Gothaïschet Magasin, t. VIII, p
2. Aloys Galvani (né à Bologne en 1737, mort dans la même ville en 1798), professeur d’anatomie à Bologne, depuis 1762, perdit sa place par suite du refus de prêter serment à la République cisalpine, et mourut dans l’indigence.
posa ces batraciens écorchés sur une table, près du conducteur d'une machine électrique récemment chargée. Les ayant touchés avec un scalpel qui avait sans doute reçu une étincelle de la machine, elle vit avec surprise des mouvements convulsifs agiter les muscles des grenouilles ; elle se hâta d’en avertir Galvani, qui s’assura du fait en répétant l’expérience l. De quelque manière que ce phénomène soit venu à sa connaissance, Galvani l’étudia avec une rare sagacité, et découvrit bientôt les conditions nécessaires pour le reproduire à volonté, ce qui était le point important. Il publia les résultats de ses expériences dans un mémoire intitulé de Virihus eleclncilatis in motu musculari commentarius ; Bologne, 1791 , in-4°.
Si l’on coupe une grenouille en deux au niveau des lombes, et qu’on dépouille les membres inférieurs, on ne tarde pas à découvrir des filets blancs, très-distincts, qui se trouvent à la jonction des deux cuisses et qu’on nomme les nerfs lombaires; on saisit ces r.erfs, on les enveloppe avec une feuille d’étain, puis on pose les cuisses, dans l’état de flexion, sur une lame de cuivre. Si, les choses étant ainsi disposées, on fait toucher la feuille d’étain à la lame de cuivre, à l’instant les muscles de la cuisse se contracteront, et un léger obstacle , contre lequel on aurait appuyé l’extrémité des pattes, sera renversé avec assez de force. Telle est l'expérience à laquelle Galvani Tut conduit par on ne sait quel hasard, et qui causa alors une grande sensation dans le monde savant. On adopta de prime abord les idées théoriques émises par le professeur de Bologne sur ce nouveau phénomène.
Galvani reconnaissait bien entre l’agent du phénomène observe par lui et l’électricité la plus grande analogie, mais il en niait l’identité; il croyait que c’était là une électricité d’une nature toute particulière, et, pour la différencier avec l’autre, il l’appelait électricité animal-, plus lard nommée galvanisme; enfin il avait la prétention d’avoir mis la main sur le fluide nerveux. « Tous les animaux, disait-il, jouissent d’une électricité inhérente à leur économie, qui réside spécialement dans les nerfs, et par lesquels elle est communiquée au corps entier. Elle est sécrétée par le cerveau; la substance intérieure des nerfs est douée d’une vertu conductrice pour celte électricité, et facilita son mouvement et son passage à travers
I. Yoy. Fischer, Geschich. derWAy*tk, t. VIII, 009 et suiv.,et Alibert, Eloge de Galvani, Paris, 1806.
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les nerfs; en même temps l’enduit huileux de ces organes empêche la dissipation du fluide, et permet son accumulation. » — Ualvani admettait que l’électricité animale avait pour principaux réservoirs les muscles. Chaque fibre représentait, selon lui, une petite bouteille de Leyde, dont les nerfs seraient les conducteurs. Le mécanisme de tous les mouvements s’établit, ajoutait-il, de la manière suivante : « Le fluide électrique est puisé dans l’intérieur des muscles et passe de là dans les nerfs, en sorte qu’à chaque décharge de celte bouteille électrique musculaire répond une contraction. >>
Les expériences de Galvani furent répétées en Italie, par Valli, Moscati, Fontana, Voila, Caldani, Aldini, Fabroni, etc. ; en Allemagne, par Ackermann, Schmuck, Cran, Creve, Alex, de Humbold, etc. ; en Angleterre, par Alex. Monro, IL Fowler, G. Hunier, etc. En France, l’Académie royale des sciences nomma une commission chargée de vérifier la découverte de Galvani ; les membres de cette commission étaient Coulômb, Sabalhier, Pellelan, Charles, Fourcroy, Vauquelin, Guyton Morveau et Hallé. Ils étaient tous divisés d’opinion : les uns, comme Alex, de Humboldt, qui s’était déjà fait remarquer par son travail sur l'irritabilité musculaire, se déclaraient pour la théorie d’une électricité particulière, animale; les autres se prononçaient contre. Il en résulta de vives controverses, surtout en Italie, entre l’école de Bologne, ayant pour chef Galvani, et l’école de Pavie, à la lêle de laquelle était Voila l.
Galvani persista dans ses idées contre Volta, qui soutenait que le galvanisme n’était autre chose que de l’électricité ordinaire. Suivant Voila, les organes des animaux ne servaient que de conducteurs et pouvaient même être des générateurs de l’électricité; car Galvani avait montré lui-même que les nerfs lombaires, directement appliqués, sans intermédiaire, à la surface extérieure des muscles, déterminaient des contractions.
Après la mort du chef de l’école de Pavie, la question fut reprise avec plus de vigueur que jamais par Volta. L’électricité par contact est-elle différente de l’électricité par frottement? Ayant remarqué que les mouvements convulsifs de la grenouille ne s'obtenaient que très-rarement avec un seul métal, et seulement lorsque l’irritabilité était encore très-vive, tandis qu’on les reproduisait constamment
I. Alexandre Folia (né à Côme en 1745, mort en 1827) entretenait, à dix-huit ans, une correspondance avec Nollet, devint en 1779 professeur à l’université de Pavie, fut comblé d’honneurs par Napoléon Ier, et prit sa retraite en 1819.
et pendant plus longtemps avec un arc composé de métaux hétérogènes, Volta en conclut que le principe de ces mouvements convulsifs résidait, non pas dans l’animal, mais dans les métaux employés; et comme ce principe devait être de nature électrique, puisque sa transmission était arrêtée par toutes les substances isolantes, l’habile expérimentateur en vint à se demander s'il ne pourrait pas produire de l’électricité par le seul contact des métaux.
Pour résoudre celte question, Volta se servit de son condensateur électrique *. Voici les expériences qui l'avaient conduit à imaginer cet instrument. Si l’on prend un plateau de cuivre isolé, qu’on l’électrise et qu’on le pose bien à plat sur un support formé d’un corps peu conducteur de l’électricité, tel que le marbre poli, le bois sec, l’ivoire, le papier, etc., le plateau conservera son électricité fort longtemps. Quoique le support soit en communication avec le sol, on peut toucher le plateau électrisé avec la main ou avec un corps conducteur, sans lui enlever son électricité. Si l’on pose le plateau sur des supports métalliques, après l’avoir recouvert d’une étoffe de soie, d’un morceau de taffetas verni, de toile cirée, ou enduit d’une légère couche de poix, de vernis, de cire d’Espagne, le plateau conservera également son électricité. Mais pour que l’électricité ne soit pas enlevée par l’attouchement de la main ou d’un corps conducteur communiquant au réservoir commun, il est nécessaire que ce support soit placé sur le sol, ou que sa surface inférieure soit en communication avec le réset voir commun. Si le plateau était isolé, le disque ou plateau condensateur ne touchant le plateau-support que par un de ses côtés ou par une très-petite surface, il conserverait peu d’électricité, et il en conserve d’autant plus que le nombre des points de contact est plus considérable; enfin, des surfaces parfaitement polies, posées les unes sur les autres, conservent plus longtemps l’électricité que lorsque les surfaces sont brutes ou couvertes d’aspérités. Conduit par ces observations, Volta imagina de placer un disque métallique isolé sur l’un des plateaux-supports qui favorisaient la conservation de l’électricité; il plaça le disque support sur le sol ou sur un corps communiquant avec le réservoir commun; il mit ce disque en relation avec des corps faiblement électrisés, et il remarqua, en rompant la commu-
1. Voila avait déjà inventé, à cette époque, Yélectrophore et Yeudiomètre qui porte son nom. Ce dernier instrument, réduit à sa plus simple expression, est un tube de verre gradué et à parois fort épaisses. Il servait autrefois à l’analyse de l’air.
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nicalion et en séparant le disque du support, qu’il obtenait des signes d’électricité, quelquefois très-marqués, mais toujours d’une plus forte électricité que celle du corps préalablement électrisé. Partant de là, il considéra cette réunion de disques comme un moyen de. condenser l'électricité l.
Tel fut le moyen qu’employa Volta pour s’assurer si le seul contact des métaux suffirait pour produire de l’électricité. Il multiplia donc le nombre des disques, afin d’augmenter l’intensité électrique. Ses tentatives demeurèrent longtemps infructueuses. Il remarqua même qu’en plaçant un disque de cuivre entre deux disques de zinc, ou un disque de zinc entre deux disques de cuivre, l’électrisation était détruite. C’est ce qui loi suggéra l’idée de séparer les doubles disques par un corps conducteur. Il vit, en effet, qu'en plaçant entre deux doubles disques métalliques un papier mouillé, l’intensité électrique était immédiatement doublée. Dès lors rien de plus simple que de songer à augmenter le nombre des disques en séparant chaque paire par une rondelle de drap mouillé, pour s’assurer si l’intensité électrique suit la même progression. Et voilà comment la pile fut inventée.
Mais écoutons l’inventeur lui-même rendre compte de son immortelle découverte dans une lettre adressée à un savant français, à La Métherie, et publiée dans le Journal de Physique, année 1801, t. 11, p. 311.
« Après avoir bien vu, dit Volta, quel degré d’électricité j’obtiens d’une seule de ces couples métalliques, à l’aide du condensateur dont je me sers, je passe à montrer qu’avec deux, trois, quatre, etc., couples bien arrangées, c’est-à-dire tournées toutes dans le même sens et communiquant toutes les unes avec les autres par autant de couches humides (qui sont nécessaires pour qu’il n'y ait pas des actions en sens contraire, comme je l’ai montré), on a justement le double, le triple, le quadruple, etc. ; de sorte que si avec une seule couple on arrivait à électriser le condensateur au point de lui faire donner à l’électromètre, par exemple, trois degrés, avec deux couples, on arriverait à six, avec trois à neuf, avec quatre à douze, etc., sinon exactement, du moins à peu près.... Voilà donc déjà une petite pile construite; elle ne donne pourtant pas encore des signes à l’électromètre, sans le secours du condensateur. Pour qu’elle en donne immédiatement, pour qu’elle arrive à un degré entier de
i. Journal de physique, année 1783.
tension électrique, qu’on pourra à peine distinguer, étant marqué par une demi-ligne dont s’écarteront les pointes des paillettes, il faut qu’une telle pile soit composée d’environ soixante de ces couples de cuivre et de zinc, à raison d’un soixantième de degré que’ donne chaque couple. Alors elle donne aussi quelques secousses si on touche les extrémités avec des doigts qui ne soient pas secs, et de beaucoup plus fortes si on les louche avec des métaux qu’on empoigne par de larges surfaces avec les mains bien humides, établissant ainsi une beaucoup meilleure communication. De celte manière on peut déjà avoir des commotions d’un appareil, soit à pile, soit à lasse, de vingt et même de trente couples, pourvu que les métaux soient suffisamment nets et propres, etsurlout que les couches humides interposées ne soient pas de l'eau simple et pure, mais des solutions salines assez concentrées »
Tel était le merveilleux instrument, décrit par son inventeur et qui reçut d’abord le nom d ' électromèlre. Le nom de pile a prévalu, parce que les couples de zinc et d’argent étaient d'abord empilés verticalement, de manière que le pôle zinc ou positif fût en bas, et le pôle argent ou négatif en haut. Cruikshank imagina de fixer les couples métalliques à une colonne en bois, verticale. Au zinc et à l’argent on substitua l’or et l’argent, le cuivre et le laiton, le laiton et le fer, le plomb et l’étain, etc. Parrot proposa dès 1801 de donner aux couples métalliques une disposition horizontale, qui fut définitivement adoptée *. Mais ce fut Voigt, professeur à Iéna, qui construisit ia première pile horizontale. Dans les piles construites jusqu’alors, les éléments se succédaient dans cet ordre : argent, zinc, carton; argent, zinc, carton; etc.; et elles se terminaient par carton et argent d’un côté, et par carton et zinc de l’autre. Voigt et Ritter y substituèrent l’ordre suivant : argent, carton; argent, zinc; carton, zinc, etc. Comme on savait, depuis les expériences de Carlisle et Nicholson, que la pile décompose l’eau de manière à dégager l’oxygène à l’extrémité du fil de fer communiquant avec le pôle zinc, et l’hydrogène à l’extrémité du fil communiquant avec le pôle argent, plusieurs physiciens appelèrent le pôle zinc fil oxygène, et le pôle argent fU hydrogène.
1. Une notice semblable nvail été adressée par Voila à Joseph Banks, président de la Société royale de Londres, datée de Côme le 20 mars 1800, et publiée dans les Philos. Transact. de ia même année (vol. II, n° 17).
2. Lettre de Parrot, professeur à Dorpat, à Voigt, en date du 25 nov. 1801. Voy. Voigt, Magasin, etc., t. IV, fasc. 1, p. 75 et suiv.
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En Angleterre, Ilumphry Davy construisit une pile composée de 110 couples; les disques de carton y étaient remplacés par des disques de drap imprégnés d’une dissolution de sulfate de fer : ce fut la plus grande pile qu’on eût encore construite >.
Les expériences qu’il exécuta avec celte pile, qu’il perfectionna depuis, le mirent à même d’entrevoir tout le parti que l’on pourrait tirer de l’électricité pour l’avancement de l’analyse chimique 2.
Robertson eut l’idée de combiner le pôle avec un galvanomètre, consistant dans l’indication de la quantité d’hydrogêne et d'oxygène fournie, dans un temps donné, par la décomposition de l’eau. Ce galvanomètre fut perfectionné par Graperon, et plus tard parGay- Lussac et Thénard.
Au nombre des physiciens qui se sont occupés, dans les premières années de notre siècle, du perfectionnement de la pile de Volta et de ses applications, nous citerons Boeckmann, Treviranus, Tromsdorf, Erman, Ritter, PfafT, Simon, Arnim, Gruner, Désormes, Van Marum, Reinhold, Coulomb, Vasalli, Cuthbprson, KorLum, etc.
A la pile primitive succéda bientôt la pile a auge , puis, plus tard, la pile de Wollaston et la pile en hélice. Dans la pile à auge, les couples, soudés rectangulairement, sont disposés de champ et parallèlement dans une caisse de bois, dont les parois intérieures sont enduites d’un vernis non conducteur. L’intervalle compris entre deux couples est rempli d’eau aiguisée d’un acide minéral ; celte lame d’eau remplace la rondelle humide de la pôle à colonne. La pile de Wollaslon et la pile en hélice ne sont que des modifications de la pile à auge ; elles sont plus puissantes que celle-ci. — Les piles sèches de Zamboni ont été ainsi nommées parce qu’il entre très-peu de liquide dans leur composition. Les disques de celle pile consistent en feuilles de papier : d’un côté on a collé une feuille de zinc laminé, et sur le revers on a étalé à plusieurs reprises, avec un bouchon, du peroxyde de manganèse très-bien porphyrisé. En superposant plusieurs disques semblables , on a fait des piles de 1000 à 2000 couples.
Plus lard, Smee, Young, Münch, Slurgeon et Wheatstone ont imaginé d’autres piles, qui portent les noms de leurs inventeurs. Ces piles sont toutes à un seul liquide; l’électricité y est toujours produite par une action chimique (décomposition de l’eau et oxydation
1. Nicholson, Journal of naturel philosophy, vol, IV, p. 275.