HIST
SYNORÉTISME RELIGIEUX. 861
‘comithéncéé parle rabbin Asché, môrt en 427, etterminée soixante- ‘treïté ans ptus térd'en douzé volumes: pur le “rabbin José. Celle-ci est la” plus célèbre et la plus’ complète, comme le früit müri des “écoles qui sé éonisérvètent ‘florissantés jusque dans le! douzième
’sièclé ; Mais celle de ‘Jérusalem! plus pure d’interpolations, jette
plus! de lutières sur l'antiquité. Les rabbins comparént la Bible à l’éau, la Misna au vin, la Ghémarh À Phypôcras ; et ailleurs, la premiète aû'éëllla seconde au‘ poivré' 4 dérnière aux aromates, “Éliéibr,'au'lit dé'rort ;’ disait àses’disciplés : Lisez les Écritures, et lenez-vous au ‘Talmud. Un autre rabbin écrit : Dieu’ lusmMée lit lé Talmud; se doiiel \ 468 ‘préscriplions, ‘et le chapitre ” "l'a en pfédilèction ést eëlui de la génisse rousse, |:
‘Dérivant ‘toutes deux'de' Dieu par l'éitremise de Moïse ; la loi écrite, é t la loï ordlé qui ‘en est l'intérprétation ; méritent’ trie foi égale. Li seconde tend'à"écläireir la première en Sappuÿañt sûr cind points fondamentaux ‘savoir :'4° les ‘éxplidations tradition nelles que‘le moindre raisonnement suffit À 9 fairé trouver dans l'Écriturés 2° le droit rédigé! par Moïse; 3° le droïf qüi se déduit par lé raisonnement dé celui qui ést écrit tonquil faut rassemblér les opinions diverses ‘pour ‘en extraire sa plus ‘probable: 4" Jes décrets émanés des prophètes et des persünnages distingués décrets' qui sont les remparts de la loi, c'est-à-dire des règlesinon d’absolue nécessité , mais propres à remédier à la décadence de la foi et au relâchement de la orale; 5° enfin les conventions humaines ayant pour but d’élever l’esprit, de ts les passions de les diriger à une noble fin.
Pour entendre la Ghémara, il faut une profonde connaissance de l’hébreu, à cause du mélange des dialectes} mais on trouve non moins de plaisir que d'utilité à parcourir cette série de sentences extrêmement subtiles , quelquefois même sublimes.
« Simon le juste disait que lé monde existait pour trois ner $ l'étude de la loi divine , la justice et la charité.
« Antigone, son élève, disait : Ne soyez pas envers Dieu comme des domestiques servant leur maitre par amour de la récompense, mais comme celui quine se propose pas une telle fin; et que la crainte du ciel soit sur vous.
« Josué, fils de Pérahia (regardé par quelques-uns comme le maître de Jésus-Christ), disait : Fais-loi un précepleur, acquiers un ami, juge bien tout homme.
« José , fils de Jodzar : Fafs de ta maison une académie pour les sages, couvre-toi de la poussière de leurs pieds, bois avec avidité leurs paroles.
« José, fils de Johanan : Que la maison soit ouverte avec libéradité, que les pauvres soient tes intimes, et absiiens-loi de discourir avec les femmes.
« Sammaï : Aime l'art, hais la grandeur, ne te fais pas connaître aux puissants.
« Hillel était fondeur de bois , gagnant par jour une pièce d’argent qu’il dépensait moitié pour son humble entretien et celui de sa famille, moitié pour étudier. Un jour que l’argent lui manquait , il s’assit sur le toit de l’académie pour écouter les expli-
cations, et c’est là qu’il fut trouvé, à demi gelé sous la neige; il
deviatun maître célèbrecoinme nous l'avons dit ailleurs. Il disait : Celui qui va sur la trace d'une renommée nouvelle perd la premisère. Golui qui n'ajoute pas l'étude à ce qu’il sait, oublie; celui quise sert de la lai divine comme d'une arme, meurt. Si je ne suis pas moi-méme pour moi, qui sera pour moi? Quand J'y suis, qu'est-ce que je suis ? Si je n'y suis pas à présent, quand y serai-je ?
« Simon : Je fus élevé parmi les sages, et je ne trouvai rien de mieux que de me taire; ee n'est pas la parole, mais l’élude, qui constitue l'homme. Celui qui parle beaucoup, pèche souvent.
« Rabban Gamaliel : Soyez prudents avec les puissants, qui
caressent l’homme seulement lorsqu'ils en ont besoin, et l’abandonnent quand il a besoin d'eux. Fais ta volonté de celle de Dieu, et il fera de ta volonté la sienne. Annulc la tienne pour da sienne, il annulera celle d'autrui pour la tienne. Ne te sépare pas du commun des hommes, et ne te confie pas en loi-même, jusqu'au jour de la mort, Ne dis pas une chose qu'on ne doive pas savoir. Ne dis pas, j'étudierai gand j'en aurai le temps, car peut-étre tu ne d'auras pas, L'ignorant ne craint pas le péché, Un esprit vulgaire ne peut avoir de véritable dévotion. Le pusillanime ne peut apprendre, ni l'irascible enseigner. Où il n’y a pas d'hommes , fais en sorte de l'étre. En voyant un cadavre flotter sur l’eau, il dit : Tw es plongé dans l’eau, et tu y as été plongé, et ceux qui l'ont noyé seront noyés. L'homme replet a plus de vers qui le rongent, le riche plus de douleurs ; le polygame a plus de tours per fides à craindre; celui qui a beaucoup de coneubines a beaucoup de luxure à redouter ; celui qui a beaucoup d'esclaves est victime de beaucoup de larcins; celui qui a beaucoup éludié la loi a beaucoup de vie; celui qui est sédentaire acquiert la science ; celui qui est bienfaisant a la paiæ ; celui qui recherche la renommée, la recherche pour lui; celui qui observe la loi divine acquiert la vie éternelle.
« Ral demand Voir tou troisièm cinquièn qu’il con
Le Ta nombre tronomi
ya dehors; sieurs do assisté a!
au long, cent le p c’est-à-d
Ainsi | sont de q raim ); k On appell talmudiq
C'est & philosopl et en cor phique, 1 artificiel] la transp:
sente uné les perfes Mercaba, si elle s’a qui est 1 ce moye duit au f de l’Orie Or-Hens plaçant d de cette image de mirable d
(t) Extr maximes de
SYNCRÉTISNE RELIGIEUX. 563
« Rabben Johenan Ben Zaceaï avait cinq disciples , auxquels il demanda : Queisentier doit suivre l’homme ? Te premier répondit: Voir tout de bon œil ; le second : Posséder un bon compagnon; \le troisième : Un bon voisin; le quatrième : Prévoir l'avenir; le cinquième : Avoir tn bon cœur. Johanan loua le dernier avis, parge qu’il comprend toute chose (1). »
Le Talmud contient , outre les dogmes et la discipline, bon nombre de questions de physique, de médecine , d’histoire , d’astronomie , d’astrologie judiciaire , de géographie.
Il y a aussi une partie que l’on appelle Baryda, c’est-à-dire dehors; en effet, à l’époque où l’on composait le Talmud , plusieurs docteurs à la tête desquels était le rabbin Isaac , après avoir assisté aux discussions théologiques , sortaient pour discuter plus au long, et ces débats, qui furent recueillis par écrit, commencent le plus souvent par le mot Baryda ou par celui de Savrw, c’est-à-dire, Z{s ont cru.
Ainsi les rabbins qui contribuèrent à la composition du Talmud sont de quatre classes : les misniques ( Tanaim), les disants | Emoraim ); les talmudiques ( Sévoraé) et les croyants, ou de la Baryda. On appelle liftéralistes (Caraim) ceux qui , rejetant linterprétation talmudique, n’admettent que l'écriture librement interprétée.
Cest sur ces livres et ces auteurs que se fonde la nouvelle philosophie cabalistique, que l’on peut distinguer en pratique et en contemplative, et cette dernière, en littéraire et en philosophique. La philosophie cabalistique littéraire est une explication artificielle et symbolique des livres saints, à laquelle on arrive par la transposition des mots ou des lettres des versets; l’autre présente une métaphysique élevée, qui, si on l’applique à connaître les perfections de Dieu et des intelligences supérieures , s’appelle Mercaba, c’est-à-dire char, par allusion à la vision d'Ézéchiel; si elle s'arrête au monde sublunaire, elle reçoit lenom de Berescit, qui est le premier mot de la Genèse. Ses sectateurs arrivent par ce moyen à un système de physique et de métaphysique qui se réduit au fond à un probabilisme, puisé dans les idées panthéistes de l'Orient, esquissé dans des récits. Selon ce qu’ils rapportent , Or-Hensoph , Océan de lumière , est la substance primitive, qui, plaçant devant elle un voile, y trace la forme des objets et crée de cette manière. Sa première émanation fut Adam Eadmon, image de Dieu et type de l’homme, figuré par un vieillard admirable de majesté et de vigueur, avec des cheveux et une barbe
(t) Extraits de la subdivision XI° du IV° ordre de la Misna : Pirké avo, maximes des Pères.
Cabale philosophique.
composés de mondes innombrables (1), et duquel sortent des émanations décroissantes, notamment les dix Séphiroth ou cercles lumineux, et les quatre mondes Aziluth, Briah, Jésirah, Aziah ; mais la matière, obscurcissement des rayons divins, n’existe qu’en idée. Dieu guide immédiatement le peuple hébreu, et confie aux soins des anges les soixante-dix autres nations disposées autour de Jérusalem, centre de la terre.
Appliquant à l’univers une pensée de Moïse relative à l’homme (2), ils supposèrent une circulation universelle dans le monde , c’està-dire une radiation dans tout l’espace , à l’aide d’un nombre infini de canaux, de la substance primitive, développant dans ses cir- ‘cuits immenses tous les mondes possibles et leurs propriétés, ‘établissant leurs rapports , leurs sympathies et une unité sans fin.
Au commencement , la substance ensophique remplissait toute chose , identique partout, mais renfermant en soi la faculté de produire au dehors un nombre interminable, d’attributs et de propriétés ; cette substance se contracta en elle-même, ce qui produisit un vide orbiculaire où il n’y avait que des points lumineux, à des distances diverses , pour indiquer la place de mondes à venir. L’espace créé ainsi, la substance revint s’y répandre comme un flot, qui fut le premier canal de la circulation intérieure. Jusque-là, néanmoins, elle restait identique à elle-même sans rien produire ; mais les cabalistes enseignent que la substance primitive peut se multiplier et se diviser par dizaines. Les dix propriétés de sa nature s’appellent séphiroth , et ses variétés externes devaient se manisfester par le moyen des propriétés. Les séphiroth se nommaiïent couronne, intelligence, sagesse, force, miséricorde , beauté, triomphe, gloire, fondement, empire, et
chacun d’eux, de même que les émanations de chacun, pouvait se
décomposer en dizaines.
L’onde primitive de la substance ensophique, s'étant lancée dans la profondeur de l’espace orbiculaire, laissa émaner d’elle d’autres canaux (ke/im) secondaires , divisés et subdivisés à l’infini, dont. complication remplit de nouveau l’espace; de là, le mouvement et le développement de toutes les propriétés, puissances et splendeurs , d’où résulte l’univers.
(1) In quadraginta millia mundorum extenditur album calvariæ capitis senioris..., in cranio quotidie consistunt tres decies mille myriades mundorum, qui accipiunt ab eo, et fulciuntur super eo. Zohar, Idra Rappa, c'est-à-dire, Grand symbole , sect. IIT,
(2) Anima omnis carnis in sanguine est, unde dixi filiis Israel : Sanguinem universæ carnis non comederitis, quia anima carnis in sanguine est. (Levit., XVII, 11, 14.)
Ainsi, ] elle est ri elle perd s’efforcer pureté de Le célè tement: « « autreme « confond A la do tions sur formation cosme , le l’on se rap cabaleune qu’elle dat avec les E jours dep tendaient à La caba tieuses de La doctrin particulièr paroles et« aux choses grande eff sont écrits diges; ilex et une plu:
qui dénote naissaient Pharaon e phètcs s’a mant le no démons.
Les cho:
(1) Sur la « le Zohar et démie des s étrangers, !
cuments de (2) Voy. te
Ainsi, plus la substance circulante approche de sa source, plus elle est riche de propriétés ; plus elle a traversé de mondes , plus elle perd en lumière , en pureté et en force. L'homme doit donc s’efforcer de diminuer l'intervalle par la force de la pensée et la pureté de l’âme , afin de devenir un vase d’élection.
Le célèbre juif Spinosa déduisit de là son hypothèse , et dit hautement : « La nature est Dieu ; l’homme ne saurait être né mauvais, « autrement il faudrait conclure que Dieu est mauvais ; tout se « confond en Dieu (4). » |
A la doctrine des émanations se rattache une foule d’imaginations sur les démons, sur les quatre éléments de l’âme, sur leur formation et leur origine , sur l’homme considéré comme microcosme, le tout enveloppé de nuages qu’on a peine à dégager. Si l’on se rappelle Zoroastre (2) , on trouvera entre ses écrits et la cabale une ressemblance fondamentale ; on pourrait donc supposer qu’elle date de l’époque où la captivité mit les Hébreux en contact avec les Perses. Les relations que les deux peuples eurent toujours depuis, ouvrirent une voie de plus aux idées ‘orientales , qui tendaient à passer dans l’Occident.
La cabale pratique multiplie les prescriptions déjà très-minutieuses de Moïse , et va jusqu’à les faire prévaloir sur la morale. La doctrine des démons donne naissance à une espèce de magie particulière, qui opère des prodiges par lapplication artificielle des paroles et du sens des livres. Les noms, disent-ils , furent imposés aux choses par Dieu, qui, en les associant, communiqua une grande efficacité à leur réunion ; ceux des hommes, selon la Bible, sont écrits dans le ciel. La musique de David opérait des nrodiges; il existe donc une vertu secrète dans les paroles ordin. "31. et une plus grande encore dans celles de l’Écriture ou dans cell: qui dénotent la Divinité. C’est parce que Moïse et Daniel connaissaient celles-ci, qu’ils l’emportérent sur les magiciens de Pharaon et du roi de Babylone. Les miracles des autres prophètcs s’accomplirent à l’aide de la disposition de mots exprimant le nom de Dieu et ses perfections , ou celui des anges et des démons.
Les choses, formant une chaîne, montent de la terre au ciel ; à
(1) Sur la cabale et sur les deux livres qui en sont le fondement, c’est-à-dire, le Zohar et De la création, voyez le premier volume des Mémoires de l'Académie des sciences morales ét politiques de l'Institut de France; savants étrangers , 1842. Pour la philosophie cabalistique, on peut consulter nos Documents de philosophie.
(2) Voy. tome IL, page 32.
Cabale pratique,
Hébraïsants.
* 566 SIXLÈME BPOQUE.
telle parole, à tel nombre, est attachée l’idée d’une partie du corps, d’une plante, d’un animal, d’un vice , d’une vertu, d’un astre, d’un ange, de sorte qu’en combinant des paroles et des nombres, on produit une agitation sympathique, correspondant aux éléments de chaque chose.
De là, les applications théurgiques, les pratiques supersti-
tieuses et les folies auxquelles cette science entraina plus tard les :
esprits, en se rattachant particulièrement à le théurgie au temps de Reuchlin, de frère Zorzi, de Cornélius Agrippa et de Raymond Lulle (1).
Ainsi ce peuple qui, plutôt que de plier sous le joug , laissa détruire sa patrie, se courba dans l'exil devant ses maîtres superstitieux; néanmoins les plus éclairés s’en affranchissent , et conservent l'intégrité de la tradition, bien que leurs prières mêmes ne se soient pas toujours conservées pures des extravagances des mystiques.
Tandis que certains Hébreux repoussèrent le christianisme, d’autres lembrassèrent en y introduisant des hérésies de formes infinies, mais d’une seule nature. Les Hébreux convertis voulaient conserver dans l’Église nouvelle plusieurs pratiques et cérémonies de la synagogue, dont les croyants étaient affranchis ; mais, comme Jésus-Christ lui-même s’y était soumis, que les premiers évéques de Jérusalem avaient été circoncis, et que les croyants éloignés avaient regardé l’Église de la capitale de la Judée comme la principale, tant que des sociétés nombreuses ne se furent pas constituées dans Antioche, Corinthe, Éphèse, Alexandrie et Rome ,les chrétiens judaïsants ou nazaréens prétendaient pouvoir imposer comme loi à l’Église catholique ce qui n’avait été que toléré dans l’origine.
Ayant été réprouvés , ils se retirèrent à Pella en Thessalie, jusqu’au momentoù , pour se soustraire à la proscription d’Adrien, et pour imiter Marc, leur évêque, né gentil , ils renoncèrent aux rites mosaïques en se conformant aux usages de l’Église catholique. Les dissidents, pou nombreux, formèrent une petite Église à Bérée , autrement Alep de Syrie , et prirent le nom d’ébionites, c'est-à-dire pauvres ; ils étaient répudiés par les juifs comme apostats, et par les chrétiens comme hérétiques. Ces ébionites rejetaient saint Paul comme gentil d’origine et apostat de la loi mo-
(1) Le nom de chaale ne paraît appliqué à ces doctrines que par Pic de la Mirandole, Quelques-uns des nombreux commentateurs qui cherchèrent à jeter quelques lumières parmi tant de ténèbres ont été réunis par Knorrius de Rosenwohl dans la Cabale dévoilée, 1677.
saïque , comme Christ e prémie ensuite ne suffis observe lygamié Simo se mit 4 promet se eroy lement tait pas puissa fert, m enfin, ces des lem u sirs de Ils né d’effac rent to quelles nouvel indiqu nom d mieux
WT àavôpon:
(2) C comme (3)T (4) \ Munr 1790 ( LEW NEA cisme 1825 | HAE 1828 !
BEL Eu:
de la jeter Ro-
saïque , et débitaient sous le nom de saint Pierre des erreurs comme celles-ci : Dieu avait divisé l'empire des choses entre Jésus- Christ et le démon; le dernier esttout-puissant dans le sièele , et le premier, dans Véternité; le Christ, né humainement (4), s’était ensuite rendu digne, par ses vertus, de devenir le fils de Dieu, Il ne suffisait pas pour être sauvé de croire en lui ; il fallait encore observer la loi mosaïque : tous étaient tenus de se marier, et la polygamié était licite.
Simon le Magicien avait formé des disciples,à la tête desquels se rit après lui Ménandre, qui baptisait en son propre nom et promettait lPimmortalité. Moins ambitieux qu'eux, Cérinthe ne se eroyait ni émanation de Dieu, ni prophète ; il prétendait seulement avoir appris par la révélation des anges que le monde n’étaït pas l’œuvre de Dieu, mais d’une puissance distincte de la puissance suprême ; que le Christ n’était pas né et n’avait pas souffett, mais bien Jésus, dans lequel il était descendu quelque temps; enfin, adoptant les préjugés nationaux et les anciennes espérances des Hébreux , il ajoutait qu’il aurait par la suite dans Jérusalem un règne terrestre de mille années, durant lequel tous les désirs de la chair seraient satisfaits (2).
Ils ne furent que les précurseurs des gnostiques, qui, non contents d’effacer du symbole catholique quelques dogmes , subordonnèrent tout le christianisme à des doctrines antérieures, avec lesquelles ils le refondirent pour en tirer une conception entièrement nouvelle : gnose était une parole en usage dans les écoles (3) pour indiquer une science supérieure aux croyances communes, et le nom de gnostiques fut appliqué aux chrétiens qui connaissaient le mieux cette science (4). Il fut ensuite usurpé par les rationalistes
(+) Fryphon, dans saner Josriw, dit clairement : Hdvres usic vèv Xpiotèv àvôpuwnov &E avôponmwv rpoodoumiy yevhsecdas.
(2) Cette doctrine du millésaire fut adoptée aussi par quelques orthodoxes, comme Justin ( Dial. cum Tryph. Jud.) et Lactance, liv. VIII.
(3) Tvôou, connaissance, opposée à méortes , foi.
(4) Voyez, indépendamment des auteurs ecclésiastiques en général :
Murs, Essai sur les antiquités ecclésiastiques du gnoHloisme , Auspach, 1790 ( allemand ).
Lewacn, Commentatio de doctrina gnostica ; Heidelberg, 1818.
NeANDER, Développement génélique des principaux systèmes du gnosticisme ; Berlin, 1818; et son livre intitulé : Espri£ antignostique de Tertullien, 1825 (allemand ).
Haan, Antitheses Marcionis, et l'Évangile de Marcion , ete. ; Künigsberg, 1823 et 1824.
BELLERMANN, Swr les pierres Abraxas; Berlin, 1820 (allemand).
Fuipnen, De Carpocratianis ; Leipaig , 182%;
Cérinthe:
Gnostiques.
de cette époque, qui prétendaient que leur doctrine, indépendante de toute révélation, était supérieure aux systèmes païens, dont elle expliquait les symboles, à la religion hébraïque, dont elle révélait les imperfections et les vices , ainsi qu’à la croyance commune de l’Église chrétienne. '
Le syncrétisme des gnostiques avait à s'exercer sur les doctrines et les religions les plus diverses. Quelques dérivations nouvelles d’une sagesse modifiée par le temps, par le vulgaire, par
les savants, s’étaient introduites dans la religion hébraïque. La
Perse se présentait avec les doctrines de Zorosstre, qui supposaient (on nous permettra de le répéter ici) que la lumière primitive était émanée du temps indéfini (Zervan-Akérène) , et que de celle-ci venait Ormuzd, roi de la lumière , qui, à l’aide de la Parole (Hanover), créa le monde pur, dont il est le conservateur et le juge. Dans cette création , le premier-né du temps procéda par gradation , faisant d’abord les six Amschaspands , qui , entourant son trône , sont ses organes auprès des esprits inférieurs et des hommes; puis les vingt-sept Zzeds, qui veillent au bien du monde et sont les interprètes des prières humaines , puis les Fervers, idées du démiourgos. En même temps, Arimane , puîné de l'Éternel, condamné par son orgueil jaloux à deux mille ans et demi de ténèbres , se prépara à combattre la lumière , et produisit, en opposition aux créatures d’Ormuzd, sept Archidévis et une infinité de Dévis. De leur lutte avec les bons génies provint le mélange de bien et de mal qui apparaît en toutes choses ici-bas, et qui durera tant que l’œuvre d’Ormuzd ne triomphera pas complétement.
A ces idées se mélèrent les doctrines astronomiques, les influences des étoiles, avec tout ce qui constitua la religion des Parsis, et qui, greffé sur les théories hébraïques, engendra la cabale.
Les conceptions asiatiques avaient subi d’autres modifications
Et beaucoup d’autres, qui tous ont été mis à profit par
Marrer, Histoire critique du gnosticisme , et de son influence sur les sectes religieuses et philosophiques des six premiers siècles de l'ère chrétienne; Paris , 1828 ; 2 volumes, avec planches.
Les livres des gnostiques sont perdus ; mais dernièrement M. Delauvrier a trouvé dans le British Museum de Londres un manuscrit du septième ou huitième siècle, qui contient, suivant lui, la fdèle doctrine de Valentin , chef de l’une des plus fameuses écoles gnostiques de l'Égypte; c'est une œuvre traduite en cophte, sous une forme dramatique. L'auteur de ce livre curieux suppose que Jésus-Christ passa, après sa résurrection , douze ans avec ses disciples, et leur exposa une révélation supérieure, la science du monde et de l'intelligence.
de la part 0 vine , écrite dieux aux role , le pri esprit, qui gendra l’un le germe de ciel naissaie pour les co et pour tou Nuit (baavi) sivent les Ge par couples dustries terr
Venue éga due au loin & à l’anthropol elle expliqua le monde int pouvoir fran on avaitadm nifestation c formes diffé
En Egypte rieuse Isis , de lui-même par lui, proc lui-ci fit tom] l'univers, qu Phta. De ce soleil, etsa c
Ici encore successifs, le de dix ou de derniers, T une forme comme dieu
mystères; il
qu’il fait ins monter au ci
(1) Indépenc composa vingt
de la part des Phéniciens , qui supposaient aussi qu’une parole divine , écrite dans le: sstres , avait été communiquée par les demidieux aux castes supérieures du genre humain. Selon cette parole , le principe de toutes choses est un être moitié matière, moitié esprit, qui , épris de ses principes mêmes (rüv idluv &pxäv), engendra l’univers. Il enfanta d’abord la matière (mot), d’où sortit le germe de chaque créature, tundis que les contemplateurs du ciel naissaient d’êtres supérieurs , et ainsi de suite, par degrés, pour les corps célestes, les phénomènes de la lumière et du vent, et pour tout le reste. L'esprit, voix de Dieu , engendra avec lui la Nuit (baavi), Éone et Protogène, premiers humains , qui produisirent les Génos, habitants de la Phénicie; ceux-ci se propagèrent par couples, et donnèrent le jour aux inventeurs des diverses industries terrestres , qui ont été honorés d’un culte divin.
Venue également de l’Asie , la doctrine des esprits s’était répandue au loin autour de la Méditerranée , s’associant à la théologie, à l'anthropologie , et souvent à la cosmogonie , à l’aide de laquelle elle expliquait cet accord mystérieux qui règne dans l’univers où le monde intellectuel doit remplir le principal rôle. Afin donc de pouvoir franchir l’immense intervalle entre le Créateur et l’homme, on avaitadmis cette chaîne graduée d’êtres intermédiaires et la manifestation continuelle de Dieu, sous des dénominations et des formes différentes.
En Egypte, autant que le laisse entrevoir le culte de la mystérieuse Isis, Amon-ra , dieu occulte, obscurité inconnue, fit sortir de lui-même , par sa parole, un être féminin, Neith, qui, fécondée par lui, produisit XKneph ,démiourgos ou puissance créatrice. Celui-ci fit tomber de sa bouche un œuf, c’est-à-dire la matière de l'univers, qui renferme l’agent divin, l'intelligence ordinatrice, Phta. De ce dernier et de Buto, la grande Mère, naissent Phré, soleil, etsa compagne Tiphé (Uranie).
Ici encore les émanations divines se partagent en trois degrés successifs, le premier de huit, le second de douze, le troisième de dix ou de trois cent soixante-cinq dieux. Au nombre de ces derniers, Thoth ou Hermès est remarquable, comme ayant une forme terrestre et une forme céleste; il est trismégiste comme dieu, et, comme homme, rédempteur et révélateur de
. mystères; il donne enfin la science à la race humaine dégénérée,
qu'il fait instruire par Osiris et Isis, afin de les rendre dignes de monter au ciel (4).
(1) Indépendamment des explications qu’il grava sur des colonnes, Thoth Composa vingt mille, on dit même trente-six mille volumes; il nous en reste
Typhon, génie du mal, était confondu avec la matière, et l’on invoquait contre lui les génies tutélaires de chacun des jours de l’année , génies qui formaient la troisième série de divinités. Leur tâche était de maintenir la correspondanee entre les deux mondes.
Tous ces systèmes trouvaient des partisans ; or, comme il s’était répandu partout un besoin de transporter, pour ainsi dire, les croyances au delà des barrières du morde sensible , on les préférait à la mythologie grecque, où le génie esthétique des Hellènes avait poétiquement travesti et enseveli sous les formes le mysticisme et les traditions empruntées à l’Asie. Les dégager et en tirer une philosophie épurée de tout ce qui pouvait être contraire aux dogmes, telle était l'intention des gnostiques, qui révéraient les doctrines évangéliques, mais sans les accepter dans leur simplicité native. Incapables de sentir le mérite de cette confiance positive par laquelle on arrive à la solution des problèmes les plus importants pour la morale humaine, ils supposèrent qu’il fallait un ordre philosophique, et que la science accessible à tous (exolérique ) devait être différente de celle qui était réservée à un petit nombre ( ésotérique). La théosophie chrétienne, reconnaissant la foi pour un fait, résout les questions par l’autorité divine, et, sans discuter le fond des doctrines, se borne à vérifier leur exposition, leur concordance avec les textes et avec les interprétations légitimes ; le gnosticisme, au contraire , substitue ou associe à la révélation authentique des révélations particulières et en quelque façon naturelles ; il aspire à atteindre par ses propres forces à une hauteur inaccessible à la raison, et non révélée à la foi; bien plus, il prétend donner le caractère et l’autorité de l'inspiration à ses investigations mystiques, à l’aide desquelles il résout les problèmes les plus élevés, comme l’origine du mal, la création , la rédemption, les rapports entre le monde intellectuel et le monde moral.
Considéré sous cet aspect, le gnosticisme est l’hérésie qui se reproduisit le plus généralement en Asie et en Europe , à différents intervalles, soit dans l’école renouvelée de Pythagore et de
Platon, soit dans les écoles transcendantes du seizième siècle , qui associaient à leur mysticisme l’alchimie , l'astrologie et la magie.
quelques-uns , fabriqués probablement dans les premiers temps du christianisme par les néo-platoniciens; le plus célèbre est le Poëmander où De la Nature des choses. D'autres parurent ensuite sous son nom; ils concernaient surtout l'alchimie,
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* Certains gnostiques foulaient aux pieds les enseignements apostoliques; d’autres disaient y avoir découvert, par des moyens secrets, la vérité sous la forme imparfaite ou altérée avec laquelle on }a présente au vulgaire; d’autres encore révéraient les livres can.r'iques, sauf à les interpréter autrement que l’Église. La plupart étaient des gens instruits et riches de la Syrie et de l'Égypte, qui, abandonnant au vulgaire et aux pauvres les humbles pratiques de l'Évangile, se figuraient qu’à eux était réservée la connaissance intime des mystères , et voulaient dépasser le christia-
SYNCRÉTISME RABLIGIEUX.
nisme en profondeur mystique; tous s’accordaient à distinguer poctrines
un monde supérieur, de pure lumière et d’immortelle félicité , et un autre de ténèbres, de misères, de mort : il existe un Être infini, invisible, père inconnu , abîme d’immense nuit (æpouv Buôds) , comme le Brahma indien et le Pyromis égyptien , qui, ne pouvant rester inactif, se répandit en émanations.
Les émanations supérieures, ron créées, mais émises de Pabime éternel et participant de r'essence divine , s’appellent éons ou êtres; ces êtres, dont le nombre diffère , sont distribués par classes de sept, de huit, de dix, de douze, conformément aux nombres symboliques que nous avons trouvés dans presque toutes les théogonies et cosmogonies. Réunis à la substance, ils forment le plérome, ou la plénitude de l'intelligence. À mesure qu’ils s’éloignent de leur source , ils diminuent de perfection, jusqu’à la dernière émanation du plérome , qui est le démiourgos, équilibre de lumière et d’ignorance, de force et de faiblesse, qui, sans l'ordre ou le concours du Père inconnu, produisit ce monde, ensemble si désordonné et si vicieux qu'on ne saurait le croire l’œuvre de Dieu.
Les âmes y sont placées avec le fardeau de la matière , soit par l'effet d’un caprice du démiourgos, soit qu’une première faute les ait dégradées. Le démiourgos ne pourrait les régénérer ; il a fallu qu’une des sublimes puissances du plérome , la pensée divine, l'intelligence , l'esprit , descendit personnellement jusqu’au dernier degré de la création, pour ramener l’homme au plérome. Cette puissance céleste est le Christ, qui réforme la conception défectueuse du démiourgos et anéantit sa création.
Mais, comme la matière est perverse , le Christ n’en prit que les apparences; or, tandis que la religion naturelle et celle de Moïse sont l’œuvre de Jéhovah , démiourgos imparfait, l'Évangile, au contraire , exprime l'intelligence du Père inconnu.
Les gnostiques avaient pu esquisser d’après ces pensées une histoire de l'humanité en deux époques ; durant la première, elle
communes des
gnostiques.
avait suivi la loi du démiourgos, et dans la seconde , celle de Dieu. Les hommes eux-mêmes sont divisés en trois classes, selon le principe de vie dominant en eux: les wliques, dont la matière (ôMn) est le principe, sont asservis au monde inférieur ; les pneumatiques aspirentselon l’esprit (rveèue) à rentrer dans le plérome ; les psychiques s'élèvent jusqu’au démiourgos par l’âme (pux#), qui n’est ni esprit ni matière. Les Hébreux, soumis au démiourgos Jéhovah, furent psychiques; uliques, les païens adonnés à la vie inférieure; pneumatiques, les vrais chrétiens (1).
A quoi donc est destiné le genre humain? A s’élever de la vie ulique et de la vie psychique à la vie spirituelle ou divine. Le principe ulique est sujet à la mort, et peut-être ceux qui l’ont suivi durant toute leur existence tomberont-ils dans le néant ; les psy- - chiques obtiendront les récompenses imparfaites que peut décerner le démiourgos ; les pneumatiques obtiendront de rentrer dans le plérome éternel.
Les gnostiques s’accordent sur ces différents points ; mais, abandonnés aux hallucinations de leur raison , il n’est pas surprenant qu’ils se soient divisés en plus de cinquante sectes , chacune ayant ses évêques et ses asssemblées , ses docteurs, ses miracles et ses évangiles. En effet, si l’homme peut s’élever aux dogmes de l’existence et de l'unité de Dieu, mille questions se présentent à lui lorsqu'il vient à méditer sur la nature de l’Étre nécessaire, sur les attributs qui ne dérivent pas immédiatement de sa perfection suprême , sur les substances émanées delui, les divers ordres d’esprits supérieurs ou inférieurs , l’état primitif du monde, l’enchainement des causes et des effets , les types universels des idées, la réalité ou l’illusion, la transformation des choses. De Ià, l’innombrable subdivision des gnostiques , les hommes d’imagination acceptant rarement d’autres guides que leurs propres pensées; mais ce morcellement eut cela de bon , que cet amas de fictions métaphysiques qui se rattachaient à la mythologie scientifique et à la théologie poétique des Indiens , des Perses et des cabalistes, ne s’introduisit pas dans l’Église,
Ou peut classer les gnostiques , selon qu’ils se rapprochent davantage des maximes égyptiennes ou de celles des Perses, en deux familles principales : les panthéistes, comme Apelle, Valentin, Carpocrate, Épiphane; et les dualistes, comme Saturnin, Bardesane , Basilide (2).
(1) Théorie développée spécialement par Valentin. (2) M. Matter, en nous donnant l'Æistoire du gnosticisme, n’a pas pu 88
Saturn déré, co tout à la précéda Aurèle , mal, et De même par elle du mal, successio les premi d’un doul meté , et, ne crains céderais « on loua 1 lui un m la gnose.
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(1) Bar envoyés de nous reste selon laqu alle à ca m