GALBA
insouciance; comme on le priait d'épargner à un chevalier la honte du Supplice , il commanda que l’échafaud fût peint et orné de fleurs.
Galba jouissait pourtant d'une réputation de douceur, ou du moins on qualifiait de douceur sa nonchalance qui , si elle était supportable chez Phomme privé, devint très-funeste, lorsque, parvenu à l'empire, il se laissa mener aveuglément par Cornélius Lacus, Marcianus Icélus et Titus Vinius, que le peuple appelait ses pédagoques parce qu'il les avait sans cesse à ses côtés. Vinius, souillé des vices les plus odieux, avait poussé la bassesse jusqu’à voler une coupe ‘or à la table de Claude , qui ne le punit qu’en le faisant boire le 1endemain dans une coupe de faïence : ménagement dont il fut redevable au souvenir de la ruse et de l’audace qu’il avait déployées à la mort de Caligula. Cornélius Lacus , chef des prétoriens, n’avait de courage et d’activité que lorsqu'il s’agissait de son intérêt et de sa vanité. L’affranchi Icélus , élevé par Néron au rang de chevalier, amassa en sept mois de faveur plus de richesses que les plus avides affranchis de Néron en quatorze années. Il n’était pas de méfait honteux que ces trois hommes ne se permissent audacieusement; ne tenant compte ni du mérite pour les emplois, ni du bon droit pour les jugements, et favorisant ceux qui donnaient le plus, ils firent renaître lés misères et les horreurs du temps de Néron. La haine inspirée par leurs crimes, jointe au mépris pour sa nonchalance, s’accumulait donc sur la tête de Galba, et sa domination devenait insupportable au peuple.
La populace avait vu mettre à mort avec des transports de joie ceux qui s'étaient faits les instruments des atrocités de Néron, entre autres ‘Narcisse et l’empoisonneuse Locuste; chaque fois que Gaitba paraissait en public , elle lui demandait à grands cris le supplice de Tigellin. Galba n'aurait pas tardé à jeter encore cette tête à la multitude, si Vinius , gagné par la somme immense que lui avait promise Tigellin, n’eût amené l’empereur à exposer aux Romains que c’était une cruauté de vouloir le supplice d’un Lomme qui se mourait de consomption. Afin de colorer le stratagème, Tigellin sacrifia aux dieux pour sa guérison ; mais le soir même il fit une orgie en compagnie de Vinius, et le peuple , qui le sat, n’en fut que plusirrité con‘re Galba.
Tandis que l’empereur autorisait dans son entourage la corruption la plus éhontée, il poussait à excès la rigueur envers les autres, et son avarice mesquine le rendait ridicule et odieux à une multitude accontumée à de folles prodigalités. Un musicien qui
l'avait amusé durant tout un souper, reçut de lui une pièce d’ar-
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