‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 42 sur 135 · SES · texte numérisé non relu

SES

206 SUUÈME ‘ÉPOQUE.

« l'excès. ni ses.antipathies ni ses: affections. Dans toutes les cir-

«-constances de:sa yie.ilse suffit: à: lui-même. L'esprit toujours.

« serein, il.prévoyait de Join ce qui pouvait arriver, et. réglait «sans ostentation jusqu'aux détails les plus minutieux ; il étouf- «fait sans bruit. les premières. étincelles de sédition, réprimait

«les acclamations et toutes basses flatteries | veillait sans cesse à:

« la conservation de l’État, et mesurait: les dépenses des fêtes pu- « bliques, sans $ Paie que lon vases deicette économie « rigoureuse.

« Il adora les dieux sans minette) et nes ’attacha Je: peuple « ni par. des affectations hypocrites au per: dignes, ni par des sa- « lutations banales, Sobre et ferme en toute chose, ilne se permit «rien d’inconvenant ni: de ‘singulier; il usa, modestement des « avantages dont le comblait la fortune, sans désirer ceux qui lui « manquaient, Personne ne lui reprocha jamais d’affecter le bel « esprit, d’être sophiste , railleur, déclamateur, prodigue de son « temps; au contraire, on le disait; sensé, inaccessible à la flatterie, « maître de lui-même, fait pour commander aux autres. Il hono- « raitles vrais philosophes, sans: insulter.ceux qui n’avaient qu’une «fausse doctrine ; poli, enjoué avec mesure dans la conversation, «il n’ennuyait jamais. Il ne:s’occupait de lui-même que dans «une limite sage ; et non comme un homme passionné pour la « vie ou ardemment épris du plaisir. Sans négliger sa santé, il « bornait son attention à le conserver, pour avoir moins hesoin « de la médecine et.de la chirurgie. Étranger à la jalousie, il cé- « dait volontiers à la: supériorité des autres, soit en éloquence, « soit en jurisprudence, soit en philosophie morale ou, en toute « autre chose; il cherchait, au contraire, à, ce que chacun füt « connu sous les rapports où il excellait. Dans le cours de sa vie, «il imita nos ancétres, mais sans ostentation. «.JLnese complaisait pas à changer souvent de place, et s’occupait d’une seule affaire. Après ses violentes migraines, il se remettait dispos à son travail ordinaire. Il eut bien peu de se-

cles , dans les travaux publics, dans les distributions et occasions semblables, il.se montra prudent et: mesuré, ayant en vue « de faire.ce qui convenait, et. non la: célébrité, Il ne se mettait « point au-bain à des heures extraordinaires, ne connaissait point

RAR ARARA

« ‘la passion. de bâtir, ne montrait nulle recherche dans le service .

« de: sa table, dans: la couleur ou la qualité de ses vêtements , « dans le.choix des beaux esclaves. Il portait à Loria une tunique

crets; etce ne fut que pour le bien commun. Dans les. specta-

« achetée dans le. village voisin:et des étoffes de Lanuvium ;-il:ne

« ‘me « mê «. rudé « Pre «lu « COrc «- Soc « don « joui | « tuati Voili Marc-/ l’éleva desque phie, q cultivai la terre d’avoir mieux 1 Hona allait vi perdus.

tait au) peuple en favet celui de l'empire rien de:

goût po À pei nomma exemple gesses d férence vertus, | rues pol Il conve vertueu:

dans de permeti de ses réunissa

«mettait jamais de mantcau que pour aller à Tusculum, et alors « même il s’en:excusait. Chez lui, en général , point de manières «. rudes, inconvenantes, ni de cette hâte empressée qui fait dire : « Prends garde de te mettre en sueur! Il faisait chaque chose «: l’une après l’autre, posément , sans désordre, avec un juste ac- « cord dans leur succession. On pouvait dire de lui, comme de «- Socrate, qu'iksavait jouir et se passer indifféremment des choses «. dont la plupart des hommes ne savent se priver sans regret ni « jouir sans excès : rester fort et modéré dans l’une et l’autre si- « tuation , est d’un homme parfait, et tel il se montra. »

Voilà ce qu’écrivait de lui son successeur. Antonin appelait Marc-Aurèle , à cause de sa sincérité, M. Annius Vérissimus. Il l’'éleva lui-même, puis le confia aux meilleurs maîtres, auprès desquels il apprit les belles-lettres , le droit et surtout la philosophie, qu’il aima au point de prendre le manteau de ceux qui la cultivaient, d’adopter leur genre de vie austère , et de dormir sur la terre nue. Ce régime rigoureux affaiblit sa santé , et l’obligea d’avoir recours à la médecine; il guérit en adoptant une existence mieux réglée, et vécut soixante ans d’une vie très-laborieuse.

Honorant et consultant ses maîtres tant qu’il les conserva, il allait visiter leurs tombes et les orner de fleurs lorsqu'il les eut perdus. Ennemni des plaisirs, si, par égard pour l'usage, il assistait aux spectacles ; il lisait ou s’occupait d’affaires, laissant le peuple se livrer à la joie. Dès l’âge de seize ans, il avait renoncé, en faveur de sa sœur, à l’héritage paternel, et ne s'était réservé que celui de son aïeul. L'adoption qui l’appelait au gouvernement de l'empire, ce lourd fardeau , l’affligea ; les honneurs ne lui ôtèrent rien desa simplicité , de son attachement pour ses amis, ni de son goût pour les sciences.

À peine Antonin avait-il fermé les yeux, que Marc-Aurèle nomma Auguste son frère Lucius Vérus, et le fit son collègue : exemple nouveau dans Phistoire. Après avoir distribué les largesses d'usage, ils gouvernèrent conjointement. Mais quelle différence entre les deux! Lucius Vérus, pauvre d’esprit et sans vertus, passait les journées à table , et les nuits il parcourait les rues pour se livrer: au libertinage avec des débauchés de bas étage. Il convertissait le palais en taverne; après avoir soupé avec son vertueux frère, il se retirait. dans ses appartements pour se plonger dans des :orgies avec des misérables et ses esclaves, auxquels il permettait envers lui des libertés dignes des saturnales. Dans une de ses maisons de campagne, située sur la voie Claudia, où il réunissait. ses compagnons de débauche, il eut l’audace d'inviter

Marc-Aurèle,

Guerres,

Contre les Parthes, 161,

: 40% stRféme ÉPOQUE.

Mäarc-Aurèle, quivoulut bien y rester cinq jours afin dé lui donner l'inutile exemple d’une vie frugale ét modérée. Il saupoudräit d’or ses chéveux pour leur conserver la couleur blüiide ; nuance fréférée des Romains dans ün séul banquet, il dépensa six millions

: de’sesterces, et distribuñ à chacun des doùze convives ünë cou-

ronné d’or, un bel esclavé, un majordome, dés plats d’or et d'argeñt; puis il ajoutait, chaque fois qu’on buvaît, une coupé mürrhineou de cristal d'Alexandrie ; d’autres cotipes ornés de diamants, des couronnes de fléurs; rares pour lasaison, et de précieuses essences dans des flacons d’or; enfin, lorsqu'ils furent au moment de partir} chacun d'eux trouva un char attelé de mules richement enharriachées. Céler, son cheval; toujours couvert de pourpre, logeäit dans le palais; et n’était nourrique dé raisins'et d’amandes ; il lui fitériger une statue, et, après sa mort, un magnifiqué mausolée au Vatican. | (

Les inondations, les incendies, les tremblements de terre, qui avaient affligé l'empire et exercé là libéralité d’Antonin, se reñouvelèrent dans les provinces , où sévit de plus l’épidémie; on eut aussi à souffrir d'une disétte extraordinaire, ‘et Marc-Aurèlé ne négligea rien pour soulager tant de maux.

Les Cattes firent une irruption dans la Germanie, et les Bretons remuaient ; Vologèse , roi des Parthes, irrité de ce qu’Antoninrefusait de lui rendre le trône dont l’avait privé Adrien, comthença la guerre avec des forces redoutables, L’Armiénie s’agitaitau même mbnient; et chassait le roi’ Soémus: le roi des Énioques; peuple qui habitait'entre la mer Caspienne et l’Euxin , tomba victime de Tiridate qui, fait ensuite prisonnier par les Romains, fut exilé dans la Bretagne: Marc-Auarèle envoya son frère Lucius Vérus combattre les Parthes, dans l’espoir de l’arracher à üne mollesse indigne d’un prince; mais à peine Lucius Vérus eut-il quitté Rome, qu’üne violente maladie causée par ses débauches le retint à Capoue. Guéri sans être corrigé , il traverse la met, et Athènes, les côtes de l'Asie, la Pamphylie, la Cilicie, lui offrirent mille occasions de satisfaire ses passions ; Antiochus lui prodigue des plaisirs de toute sorte, et il passe le temps dans la voluptueuse Daphné au milieu de bouffons etde corrtisanes, Ses lieutenants, auxquels il avait abandonné la conduite de l’armée, l'élite de l'empire, remportèrent plusieurs victoires, firent près d'Europe un grand carnage des Parthes, et replacèrent Soémus sur le trône d'Arménie; enfin, Cassius s'étant avancé jusqu’à Ctésiphon , brûla le palais des rois patthes, s’empara d'Édesse, de Babylone et de toute la Médie. Séleutie, sur le Tigre, s'étant rendue ; il la livra au pil-

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“âgés ét Haësi au fl dé l'épéé quatré ébtit mille Habitants, Vérus, “‘prôclämé, sans l’avült mérité, vainqueur des Pärthés, distribua

les roÿauthes; ét cohféta le gouvernément des provitices dux sénäteürs qui l'accompagnaient.

Süf'cës entréfaités , les barbares, éxcités dahs la Gérmanie par les bélliqueux Marcomians ; se soulevéréht ; dés Gaules à l’Illyrie, cohtré: l'empire ; qui se trouvait dans dné position très-difficile ,

‘ses méilleures trotipés étânt occupées er Ofient; heureusement,

celles qui étaient cantonnées sur les frontières purent arrêter ce tottént, jus cé que Lücius Véruë se fût avancé vers la Germanie, accompagné ‘dé son frère. L'approëhe des deux emperétits jeta le découragement dans les rangs éhnemis; les uns se rs de l’aütré côté du Danube, en maässäcrarit ceux qui tés avaiénit poussés à la güerré; et lé resté sé soümit, ou demanda la paix. |

Lücius Vérüs en prôfita pour reprendre le chemin de Rôme, où l'appelaiént dés voluptés nouvelles ; mais Marc-Aurèlé, dans une prévision sage, S’arrêta pour établir de nouvelles fortifications,

‘aigmenta celles d’Aquilée., et pourvut à la sûreté de l’Illyrie et

de l'Italie. Ce ne fut pas une vaine précaution ; car bientôt l’incendié mal éteint éclata avec plus de violence, et les deux Angustes durént revéniren hâte sur leurs pas. Mais Vérus mourut à Altinum, à l’âgé de trenté-neuf äns.

‘Quelques-uns ont petisé, maïs säns en fournir de preuves, qü’il méditait le projet de tuer Marc-Aurèle, afin de $’émparer de l'empire, et qué son frère le prévint en l’empoisonnant. Marc-Aurèle fit mettre ce débauthé au rang des dieux, et, débarrassé de Ini, continua de marcher d’un pas de plus en plus férme dans la voie du bien. Îl poursuivit avec des chancés diversés la guerre contré

lés barbares ; car, plus d’une fois, les Marcomans virent fuir les

Romains, et les repoussèrent même, l’épée dans lestreins, jusqué sous Aquilée , qui ne fut sauvée que par Fhabileté des généraux. Ils pénétrèrént pourtant en Italie, où ils portèrent l'incendie et le pillage ; Rüme ; d'autant plus épouvantée que la peste exerçait de grands ravages dans ses murs, arma les'esclaves, les gladiateurs, les déserteurs, les Germains mercenaires. L'empereur vendit les meubles précieux de son palais, vaisselle d’or, statues, tableaux, les vêtements de l’impératrice, une magnifique collection de perles qu’Adrien avait rapportée de ses voyages; avec la somme énorme qu’il. en retira , il subvint aux nécessités d’une famine, aux dépenses d’une guerre de cinq ans; et put encore racheter une partie de ce qu’il avait véndu.

Contre les Marcumans.

Gurrre de Germanie,

PMote miraeuleuse, 174.

204 SIXIÈME ÉPOOUE.

‘Les dévastations des barbares s’étaïent étendues sur plusieurs provinces ; les Quades, les Sarmates , les lazyges, ‘avaient tra-

versé le Danubé; les Marcomans et les Vandales occupèrent la,

Pañnônie ; ét les Castobogués inondèrent la Grèce jusqu'à Élatée » dans la Phocide. Partout Marc-Aurèle les combattit en héros ; mais en héros humain , épargnant le sang quand il le pouvait, et animant par son exemple | les généraux et les soldats ; enûn , la fortune couronna ses efforts, et il parvint à refouler les ennemis au délà du Danube.

Dans l’orgueil de la victoire , les soldats demandèrent une gratification à Marc-Aurèle ; mais il refusa, en disant qu’il ne pouvait leur faire de largesses sans surcharger leurs parents, et, comme ils murmuraient et laissaient entendre des menaces, il ajouta qu il ne les craignait pas, attendu que Dieu seul disposait des empires. Sa fermeté leur imposa silence.

En continuant M guerre au delà du Danube, Marc-Aurèle se trouva cerné par les Marcomans, en face de l’ancienne Strigonia, dans la haute Hongrie; bien que la valeur des siens les eût tirés du danger, ils se trouvaient réduits par le manque d’eau à la dernière extrémité. Au moment où les tourments de la soif les rédui-

saient au désespoir, le ciel s’obécurcit soudain, et versa à torrents une pluie qui parut miraculeuse; mais, tandis que les soldats, recevaient dans leurs casques où même la bouche ouverte (1) cette ondée bienfaisante , les barbares tombent sur eux , ei commencent à en faire un grand carnage ; par bonheur, de ce même nuage tombe sur les ennemis un déluge de grêle mêlée de tonnerres, qui aide les Romains à les mettre en fuite.

Cet événement, un de ceux qui firent le plus de bruit à cette époque, fut proclamé miraculeux par les gentils comme par les chrétiens ; mais les uns l’attribuèrent à Arnufis, magicien égyptien, tandis que les autres en firent honneur à la légion mélitine, ainsi appelée de Mélitine d'Arménie , où elle avait été levée. Ce-

pendant, l’empereur lui-même écrivit au s&at, bien qu’avec la cir-

conspection réclamée par le temps, qu’il devait cette victoire aux chrétiens (2); comme témoignage de l'obligation qu’il croyait leur

(1) C’est ainsi qu'ils sontreprésentés sur la colonne Antoniné à Rome.

(2) Le fait est attesté par tous les historiens : la lettre est citée par Tertullien dans son Apologie, comme une chose connueet incontestable; Eusèbe et saint Jérôme en parlent comme d’un monument existant. Mais la lettre écrite en grec, qui est annexée le plus Souvent aux apologies de saint Justin, et qui a été reproduite en latin par-Baronfus, ne sauraït être acceptée comme originale,

avoir férer:

Ma Faus sur le Marc mani s'être déser obtint trafiq moins

Ma etàc chass remp fit pri Les a leur f des Sé veme

En son ut accrue et dé accou quillit parmi des pr

Ce coura pable sur le chaîne les ma tilés p . Sati envoy près d assaill et rev cités à

LES. ANTONINS. . 90ÿ

avoir, ilordonna de punir avec la dernière rigueur quisonque proférerait contre eux des calomnies.

Marc-Aurèle fut pour la septième fois proclamé imperator, et Faustine, sa femme, appelée Mère des armées; il resta toutefois sur les frontières pour affermir la tranquillité. Les Quades et les Marcomans ayant recommencé à rémuer, il les cerna de telle manière, que la faim les. contraignit à implorer la paix; après s’être présentés à l’empereur, auquel ils offrirent des dons, les déserteurs et treize mille prisonniers faits pendant cette guerre, ils obtinrent la cessation des hostilités, mais à la condition de ne plus trafiquer sur le territoire romain, et de se retirer à six milles aux moins des rives du Danube,

Mais les Quades s’unirent bientôt aux lazyges, aux Narisques , et à d’autres peuplades qui restaient encore.en armes ; après avoir chassé Furius, leur chef, qui les détournait de combattre, ils le remplacèrent par Ariogèse. Marc-Aurèle les vainquit encore, et fit prisonnier leur nouveau prince, qu’il relégua à Alexandrie. Les autres Germains découragés demandèrent. alors la paix , qui leur fut accordée à des conditions assez douces. Les mouvements des Séquanes furent réprimés avec sévérité, et l’on repoussa vivement les Maures, qui avaient envahi l'Espagne.

En Égypte, un chef de bande , nommé Isidore, tue par trahison un centurion et. quelques soldats romains; sa troupe s'étant accrue d’un certain nombre d’Égyptiens, il défait l’armée romaine et dévaste le pays. Avidius Cassius, le vainqueur des Parthes, accourtde son gouvernement de Syrie et parvient à rétablir la tranquillité, moins par la force des armes qu’en semant la discorde parmi ses adversaires ; il donna aussi dans l’Arménie et l’Arabie des preuves de prudence et de valeur.

Ce Cassius était aussi sévère envers les soldats qu’il se montrait courageux dans les combats ; celui d’entre eux qui se rendait coupable du moindre larcin envers les habitants, était mis en croix sur le lieu même. Quelques-uns étaient brûlés vifs, d’autres enchaînés ensemble et jetés à la mer; il faisait couper les pieds et les mains aux déserteurs, disant que la vue de ces hommes mutilés produirait plus d’effet qu’une exécution capitale.

. Satisfait de ses victoires contre les Parthes, Marc-Aurèle l'avait envoyé contre les Sarmates , leurs alliés. Tandis qu’il était campé près du Danube, quelques-uns de ses auxiliaires passèrent le fléuve, assaillirent Pennemi à l’improviste, lui tuèrent trois millé hommes, et revinrent chargés de‘butin. Les Centurions qui les avaient .excités à ce coup de main, s’atténdaient à recevoir de Cassius des

06 SIXIÈNE ÉPOQUE.

éloges « ‘s'récomperses ; mais ikles-fit mettre ignominieusement: en croix pour servir d'exemple à aiticonque manquent à la dis: cipline.

Cette rigueur excessive fait éclater une vévolie dans l’armée ;

Cassius alors paraît sans armes au milieu des séditieux, et s'écrie :.

Tuez-moi donc ; et à l'oubli de votre deuoir ajoutez l'assassinat de votre général! Ce sang-froid désarma les mutins; tout rentra

dans l’ordre , et l'ennemi; informé de ce qui venait de se passer,:

désespérant de vaincre un tel chef, demanda à conclure une paix de cent ans. il

La guerre des Marcomans terminée, Gassius fut envoyé en Syrie

en qualité de gouverneur. L'empereur écrivait alors à son lieut@n nant. dans ce:pays : « J'ai confié à Avidius Cassius les légions de la 4 Syrie, que Césonius Vitalianus a trouvées dans un grand dé« « sordre: Fu sais qu’il est rigide dans l'observation de l’ancienne e discipline ; sans laquelle il est impossible de maintenir trie « dans le devoir. Rappelle-toi ce vers :

Mor ibus antiquis res slat romana, viresque.

« La discipline est le plus ferme soutien de l’empire. Prends soin « qu’il ait des vivres suffisants pour les légions, dont , j'espère , « il fera bon usage. »

Dans l’espace de six mois, Cassius remédia à l’indiscipline et à l’immoralité de ses troupes. Arrivé à Antioche, foyer du désordre, il renvoya les officiers dans leurs quartiers respectifs, et leur défendit sous peine de mort de mettre le pied dans Daphné. Tous les huit jours , il inspectait, dans une revue , l'habillement, les armes , l'équipement des légions, les soumettait à de fréquents

exercices, et, malgré sa rigidité , il avait le secret de s'en faire:

ainier.

Mais le nom qu’il portait lui rappelait celui d’un homme qui avait tenté de rendre à Rome la liberté! Ennemi Jui-même du

gouvernement monarchique, il rêvait le rétablisser 1 de la république. Déjà, sous Antonin, il s'était révélé que! 'e ses intentions; nrais la douceur de ce règne avai. ::::.6 .oute

poursuite. Lucius Vérus l’avait dénoncé à son frère comme un mécontent qui traitait l’un d’eux de philosophe, l’autre de libertin, am ‘sa't des trésors et portait haut ses vues. Marc-Aurèle lui fit une: *orse où se montrent la bonté de son âme et l’insouciance d'u ; ‘“wgoph:s fataliste : « À quoi bon s'inquiéter ? Si le sort « dostins lesnpire à Cessius, personne ne tue son successeur ; s’il & ue doit ;ms’réussir, it sera pris dans ses propres filets. I ne faut

Eu * ke

« pass «€ man « l'Éta Aup Cassius Faystin inconn Quoi qu le pays les prin les Juifs dans la Lorsq temps 8 plaigna mitié q encore terminée Cassius € Car, dis: ni par qi m'est co Cassiu philosopl et son e bientôt 1 trois mo:

Cassius, sant : Ce j'aurai d d'autres, qu'il ava autres en qui ordu réiptégré copjurati pris part d'infami et le nie ment qui rendr el’ Comm

a passe défier d’un homme qui n’est pas accusé, et que recom- « manden$ ses geryices.. Si je dois perdre la vie pour le bien de « l’État, pen m'importe que mes enfants aient à en souffrir, »

Au plus fort de la guerre de Germanie, le bruit. se répandit, on Cassius le fit naître, que l'empereur était mort, L'impératrice Faystine, dans la çrainte que l'empire ne tombât dans des maine inconnues, pressa Cassius de le. prendre et d'accepter sa main, Quoi qu’il en spit, Cassius se fit proclamer empereur, et bientôt le pays au delà du Taurus.et l'Égypte reconnurent son autorité; les nrinces et les peuples étrangers embrassèrent sa cause, surtout les Juifs, si malheureux alors, qu'ils n’ayaient plus d'espoir que dans la révolte.

Lorsqu'il fut impossible à Marc-Aurèle de se taire plus longtemps sur cette révolte, il l’apprit lui-même à son armée, en se plaignant avec douceur de l'ingratitude dont Cassius payait l’a: mitié qu’il lui avait toujoprs montrée, et qu’il lui témoignerait encore dès qu’il serait rentré dans le devoir, Puis, la guerre étant terminée , il se dirigea vers l’Ulyrie pour aller à la rencontre de Cassius et lui céder l'empire, si telle était la volonté des dieux : Car, disait-il, si j'endure tant de fatigues, ce n'est ni par intérét ni par ambition , mais par le désir de faire le bien du peuple qui m'est confié.

Cassius ne savait reprocher à l’empereur que son goût pour la philosophie, qui lui faisait négliger les affaires les plus importantes, et son excessive bonté, qui laissait tout aller au hasard; mais bientôt le poignard du centurion Antoine mit fin à son règne de trois mois et six jours. Marcus Vérus, qui s’était avancé contre Cassius, ayant trouvé les lettres de ses partisans, les brûla en disant : Cela plaira à Marc-Aurèle; mais, dûl-il en étre irrité, j'aurai du moins, en donnant ma vie, sauvé celle de beaucoup d'autres, Le capitaine des gardes de Cassius et son fils Mutien, qu'il avait fait gouverneur de l'Égypte, périrent aussi, Quelques autres encore eurent Je même sort, mais à l’insu de l’empereur, qui ordonna que les bannis revinssent dans leur patrie et fussent réiptégrés dans leurs biens; en remettant au sénat l'examen. de la conjuration , il ajouta : Que les sénateurs el chevaliers qui auraient, pris part aw complot soient, par votre aulorilé, exempts de mort, d'infamie et de tout châtiment. Que l'on dise, pour votre honneur et lenien, que cette insurrection a coûlé la vie à ceux-là seulement qui périrent dans le premier tumulle. Puissé-je de méme leur rendre l'étistence! La vengeance est indigne d'un souverain,

Comme Cassius avait trouvé une grande. assistance dans la Sy-

intérieur,

rie , où il était né, Marc-Aurèle décréta qu’à l’avenir personne ne serait nommé gouverneur d’une province où il:aurait vu le jour ; mais il prit sous sa protection la femme, le beau-père les fils du rebelle, en défendant de leur reprocher le malheur de leur père; illes éleva même à des dignités, bien qu’il n’ignorât pas les manéges dont cette famille s’était rendue coupable pour lui aliénér le peuple et les soldats. À Faustine, qui l’excitait à agir avec rigueur, il cita l’exemple de César et celui d’Antonin son père, Il répondit à ses amis, qui lui disaient que Cassius n’eût. pas usé de tant de modération à son égard : Nous ne servions pas si mal:les dieux, que nous pussions craindre de les voir se déclarer: pour Cassius; puis il ajouta que plusieurs de ses prédécesseurs avaient été conduits à leur perte par leurs cruautés, et qu’un bon prince n’était jamais vaincu ou tué par un usurpateur, Néron , Caligula, Domitien, disait-il, méritèrent leur fin ; Othon et Vitellius étaient incapables de gouverner ; l’avarice de Galba causa sa ruine.

On nous pardonnera de nous étendre sur ces actes de clémence aussi rares dans l’histoire que le sont dans le désert les oasis , où le voyageur peut se reposer un moment de ses fatigues.

Dans Rome on jouissait de toute la liberté dont les anciens avaient joui; sous un empereur honnête homme et généreux, les fronts se relevaient avec dignité. Marc-Aurèle ne sortait jamais du sénat que le consul n’eût prononcé le Nihil vos moratur, patres conscripti; il revenait de la Campanie toutes les fois qu’il avait quelque rapport à faire. IL augmenta le nombre dés jours

Jastes pour faciliter l’expédition des affaires, institua un préteur

spécial pour les tutelles , et nota d’infamie les délateurs ; il rendait assidûment la justice, et souvent remettait la décision des causes au sénat, trouvant plus juste de se soumettre à lavis de tant d'hommes éclairé que d’obliger ceux-ci à suivre le sien. Sa bonté le portait cependant à pardonner parfois même au coupable. Hérode Atticus, fameux rhéteur, d’une richesse immense, avait un procès avec la ville d'Athènes; voyant l’empereur pencher en faveur de la partie adverse, il se mit, au lieu de raisons, à lui débiter des injures, lui reprochant de se laisser circonvenir par une femme et une petite fille : il voulait parler de Faustine et de sa fille, qui intercédaient pour les Athéniens. Quand Hérode eut épanché sa bile, Basséus, capitaine des gardes, lui dit : Ton insolence pourra bien le coûter la vie; mais il répondit : Un homme de mon dge n'a rien à craindre, et il s’en alla. L'empereur, qui l’avait écouté tranquillement, dit. lorsqu'il fut parti, aux députés d'Athènes : Ææposes maintenant vos raisons, puisque Hérode n'a

pas ve ‘réc et ets ne da pré Luc tel o le li ama de la lilua plais la ré de se veni et d’ en I Taur:

de la à son épous Ma toutes qui a Antio vilége l’exen tèresc lorsq

(EF gulière que je uns de plus dc quelqu temple guerre, la céré

‘eux,

pas jugé à propos de déduire les siennes. Et'il les écouta ättentivement ; les larmes lui vinrent même aux yeux, en entendant le récit des outrages qu’ils avaient eus à souffrir de la part d'Hérode et de ses affranchis; cependant il ne condamna que ces derniers, et sans proportionner le châtiment à l’offense; puis il les graci. Du reste, à peine Hérode lui eut-il adressé ses plaintes de ce qu’il ne lui écrivait plus , qu’il lui répondit en s’excusant d’avoir condamné des gens placés sous sa dépendance (1).

ll ne punit pas les gouverneurs prévaricateurs, négligea de

prévenir la révolte de Cassius, se donna pour collègue le débauché

Lucius Vérus, et désigna même pour son successeur un scélérat tel que Commode. Cette extrême condescendance lui fit tolérer le libertinage effronté de sa femme Faustine ; il nomma même ses amants aux principales charges. Comme ses amis lui conseillaient de la répudier, Z/ faudrait alors, leur répondit-il, que je lui restituasse sa dot, c'est-à-dire l'empire, que j'ai reçu de son père : plaisanterie ou raisonnement indigne d’un homme sage. Après la révolte de Cassius , elle se tua, de honte, disent quelques-uns, de se voir accusée par ses complices. Marc-Aurèle , dans ses souvenirs, déplore sa perte comme celle d’une femme fidèle, aimable, et d’une admirable simplicité de mœurs. Il éleva au rang de ville, en lui donnant le nom de Faustinopolis, le village, au pied du Taurus, dans lequel elle avait terminé ses jours, et pria le sénat de la mettre au rang des dieux; le sénat se prêta complaisamment à son désir, et lui érigea des statues et un autel, où les nouvelles épouses devaient sacrifier à l’impératrice adultère.

Marc-Aurèle, continuant sa marche vers l'Orient, pardonna à toutes les villes qui s'étaient déclarées pour Cassius, et à l'Égypte, qui avait embrassé chaudement sa cause. IL interdit seulement à Antioche les jeux, qui faisaient sa richesse , et lui enleva ses priviléges; mais, plus tard , dans une visite qu’il fit à cette ville, il l’exempta de tout châtiment. À Athènes, il se fit initier aux mystèresde Cérès, et y établit des professeurs en toutes sciences ; puis, lorsqu'il arriva en Italie, il ordonna aux soldats de reprendre la

(1) Philostrate nous a conservé, dans les Vies des Sophistes, cette lettre singulière pour un empereur : « Je désire que tu sois en bonne santé, et convaincu que je t'aime. 11 ne faut pas m'en vouloir si, ayant trouvé en faute quelques uns de ceux qui dépendent de toi, je les ai punis, bien que de la manière la plus douce qu'il m'a été possible. Ne m'en garde pas rancune ; mais si j'ai fait quelque chose qui te déplaise, impose-moi une amende que je te payerai dans le temple de Minerve à Athènes, au temps des mystères ; car, dans lé fort de la guerre, j'ai fait vœu de me présenter à l'initiation, et je veux que tu présides à la cérémonie, »

238 décembre.

Mort de Marc- Aurèle.

17 mars,

toge, ni lui ni les siens ne s’y étant jamais montrés en habit de guerre.

Lors de son entrée dans Rome en triomphateur, il surpassa en libéralités tous ses prédécesseurs. Entre autres lois sages , il défendit aux gladiateurs de se servir d’armes meurtrières ; ce qui fut bien plus honorable pour lui que d’agiter dans les écoles des questions de philosophie , à la prière des gens de lettres, qui craignaient que son absence ne fit perdre le souvenir des systèmes philosophiques.

Les Marcomans l’appelèrent à de nouveaux combats et à de nouvelles victoires; mais il mourut, au milieu de ses triomphes, à Sirmium en Pannonie, à l’âge de cinquante-neuf ans, après en avoir régné dix-neuf; il fut sincèrement regretté de tous, à l’exception peut-être de son fils Commode , que l’on soupçonna d’avoir hâté sa fin. Marc-Aurèle vit la mort approcher avec sérénité : « Je « ne m'étonne pas, disait-il, que mon état vous touche et vousatten-

drisse ; car il est naturel à l’homme de sentir de la compassion

pour ses semblables, et plus vivement encore quand il est témoin de leurs souffrances. Mais j’attends de vous mieux que les

sûr du vôtre ; mes sentiments pour vous me promettent un re-

tour égal de votre part. C’est à vous de prouver que j'ai bien

placé mon estime et mon affection, et que vous n’avez pas perdu « la mémoire de mes bienfaits. Je vous recommande mon fils que « voilà; ayez à cœur son éducation. Il sort à peine de l’enfance ; « dans la première effervescence de la jeunesse, il a besoin, « comme sur une mer orageuse , d’un guide et d'un pilote, afin « que jamais, par manque d'expérience, il ne s’égare et ne se « brise sur les écueils. Ne l’abandonnez pas , tenez-lui lieu de son « père, donnez-lui sans cesse de bons avis et des instructions sa- « lutaires, et qu’il me retrouve dans chacun de vous. Les plus im- « menses richesses ne suffisent pas aux plaisirs et aux déporte- « ments d’un prince voluptueux; s’il est haï de ses sujets, sa vie « n’est point en sûreté, quelque nombreux que soient les gardes « chargés de le défendre. Les princes qui songèrent plus à se faire « aimer qu’à se faire craindre ont régné sans être exposés aux « conspirations et aux révoltes. Celui qui obéit de bon gré est « exempt de soupçons dans sa conduite et ses actions; il est sujet « soumis , sans être esclave ; il ne refuse l’obéissance que s’il ar- « rive par hasard que le commandement soit donné avec une « extrême dureté , et que l’on ajoute l’outrage à l'autorité, Comme « ilest réellement difficile d’user avec modération d’un pouvoir

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