ZI* ET XII* SIÈCLES
il a soin d'écrire : Unus milUum^ aller ex militibus, n n'écrit pas : un passant, mais : àUquiB in via. Il ne dit pas : Le m^me que d-dessns, mais iUm qui supra.
Le poëme de la Résurrection , édité par M. Achille Jubinal, nous montre Joseph d'Ârimathie venant rédsp mer à Pilate le corps du Sauveur.
Les épisodes de la veillée, de la lance de Longin et de la vue recouvrée par le moyen du sang de Jésus qui jaillit sur les paupières de ce juif, sont reproduits d'après les textes et n'olTrent pas d'intérêt dramatique; mais, avec le drame d'Adam^ dont nous allons parler, c'est un échantillon peut-être unique de la langue française du théâtre au uc*' siècle.
abahi
drame am6l0-m0rmamd du zh* siècle.
M. Victor Luzarche publia ce drame pour la première fois en 1854, d'après un manuscrit de la bibliothèque de Toui^s. Disotis en passant que cette désignation d'anglo-normand n'est pas précisément exacte, car la langue anglo-normande ne ressemble en rien à celle du poëme d'Adam. Quoi qu'il en soit, ce drame
est curieux, non par la façon très sommaire di mt il est traité, mais par les détails nombreux de mise en scène qui raccompagnent. Cette mise en scène est écrite en latin de l'époque. Elle indique non-seulement les décors , les costumes et les accessoires , mais aussi les intentions des différents rôles. La composition dramatique est tout à fait primitive. Dans le prologue paraissent seulement quatre personnages, Dieu ou Figura^ Adam, Ève et StUan ou Didboîua, C'est l'histoire de la pomme et du serpent, et Vexpulsion de nos premiers pères du Paradis. La seconde partie nous retrace le meurtre d'Âbel, et la troisième, qui ne se lie en rien aux deux autres, est une procession successive des prophètes, qui prédisent Tavénement de Jésus-Christ. On ne sait vraiment ce que viennent faire là Abraham et Moïse, Aaron en habits épiscopaux, David couronné, le roi Salomon, Balaam sur son ânesse, et enfin Daniel, Abacuc, Jérémie et Isaïe. Je croirais volontiers que ce dernier poëme des prophètes a été jadis simplement juxtaposé au manuscrit du drame é*Adam^ et qu'il n'en a jamais lait partie. Le sermon de Nabuchodonosor, qui clôt la pièce, et qui ne contient pas moins de 350 vers non interrompus, indique suffisamment que ce fragment n*a pas été destiné à la représentation. Le manuscrit de Tours, où M. Luzarche a pris le drame d*Adam, contient d'ailleurs plusieurs autres compositions, et parmi ces compoisitions, la vie du pape saint Grégoire (vita sancti Gregorii papœ), petit poôme que ce savant bibliophile a publié depuis, en 1857.
XI* ET Xir SIÈCLES. 121
La note capitale écrite en regard du premier feuillet
du drame d'Adam est intitulée : ordo represenlationia Ade, Cette note indique que le Paradis doit être placé sur un plan plus élevé et qu'il sera clos de courtines de soie. La scène sera garnie de fleurs et d'arbres avec leurs fruits. Dieu portera une dalmatique ; Adam, une tunique rouge ; £ve, une robe blanche et un peplum de soie de même couleur. L'auteur recommande à Adam défaire attention à ses répliques et de n'aller ni trop vite ni trop doucement (ad respondendum nimis sti véhx haud nimis Uxrdns), H ajoute que les autres acteurs doivent aussi parler régulièrement et faire des gestes appropriés aux paroles. (CompasUiloqwmiur et gestum fadant eammieniem rei de qua loquurUur.) Ils doivent se garder aussi d'ajouter ou d'omettre des qrllabes dans les vers. Quand on nommera le Paradis on devra le montrer de la main.
Un lecteur (^pi ubablement le meneur du jeu)owvre la représentation par le texte sacré : In principio creavii Deus ecàtutnet ierramy etc. Après quoi le chœur chante : For))} a rit igîlur Dominus, Puis Dieu commencera le drame en appelant Adam, qui répondra ; Sire.
Aprèsles recommandations de la Figura^ auxquelles Adam répond : « Je n'ai pas envie de me feire mettre dehors pour une pomme, » Dieu, selon la mise en scène écrite , rentre dans l'église , ce qui indique , ou que la scène était attenante à l'église, ou peut-être qu'elle était au milieu du c.hœur. Adam et Eve se promènent et se réjouissent honnêtement dans le paradis terrestre. Pendant ce temps les démons courent , s'agitent
et s'approebent du jardin , montrant à Eve le Ihiit
défendu afin qu'elle le mange. Toutes les fois que le diable sort de scène il rentre dans Tenfer. Le serpent qui monte sur Tarbre devait être, selon la note du manuscrit , un véritable serpent mécanique artificiosè eompositus, « il s'enroule sur l'arbre et semble parler bas à £ve qui prêtera l'oreille comme adoptant son constii. Ensuite elle acceptera k pomme et la présentera à son époux. Lorsqu'Adam aura commis le crime , il se baissera, et sans être vu du public il dépouillera ses habits solennels et il les remplacera par un vêtement de feaillage. »
Quand Dieu réparait pour cliasser les coupables il a aussi changé d'habits, il porte une étole an lieu d'une dalmatique. Il y a ici une scène de pantomime intercalée lorsque le couple chassé du Paradis cultive à la sueur de son front la terre qui doit lui donner son pain. Pendant que nos premiers pères se reposent de leur labeur et qu'ils pleurent le Paradis, le diable reparaît et plante des épines et des ronces dans leurs sillons. Quand Us veulent reprendre leur travail ils jettent des cris de désespoir et Adam commence ses lamentations en disant : <l 0 Paradis I belle résidence 1 verger de gloire si doux àcontempler, je t'ai perdu par ma faute, » Et se tournant contre Eve la main levée et remuant la tète avec une grande indignation (cum summa indi- ^aUùne moven$ eaput :)
0 maie femme, pleine de trahison,
dit-U,
Tant ai*a8 mU» tAt en perdition 1