‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 135 · OTHON · texte numérisé non relu

OTHON

pensée du bien public ; il obéissait à l'habitude de flatter les princes par des acclamations désordonnées, de leur témoigner une vaine faveur, prêt à changer une heure après.

Othon se présente au milieu de ce tumulte insensé , les mains étendues ; il se frappe la poitrine, il envoie des baisers et s’humilie en cent façons pour régner. Une foule de curieux ou de partisans s’'amasse autour de lui, et les prétoriens d’abord, puis la légion des marins, qui garde le souvenir de l’outrage reçu , lui prêtent serment de fidélité. Galba sort du palais tout armé, mais sur un siége, car l’âge lui a enlevé ses forces ; il se trouve ballotté, sans conseils, au milieu d’un peuple qui n’est ni soulevé ni calme, mais dont les sourds murmures révèlent une grande crainte et une grande irritation. Enfin, il est abandonné de tous et mis à mort; il’ présente tranquillement sa poitrine aux assassins, en leur ditant de frapper, si c’étaitpour le bien de la république. Il avait soixantetreize ans; vivant tranquille et modéré sous cinq empereurs, il parut digne de l’empire tant qu’il ne l’eut pas obtenu. Il régna huit mois, plutôt exempt de vices que doué de vertus ; sans être avide de l'argent d’autrui , il fut économe du sien et avare de celui de l'État; maître et ami trop indulgent, il se mit à la merci de ministres corrompus, qui le firent paraître digne de sa fin tragique, fin qui désormais sera fatalement celle des empereurs romains.

Sénat, peuple, chevaliers, comme s’ils se fussent métamorphosés subitement, coururent à l’envi féliciter le nouvel empereur, maudissant Galba , baïsant les mains d’Othon, lui prodiguant les titres et les acclamations : enthousiasme d’autant plus vif qu’il était moins sincère. Othon accueillit ces hommages avec affabilité, et chercha à contenir les soldats, avides de sang et de pillage; mais il avait le pouvoir de leur commander le crime, non celui de l'empêcher, et il dut, au gré de leur caprice, déposer et nommer des magistrats.

Vinius périt massacré; il en fut de même de Lacus, d’Icélus, de Pison et de beaucoup d’autres avec eux tant innocents que coupables , comme il grrive dans les séditions. Des fêtes et des feux de joie terminèrent ce jour de massacre. Le lendemain, le préteur, ayant convoqué le sénat , fit décréter la puissance tribunitienne à Othon, qui traversa les rues ensanglantées de Rome et monta au Capitole, où. il fut salué du titre de César Auguste ; il pardonna à ses ennemis, ou peut-être différa-t-il une vengeance que la brièveté de son règne ne lui permit pas d'accomplir.

Las ne A4 dl Les prétoriens étaient dans l'usage de payer une taxe à leur ca-

Mort de Galba, 16 ne

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pitaine pour se racheter des corvées ordinaires ; or celui qui, à force de vols et d’offices serviles, parvenait à la payer en surchargeant ses camarades, passait uans l’oisiveté le temps de son service. Lorsqu'il était expiré, ces soldats, pauvres et amollis, devenaïent insolents, factieux, et ne pouvaient désirer que la guerre civile. Othon äbolit cette taxe immorale , en offrant d’indemniser les officiers à ses dépens.

Mais les armées qui donnaient l’empire , pouvaient aussi le refuser. Vitellius, qui se trouvait dans la basse Germanie, conçut sinon l'espoir probable, du moins le désir de régner ; après s’être assuré le concours d’Aliénus Cæcina, qui, dans la haute Germanie, avait soulevé ses troupes contre Galba, il sé fit proclamer empereur par les soldats , s’'empara de l'autorité, et se mit à récompenser et à punir. Les gouverneurs de la Gaule Belgique et de la Lyonnaise se déclarèrent pour lui , ainsi que les garnisons de la Rhétie et de la Bretagne ; il expédia alors en Italie, chacun à la tête d’une armée, Fabius Valens, par le mont Cénis, et Cæcina par le grand Saint-Bernard. La terreur ouvrit au premier les villes de la Gaule Cisalpine , où parvint, lorsqu'il la traversait, la nouvelle de la mort de Galba et de l'élection d’Othon ; mais la soif de sang et e pillage dont ses soldats étaient animés demandait un autre dénoûment. Cæcina traversa le pays des Helvètes, déchus désormais de leur ancien courage, et gagna l’ltalie, où Milan , Novare, Ivrée, Verceil s’étaient déjà déclarées pour Vitellius.

Rome, disputée entre deux hommes également méprisables pour leur inertie et leurs débauches, était sûre d’appartenir à un mauvais maître, quel que fût le vainqueur; elle se rappelait les guerres civiles, la prise de la ville, l'Italie dévastée, les aigles combattant contre les aigles à Pharsale, à Pérouse, à Modène et à Philippes.

Othon, pour se rendre agréable au peuple, s’arrache aux voluptés et à son insouciance oisive ; il pardonne à quelques personnes, ordonne à Tigellin de mourir, cherche à faire renoncer Vitellius à son entreprise en lui faisant les plus brillantes promesses, jusqu’à lui offrir de l’associer à l'empire. Vitellius lui fait les mêmes propositions ; puis ils s'adressent l’un à l’autre des injures méritées, et s’expédient mutuellement des assassins.

Othèn avait pour lui la plupart des provinces, qu’il ménageait. À Rome , il se montrait assidu aux affaires, et se conciliait ie peuple par des allocutions flatteuses , le sénat par des dignités, les prétoriens par des largesses. Ces suidais, se figurant un soir qu’il

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