‹ Histoire UniverselleChapitre 130 sur 184 · Vitruve, VII · texte numérisé non relu

Vitruve, VII

paetvdî) servait déjà, du temps de ce poète, à la fabrication des boucliers et d’autres ustensiles. C'est aux Gaulois que revient l’honneur de l’utile invention de V étamage. « Les Gaulois se servaient, dit Pline, de 1 étain pour recouvrir les vases de cuivre, qui acquièrent ainsi le double avantage d’ètre exempts d’une saveur désagréable et d’être préservés d’une rouille nuisible *. » Les vases étamés des Gaulois, vam incoctilia, étaient fort estimés des Romains. Les habitants d’Alise substituaient, dans l’étamage, l’argent à l’étain; et lesBituriges argentaient jusqu’à leurs litières et leurs chariots.

En faisant fondre les minerais de cuivre avec l’étain on obtenait directement l’airain, *aW>, œs. Ce n’est que sous la forme de cet alliage que le cuivre fut d’abord connu. *

L'airain ou bronze remplaçait primitivement le fer dans la fabrication des armes* des instruments aratoires, des outils employés dans les arts, etc. Mais si ce fait est facile à démontrer par l’analyse, il est extrêmement malaisé de déterminer exactement l’époque à laquelle appartenaient ces instruments. En traitant la limaille de cet alliage de cuivre par du vinaigre, on obtenait Vœrugo des Romains ou-l’Mc des Grecs. Ce même nom se donnait aussi à la matière qu’on obtenait en chauffant des clous de bronze ou de cuivre saupoudrés de soufre dans un vase de terre, et exposant le produit de la calcination à l’humidité. Enfin , les anciens appelaient tantôt œrugo, ùfs, tantôt chcdcanthos (fieu de cuivre), chalcitis, scolecia, misy, siry, la matière purvérulente qui s’engendre, sous forme de taches vertes, à la surface du cuivre ou des alliages de cuivre, exposés à l’influence d’un air humide.

Mais si le nom était le même, la substance à laquelle il s’appliquait était loin d’avoir toujours la même composition : Vœrugo, préparé à l’aide du soufre, était le sulfate de cuivre (couperose bleue ;) Vœrugo obtenu au moyen du vinaigre était V acétate de cuivre, et celui qui se produit naturellement était le carbonate de cuivre (vert-de-gris). Cette distinction est importante pour l’interprétation exacte du texte des anciens, d’autant plus que Vœrugo a été jusqu’ici uniformément traduit par verdet ou vert-de-gris.

Sans doute les Grecset les Romains n’avaient aucun moyen pourdistinguerces différentes substances entre elles. Mais si l’analyse chimique n’était pas encore née, il n’en était pas de même de la falsification qui, comme le mensonge, semble dater de l’origine de l’espèce

t. Pline, Hùt. nat., XXXIV, 17.

humaine. « On falsifie, dit Pline, Yœrugo de Rhodes avec du marbre pilé. D’autres le sophistiquent avec de la pierreponce ou de la gomme pulvérisée. Mais la fraude qui trompe le plus, c’est celle qui se fait avec Yalramentum sutorium 4. »

Ainsi, il y a deux mille ans, on était aussi habile à frauder qu’aujourd’hui. Demandez à nos épiciers, à nos droguistes, etc., à quoi la poudre de craie ou de plâtre peut leur servir ? — Mais, si le mal est prompt à l’attaque, on songe aussi promptement à se défendre. Après avoir signalé la fraude, Pline indique immédiatement le moyen de la reconnaître. Pour s’assurer si la couperose bleue ( œnigo ) est mêlée avec de la couperose verte ( alramentum sutorium ), il recommande d’appliquer \'œrugo sur une feuille de papyrus, préalablement trempé dans du suc de noix de galle. « S’il y a, ajoute-t-il, fraude, le papier noircit aussitôt, nigrescit stalim .

Tel est le premier papier réactif dont il soit fait mention dans l’histoire. Ce même réactif n’a jamais cessé depuis lors de servir à déceler la présence d’un sel de fer dans un mélange quelconque ; nouvelle preuve que le vrai levier du progrès est bien moins l’amour du bien que legénie du mal, contre lequel on cherche à se défendre.

Le fer brute, en masses non travaillées, était probablement connu depuis la plus haute antiquité. L’arme de fer, dont il est parlé dans le Pentateuque et dans le livre de Job (xx, 24), pouvait n’êlre qu’une simple massue. Quant au passage du Lévitique (I, 7) où il est question du partage de la victime offerte à la Divinité, les prêtres avaient la coutume d’employer, à cet effet, des couteaux en silex, kheref tsourim. Enfin l’épithète «rflre», qui accompagne, dans Homère a, le mot atS-opos, fer, signifie à la fois noir et brillant, ce qui semble indiquer que le fer, mentionné par le poète, était du fer météorique ou de la sidérite.

Un fait certain, c’est que du temps d’Homère, environ mille ans avant notre ère, les outils du forgeron, l’enclume, le marteau et les tenailles, étaient en airain *. Avec un pareil outillage il aurait été

1. Pine, Ilist. nat., XXXIV, H. — L ' atramentum sutorium, noir de cordonniers, était le sufule de fer ou coupe-rose verte qui, traitée par une infusion d’écorce de chêne ou de noix de galle, donnait de lVncre, appelée noir des cordonniers.

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