DIDIUS JULIANUS
Les chefs des armées des Gaules le reconnurent. Albin seul, qui commandait en Bretagne, lui inspirait quelques inquiétudes; il l'attira dans son parti, en l'adoptant et en lui donnant le litre de César.
Sévère, après avoir pris toutes ses mesures et pourvu à la défense des frontières, se mit en marche pour soutenir ses prétentions. La révolte de Niger occupait peu Julianus : ce général, doué de beaucoup de vertus, ne se montra pas en effet digne de sa fortune; au lieu d'assurer par son activité le succès de sa rébellion, il s'endormit à Antioche au sein des plaisirs, comme ébloui de sa nouvelle grandeur et enivré par les hommages des princes qui l'entouraient.
Le sénat n'était que l'instrument servile des prétoriens : Julianus décida ce corps timide à déclarer Sévère ennemi de l'État, et à envoyer des députés à l'armée d'illyrie, pour la faire rentrer dans le devoir. Catulinus fut nommé pour la commander; mais Sévère déjoua toutes ses mesures : il était fort do l'amour des troupes, et méprisait celui qui le traitait de rebelle. Les députés du sénat, gagnés par lui, ne haranguèrent les troupes qu'en sa faveur. On conseillait à Julianus de sortir de Home et de défendre le passage des Alpes; mais il savait payer et non combattre; il prodigua l'argent aux prétoriens pour les engager à le défendre, et fortifia son propre palais par de ridicules barricades.
Dans l'espoir de plaire à sa garde, il fit mourir Létus et Martia pour venger Commode, et envoya des assassins chargés de tuer Sévère. Les cohortes prétoriennes, amollies par la licence, épuisées par les débauches, n'avaient plus du soldat que le nom. Incapables de soutenir la fatigue, de braver le péril, elles ne montraient de force que dans les débauches, d'audace que dans les séditions. On les vit découragées dès qu'il fut question de combattre.
Julianus, s'apercevant que tous les appuis sur lesquels il comptait s'écroulaient sous lui, offrit la moitié de l'empire à Sévère, qui rejeta sa proposition avec mépris. Julianus voulut forcer les sénateurs à envoyer les vestales en ambassade vers son rival pour lui renouveler l'offre du partage de l'empire; le sénat ne daigna pas lui répondre. Il proposa de céder le pouvoir suprême à Pompéianus: ce Romain vertueux trouva indigne de lui un trône souillé par tant de vices et de crimes.
Cependant, Sévère s'avançait toujours : les soldats d'Italie lui livrèrent tous les passages; enfin, les prétoriens môme se rangèrent de son parti. Il leur promit une amnistie, à condition qu'ils lui livreraient les meurtriers de Pertinax. Silius Messala se trouvait alors consul; il convoqua le sénat, qui, par un décret, condamna Julianus à perdre l'empire et la vie, déclara Sévère empereur, et décerna les honneurs divins à Peilinax.
Les principaux sénateurs fuient envoyés au camp de Sévère pour l'engager à venir promptement à Rome. Deux licteurs portèrent à Julianus son arrêt. Ce malheureux prince, isolé dans son palais, cédait sans regret l'empire, et demandait humblement la vie; mais son Or ne put l'acheter comme le trône. « Quel mal ai-je l'ait? dit-il à ses meurtriers : je n'ai ordonné la mort do
» personne. » On n'écoute point ceux qui n'inspirent ni l'amour ni la crainte. Sa tôle fut tranchée et exposée publiquement. Ainsi périt un vieillard insensé, qui, croyant payer l'empire de sa fortune, n'acheta que l'opprobre et la mort. Il avait cru régner quatre mois et quatre jours.
Sévère permit que l'on rendît quelques honneurs à ses restes : sa femme et sa fille perdirent leurs titres, et conservèrent la vie.