‹ Histoire UniverselleChapitre 138 sur 184 · Pline, Hist. nat., XXXV · texte numérisé non relu

Pline, Hist. nat., XXXV

mencemenl de notre siècle ; il soumit à une patiente analyse toutes les couleurs antiques dont il avait pu se procurer des échantillons. Il trouva, en résumé, que le rouge pourpre était un mélange d’ocre rouge et de bleu de cuivre, que le rouge vif était tantôt du minium (oxyde de plomb), tantôt du cinabre (sulfure de mercure); que le rouge pâle était un mélange d’ocres jaune et rouge; qu’il y avait trois sortes de jaunes, dont deux étaient des ocres mêlées avec des quantités variables de carbonate de chaux, et le troisième une ocre jaune, mêlée avec de l’oxyde rouge de plomb; que le fameux bleu d’Alexandrie et de Pouzzoles, dont Vitruve a donné la description1, était une espèce de fritte, résultant de la fusion de la soude avec l’oxyde de cuivre : elle avait été employée pour l’ornementation de quelques moulures détachées du plafond des chambres des bains de Titus; que les couleurs vertes étaient des carbonates de cuivre, résultant probablement d’une transformation lente des acétates originairement employés; enfin que les couleurs noires ou brunes étaient principalement composées de poudre de charbon ou de noir de fumée, ainsi que l’avaient indiqué les auteurs classiques. Dans un vase antique, rempli de couleurs mélangées, Davy trouva différentes espèces de brun : l’une d’elles avait la couleur du tabac, une autre était d’un rouge brun, et la troisième d’un brun foncé. Les deux premières furent reconnues pour des ocres mêlées d’une matière organique (noir de fumée) ; la troisième contenait de l’oxyde de manganèse et de l’oxyde de fer.

L’oxyde de manganèse entrait aussi dans la composition des verres colorés. Un vase pourpre romain, dont Davy avait analysé deux fragments, avait été coloré par cet oxyde, qui se rencontre dans la nature à l’état d’une poudre noire.

Encres. — Autant on aimait, en teinture, les couleurs éclatan-, tes, autant on préférait, pour l’écriture, les couleurs sombres. L’encre la plus ancienne avait pour principal ingrédient le noir de fumée : c’était une espèce d’encre de Chine. On faisait encore usage, quoique rarement, de l’encre rouge ou bleue, que l'on appliquait, comme l’encre noire, avec des pinceaux. L’encre proprement dite (tannate de fer), préparée avec du vitriol vert (sulfate de fer) et une infusion de noix de galle (solution d’acide tannique), est d’invention plus récente : elle ne remonte guère au delà de trois ‘ siècles avant notre ère.

t. Vitruve, Vit, 9.

Papier. — Dè3 le second siècle avant J.-C., la ville d’Alexandrie était renommée pour la fabrication du papier. Ce papier était fait avec la moelle de la tige du papyrus ( cyperus papyrus), coupée par tranches très-minces, disposées en croix, collées et fortement aplaties.

poisons. — La science doit, chose Iriste à confesser, la plupart de ses progrès aux moyens inventés par les fraudeurs, par les faux monnayeurs et par les empoisonneurs. Les anciens mêmes sont extrêmement réservés en ce qui concerne la préparation des poisons, ce qui n’empêchait pas leurs contemporains d’avoir à cet égard des connaissances très-précises. Les seuls qui se soient, au rapport de Galien, étendu sur la matière toxicologique, sont Orphée, surnommé le Théologue, Horus, Mendésius le Jeune, Iléliodore d’Athènes, Arate et quelques autres. Tout en avouant qu’il est imprudent de traiter des poisons et d’en faire connaître la composition au vulgaire qui pourrait en profiter pour commettre des crimes, Galien ne se fait aucun scrupule d’indiquer une série de substances réputées vénéneuses, et qui se retrouvent aussi dans Nicandre, Dioscoride, Pline et Paul d’Egine.

Les poisons connus des anciens étaient tirés des trois règnes de la nature. En voici l’énuméralion :

I. Poisons tirés du règne animal. — Les troubles fonctionnels, que les cantharides déterminent dans les organes génito-urinaires, n’étaient ignorés d’aucun des médecins de l’antiquité. Les buprestes étaient des insectes auxquels on attribuait, avec raison, les mêmes propriétés qu’aux cantharides. La sangsue, avalée dans une boisson, était supposée causer la mort parle sang quelle suçait dans l’estomac. Le sang de taureau, ayant sans doute subi la fermentation putride, était un des poisons les plus usités chez les Athéniens. Le miel d'Héracleé, surnommé maïnomenon, rendait furieux ceux qui en mangeaient, témoin les soldats de Xénophon ’. Les aspics , les crapauds, les salamandres, les lièvres marins passaient pour fournir des poisons très-énergiques. Les crapauds et les salamandres ne méritaient pas cette réputation. Quant au lièvre marin, nous ignorons si les auteurs anciens ont voulu désigner par là une espèce de poisson, de crustacé ou d’araignée de mer.

II. Poisons végétaux. — L’action de 1 opium (suc concrélé des pavots) a été très-bien décrite par Nicandre, qui vivait au second

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