ET GÉTA
peut concevoir. Géta se rend avec confiance au rendez-vous; il ouvre ses bras à son frère; Caracalla tire son glaive, se précipite sur lui ; le jeune prince, sans armes , cherche un refuge près de Julie; le monstre l'y poursuit, lui enfonce son épée dans le sein, et blesse sa mère qui voulait détourner le coup. L'infortuné Géta mourut sans avoir prononcé une parole. 11 n'avait régné qu'un an.
Après ce forfait atroce, Caracalla sort du palais, appelle sa garde, et s'écrie qu'il vient d'échapper aux plus grands périls. Les soldats alarmés le conduisent au camp; il double leur paie, leur accorde mille francs de gratification par tète, épuisant ainsi le trésor public pour acheter l'impunité.
Les prétoriens, qui ne connaissaient plus d'autre droit que la force, et d'autre vertu que la prodigalité, renouvellent leur serment au fratricide, et déclarent, sans pudeur, Géta ennemi delà patrie.
Caracalla, sûr de leur dévouement, se rendit, couvert d'une cuirasse, au milieu du sénat, qu'il fit environner de ses troupes. Là, bravant le courroux du Ciel, les regards des hommes et les lois de l'empire, il accusa publiquement son frère d'avoir voulu lui ravir la vie et le trône, avoua hautement son meurtre , se glorifia d'avoir suivi l'exemple de Romulus, et pour rassurer tous les esprits qui, dans les temps de corruption, s'occupent plus de L'intérêt privé que de l'intérêt public, il promit amnistie à tous les partisans de Géta, et la vie à tous les condamnés.
Un sénateur osa proposer l'apothéose du prince assassiné; l'empereur répondit : « J'y consens, je l'aime mieux dans le ciel que sur la terre. »
Quelque faible que soit dans de certains temps l'opinion publique, la tyrannie la redoute toujours, et elle cherche à la tromper, lors môme qu'elle l'opprime. Caracalla voulut exiger de son ministre, le jurisconsulte Papinien, la même complaisance que Néron avait obtenue de Sénèque; et, comme il le pressait de le justifier de la mort de son frère par une éloquente apologie, le vertueux Romain s'y refusa: « Il n'est pas aussi facile, lui dit-il, d'excuser un » fratricide que de le commettre. » Ce mot courageux lui coûta la vie.
On obéissait, mais on murmurait; personne ne vengeait Géta, mais tous le regrettaient. Caracalla furieux, prenant les gémissements de la vertu pour un signal de révolte, remplit Rome de teneur et de sang. Tout délateur était écouté; tout soupçon tenait lieu de crime; la parole mettait en danger; le silence rendait suspect; les ordres sanguinaires de l'empereur s'exécutaient, comme les crimes, au milieu de la nuit. Ces heures de repos étaient des heures de i ciil pour tous les citoyens : on prétend que vingt mille personnes périrent victimes des fureurs de cet insensé. Le vertueux Pompéianus perdit la vie; on trancha Jes jours d'une fille de Marc-Aurcle; l'estime qu'ils inspint était leur seul crime.
Celui qui n'avait pas sur lui un portrait, une image de l'empereur, passait pour impie, et en même temps plusieurs furent condamnés comme sacrilèges, pour avoir porté dans des lieux de débauche des bagues où sa figure était gravée.