‹ Histoire universelleChapitre 14 sur 129 · TARQUIN LE SUPERBE · texte numérisé non relu

TARQUIN LE SUPERBE

( An de Rome 220. Avant Jésus-Christ 333. )

Tarquin, monté au trône par un parricide et roi sans élection, avait violé les lois divines et humaines; il ne pouvait en respecter aucune, puisque toutes l'auraient condamné. Il brisa les limites de l'autorité royale, changea tous les règlements de ses prédécesseurs, exerça un pouvoir absolu, et se composa une garde d'étrangers et d'hommes dévoués qui l'environnaient sans cesse.

Il se montrait peu, n'écoutait que quelques favoris, et ne consultait jamais le sénat. Son accueil était dur, ses paroles menaçantes. Par ses ordres, les plus illustres citoyens, dont il craignait le crédit ou la vertu, périrent, et il confisqua leurs biens.

Le patricien Junius, son parent, descendant d'un des compagnons d'Énée, était universellement respecté; Tarquin trancha ses jours, et lit mourir l'un de ses fils; l'autre conserva la vie en feignant de perdre la raison. Cet artifice, qui cachait une profonde sagesse sous le masque de la folie, lui fit donner le nom de Brutus, et déroba au poignard du tyran le héros qui devait un jour détruire la tyrannie.

30 TAttQUIN LE SUPEIVBK.

Sous te rogne de Tarquin, la richesse devint un délit, la vertu un crime, et la délation un titre aux récompenses. Sa cruauté dépeupla le sénat; et, comme il voulait anéantir cet auguste corps, il le laissa incomplet et ne remplaça pas ses victimes.

11 déclarait la guerre et signait la paix sans consulter le peuple, et fit défendre toute assemblée de centuries et de curies. Ses nombreux espions inondaient les places publiques, les temples, et pénétraient jusque dans l'intérieur des maisons.

Tarquin, décidé à faire la guerre aux Sabins, forma une ligue avec quelques peuples latins, et convoqua les députés de leur ville sur une montagne près de la ville d'Albe, où, suivant le traité, quarante-sept peuples ligués devaient se réunir pour offrir des sacrifices et célébrer des fêtes qu'on appelait fériés latines. La république conserva cet usage.

Les députés s'étant rendus ponctuellement à Férentin dans la matinée du jour convenu, le roi les fit attendre jusqu'au soir. Ce manque d'égards choqua les envoyés de ces peuples libres : l'un d'eux, surtout, Turnus llerdo, député d'Aricie, s'en plaignit vivement. Le roi, arrivant enfin, donna pour excuse de son retard le procès d'un père contre son fils qu'il avait été forcé de juger.

« Une telle cause, répondit Turnus, n'exigeait pas un long examen; lorsqu'un » fils offense son père, il mérite le châtiment le plus prompt et le plus exem- » plaire. » Après ces mots dont chacun sentait l'application, Turnus se retire, l'assemblée se sépare et la séance est remise au lendemain.

Tarquin, irrité, corrompt les domestiques de Turnus, et, pendant la nuit, fait cacher des armes dans sa maison. Le lendemain le roi l'accuse dans l'assemblée d'avoir voulu conspirer contre lui, et invite les députés à s'assurer du fait par leurs yeux.

On se rend à l'instant chez lui ; les armes qui s'y trouvent le font croire coupable : accusé par la haine, jugé par la prévention, condamné par l'erreur, il est enterré vivant. Ce fut pour" perpétuer le souvenir de la découverte de cette prétendue conjuration, que les peuples ligués érigèrent un temple dans ce lieu. La flatterie et la peur prodiguèrent des éloges au crime.

Tarquin, comme roi, ne méritait que la haine et le mépris; mais on ne peut lui refuser les qualités d'un général habile. Il fit la guerre avec succès contre les Volsques et les Sabins : étant parvenu, par ses manœuvres et son audace, à enfermer ses ennemis dans Suessa Pométia, il prit la ville d'assaut, et fit passer au fil de l'épée tous les habitants qui portaient des armes.

Sextus Tarquin, aussi artificieux que son père, feignant d'être disgracié par lui, se retira chez les Gabiens, et gagna tellement leur confiance qu'ils le placèrent à la tête de leur république. Devenu ainsi maître de l'État, il envoya un courrier au roi pour lui demander comment il devait se conduire. Tarquin se trouvait alors dans son jardin; au lieu de répondre au courrier, il continua de se promener devant lui, s'amusant à couper avec une baguette la tête des pavots les plus élevés.

L'envoyé de Sextus lui ayant rapporté ce qu'il avait vu, le prince saisit facile-

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