‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 18 sur 135 · OR · texte numérisé non relu

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les tribunaux d’avoir blasphémé Dieu et Moïse; mais, c: ‘meil soutint intrépidement la vérité, ils se jetèrent sur lui, l’en.. .inèrent hors de la ville , et le lapidèrent. Il pria Dieu en mourant de leur pardonner, et scella le premier de son sang les vérités divines.

Jacques le Mineur, surnommé le Juste , évêque des fidèles de Jérusalem , ne buvait ni vin, ni liqueurs; il marchait pieds nus, couvert d’un manteau grossier, et, à force 2 prier, ses genoux étaient devenus calleux comme la peau d’un chameau. Le grand prêtre Aman le fit monter sur la terrasse du temple de Dieu pour l’interroger, et quand les pharisiens eurent entendu sa profession de foi, ils le précipitèrent de cette hauteur. Jacques le Majeur avait déjà eu la tête tranchée par ordre d’Hérode Agrippa.

Malheur à Jérusalem, qui tue les prophètes! L’heure approche où les filles de Sion devront pleurer sur leur fruit, et celles dont le sein est fécond envier les mamelles qui n’ont point allaité.

Les fidèles persécutés se répandent dans la Samarie et toute la Judée, en multipliant les prosélytes, dont le principal fut Saül ou Paul de Tarse en Cilicie, né citoyen romain, benjamite d’origine et pharisien de croyance. Converti à l'Évangile, il en devint le propagateur le plus zélé, après s’en être montré le persécuteur le plus farouche. Ses épîtres développent la doctrine chrétienne ; il brise les liens qui unissaient les Nazaréens à la synagogue, et, de fraction d’un peuple qu’ils étaient, il les élève au rang d’Église indépendante, non circonscrite dans un lieu déterminé, ni dans des limites de nationalité.

Après avoir semé le bon grain dans la Judée , les apôtres voulurent porter la bonne nouvelle chez les nations auxquelles le Christ ne s’était pas montré. Avant de partir comme des agneaux au milieu des loups, ils rédigent leur profession de foi. Paul se rend alors en Grèce ; André visite les Scythes et l’Épire ; Thomas va prêcher chez les Parthes et les Indiens, Barthélemy dans la grande Arménie, Matthieu dans l’Éthiopie, Jude dans l'Arabie et la Mésopotamie, Barnabé et Simon dans la Perse, Mathias dans Égypte et l’Abyssinie; si bien que par toute la terre résonna leur parole , et leur voix retentit jusqu'aux confins du monde. Jean suivit la vierge Marie à Éphèse, Philippe subit la mort à Hiéropolis de Phrygie.

D’Antioche, la principale ville de lAsie, où il applique pour la première fois le nom de chrétiens aux juifs convertis, Pierre se rend à Rome (1).

(1) Le voyage de saint Pierre à Rome, quoique controversé, est presque généralement admis.

Saint Pierre ct Saint Paul.

Le pêcheur de Génézareth vient dans la métropole du monde pour en faire le siége d’une autre unité, pour opposer aux infamies de Messaline et aux détestables atrocités de Néron la haute raison, la sublime vertu qui pardonne, instruit, console, et qui, en se sacrifiant elle-même pour l'humanité, rend inutiles les autres sacrifices sanglants. La haïîne des Romains contre les juifs, etsur-

tout contre les noûveaux convertis, décida Claude à les chasser.

et Pierre retourna probablement alors en Asie; je dis probablement, parce que, dans le siècle de l’orgueil , ces grands rénovateurs du monde laissèrent ignorer leur route.

A Antioche, Pierre mangeait avec les fidèles incirconcis ; mais quelques juifs convertis étant survenus , il se sépara des premiers pour vivre avec les autres. Faul l’en reprit, lui disant que c'était s’attacher par trop aux figures, lesquelles Gevaient tomber depuis l’apparition du figuré , et Pierre écouta son avertissement avec docilité. Paul multipliant ensuite les conversions, parmi lesquelles il faut remarquer celles de Timothée et de Luc, médecin d’Antioche, se dirigea vers Athènes, l'asile de tout ce qui restait du savoir des Grecs et de leurs superstitions; dans cette ville , les citoyens comme les étrangers étaient continuellement en quête de ce qu’il y avait de nouveau {1). Paul y porta la vérité devant l’assemblée ia plus révérée de la Grèce , et il se vit raillé par quelques-uns des aréopagites ; d’autres lui dirent : Nous t’écouterons une autre fois! comme s’ils avaient des occupations plus importantes que Dieu et l’homme, le péché et la rédemption.

La sévérité de ce tribunal, l’insouciance du grand nombre, les railleries des épicuriens, ne l’empêchèrent pas de faire beaucoup de conversions. La Diane d’Éphèse, symbole oriental des puissances de la nature (2), était partout très-vénérée. Son culte donnait lieu à une foule de superstitions, surtont à la fabrication de certaines amulettes et de talismans connus sous le nom de /etfres éphésiaques (3).

Paul ordonna aux adeptes de lui apporter, pour premier témoignage de conversion, ces instruments magiques, avec les livres de mystères; et bien que le prix s’en élevât à cinquante mille deniers, il les fit brûler (4). Cette action et son résultat, qui fut de déshabituer d’acheter de petites figures et autres chosesrelatives au

(1) Actes des Apôtres, XVII, 21.

(2) Cujus numen unicum, mulli formi specie, rilu vario, nomine mullijugo totus veneratur orbis. Aruceius, IT. Les Romains pouvaient faire des legs en faveur de cette divinité. ULPtEN, [nst., tit, XXII.

(3) PLUTARQUE, Alexandre. CLÉMENT D'ALEXANDRIE, Sérom , V.

(4) Act. Apost., XIX

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culte de Diane, excitèrent parmi les artisans une sédition qu’on eut beaucoup de peine à apaiser.

‘À son retour de Tyr à Jérusalem, Paul, tandis qu’il prêchait dans le’ temple, fut assailli et maltraité par les Juifs. La garnison romaine le délivra de leurs mains; Lysias, commandant de la place, et qui était chargé de veiller à la tranquillité publique, voulut le faire bâtonner; mais Paul lui dit : Je suis citoyen romain. Cette assertion vérifiée, Lysias l’envoya devant une assemblée de prêtres ; mais comme plusieurs étaient saducéens, et les autres pharisiens, ils commencèrent à se quereller. Le commandant, voyant qu’il ne s’agissait d'aucun délit, emmena Paul avec lui pour lui épargner de nouveaux outrages , et l’'envoya à Félix, gouverneur de la Judée ; mais celui-ci, persuadé qu’il n’était question que de disputes religieuses, garda Paul à Césarée pendant deux, ans sans trop gêner sa liberté, et l’écoutait même discuter sur la justice, la chasteté, le jugement futur. Lorsque la procédure fut ordonnée, Paul en appela au tribunal de César, et Festus , successeur de Félix , l’envoya à Rome. Après un grand nombre de prodiges, il arriva dans cette ville, où il fut placé sous la garde d’un soldat, mais avec pleine liberté de ses mouvements ; là, sans rencontrer aucun obstacle dans Pautorité, il convoque avec toute confiance les principaux Juifs, et, les trouvant sourds à ses exhortations, il leur déclare d’une voix menaçante que les Gentils recevront la parole de grâce qu'ils ont refusée.

Dans le cours des deux années que Paul séjourne à Rome en attendant son jugement, il augmente le nombre des vrais croyants; il adresse aux Églises et à ses amis des lettres pour les affermir dans la foi, pour éclaircir des points de doctrine, pour extirper les mécontentements et les superstitions qui auraient souillé la pureté de la foi. Là, sont exposées avec clarté les idées du droit naturel. Une grande famille composée d’enfants du même Dieu , habite le monde, sous la même loi morale (4); les murs de séparation sont détruits, et les inimitiés qui divisaient leshommes ont disparu (2); ’amour de l’humanité succède aux haines politiques, toute différence cesse entre le Grec et le Barbare, l’Hébreu et le Gentil (3). La loi nouvelle qui régénère l'humanité n’a pas mission de renverser les pouvoirs établis, mais elle reconnaît aux faibles et aux opprimés des droits que doivent respecter les forts (4). Le joug

(1) Ad Rom., XV, 21.

(2) Ad Ephes., II, 14.

(3) Ad Rom., 1, 143 X, 12.

(4) AT Rom., XUH, 13 ad Ephes., V,3; ad Colass., IV, 1; ete.

auquel il importe de soustraire l’homme sans retard est celui de la matière et des sens. De la matière viennent la dissolution, les inimitiés, l’idolâtrie, l’homicide ; de l'esprit procèdent la charité, la paix, la patience, l’humanité, la pureté (1). Que l’esprit ne s’éteigne donc pas, mais qu’il se subroge à la chairet à la lettre de la loi (2). La vérité doit être persécutée; mais que le chrétien ne cherche pas un refuge dans une mort volontaire ; qu’il souffre en bénissant ses persécuteurs, et combatte avec le bouclier de la foi et le glaive spirituel (3). I fonde la véritable théorie des pouvoirs, en enseignant que Dieu est la source de toute ‘autorité ; il défend le divorce, qui expose lexistence des femmes à une instabilité périlleuse, et loue la continence, pourvu qu’elle ne soit pas funeste à la santé.

C’est ainsi que ces lettres révèlent d’un côté la sublimité d’un esprit vigoureux et lucide, dont parfois la langue grecque ellemême ne secondait pas suffisamment les élans et la profondeur (4); de l’autre, la simplicité de l’homme qui a soin de déclarer qu’il ne vit aux dépens de personne, mais qu’il travaille pour se nourrir (5); il recommande à Timothée de lui apporter avec ses livres le manteau qu’il avait laissé dans la Troade. Ce qu’il, y a surtout d’admirable en lui, c’est l’ardeur de la charité, qui lui fait dire : « Si je parlais la langue de tous les hommes et celle des anges, « mais que je restasse privé de la charité, je serais comme une « cymbale retentissante. Si je prophétisais, et que je connusse « tous les mystères et la science, que j’eusse assez de foi pour « transporter les montagnes, et qu’il me manquât pourtant la « charité, je ne serais rien; quand je donnerais tout mon bien « aux pauvres, quand j’exposerais mon corps aux flammes, cela « ne me servirait à rien sans la charité. Les prophéties seront « abolies, les langues cesseront, la science se dissipera ; la charité « seule ne périt pas (6). »

(1) Ad Rom., passim; prima ad Corinth., Il, 15, et secunda, III, 7, 8 ; ad Galat., V, 19, 23.

(2) Prima ad Thess., V, 19; ad Rom., VII, 14 ; secunds ad Corinth., III, 7, 8.

(3) Ad Rom., XL, 14; ad Ephes., VI, 13.

(4) Voy. le commencement de l'épitre aux Éphésiens.

(5) C'était une loi, parmi les Hébreux instruits, d'apprendre quelque métier. Le Talmud (traité Xidouschim, Pessart, Aboth, Sota), dit : « Celui qui ne donne pas une profession à ses fils leur prépare une mauvaise vie. Ne dites pas : Je suis un homme de rang, cette occupation ne me sied pas. Le rabbin Joanan était pelletier; Nahum, copiste; un autre Joanan faisait des sandales ; le rabbin Juda savait faire le pain. »

(6) Épit. [re aux Corinthiens.

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Une tradition qui remonte jusqu'aux premiers temps fait croire que Pierre et Paul scellèrent léur foi par le martyre à Rome , le 29 juin de l’an 67, ét qu’ils sanctifièrent de leur sang la terre qui avait été souillée par celui de tant de victimes.

La lumière cependant, bien que les yeux du monde n’en fussent pas frappés, gaghait tous les jours davantage et se faisait sentir par les œuvres de charité. Fallait-il essuyer des larmes, éclairer des ignorants, soulager des misères, ranimer des Ames découragées, un apôtre 8é trouvait là, qui sémblable à l’ange de Dieu, ramenaitle calme èt disparaissait en laissant ceux qu’il avait consolés bénir une religionqüi, bien qu’elle parûttoutoccupée du ciel, répandait tant de bonheur surluterte. C'était chose nouvellé quecettesollicitude zélée pour la classe infime, honnie et foulée aux pieds par les doctes et les puissants; que ces anciens qui allaient prêchant à tous la parole sainte ; que cés diacres portant l’aumône même à ceux qui les lapidaient; qué ces hommes pieux s’empressant de recueillir les petits enfants, abandonnés par des pères ou vicieux ou fainéants, parce que le Christ avait dit : Quiconque abrite en mon nom l'un de ceux-ci m'abrile moi-même (1).

Corinthe , la ville de la débauche légale, où des milliers de jeunes filles se prostituaient en l’honneur de Vénus, fut transformée par les lettres des apôtres, et atteignit une perfection édifiante. « Qui n’apprécie, écrivait saint Clément à ceux de cette Église, qui « n’apprécie votre fermeté dans la foi, la modération chrétienne de votre piété, la magnificence de votre hospitalité, la perfection et la solidité de votre savoir ? Toutes vos œuvres ont été faites sans égards aux personnes, en communiant selon la loi de Dieu, en vous montrant obéissants envers vos pasteurs et respectueux pour les vieillards , en insinuant aux jeunes gens l'honnêteté et la tempérance, aux femmes la pureté et la chasteté de la conscience, l’amour de leurs maris, la soumission, l’économie modeste. Pleins d’humilité, prêts à vous soumettre plutôt qu’à soumettre lesautres, à donner qu’à recevoir, contents de ce que Dieu vous donne, gardant sa parole, une douce paix régnait parmi vous, ainsi que le désir de faire le bien avec une volonté droite et une sainte confiance. Occupés nuit et jour dans l'intérêt de vos frères , sincères , innocents, ne conservant pas de ressentiment des injures , vous pleuriez sur les erreurs du prochain, comme si elles eussent été les vôtres. »

C’est ainsi que le troupeau était dirigé par la voix et l’exemple

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(1) SAINT MATHIEU, XVIII, à.

des apôtres et des évêques, qui, pour soutenir la foi, étaient toujours prêts à souffrir sans pousser une plainte ; car Jésus-Christ n’avait pas promis des richesses, des jouissances, du pouvoir, mais il avaitannoncé des austérités, des persécutions, et prêché l’obéissance. |

Leur vertu sévère était toutefois tempérée par une bienveillance affectueuse. Jean, le disciple bien-aimé , l’évangéliste de l’amour, l’exilé de Pathmos, ayant rencontré un jeune homme plein d’excellentes dispositions, le recommanda à un évêque ; mais celui-ci lui accorda une liberté trop grande, dont il abuse pour fréquenter de mauvaises compagnies, au point qu’il finit par attaquer les voyageurs sur les chemins. Jean, de retour, demanda compte à évêque du dépôt précieux qu'il lui avait confié, et, apprenant qu’il était mort, c’est-à-dire que son âme était perdue, il en gémit dans toute l’amertume de son cœur; puis, il se rendit dans le bois infesté par les méfaits de ce malheureux. Dès que celui-ci l’aperçut, il prit la fuite; mais Jean le suivit, en le suppliant de ne pas se dérober à son vieux père désarmé, et il ne se donna point de repos qu’il ne l’eût rejoint et ramené à la vertu.

Ce même évangéliste s’amusait un jour avec une perdrix apprivoisée , et, comme un chasseur s’étonnait de voir un homme si vénérable prendre plaisir à un jeu d’enfant, il lui dit : Cet are que lu liens à la main, pourquoi ne le laisses-tu pas toujours tendu? — Parce qu'il se briserait, lui fut-il répondu. — C'est ainsi, reprit le saint, que je donne quelque relâche à mon esprit, pour qu'il résisle mieux à de nouvelles fatigues (1).

Parvenu à la vieillesse , il ne pouvait ni prêcher ni se soutenir; mais il se faisait porter à l’église, où il ne prononçait que cesseuls mots : Mes enfants, aimez-vous les uns les autres ; comme ses auditeurs lui demandaient pourquoi il ne leur disait jamais autre chose : C’est, répondit-il, parce que tel est le commandement de Dieu, et qu’il suffit de l'observer.

Les chrétiens étaient d'ordinaire vêtus de blanc, d’étoffes communes, sans plis traînants ni luxe d’ornements, afin que l’habit n’eût pas plus de valeur que l’homme. D'abord, ils durent recourir à tous les moyens pour se cacher : réunions secrètes, signes de convention et de reconnaissance , boîtes afin de porter le viatique aux malades, aux prisonniers, aux fidèles qui ne pouvaient sortir de leurs maisons. Dans leurs aliments, ils se réglaient d’ap”s le besoin , et non €’après la sensualité ; ils se nourrissaient plus vo-

(1) Evcine, Hie/,, V,18,

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