‹ Histoire universelle du théâtreChapitre 26 sur 32 · SA VIE · texte numérisé non relu

SA VIE

Benjamin Johnson , ou , par abréviation , ainsi que lui-même avait coutume de signer son nom, Ben Johnson, représente le mouvement réactionnaire vers Timitation des anciens, opposé au mouvement national, dont Shakspeare est demeuré le chef et la plus haute expression. Ben Johnson était un homme d'une rare instruction , qui n'eut d'autre tort que de vouloir remonter le courant des idées de son siècle et de son pays, et qui se fit à tort le disciple de Sénèque et des Italiens, quand il pouvait marcher dans la large voie que Shakspeare venait d'ouvrir avec tant d'éclat. On peut dire avec assurance que ce fut son savoir qui le perdit. Toujours préoccupé de cette idée fixe de faire revivre le théâtre païen, il calcula au lieu d'inventer, il raisonna au lieu d'agir, il créa des abstractions au lieu de montrer des hommes, il sacrifia le naturel à la recherche, et, avec un talent incontestable, il n'arriva qu'à produire une œuvre froide et compassée , à laquelle manquent la vie et le mouvement, ces deux qualités essentielles de toute composition dramatique.

Nous analyserons l'auteur dans les diverses productions de son esprit; disons d'abord ce qu'était rhomme.

Il naquit en 1574, dans la ville (aujourd'hui le quartier) de Westminster, un mois après la mort de son père. Celui-ci était un pauvre clergyman , qui avait d'abord occupé une autre place. Il avait , en outre, subi un long emprisonnement au temps de la Reine Marie , probablement pour cause de religion. Le grând-père, qui appartenait à une famille honorable, et qui possédait quelque bien, était établi originairement àAnnandale, en Ecosse; de là il passa à Carlisle, puis entra au service de Henri VIII. La veuve du clergyman épousa en secondes noces un maître maçon. On mit l'enfant à l'école de Saint- Martin-des-Champs, puis à l'école de Westminster, à cause des grandes dispositions qu'il montrait pour Tétude. Ben conserva toute sa vie une tendre reconnaissance pour son vieux professeur Camden, à qui, plus tard^ il dédia sa première pièce de théâtre : Chaque homme dans son /mmeur (Every man in his humour).

Au sortir de l'école de Westminster, Ben Johnson entra à l'Université de Cambridge; mais, les ressources exiguës de ses parents n'ayant pu l'y maintenir, il revint chez sa mère, et aida quelque temps son beaupère dans son état de maçon. Bientôt, las de cette vie, il s'enrôla comme soldat et fit la campagne des Pays- Bas contre les Espagnols ; puis il débuta en quahté d'acteur au petit théâtre du Rideau-Vert^ dans Shoreditch, où il eut un duel avec un de ses camarades, qu'il

laissa mort sur la place. Il fut, pour ce fait, arrêté et mis en prison. Un prêtre catholique le convertit ; rendu à la liberté, il se maria; il avait alors vingt ans. Ben Johnson commença sa carrière dramatique en remaniant les pièces des débutants, puis il débuta lui-même comme auteur, sous la protection de Shakspeare, qui fît jouer, en 1598, sa comédie intitulée : Chaque homme dans son humeur. Voilà donc Ben Johnson le pied dans rétrier, à vingt-deux ans, plein d'espoir et d'envie de bien faire, patronné par le grand poëte de l'époque, qui était en même temps l'un des directeurs du premier théâtre de Londres, et le plus serviable des amis.

Le succès de son premier ouvrage amena le second, qui fîit la contre -partie du premier, sous le titre : Chaque homme hors de son humeur (Every man out of his humour). La Reine voulut que la pièce fCit représentée devant elle ; à cette occasion, Ben Johnson ajouta à sa comédie, en manière d'épilogue, le compliment final qui commence par ces mots : Never till now did objecta et qui fut récité par Macilente, l'un des personnages.

Le journal de Henslowe, si curieux à consulter pour l'histoire du théâtre anglais à cette époque, nous apprend que, dans le même moment^ Ben Johnson travaillait pour le théâtre de la Rose. Son nom est inscrit trois fois sur ce journal : d'abord , à l'occasion d'une avance de quarante shillings faite à lui et à Dekker pour une pièce écrite en collaboration par les deux auteurs ; puis on voit figurer une même somme de qua-

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