‹ Histoire universelleChapitre 66 sur 129 · TITE-ANTONIN, SURNOMME LE PIEUX · texte numérisé non relu

TITE-ANTONIN, SURNOMME LE PIEUX

(An de Rome 890. — De Jésus-Christ 138. ),

Rigueur du sénat désarmée par Antonin. — Portrait d'Antonin. — Répression de révoltes au dehors. — Décret d'Antonin en faveur des chrétiens. — Fléaux dans l'empire. — Travaux d'Antonin. -— Grands hommes sous ce règne. — Réformes dans la législation, — Mort d'Antonin. — Discours de Maic-Aurèle au sénat»

. Antonin fit célébrer avec pompe les funérailles de son père adoptif ; on brûla son corps à Pouzzoles, dans la maison de Cicéron, et ses cendres furent transportées à Rome. Les soldats et le peuple regrettaient sincèrement Adrien, qui s'était toujours montré grand capitaine, sage administrateur et prince populaire. Les sénateurs, au contraire, sur lesquels, dans les dernières années, avait pesé sa tyrannie, détestaient sa mémoire et voulaient la flétrir. Ils étaient au moment de prononcer l'annulation de tous ses édits ; mais Antonin les désarma par ses prières et par ses larmes : « Si vous cassez tous les actes de mon père, * leur dit-il, vous anéantissez celui de mon adoption, et je n'ai plus de droits à » l'empire. » Le sénat, malgré l'affection que lui inspirait le nouvel empereur, persistait encore, et refusait d'accorder les honneurs divins à un prince qui récemment venait de proscrire tant d'illustres personnages. Tout à coup Antonin fait paraître aux yeux de cette compagnie les sénateurs dont elle déplorait la mort, et qu'il avait dérobés au supplice. Loin de s'attribuer le mérite de cette action généreuse, il prétendit avoir exécuté les ordres secrets d'Adrien. Les sénateurs cédèrent à ses vertus : sa reconnaissance pour son père et pour son bienfaiteur lui mérita le surnom de Pieux.

Rome avait tellement perdu l'habitude de la liberté, qu'il lui était impossible de la recouvrer et d'en jouir, même lorsque les princes les plus vertueux voulaient la lui rendre. On dirait que la servitude est une nécessité pour les peuples corrompus; ils ont, comme les vieillards décrépits, besoin d'un appui ou plutôt d'un maître.

TITL-AISTONIN. 5G3

Antonin, comme ses prédécesseurs, exerça une autorité absolue sous des formes républicaines; mais sa justice, sa sagesse et sa clémence tempérèrent constamment son pouvoir. Son âme, exempte de passions et de faiblesses, conservait toujours cette égalité qui est le but de la vraie philosophie : majestueux sans hauteur, populaire sans bassesse, il inspirait à la fois le respect et l'amour.

Quoiqu'il eût fait la guerre avec succès sous le régne précédent, l'histoire n'a point cité ses exploits; mais elle nous a transmis le souvenir d'une foule de traits de sa bonté. Proconsul en Asie, loin d'imiter la morgue et le faste de ses collègues, il lit, par sa modération et sa simplicité, chérir la domination romaine que les autres faisaient haïr; et, comme le dit Plutarque, « toutes les - langues le louaient et tous les cœurs l'aimaient. »

A Smyrne, on l'avait logé dans une superbe maison dont le maître était absent: cet homme, nommé Polémon, sophiste vain et grossier, se plaignit vivement qu'on se fût emparé de son domicile. Antonin le lui rendit à l'instant. Lorsque ce prince fut parvenu au trône, Polémon vint à Rome, et osa lui présenter ses hommages; l'empereur l'accueillit avec bonté, et dit en souriant: ■ Je veux qu'on donne une chambre dans mon palais à ce philosophe, et que

* surtout personne ne l'en déloge. »

Antonin put toujours se montrer libéral, parce qu'il fut économe. Lorsque ses trésoriers lui présentaient des plans pour augmenter ses revenus : « Faites » un autre travail, disait-il; nourrissez le peuple et non le fisc; améliorez l'état » de la république et non celui du trésor; indiquez-moi les moyens, non d'ac- » croître les recettes, mais de diminuer les dépenses; l'économie est la plus » solide et la plus douce augmentation du revenu. »

Ce bon prince disait qu'avant son élévation il n'avait rien dû, et, depuis, rien { ris à personne. Semblable aux anciens Romains, il aimait à labourer lui-môme son champ, à cultiver sa vigne; et, comme on lui représentait que de telles occupations semblaient peu convenables à son rang : « Les princes, répondit-il, > qui ne savent pas quelquefois se mettre au niveau des autres hommes, finis-

* sent par être au-dessous. »

Ce monarque avait un esprit fin et juste; son éloquence était facile et agréable1; on ne l'accusa jamais d'aucun vice; son âme sans tache fit jouir l'empire d'un bonheur sans nuages. Sans cesse occupé à rendre aux lois leur vigueur, à la religion sa sainteté, il mérita d'être comparé à iNuma, et son exemple eut une telle iulluence sur les mœurs publiques, qu'on le nomma le père des

tu lus.

Sa vigilance pour réprimer les abus maintenait l'ordre dans l'empire; sa fermeté contenait les étrangers; aussi son règne ne fut marqué par aucun grand uement. Le silence de L'histoire à son égard est une partie de son éloge. Les historiens, comme les auteurs dramatiques, se taisent quand tous les personnages de la scène sont heureux, et dans la vie d'Antoniu on trouve beaucoup de vertus à louer et peu d'actions a raconter.

Cependant, lorsqu'il prit les rênes du gouvernement, la Bretagne, la Ilacie et

Page 1