A/ cm. de la Société d’Arcueil, t
üavy n’avait pas les mêmes ménagements à garder. Il aborda donc le problème avec une complète liberté d'esprit. Reprenaut les tentatives, qui avaient été faites pour désoxyder l’acide muriatique oxygéné, il déclara que ce prétendu acide muriatique oxygéné ou déphlogistiqué est un corps simple, et qu’en se combinant avec l’hydrogène, il forme l’acide muriatique. Ce corps simple, gazeux, jaune, reçut de Davy le nom de chlorine (du grec jaune pâle), qui fut changé en celui de chlore, nom qui a prévalu.
Cette importante découverte renversa la théorie de Lavoisier, qui faisait jouer à l'oxygèue un rôle trop exclusif. Elle servit à démontrer que l’oxygène n’est pas l’élément unique de la combustion, que le chlore peut, daus ses combinaisons, jouer le même rôle que l’oxygène, enfin qu’il y a des acides ( hydracides ), des sels ( haloîdes ) et des bases ( chlorobases ) , dans la composition desquels il n’entre pas un atome d'oxygène.
Malgré l’évidence de ces faits, Davy ne rencontra d’abord que très-peu de partisans ; et, chose curieuse, ce fut parmi ses compatriotes qu’il trouva le plus de contradicteurs. Murray, qui jouissait d’une grande autorité comme professeur de chimie à Edimbourg, continuait à enseigner que le chlore est une combinaison de l’oxygène avec l’acide muriatique sec, et il défendait avec une vivacité extrême, dans le journal de Nicholson, la théorie Lavoisieune. Davy dédaigna de répondre lui-même aux attaques dont il était l’objet ; il en chargea son frère John. « Cette polémique, dit John Davy, quoique conduite avec une âcreté inutile, ne fut cependant pas tout-à-fait sans résultats. Elle fit découvrir deux gaz nouveaux , Yeuchloiïne ( acide chloreux ) , composé de chlore et d’oxygène, et le phosgène, composé de chlore et d’oxyde de carbone. Ces deux gaz, que Murray avait rencontrés dans ses recherches, et dont il ignorait la composition, étaient la principale cause de l’erreur qu’il soutenait b » — D’autres faits vinrent bientôt donner complètement raison à H. Davy.
Decouverte de l'iode. — Vers le milieu de 1811, Courtois, salpêlrier de Paris, signala dans les cendres des plantes marines une substance noirâtre qui corrodait ses chaudières. Il donna quelques échantillons de celte substance, sur laquelle il n’avait aucune idée arrêtée, à Clément, chimiste.. Celui-ci se mit à l'examiner, et communiqua le résultat de son travail à l’Académie des sciences le 20 no-
1. Rie d-; H. Davy. par John Davy, en tête du t. I de ses Œuvres.
TEMPS MODERNES 535
vembre 1813. Il n’y était point encore question de cette substance comme d’un corps simple, nouveau, A ajouter à la liste grossissante des éléments. Davyj qui avait obtenu, par une faveur spéciale de Napoléon I" (à cause du blocus continental), la permission de traverser la France pour se rendre en Italie, se trouvait alors à Paris.
C’est ici que se. présente une étrange contestation de priorité. Qui des deux, de Gay-Lussae ou de Davy, montra le premier que la substance noirâtre de Courtois est un corps simple, nouveau, l’iorfa enfin ? L’un et l’autre ayant fait connaître leurs droits, nous n’avons qu’à les écouter dans leurs exposés respectifs.
Après avoir dit que Clément était encore occupé de ses recherches quand Davy vint à Paris et qu’il ne crut pouvoir mieux accueillir un savant aussi distingué qu’eu lui montrant la nouvelle substance qu’il n’avait encore montrée qu'à Chaptal et Ampère, Gay-Lussac continue en ces termes : « Peu de temps après avoir montré l’iode à M. Davy et lui avoir communiqué le résultat de ses recherches, M. Clément lut sa note â l’Institut et la termina en annonçant que j’allais la continuer. Le 6 décembre, je lus en effet à l’institut une note qui fut imprimée dans ie Moniteur le 12 décembre, et qui l’a été ensuite dans les Annales de chimie, t. LXXXV1II, p. 311. Je, ne rappellerai pas ici que les résultats qu’elle renferme ont déterminé la nature de l’iode et que j’ai établi que cette substance est un corps simple, analogue au chlore. Personne n’a contesté jusqu’à présent que j’ai fait connaître le premier la nature de l’iode, et il est certain que M. Davy n’a publié ses résultats que plus de huit jours après avoir connu les miens b »
Nous venons de voir que Gay-Lussac a eu soin d’apprendre luimème au public, dans une note insérée au Moniteur du 12 décembre 1813, comment il détermina le premier la nature de l’iode.
Voici maintenant ce que Davy avait écrit, en français, le 11 décembre de la même année, dans le Journal de Physique, qui, comme le Moniteur, se publiait à Paris.
t. Annales de Chimie, t. XCf, p. ü. — Moniteur du 12 déc. 1813.
« Lettre sur une nouvelle substance découverte par JJ. Courtois dans le sel de varech, a M. le chevalier Cuvier, par sir H. Davy.
« Paris, le 11 décembre 1813.
« Monsieur, je vous ai dit, il y a huit jours, que je n’avais pu découvrir d’acide muriatique dans aucun des produits de la nouvelle substance découverte par M. Courtois dans le sel de varech, et que je regardais l’acide qu’y a fait naître le phosphore dans les expériences de MM. Desormes et Clément, comme un composé de cette nouvelle substance et d’hydrogène, et la substance elle-même comme un corps nouveau, jusqu'à présent indécomposé, et appartenant à la classe des substances qui ont été nommées acidifiantes ou entretenant la combustion. Vous m'avez fait l’honneur de demander communication de mes idées par écrit. Plusieurs chimistes s'occupent aujourd’hui de cet objet, et il est probable qu’une partie de ces conclusions auront été également trouvées par eux, principalement par M. Gay-Lussac, dont la sagacité et l’habileté doivent nous faire espérer une histoire complète de cette substance. Mais, puisque vous pensez qu’une comparaison des différentes vues et expériences, faites d’après différents plans, pourraient répandre plus de lumières dans un champ de recherches si nouveau et si intéressant, je vous communiquerai mes résultats généraux... »
L’auteur indique ici ies expériences, propres à faire connaître la nature de l’iode ; puis il ajoute en terminant :
« J’ai essayé de décomposer la nouvelle substance en l’exposant à l’état gazeux dans un petit tube, à l’action de la pile de Volts, par un filament de charbon qui devient chauffé jusqu’au rouge durant l’opération. Il se forme, dans le commencement, un peu d’acide ; mais cette formation cesse bientôt, et, quand le charbon a été chauffé au rouge, la substance n'a éprouvé aucune altération.
« Je suis, Monsieur, etc.
« Humphry Davy. »
Il suffît de comparer pour juger. C’est incontestablement Davy, et non Gay-Lussac, qui le premier a fait connaître la nature de l’iode. Le nom même d’iode (deiwJ>S« violacé), fut proposé par Davy, qui l'avait d’abord appelé iodine, à cause de son analogie avec le chlore, nommé par lui chlorine.
L’illustre chimiste anglais fui très-sensible au tour (turn) que lui avait joué celui qu’il avait proclamé « le premier des chimistes français. » Il s'en expliqua dans une lettre à son frère. « Pendant mon séjour à Paris, je voyais, dit-il, souvent Berlhollel, Cuvier,
TEMPS MODERNES
Chaptal, Vauquelin, HumLoldt, Morveaa, Clément, Chevreul et Gay-Lussac. Ils étaient tous polis et attentifs pour moi, et, sauf le tour que m’a joué Gay-Lussac en publiant, sans l’avouer, ce qu’il avait d’abord appris de moi, je n’eus à me plaindre d'aucun de ces messieurs. Mais qui pourrait faire taire l’amour-propre?... Il n’est cependant pas bon d’entrer en conflit avec la vérité et la justice. Mais laissons là la morale et mes griefs. 'L’iode est pour moi un utile allié... La vieille théorie (la théorie de Lavoisier) est maintenant presque lout-à-fait abandonnée en France *. »
coup d’œil général sur la chimie de notre époque.
En terminant, mentionnons brièvement les travaux des principaux chimistes qui, depuis le commencement de notre siècle, ont suivi, dans les différents pays de l’Europe, les traces des fondateurs de la chimie moderne.
En France, nous voyons Vauquelin 3 se rattacher étroitement à Lavoisier par l’intermédiaire de Fourcroy, son protecteur et ami. Il se fit d’abord connaître par deux découvertes importantes : en 1797, par la découverte du chrôme, dans le plomb spalhique de la Sibérie, et en 1798, par celle de la glucyne, dans l’émeraude et le béryl. Il s’occupa ensuite de l’analyse des matières organiques, découvrit, avec Itobiquet, l'asparagine, fit, en société avec Correa de Serra, une série d’expériences sur la sève des végétaux, donna une des premières analyses de la matière cérébrale, de la laite des poissons, du chyle du chacal, etc., et rendit de grands services à l’hygiène et à l’industrie par ses observations concernant l’action du vin, du vinaigre, de l’huile sur les vases de plomb et d’étain, ainsi que par ses expériences sur le fer, l’acier, l’eau de couleurs des bijoutiers, sur la fabrication de l’alun, du laiton, etc.
La décomposition de la potasse et de la soude au moyen de la pile excita l’émulation des chimistes. Gay-Lussac et Thénard obtinrent du gouvernement de Napoléon Ier les fonds nécessaires pour la