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SECONDE PÉRIODE

Reflet du théâtre italien. — Etienne Jodelle. — Jacques Grévin. » Rémi Belleau. — Larivey. — Tournebu. — François d'Amboise. — Jean Godard. — Robert Garnier. — Fête brésilienne à Rouen. -^ Le ballet comique de la Reine.

Après avoir suivi les évolutions du théâtre italien dans le cours du xvi* siècle , revenons en France, et examinons la copie avec Toriginal.

Nos auteurs dramatiques de la seconde moitié du XVI* siècle cherchent une voie nouvelle , le répertoire religieux leur étant interdit par un arrêt du Parlement. Tout d'abord ils proclament leur antipathie pour le style bas et les pièces de carrefours» La Poétique du jour fait fi de la farce et se met en quête du genre

noble ; mais, malgré son aspiration vers les sublimités grecques et latines, singulier effet d'optique à travers Euripide , Plante et Térence , elle voit le Trissino , TArétin et Lodovico Dolce. L'Italie, à cette époque, domine tout notre théâtre comique et tragique, comme au siècle suivant l'Espagne le dominera; c'est-à-dire que nous allons traverser une période de reflet improductive et incompatible avec toute espèce de progrès. Nous sommes bien plus loin du but que nous ne l'étions au xiv* siècle , au temps des Miracles de Notre- Dame, ou même auxiii% quand les trouver es jouaient dans les châteaux leur gracieux répertoire. Toute espèce de création originale a disparu. Ce siècle, qui est sur le point de ne plus croire à rien, va croire aux trois unités avec une ferveur monastique. Madame de Staël dit avec raison, en parlant de cette tyrannie de la forme qui pesa si longtemps sur le génie dramatique des Français, qu'il n'était pas besoin de tant de freins pour des coursiers si peu fougueux.

Du reste , les doctrines morales du philosophe de Stagire n'éprouvèrent pas moins de vicissitudes dans le monde de la pensée que les doctrines littéraires qu'on se plut à lui attribuer. On les voit d'abord accueillies par Charlemagne et par les Arabes d'Afrique et d'Espagne^ 4)uis condamnées au feu par le concile de Paris au commencement du xiii* siècle. Soixante ans plus tard , Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin les remettent en honneur, et l'engoûment devient tel qu'il se forme des sectes pour et contre , et qu'à la fin du XVI* siècle on s'est déjà jeté à la tête douze mille

volumes d'injures, à propos d'Aristote. La scolastique, cette reine du vide et du bavardage, naquit de ce mariage de l'ombre d'Aristote avec la convention ecclésiastique. Elle fit au moins autant de dégâts dans le monde que la doctrine des unités.

C'est une chose bizarre à observer que cette soif de formes nouvelles qu'éprouvent à ce moment ceux qui pensent à tout réformer, la langue, le théâtre, la religion, et que l'on voit, en fin de compte, aboutir à la contrefaçon des ouvrages dramatiques transalpins.

Ces jeunes poètes à la mode, qu'on a surnommés la Pléiade, et dont Ronsard était le chef et le pontife, se mettent à l'œuvre pour trouver ce poëme inconnu de notre langue, signalé par Jacques Grévin , l'un d'eux, c'est-à-dire la comédie. Etienne Jodelle, non satisfait des traductions de Y Electre de Sophocle, et du Plutus d'Aristophane, publiées par Baïf et Ronsard, compose deux tragédies, Cléopâtre captive et Didon^ et une comédie , V Eugène , qu'il prétend tirer de son propre fond. Ne trouvant pas chez les Confi:ères de la Passion des acteurs capables de les interpréter dignement, ces jeunes gens se font acteurs eux-mêmes. Etienne Jo* délie, âgé alors de vingt ans, retient pour lui le rôle de la belle Reine d'Egypte dans sa tragédie de Cleo • pâtre. Ses amis, parmi lesquels Rémi Belleau et Jean de la Péruse, se partagent les autres rôles. La pièce est jouée devant le Roi Henri II, qui, en signe de satisfaction, donne au poëte cinq cents écus de son épar« gne. C'était en 1552. A ce moment, les Confrères de la Passion, à qui l'arrêt du Parlement, en date du

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