TARQUIN L'ANCIEN
solidité aux murs de la ville, fit élever un cirque avec des gradins, et posa les fondements du Capitole, qu'il dédia à Jupiter, à Junon et à Minerve. Cet édifice ne fut achevé que trois ans après l'expulsion des rois.
Dans ce temps, l'adresse d'un augure augmenta la crédulité populaire : Tarquin voulait ajouter trois centuries à celle des chevaliers; l'augure Accius Névius prétendait qu'on devait avant interroger les dieux. Le roi, pour éprouver sa science, lui dit de consulter les auspices, afin de savoir si un autre projet qu'il avait dans l'esprit pouvait s'exécuter. L'augure, de retour, dit que la chose était faisable : « Eh bien! reprit le roi, voici ma pensée : je voulais savoir si vous » pouviez couper avec un rasoir ce caillou que j'ai dans les mains. » Accius, sons se déconcerter, prit le rasoir, et coupa le caillou. On lui érigea une statue d'airain, et la foi aux augures devint telle, qu'on n'entreprit plus rien sans les consulter.
Tarquin,dans ses premières campagnes sous le règne d'Ancus, avait pris la ville de Corniculum. L'un de ses habitants, Servius Tullius, né à Rome pendant la captivité de sa mère, devint libre, et acquit par son mérite une grande considération parmi les Romains. On racontait que dans son enfance on avait vu une flamme entourer son berceau et voltiger autour de sa tête. La reine Tanaquil, aussi crédule qu'ambitieuse, fut frappée de ce prodige, et conseilla au roi de prendre cet enfant sous sa protection. Il s'y attacha, le traita comme son fils, lui accorda sa fille en mariage, et lui fit commander des corps d'armée. Sa bravoure, sa prudence et ses succès lui attirèrent la confiance publique : le peuple s'accoutumait à le regarder comme le successeur du roi, qui n'avait que des fils en bas âge.
Les enfants d'Ancus Martius, jaloux de son crédit, fiers de leur naissance, et irrités contre ce nouvel obstacle qui s'opposait à leur élévation, résolurent la mort de Tarquin. lis gagnèrent deux paysans, qui, portant la cognée sur l'épaule, feignirent de se quereller à la porte du palais. Dans ces temps de mœurs simples et grossières, les rois jugeaient souvent eux-mêmes les différends de leurs sujets. Tarquin, entendant le bruit de la dispute des deux paysans, les fait entrer; ils continuent leur violente altercation; pendant qu'il fixait les yeux sur l'un des interlocuteurs, l'autre fend la tète du roi avec sa cognée et tous deux prennent la fuite.
Le peuple s'émeut; Tanaquil, désespérée, mais toujours audacieuse, ferme US portes du palais, appelle Servius Tullius, lui prouve qu'il n'a que le choix de !a couronne ou de la mort : l'ayant ainsi déterminé à monter sur le trône et à venger le roi, elle paraît sur le balcon, et dit au peuple que Tarquin, légèrement blessé, a repris connaissance, et qu'il continue à s'occuper des affaires publiques. Bientôt Servius Tullius entre dans la salle d'audience, revêtu des habits destinés à l'héritier du trône, et entouré de licteurs. Il prononce quelques arrêts au nom du roi, déclare qu'il le consultera sur d'autres, et se retire. Les enfants d'Ancus, trompés par cet artifice, croient leur conjuration découverte, prennent la fuite, se réfugient chez les Volsques, et laissent leur ennemi sans rivaux et sans danger.