ATMOSPHÈRE TERRESTRE
Ce vaste océan de gaz, perpétuellement agité, dont la surface se confond avec l’immensité de l’espace, et dont le lit est formé par la surface terrestre , l'atmosphère en un mot, passa longtemps pour quelque chose d’immatériel. Il y a deux siècles et demi à peine que sa matérialité a été mise hors de doute, et ce n’est que depuis que l’on commence à apprécier toute l’étendue du rôle physique et physiologique de l’atmosphère que l’on cherche à appliquer à la matière ce que saint Paul disait des rapports de l’homme avec Dieu : *v uùtü çü/j* » x«l xmù/x tQx xu.1 lo/ibv : nous y vivons, nous nous y mouvons, et nous y sommes.
La première chose que se demande un astronome physicien, en dirigeant le télescope vers une planète ou un satellite, c’est de savoir si ces globes errants sont entourés d’une atmosphère. El cela se comprend. Les principaux agents physiques, la chaleur et la lumière, qui ont leur source dans l’astre central de notre monde, se modifient en traversant une enveloppe gazeuse, et composent, #ur le globe solide où ils pénètrent, l’ensemble des conditions qui forment pour ainsi dire les coefficients de la vie. Or, de toutes les planètes, celle que nous habitons, la Terre, est la seule dont l’étude
Fig. 1.
MATIÈRE
soit accessible à tous nos moyens d’investigation. Il est donc naturel que notre atmosphère, cette enveloppe modificatrice de tout ce qui occupe la surface terrestre, attire l’attention incessante des observateurs. C’est là que se trouvent, en effet, presque tous les secrets de la science qui a reçu le nom de physique1.
Tant qu’on n’était pas d’accord sur la forme de la Terre, tant que les esprits se montraient réfractaires à celle formidable vérité que la Terre est librement suspendue dans l'espace, que c’est un corps céleste, un astre circulant avec la Lune autour du Soleil» toute saine notion de physique était impossible.
Écoulez Aristote. Il vous parle longuement des brouillards, des nuages, des pluies, des grêles, des neiges, des vents, des exhalaisons subtiles de l’air; mais il n’a aucune idée d’une atmosphère proprement dite *.
Les anciens savaient que l’air est plus rare au sommet des moutagnes que dans les vallées. C’est sur ce fait qu’ils fondèrent sans doute leur théorie de l’air et de l’efàer . Suivant Pythagore s, l’air» àhp, impur, hétérogène, est ce qui se trouve au-dessous de l’air pur, homogène. » Ce dernier était Y éther, ai Hp, « matière céleste» libre de toute matière sensible. »
Empédocle, cité par Clément d’Alexandrie et par Plutarque, adopta cette division, en y ajoutant la terre et l’eau. L’air, il l’appelait aussi Titan, comme le témoignent ces vers attribués à Empédocle :
La Terre, et la Mer ondoyante, l’Air humide,
Titan, et l’Ether, qui enveloppe le grand Cercle *.
Platon, dans le Timée et le Phédon , distingue, comme Pythagore, deux espèces d’air : « L’un, grossier et rempli de vapeur, est celui que nous respirons; l’autre, plus subtil, est l’éther, dans lequel les corps célestes sont plongés et y accomplissent leurs révolutions. »
D’autres physiciens philosophes n’ont fait qu’amplifier cette manière de voir. Ce n’est que dans Sénèque (mort à Rome en l’an 65 de notre ère) que l’on voit poindre l’idée que nous nous faisons
1 . La Physique, telle que l’entendait Aristote, n’a rien de commun avec la Physique moderne. La Physique du chef des péripatéliciens formait en quelque sorte le passage des sciences naturelles à la Métaphysique.