Voyage de La Pérouse, t. I, p
MOUVEMENT
intensité avec la latitude magnétique. Les détails de ses observations, il les envoya de Macao à Condorcet, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences; mais ils sont restés, comme tant d’autres documents, ensevelis dans les archives de celte Académie.
Ce n’est que dans la première moitié de notre siècle que ces éléments du magnétisme terrestre ont été mieux élucidés et coordonnés. Les physiciens qui se sont particulièrement distingués dans ce genre de recherches, sont : Alex, de Ilumboldt, Sabine, Gay- Lussac, Ollmans, Duperrey, Hansteen, Scoresby, Quetelet, Erman, Kupfer, Faradey, Lamont, Airy, etc. Voici les résultats de leurs observations. Pour les déclinaisons de l’aiguille dont les tracés linéaires constituent les méridiens magnétiques ou lignes nommées isogones, l’amplitude des oscillations diurnes varie suivant les saisons; elle est plus grande entre l’équinoxe de printemps et l’équinoxe d’automne qu’aux environs du solstice d’hiver, où elle atteint son minimum, et elle varie encore suivant les régions où elle s’observe. Ainsi, dans l’Europe centrale, l’amplitude moyenne des oscillations diurnes est, d’avril en septembre, de 13' à 16' ; elle est de 8' à 10' d’octobre en mars. Le maximum est 25', le minimum 5'. A mesure qu’on s’avance vers le pôle nord, les oscillations diurnes deviennent de plus en plus amples et irrégulières, tandis qu’elles diminuent d’amplitude et se régularisent eu approchant de l’équateur; et ce qui a lieu dans l’hémisphère "boréal se reproduit, à quelques différences près, dans l’hémisphère austral. La ligne de zéro d’amplitude des oscillations diurnes est située dans la zone équinoxiale : c’est Y équateur magnétique. Sa détermination exacte reste encore à faire; on sait seulement qu’en deçà et au delà de cette ligne les oscillations s’effectuent, toutes choses égales d’ailleurs, à peu près aux mêmes heures, mais en sens opposé. Les pôles n’ont pu être non plus déterminés avec une exactitude parfaite. Gauss a fixé le pôle nord à 70“ 35' lat. sept., et à 118°, longit. occident., et le pôle sud à 72° 35' lat. austr. et à 135° 10' longit. orient. L’équateur et les pôles magnétiques oscillent-ils autour d’une moyenne dans une période pour laquelle les siècles ne seraient que des jours? — Les tracés linéaires de l’aiguille d'inclinaison, verticale ou à 90“ aux pôles magnétiques, et horizontale (zéro d’action verticale) à l’équateur, ont reçu le nom de lignes isoclines. Les variations diurnes de l’aiguille d’inclinaison ont leur maximum d’amplitude à 9-10 h. du malin, et le minimum à 9-10 h. du soir; elles sont plus grandes en été qu’en hiver, où elles deviennent presque nulles. — La réunion
des points de même intensité magnétique a donné ce qu’on appelle les lignes isodynames. En suivant la direction de ces courbes contenues les unes dans les autres, depuis les externes, faibles, jusqu’aux internes, plus intenses, on remarque, pour chaque hémisphère, deux foyers maxima d’inégale intensité, ne coïncidant ni avec les pôles magnétiques ni avec les pôles de rotation de la terre *. L’un de ces foyers, le plus intense, est situé dans un ovale qui passe par la partie occidentale du lac Supérieur, entre l’extrémité sud de la baie d’Hudson et celle du lac Winnipeg (à 52” 19' lat. et 94“ 20' long, occid.). L’autre foyer, le moins intense, se trouve en Sibérie, à 59“ 44' lat. et 115° 31' long, orient. Quant à la position des deux foyers de l’hémisphère austral, elle est encore bien douteuse; le général Sabine, après avoir discuté les observations du capitaine Itoss, place l'un 464° lat. australe, et à 135“ 10' long, orientale, et l’autre à 60“ lat. austr. et à 127» 20 long, occid. En divisant le sphéroïde terrestre en deux moitiés (occidentale et orientale) par 100° et 280” long, de Greenwich, on a trouvé que les quatre foyers d’intensité maxima et môme les deux pôles magnétiques appartiennent tous à l'hémisphère occidental. Quant à la courbe du minimum d’intensité, elle ne coïncide pas avec l’équateur magnétique; dans beaucoup de points, elle s’en éloigne, au contraire, par des ondulations variées. Les deux hémisphères, boréal et austral, quant à leurs intensités magnétiques, paraissent être dans le rapport de 1 k 1,0154,
Aux trois éléments indiqués, qui font de la terre un véritable aimant, est venu se joindre un quatrième, celui des orages ou perturbations magnétiques. Au commencement de notre siècle, Humboldt, Oltmans et d’autres physiciens, furent frappés de certaines oscillations irrégulières, capricieuses, de l’aiguille de déclinaison aussi bien que de l’aiguille d’inclinaison. Ils remarquèrent en même temps la coïncidence de ces perturbations avec l’apparition de certains météores, avec des aurores boréales, des tremblements de terre, des éruptions volcaniques. Ces phénomènes furent considérés comme la cause des perturbations magnétiques. Mais n’en sont-ils pas plutôt des effets concomitants? — Gauss, guidé par l’intuition mathématique, avait annoncé a priori que les orages ou perturbations magnétiques qu’il observait à Goettingue, devaient se manifester au
" 1. Voy. les cartes du capitaine Duperrey et d’A. Erman dans le n* IV
de l’Atlas physique de Berghaus.
MOUVEMENT
même moment dans d’autres localités. Celle conception fut confirmée expérimentalement depuis que l’Angleterre a fait élever dans ses colonies, disséminées aux quatre coins du globe, des observatoires météorologiques : le général Sabine constata que l’aiguille peut être perturbée au même instant dans les localités les plus distantes les umes des autres, telles que Hobart-Town dans l’île de Van-Diemen, Toronto au Canada, et Makerstoure en Ecosse. C’est donc un phénomène cosmique.
Un fait important découvert par Schwabe, de Dessau, se rattache aux perturbations magnétiques. Ce savant trouva, après quarante ans d’observations, que l’apparition des taches du soleil est soumise à une période d’un peu plus de dix ans. On a perçut bientôt une certaine corrélation entre la périodicité des taches solaires et celle des perturbations magnétiques. Lamont, directeur de l’observatoire de Munich, avait remarqué que le mouvement diurne de l’aiguille de déclinaison oscille autour d’une moyenne, de manière à augmenter pendant cinq ans et diminuer pendant un égal espace de temps. Ainsi, par exemple, en 1843-1844 elle offrait un minimum, et en 1848-1849 un maximum. Or, le retour de ce maximum, arrivé en. 1858-1859, coïncida à la fois avec le maximum des perturbations magnétiques observées à Toronto par le général Sabine, et avec le maximum de fréquence des taches solaires, conformément à la période signalée par Schwabe.
Théories et lois. — Les théories ayant toujours eu plus d’attrait que les expériences, parce qu’elles exigent moins de travail, on se livra dès le principe à la recherche des causes du magnétisme. Descartes l’attribuait à l’existence d’une matière subtile, particulière, passant, sous forme de spirales, du pôle nord au pôle sud, en même temps que le tourbillon du globe terrestre imprimerait à l’aimant sa direction. Dalencé développa cette hypothèse en faisant intervenir la rotation de la terre autour de son axe et sa translation autour du soleil; pendant ce double effet, la matière magnétique se porterait alternativement d’un pôle à l’autre, par des radiations parallèles à l’axe terrestre. Mais il fut impossibe d’expliquer les variations de l’aiguille magnétique *. Suivant la théorie d’Hartsoeker, l’aimant est une substance composée d’une infinité de prismes déliés, qui sont rendus parallèles entre eux et à l’axe terrestre par le mouvement