nous les montre.
La classe des entremetteuses de mariages est aussi Tune des singularités de la société chinoise; elle joue un grand rôle au théâtre, mais ce personnage n'a rien de dégradé et ne rappelle ni la merctrix des Latins, ni la ruiliana de Tltalie , ni Talcahuete , ni 1 alcoviteira des Espagnols et des Portugais.
M. d'Escayrac de Lauture, qui a Mt avec l'armée française la campagne de Pékin, nous donne dans ses curieux mémoires une suite de dessins représentant les costumes des comédiens chinois et la forme d'un éli'gant théâtre. Les musiciens sont au fond, les acteurs groupés sur i'avant-scène. L'ouverture de la scène est entourée de tablettes couvertes d'inscriptions morales disant, par exemple, que « par le spectacle de la vertu passée on excite les hommes actuels à la vertu, et que, par le spectacle des crimes passés , on inspire aux
hommes actuels l'horreur du crime. » Les acteurs dessinés par M. d'Ëscayrac de Laatiire sont vêtus comme les héros des dynasties antiques que nous voyons sur les vieilles porcelaines. Leurs visages sont enluminés de couleurs tranchantes, du plus bizarre aspect. « Us se tatouent de noir, de rouge, de blanc (dit M. d'Escayrac), pour représenter des héros, des eunuques ou des femmes. A Sou*Tchéou,les femmes paraissent sur la scène; en général, cependant, ce sont de jeunes garçons qui en remplissent le rôle. Une parole chevrotante, une marche chancelante, des regards langoureux et des allures timidement lascives suffisent à l'illusion des spectateurs. » Et, plus loin, M. d'Escayrac ajoute : « Il y a des troupes de comédiens qui résident dans les grandes villes ; presque toujours, cependant, ces troupes sont ambulantes... ; on les loue pour une fête religieuse, pour une fête civile, pour une réunion d'amis ou pour en régaler le public. Quand le speo» tacle se donne dans un temple, le petit peuple ne paye pas ; ceux qui se placent d^ns les galeries ou dans les loges doivent, si le spectacle est donné par les prêtres, leur faire quelque aumône. Ils peuvent toujours en offrir aux comédiens dont le salaire est plus que modique. Une troupe de trente individus reçoit, pour une représentation du matin et une représentation du soir, de cent à cent cinquante francs seulement. Ils ont cependant à se pourvoir de costumes, d'instruments de musique et de divers objets, i»
A Pékin , il existe une rue des théâtres où Ton compte six troupes permanentes jouant tous les jours
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des drames et des pièces mêlées de musique. Dans le Sud de r£mpire, on en est encore aux échaÊEiudages, comme dans Tlnde.
Ajoutons à l'article des comédiens qu'étant exclusivement recrutés parmi les esclaves, ils ne jouissent pas d'une grande considération. Ce sont^ pour la plupart, des enfants achetés à leurs parents ou volés.
La religion n'est pas un obstacle à la verve satirique des aoteurs comiques chinois. Dans ce pays, on admet jusqu'à trois cultes officiels, (^ui, parfois, se confondent en un seul, mais qui pourtant ont leurs temples particuliers. Ces cultes sont : celui du Tao ou le culte impérial, qui comprend dans son adoration le ciel, la terre et les aïeux ; celui de Confucius, plus philosophique que religieux, et celui de Bouddha, le plus populaire de tous et le plus moral. La doctrine de Bouddha , iiinsique notre Évangile, veut qu'on rende le bien pour le mal. < Le sage , dit^elle , est comme le bois de santal qui parfliroe la hache qui le coupe. » L'État r este neutre au milieu de ces croyances , ou plutôt il les adopte toutes. Comme la Rome païenne, il se mon* tre hospitalier à tous les dieux. Medhurst affirme avoir vu parmi les idoles d'un temple chinois uu buste de Kapoléon.
Les dieux de l'Olympe local figurent dans les pièces lie théâtre, ainsi que les génies, grands et petits, et les dix-huit saints consacrés, de même aussi que les esprits du mal appartenant aux divers enfers des diverses religions. Ces enfers sont au nombre de dix, divisés en soixante-douze étages; les coupables n'y restent pas
étemeliemeut; après Texpiation, ils renaissent dans une nouvelle vie, plus ou moins heureuse ou malheu* reuse. Une gravure indigène, très-curieuse, reproduiteparM. d'Escayrac de Lauture, nous montre les justes et les réprouvés sortant des enfers , pour revenir au monde sous toutes les formes animales de la création. On dirait un débarqueraent de l'arche de Noé.
Le drame intitulé la Transmigration de Yo^ChéoUy analysé par Bazin dans son Siède des Youen^ nous offre une satire amusante de la métempsycose. Yo- Cliéou, assesseur d'un tribunal, vient à décéder, et il entre de plein droit dans l'enfer, où il est interrogé, comme juge prévaricateur, par le roi du monde souterrain. Celui-ci le condamne à aller chercher au fond d'une cuve d'huile bouillante une pièce de monnaie. Un anachorète, un sage immortel, intercède pour lui et obtient que son âme aille habiter le corps d'un décédé que Ton va porter au bûcher. Le juge fàii donc transmigrer l'âme de Yo-Chéou dans le corps du fils d'un Ijoucher. Au moment où la fanulle du boucher défunt va livrer la dépouille aux flammes, Yo-Chéou se réveille et se dresse sur ses pieds , en criant qu'il veut aller à l'audience. Puis il s'échappe et pénètre chez son ancienne femme, à laquelle il raconte ce qui vient de lui arriver; mais l'autre veuve, celle du ûls du boucher, dont il a revêtu le corps, accourt le réclamer comme sa propriété, et l'affaire est portée devant le tribunal, dont il fut autrefois l'assesseur. Celui^d est fort embarrassé de juger cette confusion de l'âme d'un magistrat incarnée dans l'enveloppe d'un boucher. Il
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ne sortirait pas de sa perplexité, sans l'intervention dn sage immortel y qui revient de sa visite aux enfers
'et qui décide 1 aiicien assesseur à se faire religieux bouddhiste, pour obtenir son pardon du ciel.
Le Mal amour ^ le Sùnge et VHisMre du caractère Jin, mettent également en scène les doctrines du bouddhisme. Fleur de Pécher, jeune magicienne qui combat par des talismans les calculs d'un savant secta* teur du Tao , est une réfutation dialoguée de Tart divinatoire. Ce genre de pièces est de beaucoup inférieur à celui qui met en action les héros, et à la comédie de genre , qui retrace les mœurs de la société chinoise.
L'Orphelin de la famille de Tchao, traduit au dernier siècle par le P. Prémare, et dont Voltaire a fait YOrphelin de la Chine, passe avec raison pour Ton des meilleurs diames historiques des Chinois. En lisant les deux ouvrages, on s'étonne que Tun soit sorti de l'autre, car toutes les scènes originales du drame asiatique ont été scrupuleusement évitées par Voltaire, qui n'a trouvé rien de mieux, pour ne piis outrager le goût, que de reproduire le petit Joas d'Âtbalie, en le combinant avec le dénomment de Ginna, au lieu de prendre ses éléments dans ie drame qu'il voulait imiter, éléments que ce drame lui-même avait empruntés à rhistoire. L'action héroïque du médecin Tching-Ing, qui livre son propre fils aux bourreaux du ministre Tott-an-Kou, afin de sauver le jeune orplielin dont on a massacré la fkmille, se passe en action dans la pièce chinoise, et en récit dans la pièce fraiivaise , où l'orphelin ne parait même pas. Dans la pièce chinoise, cet
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enfàot, le petit-fils du roi de Tsiim, élevé par le tyran Tou-an-Kou, le bourreau de sa iamilie, qui l'a adopté, le croyant fils du médedu Tching-Ing, reçoit, à sa majorité, la révélation de sa naissance de la bouche de son sauveur, qui jusqu'alors a passé pour son père. U se résout à punir l'assassin de ses trois cents parents. « Je saisirai, dit-il, le frein orné de jade, je mettrai la main sur la selle ciselée, j'aiivleiai le char couvert d'une draperie de fleurs d'or, je précipiterai le monstre du haut de son siège; j'enlèverai son large cachet, je le dépouillerai de ses vêtements brodés, j'arracherai sa langue hideuse avec des tenailles de fer... » L'orphelin tient parole et venge sur le ministre prévaricateur sa famille massacrée. Les personnages de V oltaire, Idamé,Zamti, Gengisklian, ne ressemblent en rien aux terribles héros de la pièce chinoise, laquelle dure vingt-cinq ans, ainsi que les farces mans' trueuses de Shakspeare et de Lopez de Vega (sic). C'est ainsi que l'auteur de Nanine et d'Irètie arrange le poète d'Hamlet et son confrère espagnol, dont il ne sait pas même écrire le nom. L Oi^helin de Tchao est encore un drame à faire.
Les Chagrins de Ban, pièce traduite du chinois en anglais par M. Davis, membre de la Société asiatique de Londres^ appartient aussi à la collection des Youen et au genre des pièces historiques. La tragique aventure de la belle Tchao-Keun est un événement célèbre dans la chronique tatare; les peintres, les poètes et les romanciers du Céleste-Empire l'ont souvent prise pour sujet de leurs ouvrages. On dit que la tombe de
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rinfoitunée princesse existe encore de nos jours, et qu'elle reste toute Tannée verdoyante , tandis que la •
végétation du désert, dans lequel elle se trouve, est desséchée par le soleil d'été.
LekhandesTatars, Hanchen-You^ ouvre la scène en s'annonçant au public, comme dans toutes les pièces chinoises : « Je suis Uanchen-You , le vieil habitant des déserts de sable, le seul maître des régions du Nord. La chasse sauvage est notre métier; les batailles sont notre principale occupation. » 11 vient à la tète . de cent mille hommes demander en mariage une prin* cesse de la famille impériale de Chine et réclamer un Uaiie d'alliance au faible empereur Han. Cet erapcreui* a congédié toutes les femmes de son harem et il s'occupe à le repeupler. A cet effet, il a envoyé des éroissaiies aux quaUe coins de l empire pour choisir les plus belles jeunes tilles destinées à faire Tomement de son palais. Le choix des agents du souverain, au lieu d'irriter et d'uilenser les larnilles, est conpidéiv jiartout comme un honneur insigne, et le ministre Maou- Yen-Cho s'est enrichi par les présents qu'il a su extorquer pour le choix des jujunts ûUes. Dans le district de (jiiiiigtou il a rencontré une beauté sans pareille ; mais son père, pauvre fermier, n'a pu donner au ministre les cent onces d*or qu'il réclamait. Alors il a déiiguré le portrait de façon à ce qu'il u'arrètàt pas l'attention de l'empereur. Tcbao-Keun est donc iniaiiliblement destinée à Tabandon et à la réclusion. Les prévisions du ministre ne sont pas trompées, et depuis plus d'an an la jeune lilie vit délaissée dans un apparu
temeot solitaire du palais. Un soir que Tempereur passait dans les jardins , il entend résonner les accords d'un luth. Il fait donner Tordre à la musicienne de paraître devant lui, et l'eunuque gardien de la porte jaune prête à cette entrevue la lumière de sa lanterne. Le souverain est ravi de la beauté de la dame. Sur le récit qu elle lui fait de la persécution du ministre, Tarrestation de celuirci est ordonnée et Tchao-Keun est déclarée princesse du palais impérial. Prévoyant son sort, le ministre déloyal s'enfuit au camp des TatarSf et, abordant leur roi, il lui dit : « Quand votre messager vint demander une princesse du palais, la belle Tchao-Keun aurait répondu avec joie à votre appel ; mais l'empereur a refusé de vous la céder. Je lui demandai comment il oserait, pour l'amour d'une femme , compromettre la paix entre les deux nations. Pour cela , il voulut me mettre à mort. Averti de son projet, je m'échappai avec le portrait de la dame que je vous offre. Faites partir un nouveau messager, et je ne doute pas qu'on ne fasse droit à votre demande. »
Nous retournons dans la ville impériale , où Tchao- Keun est devenue la favorite et la première femme du souveiam. ils s aiment à ce point que l'empereur no quitte plus son harem et néglige les affaires de l'empire, au grand mécontentement de ses sujets. La demande du khan des Tatars est repoussée avec indignation par le monaï que amoureux , et l'invasion des provinces chinoises s'accomplit. Alors la princesse Tchao-Keun vient les larmes aux yeux trouver l'empereur Han et lui dit que, pour sauver les jours et le trône de celui
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L*ANTigi)lTÉ ET l'oRIENT. 81
qu'elle ne cessera jamais d'aimer , elle accepte cette
alliance étrangère, qui sera la cause de sa mort. L'empereur et sa cour reconduisent la princesse jusqu'au pont de PohlingyOÙ l'attendent les chefs tatars envoyés par le khan. C'est en fondant en larmes que l'empereur Uan accomplit ce sacrifice à son pays. Le khan épouse Tchao-Keun, et ordonne à son armée de reprendre le chemin du Nord. Arrivée sur le bord du fleuve Amour, qui sépare la Chine de la Tatarie , la princesse Tchao-Keun prend une coupe de vin, fait une libation en l'honneur de l'empereur Han, et elle se jette dans le fleuve , oii elle termine sa vie.
Au quatrième et dernier acte, Fempereur Han voit dans son sommeil lui apparaître Tchao-Keun , plus belle et plus séduisante que jaiiidis. l^llo lui apprend par quel moyeu elle lui est restée iidèle et elle lui dit un dernier adieu. L'empereur s'éveille et appelle à son secours. La fatale nouvelle vient bientôt confirmer le songe; mais le khan tatar , ému de ce sa iiice sublime, offre la paix sans condition àrempereur Uan^ qui s'écrie dans son désespoir : « Hélas ! son tombeau verdoyant, je le visiterai chaque jour; mais elle, où pourrai-je la revoir? »
Cette aventure de la princesse Tchao-Keun est vraiment toucliante. f^Ue a beuncuup de charme dans la simple traduction anglaise de M. Davis ; mais dans le r61e du /)er8onna^6 qui chante^ la plupart des vers chinois n'ont pas été rc})ruduits. Il serait à tlcjiirer qu'un sinologue français , M. Stanislas Julien par
exemple, pour qui cette poésie n'a pas de difficultés
aous donnât une version française bien complète de ce beau poëme dramatique.
C'est M. Staïublas Julien cjui a traduit le Cercle de ■ craie ^ drame bourgeois très-intéressaut par le sujet et que termine un dénoùment très-inattendu. Ce dénoûment n*est autre chose pourtant qu*UQ travestissement du jugement de Salomon. L'auteur nous montre là un double ménage chinois , un mari entre ses deux iemroes. La première femme, la légitime, se moque de son époui et s est donnée pour amant le greflier du tribunal ; la femme inférieure , ancienne courtisane , mène , depuis qu'elle est mariée , une conduite exemplaire. La première femme et son amant se débarrassent du mari en l'empoisonnant; puis ils accusent la femme inférieure d'avoir commis le crime. Le juge, homme vénal et igiiui anl, condamne la pauvre Ilaï-Taiig coinmo coupable de meurtre, et^ en outie, il veut lui enlever son en0uit réclamé par la première femme, qui veut ainsi s'assurer tout l'héritage du mari défunt. Heureusement pour laT pauvre mere, le juge suprême de la province s'informe de ce procès bizarre. L'empereur lui a remis l'enseigne dorée et le glaive pour punir les magistrats iniques. 11 lait tracer sur le parquet de la salle d'audience un cercle de craie ; il ordonne que l'enfant en litige s'y tienne debout , et il dit ensuite aux deux le m m es de le tirer chacuuo de sun côté. La première femme triomphe deux lois. Les soldats du tribunal battent àcoupsdefouet l'infortunée Haï-ïang, qui s'écrie : c( J'aime mieux périr sous les coups que de blesser cet enfant que j'ai élevé avec tant de peines.
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« Le cercle de craie , dit alors le juge suprême , a mis en évidence le mensonge et la vérité. La véritable mère
estenÛQ reconnue. » £til remet Tenfant à Haï-Tang. Pressés par les questions du représentant de l'empereur, le greffier et la première femme se chargent niutuellement du crime d'empoisonnement. Le juge prévaricateur sera dégradé; les faux témoins recevront chacun quatre-vingts coups de bâton , les gendarmes cent coups. La femme adultère et son complice subiront en place publique une mort ignominieuse et lente. Chacun d'eux sera coupé en cent vingt morceaux. Ce luxe de châtiments , qui révèle les rigueurs du Gode pénal de l'Empire du Milieu, est fait pour contenter les plus figeants parmi les amateurs de morale et de justice distributive.
Voici comment l'éditeur chinois du Pi-pa-ki^ ou Histoire du luthf analyse dans sa préface ce drame célèbre dû au poète Kao-tong-Kia, qui vivait au xv* siècle de l'ère chrétienne : «D^s qu'on ouvre un marciiù (jnelque part, dans le plus petit des hameaux, si une troupe de comédiens arrive et que les acteurs montent sur la
scène pour jouer le Pi-pa-ki, c'est à qui viendra les entendre ; et quand ils se mettent à réciter les sct-nes de la famine et de la séparation, la sc'*ne si pathétique et si attendrissante où Tsaî«Yong implore la miséricorde du Fils du Ciel, puis celle où Tchao-ou-Niang vend sa chevelure pour acheter un cercueil, et ramasse de la terre pour élever un tombeau , alors parmi les spectateurs on n'en voit pas un seul qui n'ait les joues rouges et les oreilles brCilantes. Les larmes coulent
84 HISTOIRE UNiVEUb£LLE DU THÉÂTRE.
des yeux, les visages sont consternés; on n'entend
plus que des soupirs, des gémissements, des sanglots, des cris^etcela dure jusqu'à la iin delarepréseutation. » Le lettré qui dialogue avec le directeur dans la préface objecte qu'il y a des longueurs dans le Pi-pa-ki. « — Des longueurs, y songez- vous? Parce que le Si-siang-ki n'a que seize actes, on le trouve trop court et ïon voudrait y ajouter des scènes; parce que le Pi-pa»ki a quarantedeux tableaux, ou le trouve trop long et l'on voudrait en retrancher plusieurs. Mais tout critique exercé sait très-bien qu'il n*est pas plus nécessaire de faire des additions au Si-siany-ki que des coupures au Pi-pa-ki. Si parce qu'un canard a les jambes trop courtes on voulait les allonger, on le mutilerait ; et si i)arcû qu'une cigogne a le cou trop long on voulait le raccourcir, ou la tuerait. »
Le drame du poëte Kao-tong-Kîa mérite tous les
éloges que lui donne son éditeur. Le personnage de la jeune femme Ou-Niang est en effet le parfait modèle de répouse vertueuse et modeste, de la fille dévouée au culte des parents. Réduite à la plus profonde misère pendant l absence de son mari, elle coupe sa chevelure afin d'aller la vendre et de pouvoir par ce moyen accomplir les rites aux funérailles de son beau-père. Exténuée par le jeûne, pouvant à peine se soutenir, elle va dans les rues criant : « Chevelure à vendre ! Ne marchandez pas avec moi. Je n'ai ni sac ni coffre et nies parents sont morts. » iMuib elle a beau crier , aucun acheteur ne se présente; ses pieds se gonllent, elle tombe sur le pavé. « Hélas I dit^elle en sanglotant,
l'antiquité et l'orient. 85
si au lieu d'un cadavre on eu trouve deux « où est rhomme csompatissant qui les ensevelira? »
Un voisin, le seigneur Tchang, traverse la nie et reconnaît Ou-Niang. Il la conjure de retourner dans sa maison; elle y trouverala somme nécessaire aux fimérailles. Ou-Niang, pénétrée de reconnaissance, remercie rhoiume compatissant et lui oiTre sa chevelure coupée afin qu'il se rembourse d'une partie de sa somme. «Cette chevelure, dit le seigneur Tchang, je la conserverai précieusement pour consacrer le souvenir de ce trait de piété filiale. »
Après avoir donné la sépulture à ses parents, Ou- Niang se met en route, à pied, pour Pékin, afin d*y chercher son mari, dont elle n'a plus de nouvelles. £lle demande l'aumône sur sa route et elle cherche à se gagner la faveur des paysans en jouant du Uith. Son but est de faire célébrer un service dans le temple de la capitale pour les âmes de son beau-père et de sa bellemère. Elle se fait religieuse du dieu FA, et servante, après avoir acquis la certitude que personne à Pékin ne oonnait Tsaï Yong, son mari, qu'elle croit mort. Mais le ciel la récompense à la fin des maux qu'elle a soufferts. Elle retr ouve son mari devenu mandarin aux examens du palais impérial.
M. Naudet a publié, dans les notes de sa traduction de Piaule , l analyse d'une comédie de caractère , traduite par M. Stanislas Julien et restée inédite jusqulci faute d*un éditeur. Cette pièce a pour titre : VEseîave des richesses quHl garde, c'est-à-dire V Avare. Cet avare, d'abord misérable, a trouvé un trésor, et il
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est devenu l'homme le plus opulent de sa ville ; mais son vice radical, ravaiice^ s'est accra avec ses richesses. TTn seul chagrin trouble sa joie : il n'a pas d'enlant, il achète celui d'un pauvre bachelier, aûn d'assurer pour plus tard le culte de sa mémoire ; mais il trouve moyen de ne pas payer son acquisition, en prétendant que l'enfant lui a été vendu pour le prix de la nourriture. Devenu vieux, son avarice redouble. Un jour, voulant manger un canard r6ti, il va chez un rôtissoui , {jrcad le canard succulent dans sa main et le marchande ; puis, quand ses cmq doigts sont bien imbibés du jus, il revient chez lui et se Mt servir un plat de riz cuit dans l'eau. A chaque cuillerée de riz il suce l'un de ses doigts ; à la quatrième cuillerée, le sommeil le prend tout à coup et il s'endort Pendant ce temps, un misérable chien vient lui lécher le cinquième doigt, n s'éveille et se met dans une telle colère qu'il en tombe malade. Le voilà près de sa fin ; il veut savoir dans qud cercueil son fils le mettra. « Si j'ai le malheur de perdre mon père, dit le jeune homme, je lui achèterai le plus beau cercueil de sapin que je pourrai trouver. » Le vieillard s'emporte contre cette prodigalité, et il veut être enterré dans une auge abandonnée en un coûi de l'écurie Si l'auge est trop com te, on coupera le corps en deux ; mais l'avare recommande bien à son fils de ne pas se servir pour cette opération de sa hache neuve, de peur de l'ébrécher.
La &rce grossière, paiiée, chantée et mimée est très-répandue en Chine, surtout dans les provhuces du Nord, où elle vint sans doute avec les cûnquérani:> ta-
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tars. Le calembour, auquel se prête beaucoup la langue chinoise, amène dans le dialogue de fréquentes et
obscènes allusions, dont le bas peuple fait ses délices, comme à Constantinople il se réjouit aux polissonneries plus que risquées d*Hadji-Ouat et de Kara- 0ueuz.
Le théâtre chinois, comme on le voit, aborde tous les genres, et aucune forme ne lui est inconnue. La série des comédies de mœurs est la plus étendue. L'ouvTage de Bazin^ le Siècle des Yotien^ en partie reproduit par M. Pauthier dans sa Chine moderne, me dispense de mentionner des documents déjà vulgarisés.
La poésie descriptive n'a pas, dans les pièces de TEmpireda BfUieu, Timportance qu^elle prend dans les pièces hindoues. Le Chinois, plus positif, se concentre dans Faction qu'il traite, et il réserve pour le poëme et le roman les briUantes métaphores, où tout ce qui est beau est comparé au jade , où le sel devient le sable d'argent, une grenade le jus du ciel, ime tète humaine la tour des trois pensées, des cheveux artificiels des nuages noirs, un commissaire de l'empereur un cheval pommelé, le préfet d'une province un clieval rouge. Les sentiments des personnages sont exprimés d'une manière naturelle, et celui qui chante a seul le di oit de livrer aux exaltations lyriques.
La musique joue un grand rôle dans le théâti^e des Chinois. Il existe au nnnistère des rites, à Pékin, une direction de la musique, car chez les Chinois, comme chez les Grecs^ la musique fait partie intégrante des
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lois religieuses et civiles. Dans l'enseignement on lie cette étude à celle de l'histoire nationale et de la cosmogonie. Les andens livres canoniques fixent à treize ans l'âge où doit commencer l'éducation musicale. Il y a des écoles dans toutes les villes, et l'empereur n'accomplit aucune cérémonie sans être accompagné de ses musiciens. Les mandarins de musique, supérieurs aux mandarins de mathématiques, ont leur collège dans le palais même du souverain.
La déclamation thé&trale des Chinois est une mélopée monotone, où la voix monte et baisse tour à tour pour exprimer les passions divei'ses, soutenue par un orchestre composé en majorité d'instruments à vent, auxquels se joignent les tambours et les tam-tams. Tous les airs ne sont pas nouveaux; on se sert volontiers d'airs anciens, que les manuscrits indiquent par leur timbre, comme nos airs de vaudevilles. Les prin* cipaux instruments en usage sont : pour les instruments à corde, le kinn et le ché^ les deux plus anciens; le kinn a sept cordes, et sa table porte treize points indiquant ia division des cordes. Le ché se monte quelquefois avec dix-neuf cordes, soutenues chacune sur un chevalet mobile. Les instruments à vent se fitbriquent avec le bambou, la calebasse ou la terre cuite. Le koan-tsé, reproduction de la flûte de Pan, YyOf flûte percée de trois ou de six trous, le iy, variété de Vyo ; le eho7ig^ manière de jeu d'orgues à anches libres, complètent, av ec les trompettes et la nombreuse famille des instruments de percussion, l'harmonie d'un orchestre chinois*
l'antiquité £T l'orient. 89
La danse fut très-cultivée et très-honorée à la Chine aux andens temps, où les fils des empereurs dansaient aux sons du kin et du tambour pour divertir le Fils du Ciel. Mais elle perdit bientôt sa gravité et son prestige, et elle prit un caractère de volupté et d'immodestie . qui la fit déchoir de son rang. Pourtant le palais impérial entretient encore des troupes de danseurs, qui figurent dans les cérémonies et qui jouent des ballets et des pantomimes dans les appartements intérieurs.
Les théâtres des villes et des campagnes ont aussi leurs danseurs, qui se confondent avec les jongleurs, les escamoteurs et les animaux savants. Les danses des Chinois se rapprochent de celles de l'Inde, en ce sens qu'elles consistent plutôt dans les poses et les inflexions du corps que dans la saltation adoptée par l'Europe moderne comme base principale de cet art.
Telles sont, en résumé, les évolutions accomplies par le théâtre dans l'antiquité grecque et romaine et dans les pays asiatiques.
A la suite de ces brillantes période», dont chacune a sa physionomie spéciale et son caractère marqué, un nuage passe sur cet intéressant tableau des mœurs des nations, et nous ne revoyons les ti aces du théâtre que
plusieurs siècles après l'avènement de la religion chrétiemie.
Le théâtre ne mounit pas cependant; il continua
toujours sa marche en idiome latin plus ou moins altéré. Un jour, peut-être, on retrouvem quelques débris de cette époque de décadence, fort peu estimables sans doute au point de vue de Tart pur, mais très-curieux au point de vue de la Unguistique et de l'histoire. C'est au moment où le thé&tre néo-latin commence à paraître, pour se mêler bientôt aux idiomes vulgaires et s'effacer plus tard pi es que entièrement, c'est à ce moment que commence pour l'Europe le théâtre moderne.