CHAPITRE XIV
Avant d’aborder les temps malheureux qui devaient succéder à la prospérité du règne des Antonins, arrêtons-nous un moment à considérer la condition civile, morale et liftéraire de l'empire à l’époque de sa plus grande splendeur.
A l’exception de la Bretagne et de la Dacie, aucun pays nouveau n’y fut réuni d’une manière stable, bien que d’autres, sur lesquels s’exerçait son influence , fassent réduits en provinces. L’Italie, centre de cette vaste unité, était toujours la résidence de l’empereur et du sénat , dont les membres devaient avoir en deçà des Alpes un tiers au moins de leurs propriétés. En Italie, il n’y avait ni arbitraire de gouverneurs, ni tributs à payer, et les autorités municipales faisaient exécuter les lois suprêmes ; mais, après Trajan, la péninsule commença à être considérée, ou peu s’en fallait, comme les autres provinces , et l’on peut dire qu’elle leur fut assimilée, quand Adrien en confia le gouvernement à quatre personnages consulaires. L'organisation municipale de ces villes devenait de plus en plus aristocratique, comme il arrive dans un État monarchique ; en effet, les magistrats étaient choisis, non plus parmi le peuple, mais parmi les décurions illustres , et leur juridiction se limitait à certaines sommes.
Une fois que Rome eut étendu ses conquêtes hors de lItalie , que le sénat et ses magistrats propres ne suffirent plus pour les
H dit dans l’une d'elles : Mifte mihi aliquid, quod tibi disertissimum videatur, quod legam, vel tuum, vel Catonis, vel Ciceronis, aut Sallustii, aut Gracchi, aut poetæ alicujus. Xphkow yap avamatlne, ef maxime hoc genus ; quæ me lectio extollat et diffundat ëx rüv xatenpuiwv ppovriôwv. Etiamsi
qua Lucretii aut Ennii excerpla habes edpuva nai... pp&, el sicubi #0ouc èupéoetc. L. IE, 1.
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administrer, on y expédia des proconsuls et des préteurs qui réunissaient le pouvoir de faire les lois à celui de les appliquer et de contraindre à leur obéir : despotes d’autant plus absolus qu'ils étaient plus éloignés, Maîtres qu’ils étaient des biens et de l’existence de tous, ils avaient hâte de voler en une année, dans les provinces, assez pour être riches toute leur vie, À leur suite venaient les chevaliers, qui, fermiers des impôts, n’épargnaient aucune vexation aux malheureux habitants, tandis que les citoyens romains, disséminés au milieu d’eux, affranchis du tribut, et justiciables seulement de l’assemblée du peuple , ne sentaient pas cette dure tyrannie.
La condition des provinces s’améliora sensiblement sous les empereurs , puisqu'elles cessèrent de dépendre de l’avidité et des passions brutales d’un Verrès ou d’un Pison , et de s’agitér au milieu des ressentiments de famille et de tribu. Les gouverneurs, demeurant longtemps dans les provinces qui leur étaient assignées, s’instruisaient de leur condition, de leurs besoins, et y contractaient des relations d’amitié. Surveillés en outre par un despotisme ombrageux , comme aujourd’hui les pachas de Turquie , ils devaient redouter les châtiments soudains d’un empereur auquel les peuples opprimés pouvaient librement faire parvenir leurs plaintes, ou qui pouvait trouver dans leurs richesses mal acquises une tentation de les proscrire. À l’appui de ce que nous venons de dire, nous citerons, par exemple, les Gaules, que nous voyons croître en richesse, en instruction, et même en indépendance, puisque les hommes libres n’y sont plus obligés , pour leur sûreté, de recourir à un patronage.
Afin d’affermir sa domination, le premier soin de Rome était d'enlever aux vaincus la-force publique et la liberté constitution nelle, de dissoudre les confédérations, et d'introduire dans le pays une population romaine, au moyen de colonies et en conférant les droits de cité.
Si Athènes et Sparte avaient péri par leur fol entêtement à se conserver pures de tout mélange étranger (1), Rome , au contraire , s’assimilait sans cesse de nouveaux éléments ; la circulation des habitants était continuelle des provinces et des pays conquis vers la métropole, qui accordait les droits de cité à des
(1) Cette différence entre la constitution romaine et les autres n’avait pas échappé à Tacite : Quid aliud exitio Lacedæmoniis et Atheniensibus fuit, quamquam armis pollerent, nisi quod victos pro alienigenis arcebant ? At conditor noster Romulus tantum sapientia valuit, ut plerosque populos eodem die hostes, dein cives haberet. Ann. XI.
Droits de cité.
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degrés différents. Ces droits, dont les Romains se montrèrent. si jaloux dans l’origine, qu’ils soutinrent des guerres terribles pour ne pas les communiquer"à ceux qui les avaient. aidés dans leurs conquêtes, furent, au milieu des périls de la guerre sociale, étendus à toute l'Italie, c’est-à-dire à tous ceux qui habitaient du Rubicon et de Lucques au Phare, puis enfin aux Vénètes et aux Gaulois cisalpins.
Les esclaves pouvaient, en se conduisant bien, devenir affranchis, et entrer ainsi dans la société politique de leur patron. Si la manumission se faisait légalement , ils acquéraient les droits privés de citoyen, mais ils restaient exclus des emplois, du service militaire, et leurs enfants, jusqu’à la troisième et la quatrième génération, ne pouvaient être admis dans le sénat.
Auguste trouva quatre cent soixante-trois mille citoyens ; mais le système des conquêtes une fois abandonné, il restreignit la faculté de rendre citoyens les esclaves affranchis , en ne l’accordant qu'aux magistrats et aux grands propriétaires des provinces. Gette mesure consolidait la puissance impériale, mais elle procurait à Parmée un nombre d’hommes plus limité; en effet, l’an 745 de Rome, Auguste fut contraint de nouveau d’enrôler des affranchis nt des esclaves , afin de protéger les colonies voisines de l’Illyrie et les frontières du Rhin, Mécène lui conseillaitde conférer les droits de citoyenà tousles sujets, ce qui auraiteffacé toute trace de régime municipal et réduit l'empire à l’unité monarchique ; mais, comme les citoyens étaient exempts de taxe prédiale, de droit de douane
et des péages , les empereurs se montrèrent avares de cette immu-.
nité. Cependant, les successeurs d’Auguste, qui ne voyaient plus Rome d’un œil aussi partial, laissèrent s'étendre le droit de cité. Les magistrats, qui sortaient de charge annuellement, acquéraient ce droit, de même que ceux qui entraient dans les légions ou rendaient quelques services importants. Les Syriens et les Égyptiens, soit éloignement, soit orgueil de leur part, soit jalousie de leurs vainqueurs , furent admis en petit nombre daus la cité romaine , et, jusqu’à Septime Sévère , aucun Égyptien n’eut entrée au sénat(1).
Quand l'intérêt de la patrie ou l’amour de, la gloire cessa de pousser les citoyens aux armes, il fallut remplir les légions d’hommes qui n’étaient, ni Italiens, ni même citoyens , et confier le commandement à des étrangers ; puis, afin de récompenser leurs services, on dut les introduire dans la cité, les élever aux
(1) Dion Cassius, LXXVIL.
honne amis, :
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quatre Eusèbe mentat faveur pour :
aux p inconvé traient toyens Galba ; à certe faire u les nou vinciau charge.
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eux.
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honneurs, et les laisser amener à leur snite leurs parents et leurs amis, de sorte que l’armée , le sénat, les magistrats, ne furent plus Romains que de nom. Claude admit dans le sénat beaucoup d'étrangers, ç’est-à-dire de sujets non citoyens; cependant , le nombre dés citoyens s’élevait sous son règne à cinq millions six cent quätre-vingt-quatre mille soixante-douze, selon Tacite , et, selon Eusèbe, à six millions neuf cent quarante-quatre mille. Cette augmentation doit être attribuée aux favoris, qui trafiquaient d’une faveur énviée; mais les revenus publics en souffraient, et, pour ‘rétablir l'équilibre, il fallait recourir aux confiscations et aux proscriptions. En outre, cette extension produisait cet inconvénient pour les provinces, que les propriétés se concentraient dans les mains de quelques personnes que le titre de citoyens exemptait du payement des’ impôts; c’est pourquoi, sous Galba ; l’exemption fut restreinte, pour les citoyens récents, à certaines contributions; puis, jusqu’à Trajan, on continua à fairé une distinction, pour les priviléges, entre les anciens et les nouveaux ; il paraît même qu’à partir de Vespasien, les provinciaux admis aux droits de cité ne furent soustraits à aucune charge.
Ces exemptions une fois supprimées, il n’y avait plus de motif pour ambitionner, comme autrefois, le titre de citoyen. Les prérogatives accordées aux membres de la cité, d’être seuls promus aux emplois , de n’êtré jugés que dans assemblée du peuple, de ne pas payer de tribut, de décréter la paix et la guerre, étaient tombées avec la république ; il n’en restait guère que l’avantage de ne pas être emprisonné pour dettes, et de pouvoir en appeler à l’empereur. Le droit de participer aux dons et aux distributions publiques était profitable dans Rome ; mais il devenait à peu près nul dans les provinces. C'était, au contraire, une lourde charge pour les citoyens que d’être soumis au service militaire, de ne pas contracter mariage avec des étrangers, de rester exclus de toute succession ouverte ab intestat, sauf le cas de proche agnation, sans parler de quelques emprunts qui ne pesaient que sur eux.
Ce ne fut donc pas un bienfait, de la part de Caracalla, que d’étendre le droit de cité à tous les sujets de l’empire; car il ne fit que soumettre les provinciaux à toutes les charges qui grevaient les citoyens, dont les priviléges avaient cessé d'exister. L'amour pour une patrie commune à tous se refroidit, et l’arbitraire des empereurs, comme la violence des soldats s’accrut, en même temps que s’affaiblirent l’autorité du peuple et la dignité du sénat.
LU le mme.
On vit par suite se multiplier les guerres, guerres intestines sans être civiles, qui avaient pour objet d'élever au trône ou d’en renverser un capitaine étranger, ignorant les sentiments de la nation, et peu soucieux des intérêts de l'empire. |
Rome se rattachait encore les autres peuples en répandant l’usage de la langue latine, qui se propagea facilement en Afrique, en Espagne , dans la Gaule , dans la Bretagne, dans la Pannonie, sauf à être modifiée par les idiomes primitifs. Le latin eut plus de peine à s’introduire dans la Germanie et parmi les montagnards ; mais les orgueilleux Grecs ne se seraient jamais soumis à changer la langue d’Homère contre celle de leurs imitateurs, qu’ils affectaient même de ne pas savoir (1).
Les communications entre les provinces étaient facilitées par des routes admirables, d’une solidité qui a bravé les siècles. Par ordre d’Auguste, on remit en bon état les quarante-huit d'Italie, qui, sur une longueur de troismille lieues, se développaient de Roms à Brindes et aux Alpes ; celle qui traversait les Pyrénées orientales fut prolongée jusqu’à Gadès, tandis que d’autres étaient ouvertes dans la Gaule par Agrippa. Trajan en fit une à travers les marais Pontins, de Forum Appii à Terracine, et termina la voie Appienne de Bénévent à Brindes. Les autres empereurs en ouvrirent aussi dans tout l’empire. La voie Aurélienne, qui traversait l’Étrurie , la Ligurie et la Narbonaise jusqu’à Arles, fut cuntinuée par Narbonne, Tarragone et Carfhagène jusqu’à Gadès ; puis, au delà du détroit, elle aboutissait à Tanger. La Flaminienne, de Rome, par l’Italie septentrionale, la Pannonie, la Mœsie, la Thrace, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Égypte , la côte d’Afrique, parvenait à l’océan Atlantique, passant par Rimini, Bologne, Modène, Plaisance, Milan, Vérone , Aquilée; puis elle entrait en Pannonie par Siscia et Sirmium ; en Mœsie par Singidunum, Naïssus et Sardique ; en Thrace, par Philippopolis, Adrianopolis, Héraclée, Constantinople ; en Bithynie par Dadastane ; enfin, elle atteignit Ancyre, les villes de la Cappadoce et de la Pisidie. Après avoir franchi le Taurus, elle passait parIssus, Antioche, la Syrie, la Palestine, l'Égypte, les cités maritimes d'Afrique, Alexandrie, Cyrène, Carthage, Tanger. D’autres routes se détachaient de cette artère principale pour aboutir à la grande cité, où venaient encore déboucher des voies de moindre importance.
En Italie , le midi avait pour centre Rome, et le nord Milan : la
(1) Jusqu'à Libanius, aucun Grec, que nous sachions , ne fait mention d’Horace et de Virgile.
Narbon:
Lyon; 1 haut Da rachiu Tavium l'Espag Londin De la sur un d réunissa ment d’ pereurs des rela pourvus milles pi en Ger postes n nement commu saient dé besoin.
La do fermeme
(1) C’est
WESSEI BERGIER, NAER, GO
Narbonaise, Arles; l’Aquitaine, Bordeaux ; l’ancienne Celtique, Lyon; le Belgium, Reims ; la Germanie , Trèves; la Rhétie et le haut Danube, Augusta ; la Pannonie, Sirmium; la Grèce, Dyrrachium ; la Mœsie , Naïssus ; l’Asie Mineure et la Syrie, Ancyre, Tavium et Damas ; l'Égypte et l’Afrique, Alexandrie et Carthage ; l'Espagne, Mérida, Astorga, Saragosse et Cordoue ; la Bretagne, Londinum, etc.
De la muraille d’Adrien à Rome et de cette ville à Jérusalem, sur un développement de treize cent soixante lieues (1), ces voies réunissaient les provinces, et permettaient de transporter facilement d’un point à un autre des légions et les dépêches. Les empereurs établirent sur ces routes un service de postes régulier, avec des relais éloignés les uns des autres de cinq ou six milles, et pourvus de quarante chevaux; on pouvait ainsi parcourir cent milles par jour, et Tibère, en vingt-quatre heures, alla de Lyon en Germanie, ou fit deux cents milles. Mais , à la différence des postes modernes, celles des Romains ne servaient qu’au gouvernement ou à ceux qui obtenaient une autorisation spéciale. Les communications par mer étaient protégées par des flottes qui croisaient dans les divers parages, et que de bons ports abritaient au besoin,
La domination romains se trouvait par tous ces motifs plus fermement assise que ne l’avait jamais été celle des anciens em-
(1) C'est-à-dire :
Dela muraille à York..............,. 222 milles. — à Londres.......... .. 297 — à Ruthepiaou Sandwich. 67
Trajet jusqu’à Boulogne. .....,...., à Reims...
à Lyon........,.....
à Milan...............
à Rome..............
à Rrindes..........
à Durazzo.......
à Byzance. ........... .
à Ancyre......
à Tarse........
à Antioche....... 5 À 'EYP. ss scsoscosooesee à Jérusalem...,.......
WESsELING a annoté les différents itinéraires que nous connaissons. Voy. BERGER, Histoire des grandes routes ; et, pour plus d'exactitude, WaLckE- NAER, Géographie ancienne des Gaules ; Paris, 1839.
Civilisation.
Puissance 1npériale,
LAPIT
pires de l'Asie; bien que l’on s’élève avec raison contre les immenses extensions du territoire, qui ont pour résultat d’enchaîner sous les mêmes lois des nations tout à fait différentes de caractère et de culture, de laisser les griefs sans recours, les besoins sans satisfaction, et de faire arriver d’une capitale éloignée des ordres dont, l'opportunité a cessé, il faut avouer toutefois que les frontières, en: s’effaçant, aïdèrent au rapprochement des peuples; la langue officielle, lesmagistratures, les légions propagèrent la civilisation, si elles ne Paccrurent pas; en appelant les peuples à contribuer à un résultat commun, les uns de leurs forces, les autres de leur esprit , ceux-là de leurs richesses, Rome leur enseigna à se connaître, à fraterniser; elle étendit. à une vaste partie du monde les priviléges qui , réservés d’abord à une poignée de bandits ou à quelques milliers de citoyens, faisaient de la politique romaine une grande injustice au profit d’un petit nombre, et au grave détriment du genre humain.
Cette extension immense avait abattu les barrières que, dans les temps de la république, l’amour de la patrie et le respect pour les coutumes nationales avaient opposées aux abus; ces coutumes étaient altérées par l'introduction d’éléments différents, par l’ayénement à l’empire d’un étranger, d’un barbare même. Les citoyens que Rome renfermait dans son sein , n’étaient plus eux-mêmes les descendants des anciens républicains, exterminés par les guerres civiles, par les proscriptions de la république , par les boucheries impériales; on ne voyait que des affranchis et des.esclaves qui, en héritant du nom romain, n’avaient pas hérité des antiques traditions.
Si les vieilles mœurs survivaient chez quelques-uns, puisées qu’elles étaient dans l’éducation , dans la littérature, dans les souvenirs dont ils étaient entourés, elles ne faisaient que leur rendre plus dur le joug d’un despote qui, d’un jour à lPautre, pouvait confisquer les biens , et envoyer à l’homme le plus juste l’ordre de se tuer. Cette oppression sans frein aurait paru moins pénible à des peuples asiatiques , dans un pays où l’on respire pour ainsi dire la servitude avec l’air ; mais à Rome subsistaient encore des noms et des formes républicaines ; les accusations de haute trahison se faisaient au nom de la liberté et de la sûreté publiques, et ce crime était puni, parce que l’empereur, comme investi de la puissance tribunitienne, représentait le peuple. Combien ne devait donc pas être amère la douleur de ceux qui conservaient assez de noblesse de sentiments pour ne pas vouloir chercher dans les voluptés une diversion à leur indignation ! Quelle ressource leur res-
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(2) decrel id leg Jostit.
tait-i1? la fuite? mais où fuir, quand tout le monde civilisé était soumis à la domination romaine?
Rome fournit alors plus que jamaïs la preuve que la prospérité des États est plutôt due à la force des institutions qu’à la droiture
‘et au mérite des princes. Ellé en eut sans doute quelques-uns d’ex-
cellents , mais elle ne pouvait jouir avec confiance de leurs vertus, par la seule idée que le même homme pouvait se transformer le lendemain en un monstre sanguinaire ; ou être remplacé par un successeur détestable ; car tout dépendait alors des qualités bonnes ou mauvaises du monarque. Auguste ne voulut admettre aucune opposition, afin de ne pas laisser paraître combien était grande l'autorité qu’il avait usurpée. Ses successeurs sé débarrassèrent même de celle , bien faible pourtant, qui résultait de l'habitude et des formes républicaines, en les laissant s’user peu à peu.
Il'est fait mention d’une lex regia, en vertu de laquelle le pouvoir suprême aurait été conféré à l’empereur ; maïs il est douteux qu’elle ait jamais existé. Son nom ne peut certainement appartenir aux premiers temps de l’empire , et peut-êtrene fut-il adopté que sous Justinien , lors de la compilation des Pandectes. Si une loi générale avait créé un pouvoir suprême, il n'aurait plus été besoin de confirmation pour ses actes. Or nous savons, au contraire , que les actes d’un empereur n'étaient valables, après sa mort, qu’autant qu’ils obtenaient l’approbation du sénat, dépositaire en droit, de la souveraineté qui, en fait, résidait dans la volonté d’un seul.
Il semble toutefois que de temps à autre les pouvoirs de prince étaient conférés à l’empereur, au moment de son élection (1); leur origine étant dès lors légale, ils donnaient force de loi à sa volonté (2). 11 est probable que l’empereur était dispensé par ces sénatus-consultes de l’observation de certaines lois, comme de la loi Papia Poppæa; ce qui faisait dire trop généralement que le prince était affranchi de toute loi (3).:
La souveraineté était pourtant considérée comme émanant du peuple , et, jusqu’à une époque assez avancée , il est fait mention des comices et des lois faites par lui. La juridiction criminelle et l’administration extérieure de quelques provinces appartenaient
(1) Le sénatus-consulte rendu lors de l'élection de Vespasien existe encore.
(2) Gaius le dit expressément: : Constifutio principis est quol ‘imperator decreto, vel edicto, vel epistala constituit ; nec unquam dubitatum est, quin id legis vicem, oblineat, cum ipse imperator per legem. imperium accipiat. Instit, $ 6,1, 2.
(3) Princeps legibus solutus est. Fr., 313; D. I, 3.
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Sénat,
au sénat , qui nommait les consuls, les préteurs , les proconsuls ; il avait dans ses attributions la réforme des lois, à laquelle toutefois il ne procédait que sur la proposition des empereurs. On aurait pu croire que Tibère augmentait la puissance du sénat, en lut attribuant les jugements pour crimes de lèse-majesté et la nomination des magistrats, qu’ilenlevait au peuple; mais il ne voulait que s’en faire un instrument, sur lequel il pût rejeter odieux de ses actes. Tant que l’empire subsista , le sénat conserva le droit de censurer et de déposer le chef de l’État, s’il abusait de son autorité; mais, pusillanime et divisé , il ne l’exerça jamais que contre les princes déchus : il condamna Néron , quand il était déjà fugitif; il maudit Caligula, Commode et les autres, lorsque la mort les empêchait d’être redoutables. En vendant les charges comme ils en avaient la faculté , les sénateurs avaient appris à se vendre aussi à l’empereur; comme ils ne possédaient plus d’immenses propriétés ni d'innombrables clients, depuis que la nouvelle constitution de l’État les empêchait d’acquérir au dehors des richesses démesurées , tandis que les dépenses ne diminuaient pas et que le luxe augmentait, ils étaient tout disposes à mériter les libéralités de l’empereur en se prêtant à ses désirs. Or, si cet empereur était un Tibère qui se plût à faire tomber, au gré de son caprice , les têtes les plus illustres , comment espérer qu’une voix s’élevât dans le sénat pour oser dire non? Tibère, au contraire, se plaignait, en raillant , de les voir aussi bassement dociles à ses moindres volontés.
Une fois avili, le sénat ne s'arrêta plus dans son abjection ; cependant, le souvenir de ce qu’il avait été suffisait pour inspirer de la défiance aux empereurs, et pour faire que les bons comme les mauvais princes cherchassent à l’envi à lui enlever jusqu’à la possibilité de recouvrer même une ombre de son ancienne autorité. C'était toujours contre les patriciens et les sénateurs que les tyrans dirigeaient leurs espions et leurs sicaires. Caligula s’écriait, en frappant sur son épée : Voilà qui me fera raison du sénat ! Un flatteur disait à Néron : Je te hais, parce que tu es sénateur ; et un sicaire à Commode : Le sénat t'envoie ce poignard. Domitien déclarait qu’il ne se croirait pas en sûreté tant qu’existerait un sénateur; désireux de les avilir en attendant l’heure de les tuer, il les fait convoquer un jour à la hâte; puis, quand ils siégent dans la curie, il les consulte sur la sauce à laquelle il doit faire mettre un énorme turbot qui lui est arrivé de l’Adriatique.
Claude lui-même, le plus incapable des Césars et le plus attaché aux traditions , diminue les attributions du sénat qui , jusqu’a-
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lors , avait conservé le droit de décider sur la paix et la guerre, d'entendre les ambassadeurs et de prononcer sur le sort des rois et des peuples étrangers ; Claude lui fait décréter, pour faciliter la soumission de la Bretagne , que tout traité conclu avec les Bretons par l’empereur ou ses délégués sera considéré comme sanctionné par le sénat et le peuple (1) : inutile servilité , qui laissa bientôt étendre ce droit important sur toutes les provinces.
Tous les actes politiques de Claude tendirent à accroître l’autorité impériale au détriment des magistratures curules. Ilenleva aux consuls le jugement de certaines affaires criminelles, de sorte qu’ils n’avaient guère d’autre attribution que de donner le nom à l’année; il transféra aux préteurs , dont le nombre fut porté à dix-neuf, la partie la plus considérable de la juridiction criminelle, et leur ôta la garde du trésor, qu’il confia aux questeurs ; il dépouilla ceux-ci des préfectures de l'Italie, qu’il supprima, et leur imposa l'obligation onéreuse de donner des spectacles de gladiateurs à leur entrée en charge. Il laissa les chevaliers, qu'il favorisait, usurper les jugements, c’est-à-dire le droit pour lequel tant de sang avait coulé dans les guerres civiles de Marius et Sylla. Les tribuns furent bientôt réduits au simple rôle d’inspecteurs de police ; le préfet de la cité, qui, chargé d’abord du maintien de l’ordre , fut bientôt investi de la juridiction criminelle , acquit une très-grande importance, au point d’avoir à statuer par appel sur les jugements ordinaires , même en matière civile.
Nous savons qu’Adrien restreignit l’autorité du sénat, et qu’il créa de nouveaux emplois publics, tant dans le palais que dans l’armée (2), bien que l’on ne puisse les déterminer avec précision. Il confia le gouvernement de lItalie à quatre personnages consulaires, prit des chevaliers romains pour secrétaires, pour référendaires et pour conseils, institua l’avocat du fisc qui dut assister à toutes les causes dans lesquelles le trésor impérial était intéressé, et simplifia la législation en promulguant l’Édit perpétuel ; mais il donna ainsi l’exemple à ses successeurs de considérer l'État comme leur propriété, et de ne reculer devant aucune innovation.
Un conseil du prince, qui était comme l’âme du gouvernement et rendait des décrets sous la présidence de l’empereur, formait une cour d’appel suprême; le sénat se trouva dès lors réduit à statuer sur les nouveaux dieux auxquels Rome devait offrir son encens.
(1) Dion, LX, 93.
(2) Auréuius Vicron, Epit.
Édit perpétuel.
Conseil du prince,
L’abaissement d’un corps qui n’était ni élu par le peuple ni soutenu par des forces militaires, ne rencontrait aucune opposition , n’excitait pas de plaintes au dehors; en outre, les droits de cité, en se propageant de plus en plus. dans les provinces éloignées, introduisaient dans le sénat une foule d'individus non-seulementétrangersaux souvenirs de la liberté'et de la république, mais animés d’un dévouement sans bornes pour les empereurs. Le décret de Claude, qui prive de la dignité équestre. quiconque refuse d’entrer dans la curie, nous montre déjà que le titre de sénateur, autrefois le but le plus élevé de l’ambition, était devenu un fardeau; sous Commode , on disait : Un tel a été relégué dans le sénat!
Les pères conscrits confirmèrent donc d’abord comme un fait, puis comme un droit, le pouvoir absolu du monarque sur les biens et la vie de tous , sans que les lois civiles y missent obstacle. On dirait que Dion n’a écrit son histoire que dans la seule intention de démontrer cette vérité ; puis, les jurisconsultes Papien, Paul, Ulpien, et d’autres encore , dont les décisions sont recueillies dans les Pandectes, donnèrent un fondement légal à cette prérogative exorbitante des empereurs. La monarchie put donc, au temps de Sévère, jeter le masque qu’Auguste lui avait fait prendre.
Voilà de quelle manière la tyrannie de pareils monstres devint possible; mais le mal était le fruit tardif de l’immoralité politique de la république. Rome avait été habituée par ses victoires aux abus de la force ; désormais le vainqueur ne lui faisait pas subir un autre traitement que celui dont elle avait trouvé juste d’user envers Carthage et Corinthe. Les misères des peuples subjugués , ie spectacle des triompbhes , les combats de gladiateurs, la vue continuelle desesclaves, rendaient les Romains moins compatissants pour l’homicide que les modernes, accoutumés par la civilisation et la religion à nommer tyran, non-seulement celui qui tue, mais encore celui qui prolonge inutilement les souffrances d’un accusé.
Il est à remarquer aussi que, si les patriciens et les sénateurs avaient tout à souffrir ou tout à redouter , le peuple, abrité dans son obscurité, flatté, accablé de libéralités, ébloui de spectacles , caressé par les mauvais plus que par les bons princes, pouvait aller jusqu’à aimer ceux qui étaient l’opprobre du genre humain. Quand Cligula fut tué, la multitude en fureur demanda la mort de ses meurtriers, et de faux Nérons la trouvèrent disposée en leur faveur. Toute sa politique consistait à désirer un meilleur maître; les pleurs et les lamentations que fit éclater la mort de Germanicus révèlent un peuple qui ne sait espérer de soulagement que de la bonté d’un chef.
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Dureste, il est vrai de dire que le gouvernement impérial était le plus populaire que Rome eût jamais eu. La république n’avait été qu’une oligarchie plus ou moins étendue, dans laquelle quelques tyrans gouvernaient la multitude. Désormais vingt mille tyrannies de patriciens se trouvaient confisquées au profit d’une seule, qui, plus éloignée du menu peuple, lui devenait moins oppressive. L’empereur insulte-et tue chevaliers et sénateurs, mais il respecte la plèbe et se montre pour elle plein de condescendance ; il l’amuse avec des jeux, la gratifie de dons, marche de pair avec elle dans la place, dans les bains publics , et il se garderait bien de lui faire
subir les outrages que lui prodiguaient les Émiliens et lesScipions.
S'il ne demande plus son vote dans les comices, il écoute du moins ses cris dans le cirque et au théâtre , où il n’ose mettre son impatience à l’épreuve, en se faisant trop attendre. Néron luimême, lorsqu'il prend ses ébats à table, entre Pâris et Poppée, n’a pas plus tôt entendu son frémissement tumultueux au pied du palais, qu’il jette sa serviette par la fenêtre, afin de lui prouver son empressement à la satisfaire.
De plus, presque tous les empereurs s’occupèrent à rendre la justice en personne , ce qui délivrait les plaideurs de linextricable réseau de corruption qui les enveloppait sous la république. Les intrigues et la corruption restaient inefficaces toutes les fois qu’il ne s’agissait ni de l'intérêt du prince, ni de celui de ses favoris. Dès ce moment la liberté des citoyens dépend surtout de la juste application de bonnes lois criminelles.
Et puis l’empereur n'est-il pas tribun? De quelque part que descende la protection, peu importe à la plèbe ; les riches payeront , elle aura des jeux et des distributions , et quant à la liberté politique, elle s’en rira comme d’un hochet que font briller à ses yeux ceux qui, n'ayant ni or ni puissance , aspirent à en acquérir. Sans professions manuelles , sans travail, ne vivant que de nouvelles, de libéralités, de spectacles, la multitude romaine aimait ceux qui lui en procuraient ; envieuse des riches comme le pauvre l’est toujours , elle se plaisait à les voir dépouillés d’une opulence acquise par l'oppression des clients ou des provinces , et tremblait que lon ne détruistt l'empire, pour lui rendre l’orgueilleuse cruauté des patriciens.
Quiconque avait le jugement sain ne pouvait donc songer à rétablir la république , d'autant plus que le système représentatif, qui fait participer les sujets au gouvernement du pays, à quelque distance qu’ils soient , était entièrement inconnu, non-seulement dans la pratique, mais encore dans les utopies philosophiques ;
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dès lors cé nombre immense de citoyens appelés à concourir aux comices n’aurait fourni que des instruments de corruption et de tumulte.
Il ne restait , en conséquence, qu’à modérer l’autorité des émperëurs; mais comment y parvenir quand ni lés nobles, ni les Communes , ni le Stcerdoce, n'étaient constitués en corps capable dé lui opposer un contré-poids ? La loi roÿale méttait l’empéreur au: déssus dé toutes les lois; les emplois étaient conférés par lui él l’armée dépendait dé sa Volonté ; il potivait, ën vertu dé l'autorité tribunitienne , annuler tout ce qu’aurait déctété le pétple üu lé sétiat , et cette autorité rendait sa personne Satrée; d’où il résultait qué la moindre résistance était un âcte dé rébellion et d’impiété, qui pouvait être püni coinme ün attehfat à là sûreté püblique.
Peut-être eût-il été possible dé limiter la püissancé impérialé aptès lé meurtre d’un tyran, et le sétiat l’essaÿa après la mott dé Caligula ; Mais qüand le peuple l’eût souffert, it restait encore un pouvoir de fait, pouvoir vivace et prépondérant, l’armée, qui voulait, avant tont, les largesses d'usage ; si l’on tardäit à élire le successeur à l'empire, elle le proclamaïit élle-mêrne : or, célui-Ià aurait été bien mal venu près d’elle, qui aüfait prétendu modérer l’autorité absolue d’un empereur, et lui enlever ainsi les moyens d’être à son égard aussi libéral qu’elle le désirait, où plutôt, qu’elle l’exigeait.
En effet, c'était afin que la force militaire fût corithe incarnée dans l’État qu'Auguste avait créé les gardes prétoriennes , c'est-àdire une armée en permanence cantonnée , contrairement à l’ancienne constitution, au cœut de lItalie. Tibère, sous prétexte dé maintenir la discipliné , d’affranchir les villes des charges du logement militaire, établit les dix cohortes dés prétoriens sur les monts Quirinal et Viminal, darisun camp bien fortifié qui menaçait Rome. Vitellius porta le nombre des prétoriens à seize mille, ce qui suffisait bien pour tenir en respect un fnillion d'hommes sans armes. Mais ces soldats, corrompus dans les loisirs d’une ville opulenté, voyant de près les vices du souverain ét la faiblesse du gouvernement, corprirent que rièn né pouvait leur résister ; dés lors ils donnèrent ou ôtèrent l'empire à leut gré, Sans autre motif souvent que l’éspoir de nouvelles largesses. Les empereurs les ménageaient par prudence , fermaienit les yeux süt léur iridiséipline, achetaient leur faveur et le voté qu'ils se prétendaient en droit de donner comme représentant lé peuple, dont ils étaient l'élite. Les capitaitiés de cés gardes étaient sppstés à nrononcer
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tomifné juges sut les crimes d’État (4); ce qui fit qu’ils surpassèrent én puissance les consüls eux-mêmes, et contribuèrent à anéantir le pouvoir du sénèt. Le despotisme se consolida encore quand Commode joighit aû commandement militaire du préfet du prétoire uné autorité civile, comime ministre d’État et président du conseil du princé. Alors cette dignité devint la première de l’empire, et Ulpien, Papirius, Paul, Modestinus et autres juriscon+ suites célèbres se trouvèrent honorés d’en être investis. Lorsqu’elles s’aperçurent que l'autorité suprême appartenait désofmais aux plus forts, les légions des provinces s’arrogèrent aussi le droit de saluer empereur celui qu’elles voulaient soutenit de leur épée. Ce fut surtout après l’époque dont nous venons de patler, alors que les princes dont elles faisaient choix étaient le plus souvent étrangers , souvetit en lutte l’un contre l’autte , et, commé élus parmi les soldats, obligés de vivre dans les camps, que empire ptit tout à fait l’aspect militairé. L'empereur ne fut plus le premier magistrat de Rome, mais le général de l’armée, octupé uniquement à la satisfaire ou à la refréner ; mais, comme l’ag'andissément de l’empire imposait la nécessité d'entretenir plusiéurs armées, la jalousie faisait que l’une se déclarait contre l’empereur élu par l’autre; ainsi le roseau sur lequel s’étaient appuyés les Césars, se brisait dans leurs mains et les blessait. L'armée était en outre, dans la forme et lé fond, toute différente de celle qui vainquit le monde. Nous avons fait connaître ailleurs la composition des légions, avec leur masse comparte, leur forte armure et leur inévitable javelot. Auguste en fit des troupes stables , distribuées dans les provinces de frontière , dont il se réserva le gouvernement. À cette époque, la jeune noblesse de Rome et de l'Italie ne s’ouvrait plus, en servant dans la cavalerie, la carrière des magistratures publiqtes, mais eh administrant la justice ét les revenus de l’État ; s’ilarrivait qu’elle entrât dans la carrière dés armes, ce n’était ni par le mérite ni par l’ancienneté qu’elle obtenait le commandement d’un escadron ou d’üne cohorté, maïs à prix d'argent où en considération d’un sañg illustre. Trajan ét Adrien, qui donnèrent à l’armée l’organisation qu’elle conserva jusqu’à la fin de l'empire (2), recrutèrent dans
(1) Lamrnne, Vie d'Alexandre, ÿ. 12.
(9) Le résumé de Vécèce, dé Re militari, est fondé sur leürs règlements: Aüguëte asslgnà À cliaque prétorien deux drachmes ou deniers par jour (82 centimes). Domitien porta leur paye à tteuf cent soixante drachimes par 4n, Sont Commode, ils en récevaient douze cent cinquante, d’après ce qui semble résulter d’un passage confus de Dion, LXX VII, discuté par Valois et Reimar, Quant aùx 15,
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les provinces, et même parmi les sujets, la cavalerie de même que les légionnaires; puis , sous Claude {T, on introduisit les barbares, qui furent ensuite accueillis sans distinction.
Certains pays étaient tenus de fournir des troupes auxiliaires que l’on exerçait à la discipline romaine , mais avec les armes auxquelles chacun était habitué, selon sa patrie et son éducation, Dès lors toute légion pouvait affronter quelque nation que ce fût, sans s'inquiéter de la manière dont elle était armée; en outre, elle avait à sa suite dix grandes machines de guerre, cinquantecinq plus petites pour lancer des projectiles, et l’attirail nécessaire pour établir un camp.
Seize des vingt-cinq légions qu’entretenait Auguste furent licenciées après lui ou incorporées dans les autres ; mais Néron , Galba, Vespasien, Domitien, Trajan, Marc-Aurèle et Sévère en formèrent treize autres. Chacune se composait de cinq mille hommes (1). Au temps d'Alexandre Sévère , trois avaient leurs cantonnements en Bretagne , unè dans la haute et deux dans la basse Germanie; une en Italie, une en Espagne , une en Numidie , une chez les Arabes , deux dans la Palestine , autant dans la Mésopotamie, autant dans la Cappadoce , deux dans la basse et une dans la haute Médie, une dans le Norique, une dans la Rhétie; on ignore où se trouvaient les deux autres (2). Leur nombre varia dans la suite, et l’on en compta jusqu’à trente-sept sous Dioclétien. La distinction des troupes en palatines et de frontière, fut pour les unes une cause de corruption, ét de découragement pour les autres : les premières , avec.une solde plus grande, étaient destinées aux loisirs des villes; les autres, aux fatigues des camps. Aussi, les troupes de frontière, jalouses de l’opulente oisiveté de leurs compagnons, mettaient peu d’ardeur à repousser l’ennemi.
Les campements romains devinrent des villes importantes le long du Rhin et du Danube, comme Castra Regia (Ratisbonne ), Batava Castra (Passau), Præsidium Pompei (Raschia), Castellum (Kostendilkaraul), et les noms anglais, si nombreux, qui finissent en chester. Tels étaient les moyens employés pour garder les frontières. Dans les pays qui. offraient des points de défense na-
autres troupes, elles eurent, depuis l’année 536 jusqu'à l’année 703, vingt-cinq centimes par jour; sous Jules César, cinquante et un; sous Auguste, quaranteneuf; quarante-huit. sous Tibère, quarante-cinq sous Néron, quarante-quatre sous Galba, quarante-trois sous Othon, quarante-quatre sous Vitellius, Vespasien et Titus, cinquante:sept sous Domitien,
(1) LamPRipe, Vie d'Alexandre, p. 131,
(2) Dion, IV.
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turels, on établissait une simple ligne de postes fortifiés, comme les cinquante châteaux construits par Drusus le long du bas Rhin, et quelques autres sur le haut Rhin et le Danube; si nulle barrière naturelle ne protégeait contre les barbares, on élevait des murailles, comme celle de Bretagne, une autre entre le Rhin et le Danube, et la Dacique.
Un défaut capital de la constitution impériale, c'était d'établir une séparation complète entre l’état civil et l’état militaire, en laissant des citoyens désarmés en présence de légions sur le pied de guerre, et qui seulés , habituees à la vie des camps et à combattre sans cesse, conservaier ‘ quelque chose de l’ancien esprit romain. Le peuple ne pouvait gère plus contre elles qu’aujourd’hui cent millions d’Indiens contre vingt mille Anglais; le prince lui-même ne se maintenait au pouvoir qu’autant qu'il était grand capitaine. Nous verrons donc l’empire occupé par une série de guerriers remarquables, qui peut-être retardèrent l’invasion dont il était menacé de toutes parts, mais qui portèrent sur le trône les habitudes despotiques et cruelles contractées dans les camps. Le fer les élevait et les renversait subitement. Toute réforme ‘était entravée par ces brusques changements de règne, aussi bien que par la nécessité où se trouvaient les empereurs de veiller sans cesse en armes contre les étrangers et les usurpateurs; ceux-ci, se soulevant avec un droit égal au leur, n'étaient pas plutôt légitimés par l'événement, qu'ils mettaient tous leurs soins à conserver l'affection des soldats, par reconnaissance du passé et par crainte de l'avenir. Les soldats étaient donc tout; pus, comme après l’extinction de la famille des Césars et de celle des Flaviens et des Antonins qui régnèrent ensuite , il ne restait pas même une ombre de légitimité pour soutenir des princes de fortune , ils se sentirent le pouvoir de faire et de défaire, d’élever les empereurs sur le pavois , ou de briser le sceptre avec le glaive.
Les finances changèrent aussi d’aspect avec l'empire (1). Les triomphes avaient d’abord rempli le trésor et énrichi Rome ; quand ils cessèvent, l’œuvre bienfaisante du commerce reporta dans les pays éloignés ce qui avait afflué en Italie. L'entretien d’une armée inactive et d’une cour augmenta sans mesure les dépenses; Vespasien, prince plutôt avare qu’économe , disait que, l’adininistration et la défense de l'empire coûtaient par an quatre mille millions de sesterces (2). On peut dès lors s’imaginer ce que devait
(1) Le traité de Hecewiscu Sur les finances romaines, tient plus que uc pere mel le titre.
(3) Suérone, Vie de Vespasien, 17, Queiques-un: lisent quaranle mille mile
Finances.
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