Œuvres de B. Palissy; p. 5 et suiv. (Paris, 1777, in
avez prononcé ces mots : Je suis contraint ; ce n’est pas parler en roi. Je vous apprendrai le langage royal, que les guisards, tout votre peuple, ni vous, ne sauriez contraindre un potier à fléchir les genoux devant des statues *. » — Le noble vieillard demeura inflexible, et mourut bientôt après à l’âge de quatre-vingt-dix ans.
Ne sachant ni le grec ni le latin, B. Palissy écrivit tous ses ouvrages en français. Us furent pour la première fois réunis en un volume par Gobct et Faujas de Saint-Fond ; Paris, 1777. Ces écrits, publiés dans un intervalle de vingt-trois ans (de 1557 à 4580), ont été, pour la plupart, composés sous forme de dialogues. La Théorique , vaine et orgueilleuse, est victorieusement combattue par la Pratique, qui, beaucoup moins prétentieuse, se glorifie de n’avoir point eu d’autre livre que le ciel et la terre, « lequel est connu de tous, et est donné à tous de connoistre et lire ce beau livre. »
C’est à Bernard Palissy, comme nous l’avons montré dès 1843 (date de la lre édition de notre Histoire de la Chimie ), et non point à François Bacon, que l’on doit l’introduction définitive de la méthode expérimentale dans la science. L’Art de Terre du potier d’Agen parut avant le Novum Organum du chancelier d’Angleterre.
Un grand fait, la cristallisation, qui s’appelait jusqu’alors la congélation, avait mis beaucoup de trouble et de confusion dans l’esprit des alchimistes, qui presque tous prenaient ce phénomène pour une véritable transmutation de l'eau. B. Palissy parvint le premier à établir par des expériences précises que les sels et autres matières ne cristallisent qu’autant qu’ils ont été d’abord liquéfiés ou dissous dans l’eau. « Depuis quelque temps, dit-il, j’ay connu que le cristal se congeloit dedans l’eau ; et ayant trouvé plusieurs pièces de cristal formées en pointes de diamant, je me suis mis à penser qui pourroit être la cause de cela; et estant en telle rêverie, j’ay considéré le salpestre, lequel estant dissoult dedans l’eau chaude, se congèle au milieu et aux extrémités du vaisseau où elle aura bouilli ; et encore qu’il soit couvert de la dite eau, il ne laisse à se congeler. Par tel moyen j’ay connu que l’eau qui se congèle en pierres ou métaux n’est pas eau commune; car si c’estoit eau commune, elle se congèleroit également partout, comme elle fait par les gelées. Ainsi donc, j’ay connu par la congélation du salpêtre que le cristal ne se congèle point sur la superficie (comme l’eau simple), ains au milieu des eaux communes ; tellement que toutes pierres portant forme carrée, triangulaire, etc., sont congelées dans l’eau. »