CHAPITRE XXX
On aurait grand tort de croire que la philosophie eût abandonné ses travaux et interrompu la tradition des doctrines rationnelles grecques, non plus que celle des doctrines sacerdotales indiennes, éygptiennes et perses. Nous avons signalé cinq rameaux sortis de l'arbre socratique, soit qu’on ne vit dans les choses que des apparences et des illusions, soit qu’on n’accordât de réalité qu'aux objets physiques, soit qu’on niât toute existence en dehors de la conscience personnelle, soit qu’on réunît le monde intellectuel et le monde extérieur sans préférer l’un à l’autre, soit enfin qu’on s’élevât jusqu’à l'unité intime et suprême, qui vivifie également l'esprit et la matière. L’épicurisme avait passé en Italie pour venger la Grèce, en corrompant les maîtres et les esclaves. Le scepticisme avait fait son dernier effort avec Sextus Empiricus, médecin, qui vivait dans le deuxième siècle, et qui prétendit arriver par la science aux mêmes résultats que Lucien s’efforçait d'obtenir par la plaisanterie, c’est-à-dire à renverser toute croyance.
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Épieuriens.
Scentiques.
Stoïciens,
Névpythagerttiens,
Ses Hypolyposes pyrrhoniennes tendent à saper toute philosophie positive; or, tandis que les dogmatiques se vantent de posséder la vérité objective,et que les académiciens nient que personne puisse y atteindre, il indique le moyen de la trouver. Voici la règle qu'il pose à cet effet : N’avancer comme dogme aucune raison à laquelle on ne puisse en opposer une autre d’un poids égal ; d’où l’art des sceptiques consiste à mettre en balance les apparences des sens et les jugements de la raison, de manière à amener lindécision du jugement (èréyn), source de tranquillité parfaite {ärapabtx). Dans son ouvrage Contre les mathématiciens , c’est-àdire contre les professeurs de sciences positives, il prend à tâche de réfuter la grammaire, dénomination qui embrasse les sciences historiques, la rhétorique, la géométrie , l’arithmétique , l’astrologie, la musique; il combat aussi les logiciens , les physiciens, les moralistes. Du reste, il apporte dans cette lutte, avec beaucoup d’érudition et de finesse, une clarté ct une précision à laquelle n’ont pas toujours atteint ceux q'1i de temps à autre ont, en grand nombre, tenté de rajeunir ses arguments.
Rien ne pouvait venir moins à propos qu’une école sceptique dans Alexandrie, ville adonnée tout entière aux dogmes et à la théosophie ; aussi la doctrine de Sextus Empiricus mourut-elle avec lui , et n’ajouta à la science que l’absurde , après avoir, avec Énésidème, devancé Hume , en niant jusqu’à la causalité.
La morale de Zénon avait été d’abord adoptée à Rome par les jurisconsultes , et nous en avons vu les applications; ce fut en elle que survécurent les débris transformés de l’école pythagoricienne et des deux écoles spéculatives de Platon et d’Aristote.
Si laphilosophie néo-pythagoricienne ne mettait pas, comme le stoicisme , la morale en lutte avec les passions de l’homme, et, tout en montrant les charmes de la vertu , ne la rendait point inaccessible (1), elle secondait toutefois les penchants populaires par un appareil de miracles et de magie, ce qui laissait libre carrière aux imposteurs. Il faut ranger parmi les néo-pythagoriciens Anaxilas de Larisse, médecin charlatan, et Apollonius de Tyane, que l’on voulut faire passer pour une transmigration de Pythagore, ou pour le Messie du polythéisme en péril. Il modifia les doctrines italiques par l’ascétisme et le mysticisme, qui forment le véritable caractère de son école; dans cette pensée, il introduisit des apparences religieuses , l'usage des sacrifices et de la
(1) Hoc quoque egregium habet, quod et ostendit tibi beatæ vilæ ma-
gnitudinem, et desperationem ejus non faciet. Scies esse illam in excelso, sed volenti penetrabilem. (Sénèque, ep. LXIV.)
magie, IL bien peu de série f Les pl tius, Sot d’Augusté pleine d’é Sénèque, « même « taillon « comme « doit fai « du chef Sotion vivait sou rait les no principes dinaires. | l'étude de mathémat superstitid supérieur le platoni et des Ch précieux | Platon rent le cl plété leu surnature réminisC Aristote, périence par des ni pénét
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magie, Il supposa un Dieu unique, le premier des êtres, mais de bien peu supérieur à eux, car tous s’enchäînent dans une espèce de série fatale; connaître ce Dieu estile but de la divination.
Les plus remarquables parmi les néo-pythagoriciens sont Sextius, Sotion, Nicomaque et Modératus. Le premier, au temps d’Auguste , refusa la dignité de sénateur, et fut le chef d’une secte pleine d’énergie romaine, pour nous servir de lexpression de Sénèque, qui nous a conservé de lui cette belle image : « De « même qu’une armée menacée de toutes parts se forme en ba- « taillon carré , le sage doit entourer ses flancs de vertus, qui, « comme des sentinelles, soient prêtes partout où il y a péril; il « doit faire aussi que ces vertus obéissent sans tumulte aux ordres « du chef, »
Sotion avait été le maître de Sénèque. Modératus de Gadès, qui vivait sous Néron, remit en honneur Pythagore, dont il considérait les nombres comme un langage nécessaire pour exprimer les principes des choses , ce à quoi ne sauraient suffire les paroles ordinaires. Nicomaque et Jamblique de Chalcis se livrèrent aussi à l'étude des nombres; mais, au lieu de s’en tenir aux doctrines mathématiques comme autrefois , ils y mélèrent des fables, des supérstitions, des allégories d’autant plus inutiles que la partie supérieure et pratique de leur système était déjà passée dans le platonisme (4). Dans son livre Sur les mystères des Égyptiens
et des Chaldéens, Jarablique nous a transmis des renseignements :
précieux sur les doctrines orientales.
Platon et Aristote , ces deux hommes. de génie qui se partagèrent le champ de la pensée et de la science, n'avaient pas complété leur doctrine. Le premier, tout en admettant une source surnaturelle de la vérité, n’avait pas atteint ce point fixe où la réminiscence et l'inspiration puisent la certitude de la révélation. Aristote, en voulant déduire la vérité du raisonnement et de l’expérience , après avoir écarté toute révélation supérieure, ne put, par des observations spéciales, embrasser la totalité des choses ni pénétrer dans leur essence. Compléter leur œuvre , suppléer à
(t) JaAmBLiQuE nous a fait connaître plusieurs parties de ia philosophie italique dans la Vie de Pythagore. Ces paroles renferment une belle délinition de la philosophie : Oürws GE rù guomopeiv ds dns va veu alalnrindiv al awpatin@v évenyeluv, xaDapé ro vo yoñolar els aaranbiu the Êv vote odaiv &)nfsiug Anep Éneyvootar aopia oùaa, Nous philosophons, quand, sans le concours des sens et des fonctions corporelles (c'est-à-dire sans nous appuyer sur les sensations), nous faisons vraiment usage de notre seul esprit pour comprendre la vérité qui réside dans les essences, lesquelles contiennent toute la science. In exposit, symb., 15.
Néoplatoniciens,
ut
l’art de Platon avec la science d'Aristote, voilà ce que se proposa l’école éclectique d'Alexandrie; elle fut nommée néo-platonicienne parce que la doctrine du premier y prévalut, modifiée et enrichie par tout ce qu’avaient de plus parfait les traditions orphiques , pythagoriciennes , égyptiennes , orientales , et par le christianisme lui-même, dont les philosophes ne pouvaient bien combattre le mérite, mais à l’influence duquel il leur était impossible de se soustraire (1),
Le glaive d'Alexandre et celui de Rome avaient brisé les barrières dans l’enceinte desquelles chaque peuple avait conservé jusque-là son caractère national ; dès lors, langues , mœurs, cultes, gouvernements , s'étaient trouvés mêlés. Ce mélange apparut surtout dans Alexandrie, où accouraient les étrangers attirés par le commerce , les savants appelés par la protection des Lagides. Les Grecs s’y trouvèrent à côté des Juifs , presque ignorés jusque-là , et même de ces Orientaux dont ils avouaient avoir reçu leur civilisation , et vers lesquels s'étaient retournés leurs hommes de génie, toutes les fois qu’ils avaient voulu remonter à la source des doctrines altérées par leur génie artistique. Les Égyptiens eux-mêmes, pour flatter leurs maîtres étrangers, attribuaient à leurs rites nationaux un sens allégorique qui les rapprochait des idées grecques.
En même temps s’élevait la voix des chrétiens , pour démontrer qu'aucun des systèmes de la philosophie païenne ne pouvait soutenir la comparaison avec la doctrine de l'Évangile , qu’ils se détruisaient es uns les autres, qu'il n’en était pas un seul qui fût complet, et que tous étaient plus ou moins défectueux en ce qui concerne la morale. Les Alexandrins parurent donc s’accorder pour chercher dans chaque système philosophique ou religieux ce qu’il contenait de meilleur, et afin de prouver que, si la vérité se trouve entièrement dans le christianisme , elle est pourtant dissé-
(1) Le plus intrépide défenseur de l'éclectisme , M. Cousin, définit ainsi la philosophie néo-platonicienne : L'éclectisme alexandrin n'était rien moins qu'une tentative hardie et savante pour terminer la lutte des nombreux systèmes de la philosophie grecque, et faire aboutir ce riche et vaste mouvement à quelque chose de positif et d'harmonique qui pit passer des écoles dans le monde, servir de forme à la vie, et raffermir la société antique ébranlée, Ce système était le platonisme, enrichi de tous les développements que lui avaient apportés six siècles de gloire et de contradiction, les lumières de plusieurs sciences nouvelles ou nouvellement agrandies, el toutes les idées des autres écoles que l'on put combiner avec le platonisme, en lui laissant toujours La suprématie, L'esprit général du temps y méla de fortes teintes de musticilé el de superstition théurgique.
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minée par fractions dans toutes les doctrines; mais, comme ils n’osaient ou ne pouvaient s’élever jusqu’à la hauteur où la philosophie et la religion s’unissent, ils s’'égarèrent au point d'accepter les absurdités de la magie et du mysticisme. Ces erreurs font tache au tableau, du reste splendide , d’une suciété qui reconnaît ses propres imperfections , et cherche à se régénérer en fondant la doctrine sur les croyances du peuple, en les rendant aussi morales et aussi rationnelles que possible , et en les élevant à la dignité de la science.
Comme ils s’aperçurent de l’impossibilité de sauver le polythéisme de l’accusation d’immoralité grossière , ils cherchèrent à raviver les symboles étouffés jusqu'alors sous les formes extérieures ; après avoir recueilli ceux qui avaient survécu dans les religions grecque et orientale , ils remontèrent vers la révélation primitive, et tentèrent de recomposer le vénérable édifice des antiques croyances, en le décorant des noms d’Orphée, d’Hermès et de Zoroastre.
Héritiers des travaux accumulés dans un espace dé dix siècles, depuis Thalès jusqu’à Ammonius Saccas, et favorisés par la plus grande collection de livres qui eûtexisté, les Alexandrins venaient néanmoins à une époque de lassitude et de découragement ; au lieu donc de s’élancer vers la vérité avec cette ardeur native des anciens Grecs, il semble qu’après avoir en vain tenté toutes les voies pour atteindre à la source de la raison , ils s’arrêtèrent, en désespoir de cause, à démontrer et à appliquer : savants ingénieux plutôt que penseurs hardis et sûrs, souvent même ils dénaturèrent les doctrines pour les faire servir au triomphe d’un parti.
L’éclectisme, dont on fait honneur à cette école, s’empreint d'ordinaire des opinions de chaque siècle. Tandis que le christianisme ne souffrait aucun mélange , ce qui est le propre d’une religion fondée sur l’autorité et qui a conscience de son infaillibilité, l’école éclectique voulait la liberté, la compréhensibilité, et les portait toutes deux à l'excès, Les Alexandrins répudiaient les doctrines sceptiques , et le sensualisme qui les engendre; ils ne prirent d’Aristote que les formes. Ils poussèrent l’idéalisme de Platon jusqu’au mysticisme , qui devint le caractère distinctif de cette école, le seul qui lui assigna un rang dans l’histoire de la philosophie et de l'humanité. Tous ces philosophes prétendirent avoir des communications directes avec les dieux; l’extase, selon eux, est nécessaire pour atteindre à la véritable sagesse, et la destination finule de l’homme est la connaissance de l'absolu, et une
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Plotin, 2058-70,
Ammonius Saccas , c’est-à-dire portefaix ; véétit vers la fin du deuxième siècle, et fut peut-être un'chrétien apostat ; il ouvrit une école (4) dans l'intention de:concilier les’ deux systèmes d’Aristote et'de Platon, tentative que Polémon fit également, mais dans laquelle Plotin seul parut réussir. Ce dernier était né'à Lycopolis en Égypte ; affligé de la pauvreté de l’enseignement philosophique , il s’appliqua à la recherche de la vérité avec une érudition égale à son enthousiasme, qu’il prétendait lui procurer des rapports immédiats avec les dieux. Après avoir visité l'Orient avec l'armée de Gordien, il habita Rome durant vingt-six ans, et mourut dans la Campanie en 270.
Visionnaire et menant un genre de vie étrange, il était cependant affable , bienveillant, chaste et très-tempérant. L'empereur Gallien lui assigna une ville en ruines de la Campanie, pour qu'il y réalisât la république de Platon; bien qu’il ne soit pas licite de faire des expériences sur une société humaine, on peut regretter que, parmi tant d’extravagances de l’époque impériale, celle-ci n’ait pu avoir d’effet. Il permettait à ses disciples de lui proposer tous les problèmes qu’ils voulaient , et il rédigeait par écrit ses réponses , qui ont été recueillies sous le titre d'Ennéades ; mais, comme elles sont provoquées par des questions accidentelles, et ne résultent pas d’un snchaînement précis d’idées , elles offrent une exposition obscure et confuse.
Son idée du beau est pleine d’élévation : « Les choses belles ne se font pas seulement reconnaître comme telles, mais elles causent à ceux qui les voient un trouble agréable , une agitation mêlée de plaisir, de désir, d'amour; non pas également, mais avec plus de force sur les âmes naturellement tendres. Or la beauté ne possède point cet attrait en elle-même; au delà de sa forme , on aperçoit quelque chose de plus beau que la beauté , et qui fait que la beauté est belle, Ce n’est plus une forme, puisque l'âme, partout où elle voit une forme, sent qu’elle désire au delà quelque chose dont la forme tire son origine, quelque chose qui existe par soi, sans limite ni mesure, C’est le princise et le terme de la forme et de la beauté; c’est le bien. Le propre de celui-ci est de faire naître l’amour ; le désir du bien trouble l’Ame , qui aspire à s’y réunir, L'objet en lui-même est seulement ce qu’il est; il inspire le désir quand le bien l’illumine , en donnant aux choses la grâce , et l’amour à qui les désire. L'âme en reçoit un rayon; alors elle s'émeut , se sent atteinte d’un aiguillon caché; elle en-
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PHILOSOPHIE ÉOLECTIQUE. 589
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Les Ennéades furent mises en ordre par Porphyre (Malk), né en Syrie et mort à Rome, après avoir beaucoup voyagé. Il connut et combattit les doctrines hébraïque et chrétienne; comme Plotin, il déplorait l’aveuglement des intelligences, le fardeau de la matière, et croyait être favorisé de visions surnaturelles, 11 écrivit la vie de Pythagore, partie en divulguant ce que l’on conservait anciennement dans les mystères, partie en expliquant les doctrines, et en prêtant aux cultes des prétentions qu’ils n’ont jamais eues ; il ne faut donc pas espérer d’y découvrir la trace des anciennes croyances, mais y voir plutôt un effort pour les soutenir, parfois avec des vues sincères, toujours avec beaucoup d'esprit.
Porphyre et Jamblique, bien inférieurs à Plotin, entrainèrent l’école d'Alexandrie dans le mysticisme ; préférant la tradition à la dialectique , ils commencèrent cette guerre impuissante contre le christianisme, lequel représentait le monde antique en lutte avec le nouveau.
Proclus, de Byzance, qui donna plus d’éclat à cette école, prétendait être le dernier anneau d’une série d’hommes consacrés à Hermès (oetpà épuntix ), dans laquelle la doctrine secrète des mystères s’était transmise par succession (1); mais il paraît que cette chaine finit à lui. Il eut commerce avec les démons, fit des miracles, et on le mit au rang des dieux après sa mort,
Ces pinlosophes, dont le but était de mettre en harmonie les
(t) I faut convenir que ces paroles de M. Cousin se ressentent un peu de l'idolâtrie d'un commentateur : Talem autem virum Proclum dicimus in quo coire et effulgere mihi videntur quæcumque variis temporibus Græciam illustraverunt philosophicorum ingeniorum lumina , Orpheus videlicet , et Pythagoras, Plato, Aristoteles, Zenoque, Plotinus, Porphyrius, atque Jamblicus, (Préface aux ouvrages de Proclus, t, [, p, 26.)
Porphyre.
Proclus.
éléments divers , empruntèrent à l'Orient les idées relatives à l’unité originaire ; aux émanations , à lamatière , aux transmigrations et à l’absorption finale; ils prirent de Platon l'idée de la triade, la distinction du monde idéal et du mondé sensible, les démons, la théorie des facultés de l’âme ; d’Aristôte, la distinction de la forme et de la matière , et la logique appliquée aux émanations ; il est donc difficile de réduire à l'unité toutes ces idées. Essayons.
Il existe dès le commencement une unité pure et absolue {+ &v, rù &v, rù &yalév), immuable ; sans aucune diversité, pas même d'objectif et de subjectif ; de connu et de connaissant, et sans aucune des qualités que nous pouvons concevoir. De cette unité, comme l’auréole de la lumière ; émane continuellement l’intelligence (voès), nécessairement inférieure à son principe, laquelle produit à son tour une autre intelligence moins élevée d’un degré, c’est-à-dire, l’âme universelle (guyà +05 wavréç), principe du mouvement.
L'intelligence embrasse les idées de tout contingent ; or, comme celles-ci sont à la fois l'intelligence et son objet, elles deviennent identiques avec les réalités, le connaissant est identifié avec le connu (1) ; mais, attendu qu’elles existent dans l’intelligencecomme dans un sujet, il y a une différence entre la forme et la matière, celle-ci étant l'intelligence, celle-là les idées.
L’âme , dans son activité plastique , tend irrésistiblement à produire au dehors les idées , et les idées produites sont les âmes (2); mais, comme celles-ci ne peuvent exister que dans un sujet, il faut que l’âme, en produisant les formes (elôoç, mopyñ), produise aussi la matière, Cette dernière dérive donc directement du monde intellectuel , puisque les philosophes dont nous parlons enseignent d’une manière vague et obscure que l’âme participe, dans une mesure déterminée, de la lumière infinie de l'intelligence, aux limites de laquelle elle aperçoit les ténèbres; or, comme elle ne souffre autour de soi nulle chose qui ne soit empreinte d’une pensée, elle applique des formes aux objets , pour qu’ils deviennent
(1) Gorr. Guz. GERLACH a recherché en quoi celte doctrine diffère de celle de Schelling dans l'ouvrage intitulé : De differentia quæ inter Plotini et Schellingii doctrinam de numine summo intercedit ; Wittemberg, 1811.
(2) Les idées sont appelées par Plotin dieux intelligibles, dans un passage qu’il est utile de rapporter comme explication de la doctrine pythagoricienne : l'évépevoy dè Hôn à dvra dv aûr@ yevvnoa, nv pèv réiv iBeüv x&))o6 , navras Ôè OeoÙs vontobç : Lequel Dieu engendré engendra avec lui tous les étres, toute la beauté des idées, tous les dieux intelligibles, C'esi pourquoi Vico soutient que les anciens Latins appelaient dit immortales les essences des choses, c'est-à-dire les idées,
le séjour toutes qu passe, dès le compos L’unive forme à le lâme n’a rent àlep mouvermne des idées diat des c ilyaaute l'intellige La nécé ne pouva rent com l’action es sensible n image, lu à qui sait Le mo l'inégalité là une fat: Alexandri principe , moral.
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le séjour dés idées. La matière ; sujet indéterminé ; dépourvue de toutes qualités, et simplement susceptible de recevoir ces idées, passe, dès qu’elle lés a reçues, de la faculté à l’acte, d’où résulte le composé ; c’est-à-dire le corps:
L'univers sensible n’est dohc que la grande âme qui donne la forme à la matière ad moyen des idées ; il est éternel, parce que l’âme n’a jamais pu rester inactive. L'intelligence et l’âme concourent à le produire, la première, sujet des idées, l’autre, principe du mouvement, et, réunies, elles constituent le monde, ensemble des idées douées par l’âme d’activité et de vie. Ce principe immédiat des choses se particularise dans les divers phénomènes ; car il y a autant de raisons séminales dans le monde que d’idées dans l'intelligence.
La nécessité règle le monde , et, de même que la grande âme ne pouvait cesser de le produire , les Ames qui en émanent opèrent comme elle par l’iipulsion de leur propre essence, dont l’action est leur volonté (1). Le monde intellectuel etle monde sensible n’en formant qu’un seul, soit en eux-mêmes , soit en leur image, lun opère parallèlement à l’autre, et l’un explique l’autre à qui sait l’interroger par la magie et l’astrologie.
Le monde, en conséquence, ne peut être que bon ; le mal est l'inégalité des âmes et la manifestation de cette inégalité. C’est là une fatalité et un optimisme funestes à la morale; au reste , les Alexandrins essayèrent de se soustraire aux conséquences du principe, en disant que le libre arbitre peut triompher du mal moral. |
Toutes les parties du monde sensible comprennent des âmes, c'est-à-dire des idées produites, mais de classes différentes : en premier lieu se trouvent les dieux intellectuels, libres de passions, qui contemplent des idées non produites et gouvernent le ciel et les astres; viennent ensuite les éons , puis les démons, qui dirigent, ceux-là les forces créatrices de l'univers, ceux-ci les forces vitales et les choses humaines ; enfin apparaissent les hommes, et plns bas les âmes des bêtes , des plantes et du reste de la nature.
Les âmes du monde intellectuel prennent un corps seulement à leur entrée dans le monde terrestre. Au moment où l’une d’elles assume la charge humaine , elle laisse, bien qu’indivisible, une parcelle de soi-même dans le monde supérieur ; elle est présente tout entière dans chaque partie du corps, ou plutôt le corps est enelle, et, chaque fois que les objets extérieurs font impression
(1) Premier germe du spinosisme et de la Théodicée de Leibnitz.
A — —— Se = RE Rs
PER eg Mn NE RE = HSE
sur lui , Pâme n’en est point affectée, mais elle y perse attention comme à une chose en dehors d’elle.
Éloignées de Dieu. par le développement de la création, les âmes tendent à retourner à lui ; mais celles qui , abusant des sens, descendent même au-dessous dé la vie sensitive, renaîtront après la mort sous la forme de bêtes; si elles vivent humainement, elles reprendront d:s corps humains, et, si.elles cultivent en ellesmêmes la vie divine, elles rentreront en Dieu.
Les secours supérieurs doivent concourir à cette vie divine avec les efforts humains, qui, relativement à l'intelligence et à la volonté , produisent la science et la vertu. La science , s'appuyant sur les procédés logiques à l’aide desquels l’homme combine les idées, reste imparfaite, Dieu étant supérieur à toute formule ; c'est seulement par voie d’intuition immédiate (mapouoia) qu’il est possible d’acquérir la science parfaite , qui est plutôt une présence intime de Dieu dans l’âme, placée au même état où elle se trouvait avant de descendre dans le monde intellectuel.
Il en est de même des vertus, dont quelques-unes ne sont qu’une préparation aux vertus divines : {elles sont les vertus physiques, morales, politiques , théorétiques, autrement celles qui regardent le perfectionnement du corps, les devoirs de l’homme et du citoyen, qui détachent des affections corporelles et contemplent l’âme pour elle-même. Les vertus divines rendent celui qui les possède capable de converser avec les dieux, de les évoquer et de commander aux démons; bien plus, à un degré sublime, elles transforment l’homme en dieu.
Le secours des dieux, nécessaire pour donner de l'énergie à tout acte humain, s’obtient ou par la prière, mouvement imprimé à l’âme pour lélever jusqu’à eux, ou par les symboles et les rites extérieurs , lesquels, plus ils représentent au vif les choses divines, plusils font violenceaux divinités. De là les sacrifices, la divination, l’idolâtrie et tout le culte païen. Celui qui, par ces moyens, n’arrive pas à s'identifier avec l'essence divine, doit se trainer dans la voie des transformations.
Nous retrouvons ici les antiques maximes de linde , de même qu’on pourra reconnaître celles d’Aristote dans les travaux sur la logique , comme instruments de connaissance, et l'inspiration orientale dans la recherche de la science par l'illumination et l’intuition. Les Alexandrins rendaient hommage à toutes les religions mensongères, en soutenant, au moyen de la doctrine des idées personnifiées en dieux, en hommes et autres êtres, le culte des astres , des éléments, es démons, des éons, Ils empruntèrent au
‘christis jusqu’à qui étai Proclus Punion:
L’éco mina le de Plat à-dire e sible et riété , p néo-plat lontaire produis gnant q virtualit Cette la dialec au sujet qu’ils c ticulier « Plus tar absorba tance in Ne comme | tionna la
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(4) En éclaircit | taphysiqu cité dans
christianisme une idée plus exacte de'laitrinité, de la création, jusqu’à la nécessité de la médiation’ à l’aide des rites symboliques, qui étaient, pour'ainsi dire, les canaux de: la grâce’ divine (1); Proclus plaça même la foi (note) au-dessus de la science, comme Punion:la plus parfaite avec le Bien, avec l’Un.
L'école alexandrine fut donc un progrès, en ce qu’elle déter-
mina les éléments péripatéticiens qui se trouvent dans'la doctrine
de Platon, et les fondit avec celle-ci après les avoir épurés , c’està-dire en les élevant à l’absolu dans lequel se réconcilient le possible et l'actuel, l’unité, principe suprême de Platon, avec la variété , principe suprême du Stagirite. Mais la puissance de l’être néo-platonique se réalise par une .émanation perpétuelle et involontaire ; le christianisme seul, religion de l'esprit et de la morale, produisit l’idée véritable de l’action libre du Créateur, en enseignant que l’être sort de son repos par lui-même , en changeant sa virtualité en vertu , son énergie en action.
Cette idée s’obsourcit au moyen âge dans les mille détours de la dialectique, dans les disputes des réalistes et des nominaux, au sujet de ce qu’ils appelaient principe de l’individuation, lorsqu’ils cherchèrent à expliquer le rapport du général avec le particulier dans la réalité à laquelle aboutissent les deux principes. Plus tard, l’école de Descartes retrancha le second principe , en absorbant la variété et toute particularité dans l’unité de la substance inactive ; enfin Leibnitz, rendant clair ce qui était apparu comme une lueur fugitive à l’empirisme de Campanella , perfectionna la pensée d’Aristote en disant que toute substance est active par essence ; qu’elle est la cause dont le phénomène est l’effet, et qu’elle est une force dont l’existence consiste dans son développement. La puissance une fois conçue comme principe personnel (c’est là une idée qui appartient tout entière à Leibnitz), il en résulta la notion dela hiérarchie des êtres et de l’harmonie du monde; on ne vit que mieux alors quelle avait été l’erreur d’Aristote, qui confondait l’être avec la simple forme.
Indépendamment du soin qu’elle prit d’associer la philosophie à la croyance nationale, et de la voie nouvelle qu’elle fraya à la raison (nous voulons parler de la voie de l’idéalisme mystique), l’école alexandrine fut aussi un progrès en extension; car elle amena les Romains et les Juifs à se familiariser avec les doctrines
(1) En ce qui concerne la doctrine dont nous venons de parler, Jamblique éclaircit particulièrement la partie théosophique et liturgique; Plotin, la métaphysique; Porphyre; la logique. Le passage d’Olympiodore que nous avons
cité dans le premier volume est remäarquabie en ce qui touche ies expiations, UIST, UNIY, —— T. V, 38
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