L'ART
Saturnin, qui :: à Antioche sous Adrien, paraît avoir considéré, comme ét11. coéternel à Dieu, Satan, principe du mal, tout à la fois esprit et matière ; mais lequel de ces deux éléments précéda l’autre? Bardesane, d’Édesse, contemporain de Marc- Aurèle, répond que la matière constitue l'élément primitif du mal, et que Satan fut une manifestation spirituelle de celle-ci. De même que l’abîme du bien (Bv66 ) engendra l'intelligence , et par elle une série d’émanations , d’aspects divers , ainsi l’abîme
du mal, c’est-à dire la matière, engendra Satan, et par lui une
succession d’émanations analogues , en hostilité harmonique avec les premières ; de telle sorte que l’univers fut la manisfestation d’un double inconnu (1). Bardesane soutint ses doctrines avec fermeté , et, menacé au nom de l’empereur Vérus, il répondit : Je ne crains pas la mort, qui d’ailleurs m'atteindrait quand méme je céderais à l’empereur ! T1 composa cent cinquante hymnes, dont on loua l’expression poétique et la mélodie ; la poésie était pour lui un moyen d’insinuer dans les esprits la partie extérieure de la gnose. .
Il s’occupa particulièrement de la question du destin, c’est-àdire de celle de savoir si les choses de ce monde sont gouvernées par des décrets immuables , sans que les vœux et les efforts humains puissent rien changer à ce que décida une puissance aveugle. Comme il supposait que le monde n'avait pas été immédiatement créé par Dieu , il ne pouvait lui en attribuer le gouvernement; mais il lui donnait le beau nom de Père, et disait : Tout peut se faire avec le bon plaisir de Dieu; rien ne peut étre évité de ce qu'il veut, attendu que nul ne saurait lutter contre sa volonté. Si quelqu'un peut lui résister, c'est par un effet de sa bonté, qui accorde à chacun ce qui est propre à sa nature et à sa volonté indépendante. C’est ainsi qu’il cherchait à concilier le libre arbitre avec l'astrologie, dans la supposition que l’homme extérieur était seul sujet à l’action du destin, tout en restant libre en ce qui touche l’existence rationnelle.
Basilide, Syrien comme Bardesane, enseignait dans Alexandrie. Il suppose l'éternité des deux principes , et ajoute que les
soustraire à cette admiration qui nous fait trouver beaux et importants les points sur lesquels nous avons porté une longue et persévérante attention.
(1) Bardesane écrivit, sur les renseignements fournis par les ambassadeurs envoyés de l'Inde au chef de l'empire, des Commentaires sur l'Inde, dont il nous reste deux fragments ; il put donc déduire sa doctrine de celle de Kapila, selon laquelle la matière, Prakriti, engendra l'intelligence, et commença par
elle à ce manifoster,
Dualisme.
Panthélstes, 161,
émanations de l'esprit des ténèbres , éprises de la lumière , s’élèvent jusqu’au sein du plérome ; contrairement à d’autres gnostitiques , selon lesquels le plérome se précipite dans l'empire des ténèbres , il s'efforce d’expliquer dans un sens opposé le problème qui de tout temps a tourmenté l'esprit humain, à savoir la mystérieuse combinaison du bien et du mal, la coexistence du mal moral avec un Dieu si bon. Son plérome était, à la manière égyptienne, composé de trois cent soixante-cinq intelligences qu’il exprimait par le mot ABPAEAË, devenu symbole et signe de reconnaissance parmi ses disciples (1).
Il n’exagérait pas comme d’autres les maux de cette vie, dans laquelle il voyait même une manifestation des idées divines , et il disait : Je ferais toute autre chose avant que d'accuser la Providence. Il donnait de celle-ci une définition ingénieuse , en la désignant comme une puissance qui pousse les choses à développer les forces qu’elles renferment naturellement (2) ; il considérait la rédemption comme un moyen employé par cette Providence pour guider le genre humain vers un état supérieur à celui qu'il pouvait atteindre naturellement. S'il voit des maux ici-bas, il les envisage comme une épreuve, une expiation {oixovoyda rüv sat peserr ), affirmant que les doutes élevés par notre ignorance sur la justice de Dieu tomberaient si nous pouvions voir l'accord des causes et des effets.
Faisant servir à son système la doctrine de la métempsycose, modifiée à la manière des gnostiques, il étend aux nations entières , et l’emploie à expliquer leur degré de civilisation.
Mais comme , dans le dualisme , tout ce qui existe ne constitue que des formes de l’être bon ou de l’être mauvais, cette doctrine retombe dans le panthéisme ; c’est là, en effet, qu’aboutit directement Valentin, en concevant la matière comme une émanation grossière, une forme de l'esprit, ou une illusion. Cet Égyptien, le plus célèbre parmi les gnostiques , reconnaissait une série d’éons. Le premier d’entre eux, selon lui, nommé préexistant (rpouv), profondeur ineffable {Bu06ç) (3), resté longtemps inconnu et dans le repos avec Ennoia, l'imagination, engendra d’elle Nous (l'intelligence) , semblable à lui, qui devint le père de tous les êtres.
(1) De là les pierres nommées Abraxas, célèbres alors Le depuis. (2) CLÉMENT D'ALEXANDRIE , Séromat., lv. 1V.
(3) IRÉNSE , Adversus hæres., I, c. 1.
THÉODORET , Hærel, fab, }, c. 7.
Toujours et partout on retrouve les mêmes idées fondamentales de l'éternité * et de l’incompréhensibilité de l'Être suprême, C’est le Zervan-Ahérène, l'Ensophe, le rar &yvwotos, le narhp àvovéuastoc.
Nous avait mérent u engendre et ceux-ci premiers p
({)Onat en a été fait correspond à le monde et était la trad sairement dé sont tirées d les recherche titier tout à en second lie ni le monde espace de t des êtres hyk à toutes les Ei, de Jéhov de Dieu est ils appelèren nilé comme pour laquell du premier pectable il es Ra anaTOVOU « Comme il hauteurs inv était appelé qui était e dent, une classe « Le mot 0 avec une si tiniens. 11 auront pris wal Toùs à siècles. »
image de I teur de cet dans la do Christ, tai Cérinthe
il ya lieu divines. S:
usage d'ui d'éon, dai Sür dés @
Nous avait pour sœur A/éfhéia (la vérité). Ces deux couples for- . mèrent un carré qui fut le fondement de toutes choses. Nous engendre deux autres éons, Logos et Zoé (le verbe et la vie), et ceux-ci Anéhropes et Ecclésia {l’homme et le société) ; les deux premiers produisirent cinq nouveaux couples d’éons (1), qui par
(1) On a beaucomp écrit pour expliquer le sens de ce mot et l’application qui en a été faite aux intelligences émanées de Dieu. On a bien dit que le sens correspond à cejui de où, olamn, qui signifie non-seulement le siècle, mais encore le monde et ce que le monde comprend ; mais ceux qui out prétendu que aiGves était la traduction du mot hébreu, et que cette dénomination avait dû nécessairement dériver des langues orientales , puisqne les opinions des gnostiques sont tirées des systèmes de l'Orient, ont seuls approché de la vérité. D'après les recherches auxquelles nous nous sommes livré à ce sujet, il faut d’abord rec- Litier tout à fait l'opinion que le gnosticisme ait été entièrement puisé ailleurs ; en second lieu, par ce mot éons les gnostiques ne veulent indiquer ni le siècle, ni le monde, ni ce que le monde comprend, ni la durée du monde, ni un espace de temps quelconque, mais des intelligences, des émanations de Dieu, des êtres hypostatiques de la même nature que Dieu. — Les cabalistes donnaient à toutes les intelligences supérieures, spécialement aux Séphiroth, l’attribut de Ei, de Jéhovah, de Élohim ou d’Adonai , pour signifier que fou/ ce qui émane de Dieu est encore Dieu. Les gnostiques eurent la même idée, c’est pourquoi ils appelèrent aiüveç les intelligences émanées de Dieu. Ils considérèrent l’éfernilé comme l’attribut le plus caractéristique de l’Être suprème , et c’est la raison pour laquelle ils employèrent cette expression si célèbre. Irénée , au chapitre I du premier livre , le déclare assez ouvertement, et avec une autorité aussi respectable il est difficile de se tromper : Aëéyouor yäp, dit-il, ruva sivar &v &opétote Aa anarovopæutors bbbuaor véherav AlGiva npéovra... coùrov üè xai (Bubèv Kalouauv. « Comme ils (les valentiniens ) disent qu'un £on en tout partait est dans les hauteurs invisibles et ineffables.…, ils l’appellent aussi Abime. » L’Étre suprême était appelé par eux l’Éon, l'Éternel, et ils désignaient par le même nom ce qui était encore lui. Nous trouvons employé dans le même sens l'équivalent de otoby, olamim, dans le code des nazaréens publié par Norberg, pour indiquer une classe d'êtres tout à fait égaux aux éons. | Le mot ai&v est souvént employé dans les livres du Nouveau Testament, avec une signification différente pourtant de celle que lui attribuaient les valentiniens, 11 est probable que ceux-ci, ne rejetant pas les Épitres de saint Paul, auront pris dans leur sens ce passage de son épitre aux Hébreux : à’ où ( Xptatod) wa tobs aimvas énoinoe (ce. 1, v. 2). « Par lequel il (le Christ) fit aussi les siècles. » Ce passage s’accordait avec leur système concernant le véos, comme image de Dieu et organe de toute création. Mais il n’est pas douteux que l’auteur de cet écrit employa le mot ai&vaç dans le sens de mondes, attendu que, dans la doctrine orthodoxe , la création des anges n’est point attribuée à Jésus- Christ, tandis que saint Jean lui attribue positivement celle du monde. Cérinthe et Basilide avaient eu des idées analogues à celles de Valentin; mais il y a lieu de douter qu’ils aient appliqué l'expression d’éons aux intelligences divines. Saturnien appelait les anges é/ohim, Bardesane, postérieur à Valentin, fit usage d'un mot syriaque équivalent. On a cherché des analogies avec ce terme d’éon, dans une parole indienne qui paraît correspondre à ob, olam, (Minor,
Qasss Dan msniaue mhilnanmbne Da DNiuda À T nana 009 Ans Mésmninse ln l'A OUT CCS ACICS HICHEUSUPIECS UC 6 AUD y Le By PapU 44/p MU AMAVAHRVES VE WU OV A8
leur ensemble constituèrent le plérome, et:qui sont: figurés dans les trente ans que Jésus-Christ vécut ignoré. Le plérome se trouva confirmé par le couple du: Christ et de l'Esprit-Saint , qui virent naître en même temps qu’eux une longue série d’anges de hauteur semblable, 3 ot
Si nous laissons à l'écart, ce langage mystique, nous trouvons dans cette doctrine que la matière procède de l'esprit : lumineuse s'il sourit, aqueuse s’il pleure, opaque s’il est triste; elle n’est donc qu’une forme de l’âme s’épanchant dans la joie, se condensant dans l’affliction. Le mal est une fausse direction du bien, attendu qu'il naît de l'opposition entre le désir des éons de s’unir au grand abime, et l'impuissance d’y réussir. « Vous êtes dès le « principe immortels, disait Valentin à ses sectateurs; vous êtes « les fils de la vie éternelle. Vous vous êtes attiré la mort pour « la vaincre, la détruire , l’éteindre en vous-même; mais, si vous « vous détachez du monde de lamatière sans vous laisser entrainer « par lui, vous êtes les maîtres de la création, et dominez sur tout « ce qui est fait pour périr (4). »
L'idée fondamentale du valentinianisme est celle dela plus pure orthodoxie, c’est-à-dire celle de la rédemption et du christianisme, devant ramener tous les êtres spirituels à leur condition primitive. Le dernier dogme de Valentin est encore celui des orthodoxes, car il enseigne que l’ordre de choses actuel cessera quand le but de la rédemption sera entièrement accompli sur la terre. Alors le feu qui est épars et latent dans le monde s’en échappera de toutes parts et détruira la matière, jusqu’à ses scories, dernier refuge du mal (2). Les esprits, parvenus alors à parfaite maturité, monteront
cadémie des inscriptions). Mais, bien que nous ne rejetions pas les recherches faites par Mignot, il nous inspire peu de confiance sur ce point, attendu que la manière dont il écrit le mot 05ÿ (DYN) semble annoncer qu’il ne savait pas l’hébreu. On veut aussi recourir aux ingis des Claldéens ( Broker, de [deis, p. 5) et aux idées de Platon (ibid., p. 36). Quant aux opinions, on y trouve à la vérité quelque analogie, mais aucune quant au langage, On rencontre dans ALcnous, de Doctrina Platonis,c. 9, une analogie tout à fait trompeuse, lorsque ce philosophe platonicien dit : ‘Opi£ovrar ôè rrv ldéav mapéderyuo Tv war gÜatv alwvev : « Ils définissent l’idée un modèle selon la nature des éons. » Il en est de même des opinions rapportées par Mosheim ( Comment. de Reb. Christ. ant. Constantin., p. 29 et 30). dont nous apprécions grandement les recherches au sujet du gnosticisme. Le mérite de ses travaux est d'autant plus grand qu'il considérait les doctrines du gnosticisme comme les rêves d'une imagination déréglée, MATTER.
(1) CLÉMENT D'ALEXANDRIE , Séromates , liv, IV, p. 509.
(2) Ici Valentin se rapproche de Zoroastre , selon lequel des torrents de métaux purifieront le mal, les démons et Arimane, Bundehesch, XXXI, 416, édition d’Anquetil.
dans le avec leu Syzygos aux oph
Quan au corps de ce q Dieu, d
Ainsi, dissent ?
matique panthéis la vertu d’un dou tion de l’œuvre est impe outre, la deux pri règle les des fils dé ques s’élè
(1) Valen silide, qui grecques a de tout élé comme la 1 et’que la n la constitu ou qui pro difficile à ce croyance é rence fond judaïsme e la théorie d n’était pas était vicieu du mal, Il moderne, privé de D condition p dans cette :
nous imagi jamais prot l’attribueric conséquenc
dans le plérome pour jouir de toutes les délices d’une intimeunion avec leurs compagnes, de même que l’éon Jésus s’y unira avec sa
Syzygos, Sophia-Achamot (1). Les valentiniens donnèrent naissance aux ophites, aux caïnites et autres variétés,
Quant à la morale, les gnostiques la faisaient consister à fournir au corps le nécessaire, à l’exclusion du superflu ; à nourrir l'esprit de ce qui sert à l’éclairer, à le fortifier, à le rendre semblable à Dieu, dont il émane; mais ils se fourvoyèrent souvent.
Ainsi, bien que quelques-unes des maximes des gnostiques tendissent à perfectionner l’homme moral, elles conduisaient systématiquement à l’immoralité. En effet, si lon suppose avec les panthéistes que Dieu seul agit, où sera la différence entre le vice et la vertu? Si l’on suppose avec les dualistes que l’homme émane d’un double principe, la liberté est détruite, et avec elle la notion de la vertu; ensuite, dès qu’on admet que la création est l’œuvre d’un être imparfait et faible, la loi morale qu’il impose est imparfaite aussi, et il conviendra de s’en affranchir. En outre, la révélation comprendra deux parties, correspondant aux deux principes, spirituel et matériel : la première, littérale , qui règle les actes extérieurs ; l’autre, spirituelle, qui produit la liberté des fils de Dieu ; les imparfaits suivent la première, les vrais gnostiques s’élèvent jusqu’à la seconde; car pour eux la distinction ap-
(1) Valentin n’admet pas un principe éternel du mal, différant en cela de Basilide, qui suivait les doctrines perses et se rapprochait plutôt des doctrines grecques au sujet de l'Ün. Il supposait une matière morte et informe, privée de tout élément de vie divine, et. n'ayant par conséquent rien de réel. Mais, comme la vie divine doit pourtant, dans le principe, pénétrer tout ce qui existe, et’que la matière résiste à toute action de la Divinité, il y a dans l'élément qui la constitue un vice réel, une opposition , une manière d'être perverse, qui est ou qui produit le génie du mal, autrement dit Satan. — Cela n'est pas plus difficile à concevoir que les créations opérées par des désirs de Sophia; cette croyance établit entre Valentin et les gnostiques qui le précédèrent une différence fondamentale. Pour ceux-ci, comme dans les doctrines de Zoroastre, du judaisme et de la cabale, Satan est un ange déchu, où un génie du mal; dans la théorie de Valentin, il est le produit de ia matière. Cette opinion, du reste, n’était pas nouvelle; mais elle était née de l’ancienne opinion que la matière était vicieuse de sa nature, et qu’elle a pu dès lors donner naissance au génie du mal. Il est bien vrai qu'en raisonnant d’après les principes de la philosophie moderne, on n'arriverait pas à celte conclusion. En effet, ce qui est vide et privé de Dieu est contraire à la nature de Dieu, et doit, par le résultat de sa condition propre, résister à l'action de Dieu, sans qu’on puisse dire qu’il y ait dans cette résistance ou vice ou perversité. Nous parviendrions difficilement à nous imaginer comment la résistance de la matière, même vicieuse, pourrait jamais produire un principe intellectuel ; et si nous pouvions l’imaginer, nous l'attribuerions en définitive à celui qui provoqua une pareille résistance, et les conséquences à en tirer seraient terribles, (Voy. MATTER. )
Morale,
578 BIXIÈME ÉPOQUE.
parente des actes bons ou mauvais disparaît dans les Foot: dela lumière du plérome.
En appliquant ces doctrines à la société, il fallait ou arriver.à
l'unité absolue en détruisant la propriété et le mariage ; où, dans
la supposition d’une double origine , distinguer lés hommes en inférieurs et supérieurs ; dans le premier cas, c'était déclarer l’anarchie, et dans le second lesclavage, comme des lois nécessaires à l’état de société.
Les relations avec le monde intellectuel inspiraient la confiance arrogante de pouvoir se servir de lui pour les affaires d’ici-bas; de là les folles erreurs de la magie. Les gnostiques enseignaïent en outre que les psychiques (parmi lesquels ils comprenaient les catholiques) étaient incapables de parvenir à la science parfaite, et ne pouvaient se sauver qu’en vertu de la simple foi et des bonnes œuvres, Point de salut pour les hommes charnels ; mais ceux dont le principe estspirituel n’ont pas même besoin des bonnes œuvres, attendu qu’étant parfaits de leur nature, ils ne perdent la grâce en aucun Cas.
Quelques gnostiques furent des modèles de vertu , notamment les chefs de l’école; mais, si la législation morale suffit au philosophe religieux, elle est sans force sut la multitude, qui perd toute retenue quand on enlève les obstacles qui opposent une digue au mal, Il n’y avait donc pas de mauvaise action que les gnostiques de bas étage se crussent interdite ; non-seulement ils mangeaient sans scrupule les viandes consacrées aux idoles, mais ils assistaient aux solennités païennes, aux jeux du théâtre, et se livraient à toutes sortes de plaisirs, les considérant comme licites. Bien que nous connaissions la corruption de ces temps, c’est à peine sinous parvenons à croire vraies les infamies qu’on leur attribuait, et dont les gentils, par ignorance ou malice, accusaient tous les chrétiens. Ils désapprouvaient le martyre, disant que le Christ nous en avait exernptés en mourant pour nous, et que Dieu, qui a horreur du sang des taureaux, peut bien moins encore avoir pour agréable celui des hommes.
Marc, qui feignait d’être inspiré par un démon familier, séduisait surtout lesfemines, en flattant leur vanité et en exaltant leur imagination à tel point qu’elles ne pouvaient rien lui refuser, en récompense du don de prophétie qu'il était censé leur procurer (1).
(1) Irénée cite de lui ce discours : Participare te volo ex mea gralia, quoniam Pater omnium angelum meum semper videt ante faciem. Locus autem suæ magnitudinis in nobis est : oportet nos in unum convenire. Sume primum a me et per me gratiam: adapta te ut snonsa sustinens sponsum
Carpoc
écoles £ biens rent à lui ;, no prix, P salem, Sans me ciété, 1
D’aut naient ( pour pe plaisir, Moins € enneini à l’inspi dans les des prot magnéti jusqu’au raient e recoura
Les a à ces dé discutaic tous cet combat la créati jeune pe mit alor principe
suum, u gralia de (4) Nou grecque tt cussion, ( est la sot hommes chefs des Une a Cyrénéen Christ et tenir les rément u
Carpocrate d'Alexandrie, ennemi du judaïsme et de toutes les écoles antérieures, enseigna le mépris des lois, la communauté des biens et des femmes, en se fondant sur des préceptes faussement attribués à Zoroastre et à Pythagore (1). Les passions, selon lui ; nous étant données par Dieu, il fallait les satisfaire à tout prix, pour méritet la vie éternelle. Un des sept diacres de Jérusalem, nommé Nicolas, donna son nom à une secte qui, étendant sans mesure la communauté des choses, sapait les hases de la société, la famille et la propriété.
D’autres gnostiques, comme les encratistes où continents, donnaient dans l'excès contraire, Le Phrygien Montan, se croyant élu pour perfectionner la morale prêchée par le Christ, réprouvait tout plaisir, toute parure soignée , ainsi que les arts et la philosophie. Moins doué d’esprit philosophique que d’imagination mystique, enneini de la science comme Rousseau, il croyait, comme Cromwell, à l'inspiration, jusqu’au moment où, l’extase cessant , il rentrait dans les rangs vulgaires; sous l’empire de cette extase, il opérait des prodiges dans le genre de ceux de l’ancienne Pythonisse et du magnétisme moderne. Ilavait de tels dehors de piété qu’il abusa jusqu’au grand Tertullien. Les valésiens et les origénistes exagéraient encore l’austérité de Montan,et, pour dompter les sens, ils recouraient jusqu’à la mutilation.
Les autres hérésies de cette époque peuvent au fond se réduire à ces deux points généraux, bien que souvent ceux-là même qui discutaient ne s’en aperçussent pas. Au dualisme se rapportent tous ceux qui, abusant du dogme d’une première chute et du combat entre l’esprit et la chair, crurent perverse une partie de la création. Marcion, fils de l’évêque de Sinope, ayant séduit une jeune personne, son père refusa de l’admettre à la pénitence ; il mit alors lé trouble dans l’Église en professant l'existence de deux principes, et en imposant des austérités extrêmement rigoureuses
suum, ul sis quod ego, el ego quod tu. Constitue in thalamo tuo... Ecce gralia descendit in te, aperi os tuum el prophela.
(4) Nous pensons qu'il faut attribuer aux carpocratiens l'inscription phénicogrecque trouvée dans la Cyrénaïque en 1824, dont le sens phénicien est en discussion, et dont voici le sens grec : « La communauté des biens et des femmes est la source de la justice (&ixxooüvn) et de la tranquillité (etpñvn) pour les hommes honnêtes, au-dessus du vulgaire, qui, selon Zorade et Pythagore, chefs des hiérophantes , doivent vivre en commun. »
Une autre inscription, trouvée dans la même contrée, porte : « Simon le Cyrénéen, Thoth, Saturne, Zoroastre, Pythagore, Épicure, M:sdax , Jean , le Christ et les Cyrénéens, nos chefs, nous ont enseigné uniformément de maintenir les lois (primitives) et d'en combattre la transgression. » C’est là aceurément un étrange syncrétisme.
Nicolaïtes,
Montanistes,
Autres hérésies dualistes,
Marcionites,
Nestoriens,
Manichéens,
pour détruire:le mauvais principe. [liest un des plus illustres parmi lés gnostiques, et son école sévère et: raisonnduse: subsista jusque dans le sixième siècle, Loin de vouloir, comme les autres ;épurer l'Évangile à l’aide des doctrines de la Grèce, de l'Égypte et de la Perse, il proclamaque l'antiquité n’avait rien produit d'aussi beau, parce que jamais Dieu ine s'était révélé à d’autres avant de se révéler au Christ; mais le Christ, ajoutait-il, avait tu aux apôtres beaucoup de choses qu'ils étaient incapables de comprendre. Là, il commençait un travail de critique avec une hardiesse égale à celle des exégètes allemands; nos contemporains ; en effet, rejetant tout autre évangile que celui de saint Luc, dans lequel encore il modifiait et retranchait beaucoup de choses, il'en composa un qui est connu sous le nom d'Évangile de Marcion. Il disposa et corrigea de la même manière les autres parties des saintes Écritures, sans parler des livres apocryphes qu’il élimina, et com l'Égypte était devenue un atelier.
Il répudiait l’Ancien Testament , comme sers de mauvais génies, et, pour démontrer la supériorité du Nouveau, il signalait dans l’autre des erreurs et des fautes que les esprits forts du siècle passé signalèrent à leur tour ; il faisait voir combien le Messie promis par le démiourgos antique était inférieur au véritable Christ, dont la doctrine est toute perfection.
Les priscillianistes plaçaient aussi en tête de leur système deux principes coéternels : selon eux, l’âme créée par le bon génie est bonne; mais, souillée par le mauvais, elle se détache de Dieu et descend de sphère en sphère jusqu'à 14 terre, où elle se purifie pour retourner vers la lumière. Les étoiles exercent une grande influence sur les âmes.
Quelques-uns étendirent la dualité à l’incarnation du Verbe; or, de même qu'antérieurement on avait divisé l’unité substantielle du Créateur, Nestorius décomposa en deux personnes l’unité personnelle du Rédempteur. Au lieu de prendre pour point de départ les idées dualistes, il arriva à cette décomposition en supposantle contraste de deux volontés, de deuxnatures, divine et humaine, difficiles à combiner dans la seule personne de Jésus-Christ.
Un nommé Scitianus , Sarrasin d’origine, appartenant à l’école d’Aristote, écrivit quatre livres contre le christianisme, et les laissa
‘ en mourant avec ce qu’il possédait d’argent à Térébinthe. Celui-
ci, ne pouvant propager l'erreur dans la Palestine, alla en Perse, où il prit le nom de Bouddha (1); mais, contrarié par les prêtres
(1) C’est là un renseignement à noter, car il peut mettre sur la trace de rapports entre les bouddhistés et les hérétiques chrétiens.
genres
de Mit haut. d étaien nom morte gnifie tianisn croyai velle s tions « dogme miracl lui,
Il fo que le Messie Christ doctri cher a roces.
Douz touten pure el matière nie. Ch dépend distrib:
la fume sance « pèdes, autres dans le lâmerp entre appétit des cr!
la lune Dieu p jusqu”
(1) Sa vers le :
c'était t
gas
SYNORÉTISME RELIGIEUX. 581
de Mithras,:il se retira cher-ufie veuve;et mme chute qu’il fit du haut de la maisonile conduisit au tombeau, Læ veuve; à laquelle étaient restés ses livres et; son: argent, achéta un esclave égyptien nommé Cubricus, l'adopta.et,le fit instruire ; puis, lorsqu'elle fut morte, celui-ci prit le: nom de Manès, qui ; ‘en langue pérse , signifie la dialectique, art dans lequel il était très-habile, Le christianisme ayant trouvé des 'sectateurs dans les contrées où lon croyait aux deux principes, il chercha à greffer la ‘religion nouvelle sur les anciénnes doctrines (4), à appliquer au Christ les actions de 'Mithras, à expliquer les mystères de l'Évangile par les dogmes du sabéisme ; ilse vantait d’être le Paraolet et de faire des miracles. Un esteng, ou évangile selon sa DoeHIne; fut ie par lui,
Il fondait donc le christianisme sur le Zend-Avesta, en affirmant que les doctrines de Zoroastre ‘avaient. été reproduites par le Messie; mais, de même que les mosaïtes avaient persécuté le Christ, il fut persécuté par les mages, comme destructeur de la doctrine qu’il prétendait relever. Varane, roi de Perse, le fit écorcher avec la pointe d'un roseau , puis dévorer par les bêtes féroces.
Douze apôtres continuent à prêcher sa doctrine, qui s’appuie toutentièresur la distinction des deux principes :la lumière, matière pure et subtile, à laquelle préside une divinité bienfaisante, et la matière grossière, maligne, placée sous l’empire d’un mauvais génie. Chacune de ces deux puissances, tout à fait distinctes et indépendantes, en créa d’autres, de la même nature qu’elle, et les distribua dans le monde. Les ténèbres produisirent cinq éléments : la fumée, l'obscurité, le feu, l’eau, le vent. Le premier donna naissance aux bipèdes, l’obscurité aux serpents , le feu aux quadrupèdes, l’eau aux poissons, l’air aux oïseaux. Dieu envoya cinq autres bons éléments pour combattre ceux-là, et tous se mélèrent dans la lutte. Le corps humain a été créé par le mauvais principe, l’âme par le bon, d’où résulte la contradiction perpétuelle qui existe entre l'esprit et la chair, et la nécessité morale de réprimer les appétits sensueis, d’affranchir l’âme des liens corporels. Les âmes des croyants, purgées des éléments pervers, sont transférées dans la lune, d’où elles passent dans le soleil , qui les fait monter vers Dieu pour qu’elles se réunissent à lui. Les autres vont dans l'enfer jusqu’à ce que, purifiées , elles émigrent dans d'autres corps. Celui
(1) Saint Augustin dit que les manichéens se tournaient pour faire leurs prières vers le soleil, et durant la nuit vers la lune quand elle se montrait sur l'horizon ; c'était un reste des rites guèbres.
qu te un animal sera changé en animal. La chair étant immonde, l’homme ne doit pas chercher à la multiplier par le mariage, etil ne faut pas croire que Dieu l'ait revêtue; on ne doit pas non plus vénérer les reliques.
Les manichéens se divisaient en élus et en auditeurs; les premiers observaient la pauvreté et une abstinence rigoureuse, les autres pouvaient posséder, mais tous repoussaient le vin, la viande, les œufs, le fromage. Leur Église était présidée par un vicaire du Christ, sous l’autorité duquel douze élus, appelés maitres, représentaient les apôtres; soixante-douze évêques ordonnés par eux consacraient à leur tour les prêtres et les diacres, en nombre indéterminé.
Ces hérésiarques faisaient donc un mélange du gnosticisme avec les dogmes de Zoroastre, modifiant toutefois la dualité de ce dernier, en ce qu’ils ne partaient pas de l’unité, de l’abime primitif, dans la pensée peut-être que cette origine identique n’est pas en rapport avec la distinction éternelle des deux principes. Le bien et le mal, disaient quelques gnostiques, se mêlèrent parce qu’il prit fantaisie aux esprits de ténèbres de s’unir avec ceux de lumière; mais comment purent-ils se connaître les uns les autres, s'ils étaient séparés de toute éternité? Manès répondait à cela que le mal ou la matière est en discorde continuelle ; que la discorde engendre la guerre , et que celle-ci produit des mouvements dans l’espace, mouvements dont l’impulsion fit franchir aux puissances des ténèbres l'intervalle qui les séparait de la lumière (1). Manès aurait dù conclure de là, ce qu’il ne fit pas, la prépondérance du bon principe, puisque le mal lui-même aurait été contraint de pousser les êtres mauvais vers le bien.
Nul autre avant lui n’avait affirmé plus hardiment que l'essence divine se souilla dans les âmes émanées d’elle, et que la volonté humaine est ballottée fatalement par la double action de Dieu et de la matière; d’où il suit que, dans la rédemption, Dieu se régénère lui-même. Quelle désastreuse immoralité ne davait-il pas en résulter ?
Si les gnostiques , s’isolant dans leur sages: : 1: "ul Le, n’étaient point compris du peuple et n’aspiraient pas à l’être , les manichéens devaient réussir auprès de la foule, par l'explication palpable ct poétique qu’ils donnaient d’un problème qui agitait tout * fois les esprits réfléchis et le vulgaire, la coexistence du mal et
&) ‘es doctrines se retrouvent dans deux passages qui nous ont été Ronseres, pe. saint Augustii, Liber contra epistolam fundamenti.
d’un Die maux de agiter la du reste, des Alpe
La co transfor panthéis en Jésus que la d est 61100 silencieu l'Esprit-
On pe que et d sidérait À en même comme la suite,
On au ses travs
grecque éygptier arbre & parence objets p conscier le monc s’élevât l'esprit
venger
sceptici médeci river pi d’obten
ve
PHILOSOPMIR ÉOLECTIQUE. D83
d’un Dieu bon, et par l’habileté avec laquelle ils signalaient les maux de cette vie, Ils se répandirent donc, et vécurent assez pour agiter la France et l'Italie, sous le nom de Patarins et d’Albigeois ; du reste, ils ne sont même pas encore extirpés de certaines vallées des Alpes.
La conception dualiste, appliquée aux doctrines chrétiennes, se transforma doncen ces deux hérésies. Eutychès appliquala pensée panthéiste à l’incarnation ; il niait la réalité de la nature humaine en Jésus-Christ, en absorbant dans la nature divine, et voulait que la chair n’eût été en lui qu’une apparence. Le panthéisme ust cacore plus précis chez Sabellius , qui fait émaner de l’unité silencieuse, tranquille, absolue de Dieu, l’âme de Jésus-Christ, l'Esprit-Saint, enfin l’âme de l’homme et tout l’univers moral.
On peut aussi regarder, comme dérivant du panthéisme gnostique et des émanations divines décroissantes, l’arianisme, qui considérait le Verbe divin comme une émanation inférieure au Père , en même temps comme une créature , et la création elle-même comme n'étant rien de plus qu’une série d’émanatiôns; mais, par la suite, nous n’aurons que trop à parler de ces hérésies.