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inséparables, enfin par une foule d'hommes corrompus, porté» par leur intérêt à conserver le culte des vices divinisés.
Maximin, aussi intolérant que Galère, favorisait le parti de Maxencc, et se montrait comme lui l'implacable ennemi des chrétiens. Licinius, son rival, soutenait la cause de Constantin, et,* en sa faveur, paraissait disposé à tolérei le christianisme.
Telle était la disposition des esprits, lorsque Constantin, soit qu'il fût éclairé ?ar les lumières de la religion, soit qu'il ne se laissât diriger que parcelles de la politique, eut recours à une fraude pieuse pour persuader à ses soldats que le Ciel même s'armait en sa faveur.
Appuyé par le témoignage des guerriers chrétiens qui combattaient sous ses ordres, il dit et attesta à toute l'armée « que, se trouvant un jour en marche au » moment où le soleil était sur son déclin, il avait vu dans les airs une croix » lumineuse qui portait cette inscription : Triomphez par ce signe ; et que la » nuit suivante Jésus Christ, lui apparaissant en songe et lui expliquant ce » phénomène, lui avait commandé de prendre un étendard semblable à co » signe divin (1). » L'empereur obéit; ce nouvel étendard s'appela labarum, comme l'ancien étendard impérial, et toute son armée, suivant avec enthousiasme cette enseigne miraculeuse, porta dès ce moment, sur ses casques et sur ses boucliers, le signe éclatant de la croix, qui jusqu'alors avait été l'objet de l'insulte et de la persécution.
Tel est le récit qu'Eusèbe prétendait tenir de la bouche môme de Constantin. Les auteurs païens de ce temps racontaient le fait autrement. Ils disaient qu'on avait vu dans les airs une armée céleste qui dirigeait et encourageait celle de Constantin.
Ce qui paraît certain, c'est que tous, païens ou chrétiens, attribuèrent la défaite des armées de Rome à un prodige.
L'empereur, continuant sa marche, rencontra près de Vérone l'armée de Pompéianus, et lui livra une bataille : dans cette action, longue et meurtrière, Constantin montra l'habileté d'un grand capitaine et s'exposa en soldat. La forlune couronna ses armes; il détruisit une partie de l'armée ennemie et mit le reste en fuite.
Les débris des légions vaincues, se joignant aux troupes restées à Rome, formèrent encore une nombreuse armée qui campa au delà du Tibre ; les prétoriens en composaient la principale force; Maxcnce, livré à ses infâmes débauches, ne sortait pas de l'enceinte de son palais; les oracles trompeurs de la sibylle rassuraient son esprit superstitieux; ils lui avaient dit, avec l'ambiguïté ordinaire de leur langage, • que l'ennemi de Rome serait bientôt vaincu. ■ Le tyran ne vit pas que c'était, annoncer sa défaite et sa mort.
Cependant l'armée victorieuse se trouva bientôt en présence de la sienne; et, malgré sa lâcheté, il se vit forcé, par les menaces et par l'indignation des prétoriens, de venir se mettre à leur tète. Lorsque le signal fut donné. l<k
N An de Jésus-Christ 312.
succès ne resta pas longtemps incertain; Maxencc dirigea ses troupos sans habileté; la garde prétorienne, amollie par une longue inaction, ne put soutenir le choc des belliqueuses légions du Nord; les recrues d'Italie et d'Afrique prirent la fuite comme elles; en peu d'heures la déroute fut complète (1). La foule des fuyards fit crouler par son poids le pont du Tibre; Maxence, qui se trouvait au milieu d'eux, tomba dans le fleuve et s'y noya.
Le lendemain Rome ouvrit ses portes, et Constantin, au bruit des applaudissements publics, entra comme libérateur dans la capitale du monde : la tète de Maxence, portée sur une pique, précédait son char. On ne voyait point à ce noble triomphe, dit un orateur de ce temps, des généraux dans les fers, des princes enchaînés, ni une foule de Barbares vaincus et captifs; ce qui le décorait, c'étaient le sénat, les patriciens rendus à leur dignité ; les bannis rappelés de leur exil, le peuple romain affranchi d'une odieuse captivité , enfin Rome entière délivrée de la tyrannie d'un monstre.
L'empereur ne souilla sa victoire par aucun acte de rigueur; sa sévérité ne se porta que sur les cohortes prétoriennes : il cassa cette troupe factieuse qui s'était toujours montrée l'ennemie des bons princes et l'appui des tyrans.
En peu de mois l'activité de l'empereur répara les maux produits par dix années de tyrannie; les exilés revinrent dans leurs foyers; les proscrits rentrèrent dans leurs biens; le sénat reprit sa dignité; la justice présida les tribunaux; la pudeur respira; le vice cacha dans l'ombre son front audacieux; on bannit les délateurs; les magistrats concussionnaires furent destitués et punis; enfin le cultivateur, soulagé des taxes énormes qui dévoraient ses fruits et ses moissons, se livra de nouveau au travail avec confiance et sécurité.
Constantin reçut du sénat les honneurs décernés à tous les princes qui l'avaient précédé. Se conformant ensuite aux anciens usages populaires, il célébra les jeux publics, et donna à la multitude les spectacles ordinaires du cirque; mais il ne voulut point prendre part aux sacrifices, et, par son mépris pour le culte des faux dieux, il commença , malgré ses sages lois et ses grandes actions, à s'attirer l'animadversion des habitants de Rome, dont la plus grande partie restait attachée aux antiques superstitions.
Quelque temps après Constantin se rendit à Milan; il y trouva Lîcinius, et resserra les liens de son alliance avec ce prince, en lui donnant pour femme sa sœur Constancie. Tous deux, de concert, publièrent dans leurs États plusieurs édits pour rendre aux chrétiens leurs biens et leurs églises, aux évêques leur autorité spirituelle, et pour autoriser partout le libre et public exercice de la religion chrétienne (2).
A la mort de Galère, l'Asie étant devenue l'objet de la rivalité de Licinius et de Maximin , celui-ci, plus prompt que son collègue, s'en était saisi, s'y était fortifié et en avait obtenu la cession définitive par un traité. Cette paix ne fut pas de longue durée; Maximin , ennemi implacable des chrétiens, ne pouvait supporter la protection que leur accordaient ses deux collègues, et les repro-
(1) An de Jésus-Christ 312. — (2) An de Jésus-Christ 313.
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ehes qu'ils lui adressaient sur sa cruauté. Échauffé dans sa haine par la fureur
de ses pontifes et par celle des aurions partisans de Galère ot de Maxence réunis près de lui, fier du nombre de ses troupes, de l'étendue de ses Éfàts, et trompé par de faux oracles, il erut pouvoir, on surprenant Licinius par une attaque imprévue, le renverser facilement du trône, vaincre ensuite Constantin, et s'emparer de leurs possessions. Rassemblant on secret ses troupes, il marcha diligemment sur le Bosphore, traversa le détroit, et se rendit maître de Byzance et d'Héracléo.
Licinius, loin d'être découragé par les premiers succès de eotfe invasion, partit de Milan, se mit à la tête des braves légions de Thrace et d'IIlyrie , attaqua les troupes asiatiques qui se livraient au pillage , et les défit en deux batailles rangées. Maximin, ayant perdu la plus grande partie de son armée, se sauva en Cilicie : pou de temps après, lorsqu'il fut informé de l'approche du vainqueur qui le poursuivait, il s'empoisonna.
Licinius, aussi féroce que son rival, usa cruellement de la victoire; il fit périr la famille de Maximin, et n'épargna pas môme les jours de Prisca et de Valéria, Tune épouse et l'autre fille de Dioclétien(l).
Il n'existait plus que deux empereurs, Constantin et Licinius; l'intérêt, qui les avait unis momentanément , les divisa bientôt : Constantin exigeait un nouveau partage, et voulait que son collègue lui cédât l'IIIyrie, la Thrace, la Macédoine et la Grèce; Licinius s'y refusa, et l'on en vint aux armes.
Les deux empereurs se livrèrent bataille à Cybalis, en Pannonie, près de Sirmium(2). Les deux chefs, également braves et expérimentés, conduisaient chacun des légions belliqueuses. L'action dura vingt-quatre heures; enfin, l'aile que commandait Constantin ayant enfoncé celle qui lui était opposée, ce succès décida la victoire. Licinius, regagnant Andrinople, y rassembla d'autres forces, et donna le titre de César à un général peu connu, nommé Valens.
Constantin, poursuivant sa marche, attaqua de nouveau son rival à Mardie, près d'Andrinople. Le succès du combat ne fut point décisif, chacun des deux partis s'attribua la victoire, mais Constantin seul en recueillit les fruits. Licinius, découragé, se soumit aux conditions qu'on voulut lui prescrire, déposa Valens, le fit périr, et, abandonnant les provinces que Constantin lui demandait, ne garda sous sa domination qu'une partie de la Thrace, l'Asie et l'L-
gypte.
L'ambition blessée ne considère une paix désavantageuse que comme une (rêve. Résolu de la rompre dès qu'il le pourrait avec quelque espoir de succès, Licinius augmenta ses troupes, et remplit son trésor en accablant le peuple d'impôts et de confiscations. Cependant les riches et les grands souffraient seuls de sa tyrannie : ce prince, né dans la classe des paysans, s'en souvint et les protégea toujours.
Dans toutes les parties de l'empire les chrétiens regardaient Constantin
l)An de Jésus-Christ 314. — (2) Même année.