Borelli, De motu animajium ; Rome, 1680 et 1681, in
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éloigné? C’est ce que nous allons examiner. La pesanteur de l’air de la région sur laquelle nous établissons notre navigation, étant supposée à celle de l’eau comme t à 1000, et la toise cube d'eau pesant 15120 livres, il s’ensuit qu’une toise cube de cet air pèsera environ 15 livres et 2*onccs; et celui de la région supérieure étant la moitié plus léger, la toise cube ne pèsera qu’environ 7 livres 9 onces : ce sera cet air qui remplira la capacité du vaisseau. C’est pourquoi nous l’appellerons l'air intérieur, qui réellement pèsera sur le fond du vaisseau, à raison de 7 livres 9 onces par toise cube. Mais l’air de la région inférieure lui résistera avec une force double, de sorte que celui-ci ne consumera que la moitié de la force pour le contre-balancer, et il lui en restera encore la moitié pour contre-balancer et soutenir le vaisseau avec toute sa cargaison... Quant à la forme qu’il faudrait donner à ces vaisseaux, elle serait sans doute bien différente de celle dont nous venons de parler. Il y aurait beaucoup de choses à ajouter ou à réformer pour les rendre commodes, et bien des précautions à prendre pour obvier aux inconvénients ; mais ce sont des choses que nous laissons aux sages réflexions de nos habiles machinistes.
« Cette navigation, ajoute l’auteur, ne serait pas si dangereuse que l’on pourrait se l'imaginer; peut-être le serait-elle moins que celle sur mer. Dans celle-ci tout est perdu lorsque le vaisseau vient à couler à fond ; au lieu que le cas arrivant dans celle-là, on se trouverait doucement mis à terre au grand contentement de ceux qui seraient ennuyés de voguer entre le ciel et la terre. Le vaisseau, en descendant ici-bas, irait dtec une lenteur à ne rien faire craindre de funeste pour les gens de dedans, la vaste étendue de la colonne d’air de dessous s’opposant à la vitesse de sa chute. D’ailleurs ce vaisseau, après même s’être submergé et rempli d’air grossier, ne pèserait jamais un tiers de plus qu’un pareil volume de cet air. Il viendrait donc à terre beaucoup plus lentement que ne peut faire la plume la plus légère, puisque celle plume, malgré sa légèreté, pèse grand nombre de fois plus que l’air en pareil volume, et par conséquent beaucoup plus à proportion des masses que ne serait notre vaisseau submergé. »
Le P. Galien, de l’ordre des Dominicains, mourut en 1782, à Avignon à l’âge de quatre-vingt-trois ans, avec la réputation d’un aéronaute visionnaire.
L'année suivante (le 5 juin 1783) les frères Montgolfier firent leur mémorable expérience aérostatique en présence des Étals du
Vivarais, alors assemblés *. Au milieu de la place d’Annonr.y,un gros ballon de 110 pieds de circonférence était posé sur un châssis de 16 pieds. Ce ballon était en toile couverte de papier , il avait 36 pieds de hauteur et présentait l’aspect d’un grand sac avec des plis de tous côtés. Il pesait 430 livres et fut chargé de plus de ZtOO livres de lest. « Messieurs des Etats, s’écria l’un des inventeurs, nous allons remplir ce grand sac avec une vapeur que nous savons faire, et vous allez le voir s’enlever jusqu’aux nues. » On alluma aussitôt, sous l’ouverture du ballon, delà paille mêlée avec de la laine cardée : la chaleur produite avait pour effet d’y raréfier l’air *. Peu à peu le ballon se gonfle, prend une forme sphéroïdale; huit hommes suffisent à peine pour le retenir. Il est lâché; puis on constate qu’en dix minutes le ballon s’est élevé à une hauteur d’environ mille toises ; enfin il descend majestueusement pour tomber dans une vigne, à quatre kilomètres du lieu d’où il était parti.
Le succès de l’expérience d’Annonay produisit une grande sensation. Les frères Montgotfier furent invités par l’Académie des sciences à se rendre à Paris. Etienne Mongolfier y arriva quelques jours après l’expérience tentée au Champ-de-Mars par le physicien Charles avec un ballon rempli de gaz hydrogène. Le 19 septembre 1783, Etienne fit partir du parc de Versailles , en présence de Louis XVI et de toute sa cour , un ballon, auquel on avait fixé un panier d’osier portant un mouton, un coq et un canard. Le 21 novembre suivant, il en fit partir un autre du parc du château de la Muette ; Pilàtre de Rozier y monta hardiment : ce fut le premier homme qui eût voyagé dans les airs.
Depuis lors les expériences se multiplièrent rapidement. On essaya de se servir des aérostats pour des reconnaissances militaires; on s’en servit, en effet, à la bataille de Fleurus, et on organisa un corps d’aérostiers. Enfin, pendant le dernier siège de Paris, on utilisa l’aéronautique pour faire correspondre la capitale avec la province.
t . Joseph-Michel et Jacques-Etienne Montgolfier naquirent, le premier en 1740, le second en 1745, à Vidalon-lès-Annonay, où leur père, Joseph, dirigeait une importante papeterie, qui subsiste encore. L'invention des aérostats leur fit une immense renommée, une souscription nationale leur remit une médaille d’or, les deux frères entrèrent à l’Académie des sciences, et leur père reçut du roi des lettres de noblesse. Le plus jeune des frères mourut à Ferrières en 1799, et l’ainé aux eaux de Balaruc en 1810.
2. C’est par cet artifice qu'on obtenait l’air raréfié que le P. Galien voulait chercher dans les régions élevées de l’atmosphère.
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Nous passerons sous silence les innombrables modifications qui furent apportées à l’invention des frères Montgolfier. Qu'il nous suffise de constater que le problème est encore loin d’être résolu.
Les voyages aérostatiques promettaient une riche mine d’observations. Malheureusement ceux qui ont été faits jusqu’ici avec quelque profit pour la science sont en très-petit nombre. Les premiers voyages aériens ayant un but vraiment scientifique furent exécutés au commencement de notre siècle, par Biot et Gay-Lussac. Il importe de nous y arrêter un moment.
La question de savoir si la force magnétique, faisant mouvoir l’aiguille aimantée à la surface terrestre, s’affaiblit à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère, comme B. de Saussure avait cru le reconnaître dans son voyage au Col-du-Géant, porta, en 1804, l’Institut de France à charger Gay-Lussac et Biot d’une ascension en ballon. Munis de tous les moyens d’observation nécessaires, ces deux physiciens partirent , le 24 août, à dix heures du matin, du jardin du Conservatoire des arts et métiers. A 1223 mètres environ de hauteur, ils traversèrent la couche des nuages, qui offrit bientôt au-dessous de leur nacelle l'aspect d'une mer d’écume. A 2724 mètres, ils lâchèrent une abeille qui s’enfuit en bourdonnant; leur pouls était accéléré, mais cet état fébrile ne causait aucun malaise. A 3400 mètres, ils donnèrent la volée à un verdier : l’oiseau part, s’arrête un instant sur les cordages de la nacelle, puis se précipite en zigzags et presque verticalement vers la terre , comme s’il eût subi la loi de l’attraction. Parvenus à 4000 mèlres, les deux physiciens essayèrent, à l’aide des oscillations d’une aiguille aimantée horizontale, de résoudre le problème qui avait été le but principal de leur voyage. Mais le mouvement de rotation du ballon présenta des obstacles imprévus et sérieux. Ils parvinrent toutefois à les surmonter en partie, et observèrent dans ces régions aériennes la durée de cinq oscillations de l’aiguille aimantée. On sait que cette durée doit augmenter là où la force magnétique, qui ramène l’aiguille à sa position naturelle, a diminué, et que cette durée doit être plus courte si la même force directrice a augmenté. C’est donc un cas tout à fait analogue à celui du pendule oscillant, quoique les mouvements de l’aiguille s’exécutent dans le sens horizontal '.
Les résultats obtenus n’ayant pas paru concluants, une seconde ascension fut jugée nécessaire. Il fut convenu en même temps que