ET GALÈRE
son tombeau; la haine avait éveillé le courage; le Capitale paraissait vouloir encore commander au monde; les sept collines avaient enfanté de nouvelles légions; la plaine en était couverte; elles faisaient entendre les noms redoutables de sénat et de peuple romain ; et ees noms révérés, rappelant un respect antique, frappaient de terreur les troupes de Galère, qui croyaient commettre un parricide en attaquant la ville sacrée. Avec de semblables dispositions le succès ne pouvait être douteux. Au premier eboe l'armée de Galère prit la fuite; et ce prince, pour sauver sa vie, fut obligé de capituler.
Maximien, qui aurait pu le détruire, craignit qu'il ne trouvât des ressources dans son désespoir, et lui permit de retourner avec son armée en Asie.
Pendant cette lutte courte, mais sanglante, Constantin, laissant ses rivaux s'affaiblir mutuellement, consolidait son pouvoir, en faisant prospérer dans ses États le commerce et l'agriculture, en maintenant la discipline dans ses armées; l'économie remplissait son trésor, et les peuples bénissaient sa justice. Maximien, pour l'engager à soutenir sa cause, lui offrit sa fille Fausta en mariage; il l'épousa, ne promit que d'observer une stricte neutralité, et ne consentit à le reconnaître pour empereur qu'au moment où Galère lui céda Rome et l'Italie (1).
Après la retraite de Galère, l'empire se trouva gouverné par six princes : Maximin en Afrique et en Egypte; Maximien et Maxence en Italie; Licinius dans la Grèce, la Tbrace et l'Illyrie; Galère en Asie, et Constantin dans les Gaules, dans la Bretagne et en Espagne. Un tel partage de pouvoirs ne pouvait durer, et cette oligarchie de princes coûta plus de sang que n'en avait fait verser l'anarchie des trente tyrans vaincus par Aurélien.
Maxence, délivré de toute inquiétude par les victoires de son père, méprisa ses ordres dès qu'il crut n'avoir plus besoin de son appui, insulta les grands, dépouilla les riches, autorisa la licence des troupes, et se livra nuit et jour publiquement aux excès de la plus scandaleuse débauche. Son père, le voyant en butte à la haine publique, crut le moment favorable pour accomplir ses projets. L'artificieux vieillard méprisait, haïssait Maxence, et ne s'était servi de lui que comme d'un instrument fait pour lui rouvrir les chemins du trône. Espérant que l'animadversion générale le seconderait, il convoque le sénat et le peuple, adresse à son fils les plus sanglants reproches sur son incapacité, sur ses vices, sur ses cruautés, le déclare indigne de régner, et lui arrache de ses propres mains le manteau impérial.
Les sénateurs, les chevaliers et la foule des citoyens, incertains du parti qu'ils devaient prendre, gardaient un profond silence, quand tout à coup les jeunes courtisans qui partageaient les débauches de Maxence, et les soldats, dont il favorisait les désordres, jettent de grands cris, l'entourent, le défendent, accablent Maximien d'injures et de menaces, lèvent sur lui leurs mains furieuses, et forcent cet ambitieux vieillard à chercher son salut dans la fuite.
Tombé du trône une seconde fois, il courut en Asie implorer bassement et vainement les secours de Galère; après avoir tenté d'inutiles efforts pour
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l'armer contre son fils, il vint clans les Gaules demander un asile à son cendre. Constantin l'accueillit généreusement, le logea dans son palais et lui accorda tous les honneurs dus à son rang(t).
L'âge et les revers ne pouvaient adoucir le cœur de ce vieillard, qui ne vivait que pour régner; tandis que son gendre le traitait en père, il ne songeait qu'aux moyens de lui enlever le trône et la vie.
Les Francs venaient encore d'envahir le pays de Trêves. Constantin, qui dut presque toujours ses succès à sa rapidité, court les combattre à la tôte d'un faible corps de troupes. Dès que Maximien le sait engagé dans cette guerre, il répand le bruit que ce prince, enveloppé par les Barbares, est tombé sous leurs coups, et, convoquant à la hâte les légions qui se trouvaient du côté d'Arles, il se fait proclamer empereur par elles.
Constantin apprend cette nouvelle au moment où son audace venait de forcer les ennemis à prendre la fuite et à repasser le Rhin. Sans perdre de temps, aussi prompt que l'éclair, suivi de quelques hommes dévoués, il revient à Chàlons, s'embarque, descend la Saône et le Rhône, et réparait à l'improviste sous les murs d'Arles. Maximien n'avait point eu le temps d'organiser ses forces et de consolider son usurpation; il ne commandait que par la crainte. Constantin était aimé : dès que le nom de ce prince chéri se fait entendre, tous les cœurs volent au-devant de lui; les soldats se rangent en foule sous ses drapeaux. Maximien s'enfuit à Marseille; Constantin l'y poursuit, et les habitants lui en ouvrent les portes : clément après la victoire, il n'ôte à son beau-père que la pourpre impériale, il lui laisse la vie et le retient auprès de lui.
Loin d'être touché de cette douceur, l'implacable vieillard, résolu de se venger, jura de donner la mort à celui qui venait d'épargner ses jours. Quelques mois après, se trouvant encore à Marseille avec Constantin, dont l'àrno généreuse ne pouvait soupçonner un pareil crime, il découvrit son affreux projet à sa fille Fausta, employant tour à tour les présents, les prières, les promesses, les menaces pour l'engager à laisser ouvert pendant la nuit l'appartement de son époux, et à éloigner les gardes qui veillaient à sa sûreté.
La malheureuse impératrice, forcée de donner la mort à son père si elle parle, ou à son époux si elle se tait, ne sait longtemps, dans celte affreuse position, qui elle doit trahir ou sauver: enfin l'amoar conjugal l'emporte; elle promet à son père d'obéir, et révèle tout à Constantin.
Ce prince, plus consterné qu'effrayé d'un tel forfait, refusait d'y croire, et voulut en avoir la preuve évidente avant de le punir. Suivant les mœurs barbares de ce temps, les esclaves étaient à peine comptés au nombre des hommes; Constantin sacrifie les jours d'un eunuque pour dévoiler l'affreuse vérité, le place dans son lit, éloigne les gardes, et se tient à portée de tout voir.
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IA GALÈUE. GO.",
Au milieu des ombres et du silence de la nuit, Maximien, armé d'un poignard, ï avance, voit avec une barbare satisfaction que sa iille a déiragé sa marche de (ont obstacle : il entre dans la chambre, s'approche du lit, enfonce à plusieurs reprises son fer dans le sein de l'esclave, et s'écrie : Mon ennemi est mort, je suis maître de (empire! A peine il a prononcé ces mots, Constantin parait à sa vue, l'altère par ses regards menaçants, et change sa cruelle joie en honte et en désespoir. Constantin ne pardonna plu% et Maximien périt, juste victime d'une coupable ambition qui ne put s'éteindre qu'avec sa vie (1).
Maxence, qui avait trahi, insulté, détrôné son père, déclara témérairement qu'il voulait le venger. Depuis qu'il régnait seul, sa tyrannie ne connaissait plus de bornes : liome, pendant le court règne de ce prince féroce et insensé, fut remplie de délateurs, inondée de sang et livrée au pillage. La pudeur des f mmes et des vierges les p us distinguées était immolée à la brutalité de ses désirs. Sophronie, chrétienne, et mariée à un illustre sénateur, voyant sa maison entourée par les satellites du tyran, crut pouvoir, sans offenser son Dieu, s'affranchir du déshonneur : elle se poignarda, et le sang de cette nouvelle Lucrèce aurait peut-être encore armé les Romains contre la tyrannie; mais ils étaient contenus par une armée dévouée à Maxence. Cette armée régnait plus que lui, et disposait à son gré de la fortune et de la vie des citoyens. Maxence leur disait souvent : « Prenez, pillez, prodiguez, ce sont «vos droits; la fortune de l'empire que vous soutenez vous appartient. »
Fort de l'appui de ces soldats licencieux, il se regardait comme seul empereur, parlait avec mépris des autres Césars, et ne les traitait que comme ses lieuh nanls.
Le sénat et le peuple, excédés de son joug odieux, implorèrent le secours de Constantin. Les circonstances étaient favorables; Galère venait de terminer ses jours dans d'affreux tourments : les vices de son âme semblaient avoir infecté son corps. Il mourut rongé d'ulcères, dévoré de remords; et, avant d'expirer, il révoqua l'edit cruel publié par lui contre les chrétiens.
Licinius et Maximin, ses successeurs, se disputaient l'empire de l'Asie, et Constantin, sans craindre de diversion du côté de l'Orient, marcha en Italie, où rappelaient ses destinées; mais, avant de franchir les Alpes, ce prince fit un acte de témérité dont le succès accrut sa gloire et assura pour longtemps la tranquillité de la Gaule.
Les Barbares, qui jusque là se bornaient à faire la guerre séparément, et à envahir chacun les provinces qui se trouvaient le plus à leur portée, s'étaient alors réunis en niasse. Une armée formidable, composée de Francs, de Cad es de Bructères et de la plu paît des peuples de la Germanie, avait Ira- \< i se le Rhin : Constantin marcha contre eux avec des troupes inférieures en nombre, mais supérieures en tactique et en courage. Lorsqu'il fut près des ennemis, s'étant déguisé, il entra audacieusement dans leur camp, causa familièrement avec eux, et reconnut avec soin leurs postes. Revenu ensuite au
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milieu de ses légions, il attaqua les Barbares parle côté le plus faible de leur position, les enfonça, jeta le désordrp ^ans leurs rangs, les mit en fuite et en fit un affreux carnage.
Délivré, par cette victoire, de toute crainte pour ses États, il réunit toutes ses forces, qui ne s'élevaient, dit-on, qu'à cent mille hommes, passa le mont Cenis, prit Suze d'assaut, délit dans la plaine de Turin un gros corps de cavalerie qui s'opposait à sa marche, se rendit maître de Turin, de Milan, et fut reçu dans la Lombardie, non comme un ennemi, mais comme un libérateur.
Maxence, aussi lâche qu'orgueilleux, ne s'était jamais montré redoutable qu'à l'innocence, à la pudeur, à la vertu ; il se tenait enfermé dans Rome, et faisait la guerre par ses lieutenants. Leurs armes lui avaient soumis l'Afrique, enlevée à Maximin : un usurpateur, nommé Alexandre, s'y révolta et la gouverna pendant trois ans. Rufin, envoyé par Maxence, le défit et le tua. Pompéianus fut charge de défendre l'Italie et de combattre Constantin. Son armée, composée de troupes dTtalie et d'Afrique, comptait cent quatre-vingt mille combattants, ardents à servir la cause d'un tyran qui livrait à leur cupidité toutes les richesses de Rome et de l'Italie.
Comme les impôts ne suffisaient plus pour payer cette nombreuse armée, Maxence eut recours aux confiscations, et jamais aucune tyrannie ne fit couler plus de larmes et de sang.
Constantin, précédé du bruit de ses exploits et du renom de ses vertus, était appelé par les vœux de tous les citoyens opprimés. Cependant, avant de combattre des forces supérieures aux siennes, que le nom de Rome rendait encore plus redoutables, et contre lesquelles la bravoure de Sévère et l'expérience de Galère avaient échoué, il crut devoir ranimer le courage de ses soldats en leur offrant le secours du Ciel; et, pour les rassurer contre la crainte de la fortune et des dieux du Capitolc, il leur promit la victoire au nom d'un Dieu plus puissant. Hélène, sa mère, lui avait inspiré dans son enfance un grand mépris pour l'idolâtrie, et une profonde vénération pour le Dieu des chrétiens. A l'exemple de son père, il les avait toujours protégés. Le culte de Jésus-Christ, triomphant au milieu des persécutions, s'était répandu avec rapidité dans tout l'empire; la haine de l'oppression augmentait sans cesse ses prosélytes: le sang des martyrs multipliait et fortifiait les racines du christianisme; les plus braves guerriers, les plus sages magistrats, les hommes les plus éclairés, tous les citoyens qui avaient conservé quelque sentiment de vertu se déclaraient pour ce culte moral : ils méprisaient les faux dieux de Maxence et de Maximin, ainsi que leur Panthéon rempli de tyrans, et leur Olympe peuplé de vices. Les pauvres, les esclaves invoquaient un Dieu qui rappelait aux hommes la primitive égalité, et les femmes embrassaient avec ardeur une religion qui ordonnait la clémence, commandait l'amour, et promettait un bonheur éternel aux plus douces vertus.
Le polythéisme était défendu par les satellites des tyrans, par les prêtres des idoles, par quelques philosophes opiniâtres dans leur système, par quelques esprits superstitieux qui croyaient l'ancien culte et l'ancienne gloire de Rome