‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 135 · LES · texte numérisé non relu

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par le décret de Domitien, il revint quand l’orage fut passé, et vécut à Rome jusqu’en l’année 117.

Étranger aux brigues dont s’occupaient activement les stoïciens, ainsi qu’à leur ostentation , il disait à ses disciples : Si vous savez vous contenter de peu, n’en lirez pas vanilé; si vous buvez de l'eau , n'en faites pas montre en public, et, si vous vous exercez à des travaux pénibles ; que ce soit en particulier. Il ajoutait qu'il faut s’adonner à la philosophie avec une âme pure, qu’autrement ses préceptes se corrompent. Dédaignant les ornements de l’éloquence , il leur préférait un langage simple, nerveux, et il avait réduit sa philosophie à cet axiome : ’Améyou at dvéyou (Supporte et abstiens-toi). I comparait la fortune à une fille bien née qui se prostitue à ses esclaves. Il se raillait des grands, n’en faisant guère plus de cas que des esclaves, dont ils ne diffèrent que parce qu’ils vont vêtus de pourpre au lieu de bure; on les flatte, suivant lui, de même qu’on étrille les ânes, pour en tirer des services. Il combattait sans relâche l'opinion et la fortune , les deux choses qui gouvernent le monde. Il croyait à l’existence d’un seul Dieu , à limmortalité de l'âme, et pensait que certaines choses dépendent de nous, comme l'opinion, l’inclination, le désir, éloignement, tout ce qui est acte; d’autres non, comme le corps, les richesses, la réputation, les commandements. « Ce qui dépend de nous, » disait-il, « est libre desa nature, et personne ne peut le contrarier ; « ce qui ne dépend pas de nous est instable , au contraire : c’est « donc une folie de s’en mettre en peine. Notre bonheur consiste « à être libres, ce à quoi l’on n’arrive qu’en méprisant tout ce qui « n’est pas en notre pouvoir. Si vous pensez chaque jour aux « maux de cette vie et à sa fin, vous ne désirerez jamais rien avec « ardeur. Celui-là fait mal qui soumet sa volonté à celle d’autrui, « en se rendant ainsi misérablement esclave. Quand un malheur « nous arrive, examinons s’il provient de notre faute ou de celle « des autres : si c’est de la nôtre, prenons-nous-en à nous-mêmes ; « si la méchanceté d'autrui en est cause, ne nous en tourmentons « pas, puisque nous ne sommes pas maîtres des actions des autres. « Les hommes ne sont pas molestés par les choses, mais par les « opinions. Ne désirez jamais que les choses soient autrement « qu’elles ne sont. N’attachez pas plus votre cœur à ce que vous « possédez que le voyageur à l’hôtellerie; qu’une méchante « femme, un esclave insubordonné, ne vous mettent pas en colère. « Qu'importe que le vulgaire nous croie insensés, pourvu que « nous nous sentions contents de nous-mêmes? » ii disait encore que celui-là commence à devenir

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cuse que lui de ses propres disgrâces ; qu’il l'est tout à fait, quand il n’en accuse ni lui ni les autres. Dans la pratique, il se montrait ce qu’il était dans l’enseignement : il se mettait proprement, bien qu’il détestât le luxe, et ne voulait pas qu’on attendit le conseil des oracles pour assister un ami; il disait que le sage peut seul avoir des amis , parce que, seul, il peut distinguer l’homme de bien du méchant.

Un jour que son maître s’amusait à le torturer, Épictète lui dit : Prenez garde, vous alles me casser la jambe. Mais celui-ci, ayant continué, la lui rompit en effet, et le philosophe n’ajouta que ces mots : Je vous l'avais bien dit.

Toute sa richesse consistait en une lampe de terre, qui fut ensuite vendue un prix énorme; mais son extrême pauvreté ne l’empêcha point de recueillir et d’élever le fils d’un de ses amis, que son indigence avait forcé d’abandonner cet enfant. Il compatissait aux faiblesses des autres, et, loin de conseiller le suicide, il disait que nous sommes obligés de conserver le poste que nous a assigné la Providence, jusqu’à ce qu’elle nous en ait relevés.

On ne saurait dire jusqu’à quel point l’historien Arrien , son disciple, qui nous a transmis ses paroles et ses actions, comme Xénophon celles de Socrate, a pu y ajouter ; mais, après avoir été séduit à la lecture de son Manuel par une apparence de force et de rigidité , on trouve, en réfléchissant, qu’il y manque beaucoup, et que sa morale n’a point de sanction; on voit sous le manteau stoïque percer l’orgueil , un égoïsme sans entrailles, une apathie d'école, une rigueur désolante qui n’est pas la vertu.

Marcus Annæus Seneca, de Cordoue , surnommé le Déclamateur, parce qu’il recueillit les harangues des orateurs les plus renommés de son temps, vint chercher fortune à Rome, sous le règne d’Auguste, avec deux de ses fils, Marcus et Lucius , laissant en Espagne le troisième, qui fut le père du poëte Lucain. Inscrit à Rome parmi les chevaliers, il éleva avec beaucoup de soin ses deux fils, et Lucius Annæus s’adonna avec ardeur d’abord à l’éloquence, puis à ia philosophie stoïque. Il commença , conformément aux doctrines pythagoriciennes , par s’abstenir de toute espèce de viandes; mais il en reprit l’usage, pour ne pas être confondu avec les Hébreux et les Égyptiens, quand il les vit persécutés ; il s’abstint toujours néanmoins des champignons et des huitres, comme excitant à l’intempérance, du vin, des parfums et des spectacles (1).

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