‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 130 sur 135 · PRE · texte numérisé non relu

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BIXIÈME ÉPOQUE.

ples, Syracuse et Paris; mais l’incertitude qu’elle jetterait sur les rs reliques extraites des catacombes romaines, la communauté qu’elle $ auque suppose entre les rites chrétiens et céux des gentils, et qui ne peut inspir s’accorder avec la ferveur du zèle primitif, ont persuadé à quel- bles. | ques écrivains modernes que cette ville souterraine a été creusée pandt à dessein par les chrétiens, sans la participation des gentils. |A publi: Ces galeries n’ont d’autres ornements que les niches pratiquées des ar des deux côtés; souvent elles aboutissent à des chambres ornées se ment de stuc, à des chapelles et cellules où l’on célébrait sans doute les sujet, saints mystères. Origène, Minucius Félix , Clément d’Alexandrie, couve Arnobius et Lactance, lorsqu'on leur demandait où étaient les trouve temples et les autels des chrétiens , répondaient que Dieu avait à mond, surtout pour agréables ceux qu’on lui élévait dans les cœurs. goni ; Mais on ne saurait arguer d’une telle réponse qu’il n’en existait : et con pas; elle indiquait seulement l'horreur des fidèles pour les supers- fut p titions païennes, et les catacombes sont la preuve que, dès les pre- ment miers temps, le christianisme eut ses églises et ses autels. Les ca- 14 ches; tacombes étaient l’unique temple qu'ils pussent orner, comme si | sentir l’art, pour se régénérer, avait dû revenir à son berceau, dans ces Un grottes, où il fit ses premiers pas avant de prendre son essor à restes ciel onvert. Lorsqu'il ne fut plus nécessaire de s’y cacher, ces som- : 1 rieux bres galeries furent vénérées comme le théâtre des pieuses céré- sanctu monies dans lesquelles, en honorant la mémoire des morts, on pars d se préparait à les suivre; les fidèles demandaient en mourant à Monts dormir à côté des saints, afin de participer à leur intercession. Dj Sainte Néanmoins elles furent fréquentées jusqu’à la fin du douzième de leu siècle, lorsque Pierre Mallio en donna lénumération ; mais, depuis \ sacrer cette époque , on ne visita plus que celle où l’on a accès par l’é- La

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Sous le règne de Sixte-Quint, l'attention se reporta sur ces an- cent tiques sépultures , et ce pontife en fit extraire plusieurs reliques, quara acte de piété qui plus tard fut réglé par Clément VIIT et d’autres Tertu pa es. Les lettrés se mirent de leur côté à les étudier; Onuphre qu’on Panvinius traita le premier des rites qu’on y observait. des assem- toléra blées qui #’y tenaient, et désigna jusqu’à quarante-trois de ces souterrains (4). Antoine Bosio, agent de l’ordre de Malte, parcourut les catacombes avec un zèle infatigable durant plus de , (11 trente années ; sans épargner ni dépenses ni peines , il en leva les #1) (2) plans , en dessina les peintures , les sculptures, les sarcophages, les (3)

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autels, les oratoires, et les décrivit dans sa Rome souterraine, qui fut publiée’après sa mort (1). Paul Aringhi (2) revit ce travail, auquel il ajouta beaucoup, et, en le faisant connaître davantage , inspira à d’autres la pensée de se livrer à des recherches semblables, Le chanoine Marc-Antoine Boldetti, voyant des doutes se répandre sur l’authenticité des reliques qu’on tirait des catacombes, publia des Observations sur les cimetières des saints martyrs et dés anciens chrétiens de Rome (3). Bien qu'il eût insisté spécialement sur le culte des reliques et sur les décrets de l’Église à ce sujet, il joignit à ses réflexions les dessins de plusieurs objets découverts, ainsi que des renseignements sur les catacombes qui se trouvent non-seulement à Rome, mais dans tous les pays du monde. Il continua ensuite ses recherches de concert avec Marangoni ; mais , lorsqu'ils allaient les publier, le feu prit à leur maison, et consuma l’œuvre de tant d’années, à l'exception du peu qui en fut publié par Marangoni (4). Bottari, sur l'invitation de Clément XIT, appliqua son immense érudition à de nouvelles recherches; mais il le fit avec peu de soin, et surtout avec un médiocre sentiment de l’art chrétien (5).

Un musée chrétien fut formé, dans le Vatican, des nombreux restes d’ouvrages d’art sortis de ces grottes, qui sont pour les curieux une des merveilles de Rome, et pour les Aines dévotes un sanctuaire de piété et d'espérance. Il y en a aussi beaucoup d’épars dans les églises, notamment dans celles de Saint-Martin des Monts, de Sainte-Agnès, de Saint-Jean de Latran , d’Ara-Cœli de Sainte-Marie Majeure et de Transtévère ; il est donc possible de tirer de leur ensemble une histoire de l’art chrétien; mais nous n’y consacrerons ici que peu de mots.

La plupart de ces monuments, comme nous l’avons dit, sont des anaglyphes; les bas-reliefs arrivent à peine au nombre de cent dans Rome, de cent cinqnante dans le reste de l'Italie, de quarante en France; les mosaïques sont en assez grand nombre. Tertullien, qui confondait l’art avec ses abus , n’aurait pas voulu qu’on vit dans les catacombes même l’image du bon Pasteur, ne tolérant tout au plus que la lyre, l’ancre, le poisson, l’agneau,

(1) {n-folio, 1632.

(2) Roma solterranea novissima , 1651-1659.

(3) In-folio, 1720.

(4) Appendix de comelerio SS. Thrasonis et Saturnini, … Acta S, Victorini, 1740.

(5) Roma solterranea; 1737-1754, Les planches sont celles de Bosio.

la barque et la vigne (1). Clément d’Alexandrie (2) veut que les anneaux des chrétiens portent, comme sceau, la colombe, le poisson , la barque avec la voile. On trouve cependant sur quelques-uns le bon Pasteur, ainsi que saint Pierre avec Je coq, ou le chandelier aux sept branches, et l’orans, c’est-à-dire un homme ou une femme debout, les yeux tournés vers le ciel et les mains étendues. C’est à tort que quelques-uns, et surtout d’Agincourt, ont attribué aux premiers temps certaines sculptures; car les premières étaient purement allégoriques et hiéroglyphiques , reproduisant au figuré ce que les Pères enseignaient ou écrivaient.

Les emblèmes ordinaires dans les catacombes sont les sigles AQ, >lk, IH, indiquant le Christ; la colombe posée sur cette branche de palmier avec une étoile au bec, ou qui hoit dans le calice ; des cerfs qui courent à la fontaine; des poissons sur le rivage; un coq qui annonce le matin de l’éternelle journée ; deux mains tendues vers le ciel, ou deux mains et deux pieds disposés en croix ; le dauphin, symbole du trajet des âmes vers une rive hospitalière ; l’ancre de l'espérance ou un simple rameau d’olivier; parfois le cœur que les gentils suspendaient au cou de leurs enfants.

La croix était l'indice le plus cummun de la catholicité, puisque la pensée du chrétien, en faisant la croix, va du ciel en terre et de l’orient à l'occident. À bras égaux ou grecque d’abord, elle fut allongée au troisième siècle, quand on y apposa le crucifix, inconnu dans les premiers temps; de même alors, on ne faisait point usage du calice, dont plus tard on fit sortir J’hostie, où qui fut placé dans les mains de l’évangéliste de Patmos avec le serpent ; c’est dans cette forme , et placé entre deux cierges, que l’adoptèrent ensuite les Templiers et les chevaliers de Saint-Jean.

On emplovait encore d’autres signes : la main, figure du Père Inconnu, comme était appelée la première personne divine ; le poisson et plus ordinairement l’agneau , pour indiquer la seconde ; la colombe, pour la troisième; puis divers symboles qui étaient conservés pour indiquer le passage de l'initiation des cultes anciens à la réalité et à l’histoire. Le serpent, indice de salut pour les Grecs,

(1) De Pudicitia. Ces symholes ne sont pas égrlement faciles à expliquer. La barque fait allusion à celle de saint Pierre; l’ancrs, à l'espérance et à la Trinité; la lyre, au nouvel Orphée de la vérité, comme Jésus-Christ est appelé quelquefois; l'Agneau , à l'Agnus Dei; 1a vigne , à celie de l'Évangile. « Je suis la vigne, vous les palmiers, » Le poisson se dit en grec iyx0üç, mot dont les cinq lettres sont les initiales de ’Inooùs Xpuarèc, Osoù vlèc, awrap, Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur,

(2) Dans le Pédagogue.

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les qui en faisaient l’attribut du dieu de la médecine , et pour les Hé- | , le 4 breux, auxquels il rappelait la figure d’airain élevée dans le désert, LA lel- 14 devint l’image de lesprit malin ,et fut d’abord représenté vaincu Lu u le À au pied de la croix, puis foulé sous les pieds de la Vierge imma- (l me 4 culée. Parfois le démon était représenté par le corbeau; mais | ins ‘à ce fut au moyen âge seulement qu’on lui donna la forme étrange ni mt, A qui participe de l’hommeet de la bête. La force brutale est parfois il L'e- + figurée par un lion, qui, symbole d’Arimane chez les Perses et | TO- ‘4 blason menaçant sur l’étendard de Juda, fut ensuite placé en de- 1 à hors des églises, avec un enfant ou un agneau dans sa gueule, |! les ‘4 bien qu’on le voie ailleurs, indice de force morale, soutenir la . if tte 4 chaire épiscopale , le cierge pascal ou des colonnes. in le 4 Aux allégories s’ajoutent des représentations historiques, tirées il le j du Testament , des auteurs païens on de la sagesse traditionnelle à 2UX à des peuples : par exemple, Daniel dans la fosse aux lions et les  | SES 4 paraboles de l'Évangile; le livre des sept sceaux, le candélabre à je IVG à sept branches, les quatre anges des quatre vents, la femme pour- Nil pli- D suivie par le dragon de l’Apocalypse; l’'Orphée, eonsidéré par al urs : les chrétiens comme prophète de vérités révélées ; les sibylles, les Ë {l Ji Muses, et des scènes de vendange , qui représentaient pour le pieux pi, que È artiste une vie amère , et dont on pouvait exprimer le sue spiri- or > et o tuel. La Mort, à laquelle les Grecs donnaient la figure de génies ne fut % avec une expression de tristesse gracieuse, tenant un flambeau fl in- 4 renversé, n’ayait pas d’emblème parmi les premiers chrétiens ; ce {& ait k. furent les gnostiques qui introduisirent la forme du squelette. 1 \ qui | à Les épitaphes sont extrêmement simples : LAZARUS AMIGUS Wii er- : NOSTER DORMIT, —— MARTYRI IN PACE. — NEOPHITUS IT AD DEUM. | P'a- pi — RESPECTUS QUI VIXIT ANNOS V ET MENSES VIII DORMIT IN PACE. À pis L. — ALEXANDER MORTUUS NON EST, SED VIVIT SUPER ASTRA. Les 1 ère ‘4 noms de saint , de très-saint , d’innocent , de très-doux, attestent h) ; le l'affection; et plus souvent l’in pace, imitation des Hébreux, | le; D exprime cette confiance religieuse qui rend moins tristes les ent * tombeaux.

ns Les sarcophages furent introduits dans les catacombes quand cs, ke des sénateurs et des riches eurent adopté la nouvelle religion. Aucun Fe À ne peut être considéré avec certitude comme antérieu ' au quaté; trième sièele, et peut-être le plus ancien est celui de la villa 1e- à Pamphili (1). H est d'architecture corinthienne, et représente ne, des portiques sous lesquels sont quinze personnages autour de res il de (1) Voyez Borrart, planche 33. On peut consulter aussi MaBizLox, Musæum

italicum. — Beivont et Banorn, Lucerne sepolcrali. — AniNGer, Roma 501terranñea. — Bosverti, Sopra à cinmiéeri dei santi martiri.

Jésus-Christ, qui, beau de visage, les cheveux séparés et tombants, siége , revêtu de la toge, sur une chaise curule. Le premier dont l’époque soit attestée par son inscription, est à peine antérieur de deux ans à la mort de Constantin (1).

On voit le plus souvent sur les sarcophages des scènes évangéliques , comme l’Adoration des mages (2) et le Christ avec les petits enfants : ils offrent aussi parfois des faits de la mythologie ou des réminiscences païennes ; ainsi Jonas et Noé y apparaissent comme Jason et Deucalion, et les agapes ne diffèrent guère des banquets profanes. L’art plastique grec l’emportait en effet sur les conceptions judaïques; mais ce fut surtout quand l’Église cessa de se cacher, qu’apparut le contraste entre l’impulsion à moitié païenne de la cour impériale tendant à matérialiser le culte, et le génie réorganisateur et progressif de l’Église, qui partout ,substituait l’histoire à l’allégorie. Cette lutte empêcha aussi la transfiguration totale à laquelle aspirait le christianisme.

Il est n‘. ire qu’au moyen âge, principalement dans les peintures sur verre, les sujets sont empruntés de préférence aux faux évangiles et aux légendes ; néanmoins c’était chose nouvelle que de choisir pon: sujet, non plus la force et la beauté dans ce qu’elles onte lus parfait, mais un Homme-Dieu, « qui voulut l’ignomiee ‘es douleurs de l’âme, les angoisses de la mort et cette terreur qui suit le péché », une Vierge mère, d’humbles vieillards, des fermes éplorées : expressions d’une religion nouvelle qui montrait la vie comme une expiation, et qui sanctifiait les souffrances et les larmes.

Le beau chrétien est étranger à ce qui concerne seulement la vie sensuelle et matérielle ; il tend, au contraire, à en détacher l’homme pour l’élever à un monde intellectuel et supérieur. L’art antique donnait la perfection de la forme organique , d’après le sentiment d’une société vigoureuse et charnelle; il parlait aux sens, peu à l'intelligence, et encore moins à l’âme; tout ce qu’il put atteindre, ce fut l'élévation tragique. L’art chrétien se nourrit d’amour et d’espérance, et donne ainsi une signification morale à la joie et à la douleur.

Comme les païens avaient souvent altéré les choses religieuses dans l'intérêt du beau, beaucoup de chrétiens condamnaient les arts , comme si l’hommage aux beautés matérielles était préjudiciable au beau intellectuel et moral. Aussi quelques-uns don-

(1) IUN. V. G. QUE VIXIT ANNIS XLII, IT IN IPSA PRÆFECTURA URBI NEOPHITUS NT AD DEUM VIII, KAL, SEPT, EUSEBIO ET YPATIO COSS. (2) Tel est celui de la Madone de Saint-Celse , à Milan.

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