acte, est demeuré au répertoire du Théâtre-Français
C'est tout ce qui a surnagé des vingt-quatre pièces écrites par Hoffman.
198 HISTOIRE DU THÉilTRE CONTEMPORAIN
Les Suites d'un bal masqué constituent un autre marivaudage fort agréable, écrit par M°^ de Bawr.
Les beaux jours de cette seconde partie de l'Empire inclinaient plus , comme on voit , vers les bagatelles agréables que vers les sujets grandioses ou pompeux. Riboutté eut le courage de débuter à ce moment , en 1808, par une pièce en cinq actes et en vers intitulée L'Assemblée de famille. Le cinquième acte se termina au bruit des plus chauds applaudissements, et la critique se prononça très-favorablement pour le nouveau poète. Riboutté donna malheureusement, quelques années plus tard, une autre grande pièce, le Ministre anglais^ qui fut outrageusement sifQée depuis le troisième acte jusqu'à la tin de l'ouvrage.
Des trente-trois pièces de Georges Duval, frère d'Alexandre Duval, il ne reste qu'une comédie en trois actes, dans le genre de Picard : Une Journée à Versailles.
On a oublié Dieulafoy et son Portrait de Michel Cervantes^ L Heureuse Gageure et L Hôtel garni de Désaugiers , dont le nom mppelle un chansonnier et rien de plus. Désaugiers a pourtant fait jouer cent sept pièces, la plupart, il est vrai, en collaboration, et principalement sur les théâtres de genre.
Planard , avant de devenir un brillant auteur d'opéras comiques, débuta, sous l'Empire, par plusieurs comédies : Le Paravent^ La Nièce supposée (1813), VHeureuse Rencontre (1821). Le sujet du Paravent est égrillard et un peu risqué. La Nièce supposée j pièce bien intriguée et très-amusante , obtint un
brillant succès. M""* Mars s'y distingua dans un rôle de jeune fille américaine déguisée en paysanne. Fleury, Armand, Michelot et M"* Bourgoin complétèrent l'excellente exécution de l'ouvrage.
Sous la Restauration la comédie avait retrouvé la censure impériale, devenue royale , aussi ombrageuse pour l'honneur des lis qu'elle l'avait été pour l'aigle usurpateur. La pièce de circonstance à l'éloge des Bourbons se vit encouragée et primée comme l'avait été la pièce à la louange des Bonaparte. La moindre allusion au régime déchu tomba sous les ciseaux tout frais repassés des Parques littéraires , accroupies au ministère de l'intérieur derrière le plâtre sans tache de Louis XVIII, substitué à l'effigie de Yogre de Corse. Les auteurs suivirent la route traditionnelle et se réfugièrent dans la comédie de genre, dans la comédie anecdotique, dans la comédie historique. WalHard et Fulgence continuèrent les joyeusetés bourgeoises de Picard. Ils conquirent de lucratifs succès, en 1819, 1821 et 1822, avec Un Moment d* imprudence^ Le Voyage à Dieppe^ Le Célibataire et V Homme marié. Empis collabora avec Picard. Ils firent ensemble V Agiotage en 1826, Lambert Simual en 1827. La meilleure pièce d'Empis, lequel devint , sous le second Empire, directeur du Théâtre-Français , après avoir été, sous la Restauration, chef de division à la maison du roi, est la comédie-drame intitulée La Mère et la Fille. Â cet ouvrage collabora Mazères , l'auteur du Jeune Mari, charmante pièce de genre restée au rép^toire. Mazères était aussi un élève de Picard ; ils
donnèrent ensemble L'Enfant trouvé^ Héritcige et Mariage^ Les Trois Quartiers.
La grande comédie vit dans cette période quelques essais honnêtes mais infructueux , comme Le Roman^ Le Folliculaire de Delaville, L Éducation ou les Deiuc Cousines , Le Mari à bonnes fortunes , L'Argent de Casimir Bonjour. La famille GlinetAe Merville soupçonné d'être le collaborateur du roi Louis XVIII, le Médisant de Gosse peuvent compter parmi les ouvrages à succès sous la Restauration ; mais Casimir Delavigne est le seul auteur de renom qui, dans la comédie comme dans le drame, se détache sur le fond un peu éteint du tableau. Deux mots d'appréciation sur cette partie de son œuvre.
La satire en cinq actes intitulée Les Comédiens , jouée le 6 janvier 1820 à l'Odéon, moins de trois mois après l'éclatant début de l'auteur dans les Vêpres siciliennes , rencontra devant les étudiants du quartier Latin un triomphe d'opposition. Les comédiens de la rue Richelieu, disait^n, n'avaient pas voulu se jouer eux-mêmes, parce que la pièce contenait des portraits trop ressemblants et des vers terribles sur la tyrannie de messieurs et de mesdames les sociétaires. Le public, avide de scandales , saisit au passage toutes les allusions malignes de la pièce, qui n'était pas bien méchante et qui se tenait dans la pénombre des généralités.
L'École des vieillards est une œuvre plus sérieuse. Elle s'offrit au jugement du public trois ans après les Comédiens^ et l'on put constater un notable progrès
dans la manière du jeune poëte. L'action est cette fois bien assise et bien développée ; les caractères se rapprochent de la réalité. Le rôle d'Hortense et celui de M** Sinclair, cette mère évaporée qui compromet sa fille à force de vouloir lui attirer des louanges^ conquirent tout d'abord les sympathies. L'admirable jeu de Talma et de M"* Mars donnèrent une telle vogue à l'ouvrage, que les soixante premières représentations dépassèrent, par le chiffre de la recette, le produit des soixante premières du Mariage de Figaro^ la plus lucrative des pièces du répertoire. En écrivant la Prin^ cesse Aurélie^ comédie en cinq actes en vers, représentée le 6 mars 1828 , Casimir Delavigne crut de bonne foi composer une pièce hardie et surtout originale. Il ignorait qu'il exécutait là une pâle contrefaçon d'un genre très-connu en Espagne et qui compte plusieurs chefs-d'œuvre, dont El desden con el desden de Moreto, imité par Molière dans la Princesse d'Élide^ est l'un des spécimens les mieux réussis. La scène du quatrième acte où la princesse Auréiie et le comte Alphonse d'Avella, qui s'adorent secrètement, affectent une profonde indifférence l'un pour l'autre, n'est que la reproduction très-afTadie de la scène où Moreto met en présence Diana, fille du comte de Barcelone, et Carlos , comte d'Urgel. Diana feint d'aimer et de vouloir épouser le comte de Béarn et Carlos feint d'aimer Cintia^ de même que la pilncesse Auréiie feint d'aimer le duc d'Albano, de même que le comte Alphonse d'Avella affirme qu'il a donné son cœur à Béatrix. Seulement la scène de Moreto est charmante
et pleine de traits piquants ; celle de Delavigne est banale. Don Juan d'Autriche^ qui date de 1835, est composé avec plus d'art. Au milieu de scènes communes , on trouve quelques situations intéressantes, parmi lesquelles la scène du quatrième acte où Dona Florinde échappe à l'amour du roi Philippe II en déclarant qu'elle est juive. « Oh ! s'écrie le roi , reculant d'horreur et passant subitement de l'amour à la haine, pourquoi as-tu rappelé ce souvenir ? il étouffe en moi toute compassion. C'est ta sentence^ Florinde, ta sentence de mort I d La Popularité , comédie en cinq actes écrite en prose, comme Don Juan d^ Autriche , et que le Théâtre -Français représenta en 4838, n'obtint pas de succès. La moralité en est excellente , mais l'enveloppe dramatique, dans laquelle le poète a voulu renfermer la leçon , est trop flottante et trop indécise pour laisser saillir le corps de l'idée. Edouard Lîndsay, qui refuse de se démettre de ses fonctions de député au parlement anglais devant l'injuste pression de ses électeurs, parle très-bien mais n'agit pas. Aussi, tout en accordant son estime à ses tirades d'avocat contre la popularité absorbante et impérative, le spectateur sort-il du théâtre impassible et glacé , comme on soit du sermon d'un prédicateur moral mais ennuyeux.
Nous avons vu, dans sa masse, l'évolution de la comédie sous l'Empiré et sous la Restauration. C'est un mouvement sur place qui ne constitue ni une marche en avant, ni un recul. La comédie se recueille, attendant un peu plus de liberté.
Soribe.