‹ Histoire UniverselleChapitre 139 sur 184 · Xénophon, Anabasis, IV · texte numérisé non relu

Xénophon, Anabasis, IV

siècle avant noire ère. « Celui qui boit, dit-il, un breuvage dans lequel entre le suc de pavots tombe dans un sommeil profond. Les membres se refroidissent; les yeux deviennent fixes; une abondante sueur se déclare sur tout le corps. La face pâlit, les lèvres enflent, les ligaments de la mâchoire inférieure se relâchent; les ongles deviennent livides, et les yeux excaves présagent la mort. Cependant ne le laisse pas effrayer par cet aspect; donne vite au malade une boisson tiède, composée de vin et de miel, et remue le corps violemment, afin que le malade vomisse1. » Cette description est surtout remarquable en ce qu’elle montre que dans les cas d’empoisonnement les anciens procédaient comme on le fait encore aujourd’hui : ils cherchaient avant tout, par des vomissements, à débarrasser l’estomac de l’agent qui produisait des troubles si effrayants.

La jusquiame , qui signifie littéralement fève de cochon, de hyosciamus (ûotr xüa^oj), passait pour causer des vertiges et une folie momentanée. Les anciens distinguaient comme nous la jusquiame noire (à graines noires) de la jusquiame blanche (à graines blanches). Le lait était l’antidote de ce poison.

La racine A'aconit est un des poisons les plus énergiques du règne végétal. Les anciens le savaient déjà, puisqu’ils donnaient à cette plante ( aconitum lycoctonum) l’épithète de pardaliankès (tuepanthère). Un des conjurés de Catilina, Calpurnius Bestia, fit mourir ses femmes avec l’aconit, que la mythologie fait naître de l’écume de Cerbère.

La ciguë, qui chez les Athéniens et les habitants de l’ancienne Massilia remplaçait notre guillotine, était le suc condensé des tiges, des feuilles, des fleurs et des graines exprimées de notre cicuta virosa, ombeiiifère très-commune dans les lieux marécageux. Un symptôme particulier de l'empoisonnement par la ciguè, bien connu des anciens, était le froid et la pesanteur des membres inférieurs; Platon en parle dans la mort de Socrate. Le vin passait pour le contre-poison de la ciguë.

La racine d'ellébore, nom sous lequel on confondait probablement le veratrum album et Yelleborus niger, était jadis très-renommée dans le traitement de la folie. Broyée et délayée dans du lait et de la farine, elle était employée par les Grecs et les Romains pour tuer les rats : c’était leur poudre de rats, leur arsenic. Les Gaulois

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