D1DIUS JULIANUS
Julianus, conseillé par d'aveugles amis qui l'engageaient à ne pas perdre une occasion qu'on ne retrouverait plus, celle d'acheter un trône, se rendit au camp, où était déjà Sulpicien. Il fit sentir facilement aux soldats le danger d'élire un chef qui pourrait venger son gendre. Cependant les offres de Sulpicien les tentaient ; mais Julianus, enchérissant toujours sur lui , offrit enfin six mille deux cent cinquante drachmes pour chaque soldat, et promit de régner comme Commode. On le proclama empereur.
Il reçut le serment, et fit son entrée dans Rome, escorté par dix mille prétoriens. Au milieu de la ville, tirant l'épée, ils le proclamèrent une seconde fois en présence du peuple, qui garda un profond silence. Convoquant ensuite le sénat, Julianus ne dit que ce peu de mots : « Un empereur vous est nécessaire; » nul ne peut vous convenir mieux que moi. » Tous les sénateurs s'empressèrent de confirmer le choix des soldats ; et ceux qui en étaient le plus indignés se montrèrent les plus empressés à l'approuver. L'historien Dion Cassius avoue franchement qu'il fut de ce nombre.
Le décret du sénat revêtit Julianus de tous les titres accordés à ses prédescesseurs. Sa route pour arriver à l'empire ôte presque la nécessité de dire que c'était un homme turbulent, ambitieux, sans jugement, sans conduite et sans courage. Ses seules bonnes qualités étaient la douceur et la facilité; mais elles ne purent lui attirer l'affection ni des soldats qui se plaignaient de sa lenteur à tenir ses promesses, ni du peuple qui lui reprochait d'avoir volé l'empire.
Quelque part qu'il se montrât, il n'entendait que des imprécations et des malédictions : en vain il s'efforçait de regagner les cœurs par son affabilité; comme sa bonté n'était que faiblesse, on la méprisait tellement, qu'un jour, lorsqu'il assistait aux jeux publics, le peuple proclama empereur, en sa présence, Pescennius Niger, gouverneur de Syrie. Cet homme, qui avait mérité, par de grands emplois, de grands travaux et de grands succès, la réputation dont il jouissait, crut devoir répondre aux vœux de Rome; et, trouvant des dispositions aussi favorables dans l'armée d'Asie, il prit le titre d'empereur, et fut reconnu avec joie par tous les princes d'Orient, qui lui envoyèrent des ambassadeurs.
Dans le même temps Septime Sévère, chef des légions d'Illyrie, et qui s'était illustré par plusieurs actions glorieuses sous le règne de Marc-Aurèle, pensa qu'il pouvait prétendre comme un autre au pouvoir suprême, puisque l'épée tenait lieu de sceptre. Son mépris pour Julianus ne lui faisait point craindre d'obstacles. D'abord il s'était borné à plaindre le sort de Rome, et à montrer le désir de venger Pertinax. L'ardeur des soldats, qui partageaient ses sentiments, lui fit prendre le parti d'éclater. Il rassembla les légions, leur retraça vivement les crimes des prétoriens, et leur proposa de marcher à Rome pour les punir. L'armée, par une acclamation unanime, le proclama empereur, et jura de le suivre partout où il voudrait la conduire. Il accepta le titre d empereur, en prit les vêtements, et joignit à son nom celui de Pertinax, cums l'espoir d'inspirer plus d'affection aux Romains»