PRIVILÉGES. VÊTEMENTS
d’en ramener l’usage; elle fut abandonnée tout à fait lors de l’invasion des barbares, et Les ecclésiastiques seuls conservèrent quelque trace de l’ancien costume; c’est ainsi qu'ils se trouvèrent habillés autrement que le commun des citoyens.
Déjà, au quatrième siècle, les évêques, dans l'exercice de leurs fonctions sacrées, secouvraient la tête d’ua bonnet ou mitre, semblable aux tiares et diadèmes (infulæ) des prêtres égyptiens et grecs; mais la mitre élevée et à double pointe (1) ne fut pas en usage avant le huitième siècle , et les pontifes ne portèrent pas avant le dixième la tiare, qui fut d’abord simple et unie. Puis Alexandre II la ceignit d’une couronne; Boniface VIII en ajouta une seconde, et Urbain V la troisième ; ce fut ainsi que les signes augmentèrent à mesure que décroissait la réalité.
L’anneau, qui distinguait les chevaliers romains, dut être adopté de bonne heure comme signe de dignité ecclésiastique. Le bâton pastoral, figure de la houlette avec laquelle le pasteur conduit son troupeau, remonte aux premiers temps; ilétait de bois et en forme de béquille, comme les prélats grecs l’ont conservé, ou bien recourhé par le haut, poli au milieu et pointu par le bas (2).
Le pallium est une bande tombant entre les épaules et sur la poitrine, où sont tracées des croix, et qui sert de signe distinctif pour les archevêques. Peut-être aussi que l’étole représente le surtout appelé stola, ou bien l’orarium ; le mouchoir blane dont on s’entourait le cou, afin que la sueur ne souillât pas le vêtement, fut conservé dans les fonctions sacrées ; le manipule vient de la serviette que portait au bras celui qui servait à la sainte table. La dalmatique est l’ancienne pænula, avec une espèce de poche carrée; elle était fermée entièrement en rond. Quand on substitua au lin le fil d’or, et qu’elle fut chargée de pierres précieuses et de broderies, elle devint pesante pour le prêtre, qui la tenait relevée sur son bras; on la fendit donc sur les côtés ,et on en forma la chasuble. L'usage qui subsiste encore de la soutenir quand le prêtre élève l’'hostie, est un reste inutile du service que l’acolyte rendait alors par nécessité.
(t) Nous la voyons accordée par le pape, en 847, à titre de faveur spéciale.
(2) In baculi forma, præsul, datur hæc tibi norma : Attrahe per primum, medio rege, punge per imum. Attrahe peccantes, rege justos, punge vagantes. Atirahe, sustenta, stimula, vaga, morbida, lenta. (Gloss, in cap. un, de Sacra Unat.)
Voilà donc l'Église organisée en monarchie élective et représentative, réunissant à l’obéissance absolue due au chef, bien que choisi parini le peuple, la liberté et l'égalité. Aucun autre culte au monde ne sut créer une monarchie;ordonnée;de manière à pouvoir se développer indéfiniment, tout en restant subordonnée à une magistrature suprême, et infaillible en-droit comme en fait. Prince et sujet, individus et assemblées, n’y sont soumis qu’à la loi de Dieu; promulguée et interprétée par l'Église à laquelle le: Christ a dit : Qui vous écoute m'écoute ; conduisez mes brebis au ;pâturage ; caque vous délierez sera délié, ce que vous lierez sera lié : d’où il suit que l’autorité et Pobéissance sont.également ennoblies.
‘La puissance morale des pontifes, si efficace dans le moyenâge, se réduit à une, négation protectrice, à un contre-poids qui suffit pour empêcher que la justice et la morale ne soient foulées aux pieds. Le pontife, magistrat pacifiqueet désarmé, prononce, comme préteur, selon l'équité, sur les différends, suscités, par l’intérêt ou, Pambition; corime censeur, il réprimande ceux qui se montrent injustes et violents; comme tribun, il proteste.en faveur des opprimés. £T
Ses ministres, distingués absolument de ceux de l’ordre temporel, sont forcés d'enseigner une doctrine résumée en symboles connus de tous et exposés aux regards du prêtre, du laïque, de l’incrédule, ce qui repousse et les exclusions des castes orientaleset les fluctuations des réformes modernes.
En s’approchant du souverain, le prêtre lui rappelle les principes de l’égalité et la préférence qui est due aux pauvres; en s’approchant du peuple comme ministre de la monarchie de l’Église, il lui prêche la sujétion raisonnée. Quand elle imposa le célibat, l'Église se prépara une milice prête à porter au premier signe la vérité jusqu'aux extrémités de la terre, à s’exposer à la contagion, à veiller près du lit du moribond, au grabat duprisonnier,sans être retenue par lesentiment, d’autant plus fortqu'’ii est légitime, de l’amour conjugal et de la paternité, Le sort des enfants , l'espérance de les placer, ne rendront pas ie prêtre esclave de ce même, pouvoir aux exigences abusives duquel il doit résister, L'idée d’assurer à sa famille l'autorité et les bénéfices ecclésiastiques ne pourra l’amener, dans les temps même les plus barbares , à vouloir les rendre héréditaires, et à substituer les castes orientales à l'égalité chrétienne. Sans le célibat, les papes et les évêques feudataires auraient réduit l'Italie et le monde, dès Pan 4000, à l'esclavage sacerdotel ; sans cette mesure vigoureuse et prévoyante le christianisme n’aurait pu régénérer l’homme et la société,
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tenu CHAPITRE XXIX.
ii ait BYNCRÉTISME RELIGIEUX (1).
Bien que l’empirecontinuât à rester uni, on pouvait déjà pressentir cette division que Constantin d’abord, puis la guerre, firent éclater entre le Grec, le Latin et le Barbare. Ce dernier n'avait d’action sur les autres que par la force ; le champ de la pensée se trouvait disputé:entre Orient et l'Occident, et nous avons déjà ditde quellesarimes différentes ces deux mondes faisaient usage (2). En Orient, où l’on se tuait moins et où l’on discutait davantage, le christianisme sé répandit avec rapidité ; mais en même temps naquirent les doutes, les innovations, et cette série de dissentiments prompts à éclore de toute vérité dès qu’elle esi jetée au milieu des hommes. Ici-bas, en effet , elle peut être obscurcie par des amis comme par des ennemis, et par les moyens mêmes dont l’homme est obligé de se servir pour la propager, c’est-à-dire par la parole et l'écriture. Voilà ce qui prépara:une persécution nouvelle, parfois même sanglante, à l’épouse du Christ, qui, sûre désormais de la constance de ses martyrs, dut redouter la séduction de l'erreur, et s’efforcer de conserver dans l'intégrité apostolique ce vaste symbole de la révélation, dont chaque partie, chaque parole correspond à l’ensemble.
La vérité, ce but de la philosophie, est aussi celui du christianisme;, non plus comme simple lumière naturelle de l'esprit, mais comme clarté complète, absolue, efficace. D'accord sur le but, la philosophie et le christianisme peuvent différer quant au système. L'intelligence. humaine , dans le sentiment de sa haute dignité, dans la joie d’exercer son activité pour s'élever aux régions sublimes d’où émane toute existence, et pour dévoiler les mystères de la vie, s’indigne quand on ven! lui imposer de croire ee qu’elle estime pouvoir découvrir par ses propres forces ; dès qu’elle voit assigner une source suprême à toutes les connaissances , elle se vante de suffire à séparer la lumière des ténèbres, à faire la part
du bien et du mal par son libre jugement.
(1) Euynpntiouée indiqua d’abord la confédération des différents peuples de la : Crèle : ce terme fut appliqué ensuite à la réunion des diflérentes sectes. Qui fera une fois l’histoire des mots ?
(2) Voyez eï-dessus , page 529,
De là, les entraves apportées à toute vérité et plus encore au christianisme, qui, n’étant pas borné à un temps et à une nation, mais accomplissant de peuple en peuple léducation universelle , dut rencontrer les plus grandes résistances au dehors, les plus grandes agitations au dedans. Dieu révèlela vérité par son Chri:t; mais plusieurs le nient, et d’autres ne voient en lui qu’un de res sages apparus de temps à autre pour apporter quelque nouvel éclaircissement à l’insoluble problème de l'humanité. D’autres le considèrent bien comme la voie, la vérité et la vie, mais dans la mesure de leur jugement, de leur volonté propre, et en tant seulement que peut l’admettre l’inelligence humaine; ainsi, plus cette institution splendide grandit et s'étend , plus leur orgueil s’ingénie à vouloir y trouver un côté faible, et à saper les bases de l'édifice qui s’élève jusqu’au ciel. D’autres encore, faisant trop attention aux formes extérieures, telles que le service divin et la constitution hiérarchique, et s’en tenant aux expressions littérales ou aux simples actes du divin fondateur, s’érigent en censeurs des cérémonies et du gouvernement de l’Église ; leur zèle s’entlamme , et ils s’égarent jusqu’à devenir les ennemis du dogme.
Ainsi, parmi les ennemis intérieurs de l’Église, les uns dirigèrent l’attaque contre les doctrines professées par elle comme les seules vraies, les autres contre les formes extérieures ; mais, comme tout changement essentiel dans la doctrine devait en produire an dans la forme extérieure, de même que toute tentative contre la forme devait s’appuyer sur la doctrine, les uns se confondirent aisément avec les autres, C’est pourquoi les dissidences, ainsi que l’ont répété plusieurs papes , se manifestèrent sous des faces diverses; mais au fond toutes se tinrent entre elles.
Nous ne négligerons pas de mentionner les diverses hérésies nées dans l’Église, attendu qu’elles représentent la série des idées qui, durant dix-huit siècles, ont donné le mouvement à l’humanité. Dès ce moment, les spéculations philosophiques peuvent se diviser en deux grands rameaux. Les unes, soumettant la raison à la foi, adoptent ie symbole chrétien ; les autres le repoussent, et soumettent la foi au raisonnement. Nous commencerons donc, avant tout, par examiner les systèmes philosophiques qui s’écartent plus ou moins de la vérité selon leur manière de procéder : ‘1° en modifiant la tradition mosaïque; 2 en altérant le christianisme par les traditions orientales, et en dénaturant son véritable sens ; 3° en lui opposant ce que la philosophie grecque avait
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de plus élevé, et en cherchant à mettre cette philosophie en opposition avec la religion naissante. Nous exposerons ensuite la doctrine des premiers Pères , en laïssant à une science plus sublime le soin d'y chercher les preuves et le complément de la révélation.
Nous avons déjà remarqué que la pureté de la doctrine jadaïque s'était altérée après la destruction du temple, peut-être par le mélange des Hébreux avéc les Orientaux ; de là naquirent trois sectes, dot les caractères, selon la division ordinaire de tout système religieux en décadence, peuvent se résumer en trois mots, atfachement opiniâtré aux vieilles traditions, critique, mysticisme. On trouvait done les pharisiens, asservis aux formes; les saducéens, n’admettant pour loi et pour croyance que ce qui était écrit dans les livres saints; les esséniens, adonnés à la vie ascétique (1).
On peut considérer comme une autre école judaïque celle qui fut fondée à Alexandrie, et q' i tendait à dépouiller la doctrine nationale de tout ce qu’elle ava.i de local , à la présenter sous des formes analogues à celles du monde grec ; en effet, elle l’exposait dans la langue hellénique , et donnait carrière en même temps à la haine que portaient ses adeptes à leurs frères de Jérusalem,
depuis l'érection du sanctuaire de Léontopolis par le grand prêtre
Onias.
Déjà, sous le règne du second Évergète , Aristobule avait introduit des innovations dans les doctrines judaïques ; prenant les faits particuliers de la Bible comme des allégories &’un sens mystéoux, il attribuait à Moïse des idées que les Grecs , à leur grand econnement , trouvaient identiques à celles de leurs génies les plus subiimes (2). Non content de montrer que Platan avait puisé ses plus hautes inspirations dans le code sacré, il composa , sous le nom d’Orphée, de Linus, d’Homère, d’Hésiode, des hymnes reraplis des doctrines judaïques (3), afin d’attester la priorité de celles-ci sur les systèmes philosophiques. À son exemple, ses sectateurs comparaient la profonde moralité des lois mosaïques avec la tendance immorale du paganisme ; mais souvent ils faisaient fléchir les dogmes, afin d’attirer l’esprit des nations vers le mosaïsme,
Cette œuvre fut continuée par Philon, plus ingénieux et plus savant qu’Aristobuie. Selon lui , la Bible , qui est lasource de toutes
(1) Voy. livre IV, c. 13.
(2) ORIGÈNE, c. Celsum, IV, 4, (3) Eusèse, Prép. évang., XII, 12,
Juifs alexandrins,
Fhilon.
les doctrinés philosophiques & religieuses ( (4}, & deux-sens ;: Pan littéral pour lé vulgaire. l'autre figuiéi, où-se icachent ,:squs l’allégorie , les symboles :et les ‘cérémonies , une: doctriné secrète, véritable s'ilosophie religieuse , accessible seulement à céux qui,
ayant médité sur laseience, se sont purifiés para vertu et: élevés.
par la-contemplatio., jusqu’à Dieuetau monde intellectuel. Philon croit y être parvenu. Initié, comme il ledit , aux grands mystères de Moïse:et:dé Jérémie , il‘én expos:la partie. qui peut être divulguée:::« Loin de nousiles hommes d’unesprit étroit, qu'ils :se
«-bouchent:les oreilles ; nous transmettons des mystères, divins: à.
«ceux qui ont reçu- l'initiation. sacrée, qui: pratiquent :la véri- « table piété ; quine sont pas-enchaïînés:par le vain, appareil des « mots: et: les prestiges: du paganisme... Initiés, vous dont les «oreilles sont:purifiées ; recueillez;tout,ceci; dans votre âme, et «ne lerévélez à aucun profane ; gardez-le caché comme un trésor « incorruptible, plus précieux que l'or et que l’argent car c’est « la science de la grande cause, dela vertu ,et de ce qui naît de « l’une:et de l’autre (2). » ti
Conformément au précepte; il lui arrive. Re pm tellement sa pensée qu’on à la plus grande peine à la comprendre. Nous tàcherons toutefois d'exposer l’ensemble de; ses doctrines. Dieu est l’âme du monde; l’image de Dieu est le Verbe: (Aoyoc), forme plus lumineuse que le feu, celui-ci n’étant pas une lumière pure. Il y a deux Verbes : le premier est l'intelligence divine contenant les types de toutes choses, c’est-à-dire le monde idéal , qui; comme premier produit de l’activité de Dieu ,-est son fils ainé, Le second est la parole ou l’ensemble des qualités divines, en tant qu’elles agissent sur le monde physique, en un mot l’action de Dieu. sur
(1) Dans son traité, Que le monde est corruptible , il insinue qu’Aristote a puisé au-code hébreu : pinovs edosééuws, xal dclug éniotauevos ; et plus clairement dans le livre du Juge : rüv map’ "EXnsuy Évror vouoder@y peraypadavtes x tv enoréruwv Muvoéws ornlüv, etc, Dans le traité, Que tout hommie probe est libre, il donne Zénon comme l'imilateur de ‘Moïse : Eoixe GE à Zévov &pÜaacdu TÔv AGYov onep and Thç nnyñs The ’Ioudalwv vooleatus.
(2) Des Chérubins. ;Les traités de. Philou parvenus jusqu’à nous sont : La Création du, Monde, — Les, Allégories de la Genèse. — Les Chérubins. — Caïn et Abel. — L'Agr iculture des Ames. — Noé, ou l'Ivresse, — Les Géants. — L'Immutabilité de Dieu. — La Confusion des Langues. — Abräham, ou la Vie du Sage. = Joseph , ou les Songes. — Vie de Moïse, — L'Amour des Hommes, — Le Juge. — Le Vrai Courage. — Le, Décalogue. — Les Lois particulières. — La Monarchie de Dieu. — Les Sacrificateurs. — Les Victimes. — L'Homme probe est vraiment libre. — La. Vie confemplative. — La Noblesse, — Les Récompenses et les Peines. — L’Incorruptibilité du Monde, — La Providence. — Le Message à.C. César.
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