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CHAPITRE XVI

L'absence de guerres et le mouvement des esprits, de Vespasien à Marc-Aurèle, amenèrent une renaissance intellectuelle dans l'empire , et l’on vit pros6re 2 Aouvean la littérature sous les premiers Flaviens, les arts sous Adrien, la philosophie sous les Antonins. Nous avons déjà vu Marc-Aurèle la cultiver, écrivant luimême , et favorisant ceux qui la prenaient pour sujet de leurs discussions ou de leurs écrits. Plusieurs continuaient en Grèce à enseigner dans les écoles, tout en se montrant indignes, par leur ostentation orgueilleuse , du titre de philosophes. Parmi les plus renommés fut Polémon de Laodicée, qui attirait à Smyrne une foule de Grecs, toujours avides de discussions et de subtilités. Héroûc Atticus, émerveillé de son savoir, lui envoya une grosse somme d'argent , qu’il refusa jusqu’à ce qu’elle eût été considérablement augmentée. Le roi du Bosphore, étant ven: admirer les sages du pays, dut, pour voir Polémon, se rendre chez lui de sa personne , et lui offrir six talents ; atteint de la goutte, ce philosophe se fit descendre vivant dans le tombeau de ses ancêtres, afin que le soleil ne püût le voir réduit au silence (1).

Lucien a écrit la vie de Démonax, cynique moins grossier que les autres, lequel. hien que riche et instruit, se réduisit à une pauvreté volontaire ; puis . hors d’état, dans sa vieillesse , de suffire à ses bescins sans le secours d'autrui, il se laissa mourir plutôt que de demander assistance. Les Athéniens se proposant d'introduire chez eux les combats de gladiateurs, il leur dit : Abattez donc d'abord l'aut: de la Pitié! I répondit à l’empereur, qui l’interrogeait sur la meilleure manière de gouverner : Parler peu, érouter beaucoup, éviter la colère.

Philostrate pourrait nou: ‘ournir d’autres anecdotes curieuses sur ces professeurs «: hilosophie, dont la plupart turbulents , paresseux , tiraient . 16 ce la grossièreté avec laquelle ils péroraient et gourmandaient les autres; ils consacraient toute leur vie à discuter, à décocher des traits contre les riches, tout en quêtant leurs dîners ou les fonctions de pédagogues de leurs en-

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fants (1). Une fois entrés dans les maisons, il n’était pas de bassessesauxquelles ils ne descendissent pour satisfaire aux exigences des maîtres, qui faisaient du pédagogue une espèce de bouffon , un entremetteur, et pis encore.

Épictète , l’esclave d’Épaphrodite , affranchi et ministre des plaisirs de Néron, se tint à l’écart de cette tourbe. Rendu à la liberté, il se mit à discourir sur les places de Rome, comme avaient fait ses modèles Diogène et Socrate; mais la multitude romaine, qui avait d’autres habitudes que celles de la Grèce, le maltraita , et il dut se retirer dans une école. Banni avec les autres philosophes

(1) Lucien, dans l’Icare-Ménippe, fait gourmander les philosophes par Jupiter dans l’assemblée des dieux : « Il n’y a pas longtemps qu'ils ont fait apparition dans le monde ; c’est une race fainéante, tracassière, vaniteuse, enragée, jalouse, folle, orgueilleuse et méchante, un fardeau inutile pour la terre. ils se divisent en sectes, et ont inventé divers raisonnements entortillés : les uns s’appellent stoïciens, d’autres académiciens, ceux-là péripatéticiens ; il en est dont les titres sont encore plus ridicules. Sous le voile respectable de la vertu, le sourcil froncé, la barbe très-longue, ils cachent des mœurs dépravées, et vont s’insinuant partout, comme des acteurs de théâtre, dont il ne reste, si on leur enlève le masque, que de pauvres hères desquels on achète les exercices moyennant sept drachimes. Ils racontent des dieux les choses les plus absurdes, et, s'adressant de prétérence à de jeunes dupes, ils mettent en tragédie cette vertu déclamatoire, et leur enseignent à douter. Ils vantent sans cesse à leurs disciples la force d'âne et la tempérance; ils condamnent la richesse et la volupté; mais qui pourrait dire, lors qu’ils se trouvent seuls, leurs festins, leur luxure, leur avarice, qui va jusqu’à leur faire rogner les oboles ? Le pis est que, ne se livrant à amcun travail, soit public, soit privé, ne valant rien en temps de paix et

it pas aptes à la guerre, ils n’en accusent pas moins les autres ; cousant ensemble quelques phrases impertinentes, quelques paroles grossières, ils gourmandent, ils censurent le prochain; celui qui sait crier ie plus fort, médire avec le plus de témérité et d’effronterie, mérite parmi eux le premier rang. Mais si vous demandez à cet homme qui se récrie et accuse les autres : Que fais-lu d’utile à la vie humaine ? ildevra certainement répondre, s’il veut être sincère : Naviguer, cultiver la terre, porter les armes, exercer un métier quelconque, me paraît chose oiseuse ; mais je crie, je me défigure, je me lave avec de l'eau froide, je vais pieds nus en hiver, et, comme Momus, je calomnie les actions des autres. Si quelque riche donne des banquets splendides ou entretient une courtisane , je m'en inquiète et m'en courrouce grandement ; mais si quelqu'un de mes amis ou de mes compagnons est en proie à la maladie, s’il a besoin d’aide ou de soin, je n’en prends souci. Voilà, à dieux, ce que sont ces animaux-là. Ceux d’entre eux qui s’appellent épicuriens surpassent les autres en impertinence; ils nous maltraitent sans mesure, disant que nous autres dieux nous ne nous occupons en rien des choses humaines, et ne faisons nulle attention à ce qui se passe dans le monde. D’après cela, vous voyez qu'il est temps de délibérer à leur sujet ; car, s’ils peuvent une fois persuader le monde de ce qu’ils avancent, vous mourrez de faim, puisqu'il n’y aura plus personne pour vous faire des sacrifices , quand on n’en espérera aucun profit. »

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