‹ Histoire universelleChapitre 56 sur 129 · VI TE LU US · texte numérisé non relu

VI TE LU US

pieds du vainqueur qui le reçut avec mépris, et l'envoya a Yespasicn, comme un trophée de sa victoire.

Valens, apprenant en Étrurie l'issue du combat de Crémone, s'embarqua pour les Gaules. On l'informa, dans sa route, d'une révolution qui éclatait dans cette contrée en faveur de Vespasien. Poussé par les vents sur les îles d Hières, il y fut arrêté et mis à mort par les ordres de Valérius Paulinus, gouverneur de la Gaule narbonnaise.

Vitellius continuait cependant toujours à Rome ses orgies, ne voulait pas croire à la perte de Crémone, et défendait au peuple d'y ajouter foi. Son activité se borna à faire arrêter le préfet Sabinus, et à envoyer à l'armée Julius Agrestis. qu'il chargea de s'informer de la vérité. Ce centurion fut mené devant Antonius, qui lui laissa voir ses troupes victorieuses, et lui permit de retourner à Rome. L'empereur refusa d'abord de le croire; cet officier ne parvint à lui persuader la vérité de son rapport qu'en se tuant. Vitellius, tardivement éclairé, chargea Julius Priscus et Alphénus Varus de rassembler quatorze mille prétoriens et quatorze mille légionnaires pour défendre les Apennins. Cette armée, réunie près de Pérouse, exigeait que l'empereur vint la commander; il s'y rendit , après avoir donné le commandement de Rome à son frère Lucius, et distribué ses trésors au peuple, dans le vain espoir de regagner son affection.

Dès que les légions et les prétoriens reconnurent la stupidité de Vitellius, qui ne savait pas les premiers éléments de la guerre, leur dévouement fit place au mépris. Peu de temps après, l'empereur, apprenant le soulèvement de la Campanie et la révolte de sa flotte de Misène, qui s'était déclarée pour Vespasien, quitta Mérania et revint avec ses troupes camper près de Rome. L'armée ennemie le suivait rapidement. Céréalis, grand capitaine, sortit la nuit de la capitale, et vint chercher un asile dans le camp d'Antonius. Flavius Sabinus et Domitien, l'un frère, et l'autre fils de Vespasien, ne purent échapper à la vigilance des gardes qu'on avait placés près d'eux; mais Vitellius n'osa pas leur donner la mort, et même, en retenant Sabinus prisonnier, il lui laissa la charge de préfet.

Mucien, débarqué en Italie, s'était réuni à Antonius; tous deux écrivirent à Vitellius, et lui promirent la vie et une retraite tranquille s'il abdiquait. L'empereur, ayant reçu leurs lettres, prend le deuil, sort du palais, déclare qu'il renonce à l'empire, et remet son épée au consul Cécilius Simplex, qui ne veut pas la recevoir. Sur son refus, il annonçait qu'il allait la déposer dans le temple de la Concorde et se retirer dans la maison de son frère, lorsque queiques-uns de ces vils flatteurs, qui trompent les princes jusqu'au bord du précipice, s'écrient que l'empereur est lui-même la Concorde. La populace répète ce cri et conjure ce prince de ne pas l'abandonner. Vitellius, aussi stupide que lâche, prenant leur basse et trompeuse adulation pour l'opinion publique, retourne au palais en disant : « Puisqu'on le veut, je reprends mon épée, l'empire, et » j'accepte le nouveau surnom qu'on vient de me donner. » Encouragé par ses soldats, il rétracte formellement son abdication.

Le préfet Flavius Sabinus et le consul Quintius Allious, qui s'étaient pressés de proclamer Vespasien, se retirèrent avec une suite peu nombreuse au Capitolc. En vain ils rappelèrent à Vitellius ses promesses et sa déclaration; il répondit qu'il n'était plus le maître, et qu'il ne pouvait contenir le zèle de ses soldats.

Cependant, sa garde germaine assiégea le Capitule, qu'on défendit avec valeur, mais sans ordre. Il fut bientôt enlevé d'assaut, saccagé et réduit en cen. dres.

Vitellius, à table, jouissait de la vue du combat et de l'incendie. Pendant le repas, on lui amena Sabinus, qu'il lit mettre en pièces; le fils de cet infortune et Domitien, plus heureux, se sauvèrent de Rome à la faveur du tumulte.

Enfin, les ennemis approchent : c'était le moment de combattre pour la vie et pour l'empire : le lâche Vitellius implora la clémence de son rival, et fit intercéder pour lui les vestales. Antonius lui répondit que l'embrasement du Capitule et le meurtre de Sabinus avaient rendu toute négociation impossible. Le combat se livra sous les murs de Rome, et dura toute la journée. Le peuple, regardant froidement la bataille, applaudissait comme à un spectacle de gladiateurs. Après une vive résistance, les vitelliens, repoussés, voulurent rentrer dans la ville; ils furent poursuivis par les troupes d'Antonius, qui en firent un affreux massacre dans les rues, et surtout au Champ de Mars, où ils tentaient de se rallier. Les habitants, impitoyables, fermaient leurs portes à ces infortunés, et les forçaient de retourner au-devant de la mort. La multitude pillait les cadavres; les vainqueurs se livraient à la joie et à la licence. On voyait ainsi à la fois dans Rome les désordres d'une orgie et les horreurs d'une ville prise d'assaut.

Vitellius, que cette extrémité ne pouvait décider ni à combattre ni à mourir, après avoir goûté, pour la dernière fois de sa vie, les grossières délices d'un copieux repas, sort de son palais par une porte secrète, n'ayant d'autre suite que son pâtissier et son cuisinier. Il marchait dans le dessein de se cacher sur le mont Aventin, chez 1 impératrice, femme vertueuse, et qui s'était éloignée de lui pendant le temps de son infâme prospérité. Tout à coup, une fausse nouvelle lui rend une lueur d'espérance; il retourne au palais, le trouve désert, se couvre d'une vieille robe, prend une ceinture remplie d'or, et se réfugie derrière le lit d'un portier dont les chiens l'attaquent et le mordent : ses cris le trahissent; on le tire de sa retraite couvert de sang et de paille. Lâche jusqu'au dernier instant, il déclare aux soldats qu'il a d'importantes révélations à faire à Vespasien, et demande, pour toute grâce, d'être gardé en prison jusqu'à son armée. Loin d'écouter ses prières, on lui met une corde au cou, on déchire ses vêtements, on le traîne à demi nu dans le Forum, par la rue Sacrée; les soldats, tenant leurs piques sous son menton, l'empêchaient de se dérober aux regards du peuple furieux qui l'accablait d'outrages, le couvrait d'immondices, lui reprochait sa gloutonnerie, son plat de Minerve, sa taille colossale, son visage bourgeonné, son ventre monstrueux, ses cruautés, son avariée, enfin sa lâcheté et l'embrasement du Capilolc. Porté aux gémonies,

on l'y assomma, et son corps, traîné avec des crocs, fut précipité dans le Tibre : ainsi Vitellius trouva une mort digne de sa vie.

Lucius, son frère, et son fils, périrent victimes de la haine qu'on lui portait. Il ne resta de ce règne court et infâme que la honte de l'avoir souffert.

Page 1