Philosoph. Transact., année 1724, n°* 381 et
points extrêmes fut divisé en 80 parties ou degrés, depuis 0° (température de la glace fondante) jusqu’à 80” (température de l’eau bouillante). Depuis lors ces deux points ont été presque toujours pris pour termes de comparaison. Le thermomètre de Réaumur, qui fut accueilli avec beaucoup de faveur en France et en Italie, devint le signal de vives controverses parmi les physiciens. Les uns donnaient la préférence au mercure , les autres à l’alcool pour la confection des thermomètres. Les Anglais Martine 1 et Uesaguliers *, ainsi que le Hollandais Musschenbroek, préféraient le mercure à l’alcool, parce que, disaient-ils, l’alcool perd de sa fluidité avec le tempe et se dilate moins à mesure qu’il vieillit. De Luc, physicien de Genève, regardait le thermomètre de Réaurour comme impropre à donner des observations exactes. Nollet en fit, au contraire, de grands éloges dans ses Leçons de physique expérimentale.
L’esprit de nationalité, qui se montre un peu partout, se fit même sentir dans ces querelles de physiciens. Chaque nation voulut bientôt avoir son thermomètre. Les Anglais se servirent pendant longtemps d’un thermomètre où les degrés étaient comptés de haut en bas, à l’inverse des autres; 0" correspondait à très-chaud , 25° à chaud, Z|5” à tempéré et 65” à gelée : c’est ce qu’on appelait le thei'momètre normal de la Société royale de Londres. Les Allemands eurent les thermomètres de Lambert et de Sulzer; les Russes firent pendant quelque temps usage du thermomètre que Delisle avait communiqué en 1736 à l’Académie de Saint-Pétersbourg. Tous ces thermomètres avaient été construits avec la préoccupation du poids et du volume des liquides employés, ainsi que de leur dilatation inégale : c’était s’engager dans d’inextricables difficultés.
Le Suédois Celsius, professeur de physique à Upsal, insista le premier sur la nécessité de tenir surtout compte des deux points fixes de l’échelle, représentés par les températures de la glace fondante et de l'eau bouillante, et de. diviser l’échelle en 100 parties exactement égales, depuis 0” (glace fondante) jusqu’à 100° (eau bouillante) s. Le thermomètre de Celsius, dont les Suédois se servent depuis 1742, est au fond identique avec le thermomètre centigrade , aujourd’hui universellement adopté.
1. Essay medical and philosophical, Lond., 1740, in-8°, p. 200 et suiv.
2. Course of experim. philosoph., 1744, in-4°, Lond., vol. IV, p, 292.
3. Celsius, Von zween bestdndigen Graden, dans les Act. de la Soc. roy . de Suède, année 1742.
MOUVEMENT
Le voyage de Maupertuis en Laponie remit sur le tapis la question de savoir s’il faut donner la préférence au mercure ou à l’alcool. Ce physicien avait emporté avec lui deux thermomètres de Réaumur, l’un rempli d’alcool, l’autre de mercure, et il remarquait toujours une différence notable entre ces deux instruments. Ainsi, par exemple, le 6 janvier 1737, le thermomètre à mercure était à 37° au-dessous de zéro, tandis que le thermomètre à alcool n’indiquait dans la même localité et au même instant que ‘29° au-dessous de zéro. Le thermomètre à mercure eut bientôt la préférence , particulièrement lorsqu’il s’agissait d’observer des températures très- basses ou très-élevées.
L’invention et les perfectionnements du thermomètre devinrent le point de départ ou l’occasion de recherches multipliées sur la chaleur. C’est autour de cet instrument que sont venus successivement se grouper les principaux faits thermologiques.
François Bacon tira de ses observations thermomélriques la conclusion que l’air est plus sensible à la chaleur et au froid que la peau de notre corps. Il remarqua aussi que les métaux incandescents ne perdent rien de leur poids, ni de leur substance, en échauffant les corps environnants, et que par l’action de la chaleur l’air se dilate plus que les liquides, et que ceux-ci se dilatent plus que les corps solides. Il revient souvent sur ce fait général, qu’il semble revendiquer comme sa découverte ; mais il n’eut point l’idée d’appliquer le même degré de chaleur à des corps différents pris sous un même volume. Il ignorait donc la chaleur spécifique ainsi que la chaleur latente, et il se trompait avec la plupart des physiciens de son temps en prenant la vapeur aqueuse pour une transformation de l’eau en l’air.
Les académiciens de Florence montrèrent les premiers par des expériences faites avec des tiges creuses que le verre et les métaux se dilatent par l’action de la chaleur; mais ils ne cherchèrent point à s’assurer de combien chacune de ces substances se dilate. Voici, entre autres, une expérience qui mit ces mêmes académiciens dans un grand embarras : le thermomètre, plongé dans de l’eau contenant des fragments de glace , marquait toujours le même degré, quelle que fût la quantité d’eau bouillante ajoutée à l’eau glacée. Cette expérience, souvent répétée, donna constamment le même résultat : le thermomètre ne bougeait pas tant qu’il restait une parcelle de glace à fondre. U leur fut impossible d’expliquer ce
phénomène d’une manière satisfaisante, et ils durent renoncer à se servir de la fameuse antipéristase des physiciens, théorie d’après laquelle le chaud et le froid, se combattant réciproquement, seraient des qualités contraires, inhérentes à la matière. C’était à l’époque où régnaient dans les écoles les qualités occultes.
On savait depuis longtemps que beaucoup de corps solides fondent par la chaleur et que par le refroidissement ils reprennent leur premier état. Boyle généralisa ce fait, en soutenant que 1» congélation des liquides et la solidification des corps fondus étaient le même phénomène, seulement à des degrés de chaleur différents. Il n’alla pas jusqu’à généraliser de même le fait particulier de la glace fondante , à savoir, que pendant la fusion d’un corps quelconque la température demeure constante.
La vaporisation des corps, particulièrement des liquides, sous l’influence de la chaleur, était un fait connu de temps immémorial. Mais les physiciens essayèrent en vain de l’expliquer. L’explication donnée par Descaries est purement imaginaire. Ce grand philosophe fait intervenir une « matière subtile, qui est, dit-il, dans les pores, estant plus fort agitée une fois que l’autre, soit par la présence du soleil, soit par telle autre cause.... Ainsi que la poussière d’une campaigne se soulève, quand elle est seulement agitée par les pieds de quelque passant ; car encore que les grains de cette poussière soient beaucoup plus gros et plus pesants que les particules du corps vaporisé, ils ne laissent pas pour cela de prendre leur cours vers le ciel, ce qui doit empêcher qu’on s’étonne de ce que l’action du soleil élève assez haut les particules de la matière, dont se composent les vapeurs et les exhalaisons *. »
Dechales réfuta cette opinion de l'auteur du Discours de la méthode, et montra qu’on pourrait très-bien expliquer le phénomène en question en admettant qu’à l’état de vapeur un corps occupe un bien plus grand espace qu’à l’état liquide. « Prenez, dit-il, par exemple, une parcelle d’eau ayant le millième du poids d’une livre; si elle est atténuée par l’action de la chaleur au point d'occuper un espace plus grand qu’une masse d’air du même poids, elle s’élèvera dans l’atmosphère suivant les lois hydrostatiques. »
Le même auteur donne ensuite une autre explication, à l’usage de ceux qui voudraient nier qu’un même corps puisse être forcé à occuper plus d’espace. En prenant le même exemple, on pourrait.