‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 60 sur 135 · AS S · texte numérisé non relu

AS S

P, Méla, LA

Denys le l'eritgète.

et la Ligurie ; quant aux faits relatifs à ces pays, il raconte ce qu’il a vu, et, pour le reste, il parle sur la foi des autres. 11 donne en dix-sept livres l’histoire de la géographie, depuis Homère jusqu’à Auguste. Lorsqu'il traite des origines et des migrations des peuples , de la fondation des villes et des États, des personnages les plus célèbres, il sait faire preuve de critique. Dans le seizième livre, il dit que la Comagène venait d’être réduite en province; et ce fait, qui date de l’an 18 du Christ, est l’unique renseignement que nous ayons sur l’époque à laquelle il vivait. Il nous a déjà servi de guide pour parcourir le monde connu. Si nous n’étions habitués à voir les anciens ignorer les écrits de leurs prédécesseurs même les plus fameux, nous nous étonnerions qu’un ouvrage aussi important que celui de Strabon n’ait pas été connu de Pausanias, Pline, Josèphe et Plutarque.

L’Espagnol Pomponius Méla ne vit pas de ss propres yeux, comme Strabon. Son ouvrage (de Silu orbis), dans lequel il résume le système d’Ératosthène , est d’un style élégant et concis; semé de descriptions gracieuses et de discussions de physique ou de souvenirs historiques, il échappe à l’aridité d’une nomerclature. Mais, comme il ne s'inquiète pas de la véracité des au-

teurs auxquels il emprunte ses renseignements , *! laisse beau-

coup à désirer; ainsi il donne comme existant encore ce qui n’est plus depuis longtemps, tandis qu’on cherche en vain dans son livre Cannes, Munda,Pharsale , Leuctres, Mantinée , lieux célèbres par de grandes batailles ; Persépolis, Jérusalem, capitales notables ; Stagire, patrie du grand philosophe.

Sous Tibère mourut Denys le Périégète , qui fit une description du monde en bons vers grecs; mais l'ouvrage qui porte son nom est attribué par quelques-uns à un contemporain de Marc-A urèle. Il n’ajoute rien d’ailleurs à Strabon.

Les géographes anciens, esclaves du vieil esprit littéraire, dénaturent souvent les noms, les passent même sous silence, quand ils ne peuvent bien les approprier à leur langue (1) ; ils laissent ainsi se perdre ceux qui avaient le plus d'originalité et au moyen desquels la philologie aurait pu éclairer l’histoire des populations. En outre, ils n'avaient pas donné une base mathématique à leurs systèmes , se contentant des positions terrestres, de latitudes grossièrement indiquées, et s'appuyant sur des itinéraires peints ou annotés , c’est-à-dire, dessinés sur le papier ou rédigés par écrit.

(1) Digna memoratu, aut latiali sermone dictu facilia, (Pine, ce que l'on voit aucsi dans Srnanow, MÉLa, ete.)

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La géographie fut enfin traitée scientifiquement par Claude Ptolémée, qui se déclarait redevable de ses connaissances à Marin de Tyr. Ce géographe, qui vécut vers l’an 100 de J. C. avait recueilli les relations des voyageurs en les rectifiant , et se servit peut-être des descriptions que les Phéniciens , selon l’usage , déposaient dans leurs temples , et d’une ou de plusieurs cartes sur lesquelles ces intrépides navigateurs auraient dessiné tout ce qu’ils avaicnt appris dans leurs courses sur la conformation de la terre et la situation des pays; mais son ouvrage a péri. Nous n’avons pas raème celui de Ptolémée, maïs une compilation postérieure, et tout ce que l’on sait de ce prince des géographes, c’est qu’il fit sa dernière observation le 2 février 141. Dans le premier des huit livres de sa Géographie (Tewypagixh ’Apñynow) il fait connaître l'origine et le but de son travail, ainsi que sa manière de dresser des cartes géographiques; les six livres suivants ne sont guère qu’une nomenclature des villes, des montagnes et des fleuves, accompagnée pourtant de l’indication de leur situation par longitude et latitude. Le dernier contient une liste de trois cent cinquante villes, dans laquelle est mentionnée la Curée du jour le plus long de l’année dans chacune d’elles , afin d’en déterminer la position. A l'ouvrage sont annexées vingt-six cartes, dont dix sont relatives à l’Europe , quatre à l’Afrique et douze à l’Asie; elles sont attribuées, dans les exemplaires subsistants, à un mécanicien d’Alexandrienommé Agathodémon(’Ayatodalpuv unyavixdc AeEavôpetoc dreruruoe ), qui n’eut autre chose à faire que de reproduire ce qui était mis sous ses yeux par Ptolémée. Sa mappemonde était couverte d’un réseau où l’on voyait un méridien tracé de cinq en cinq degrés, tandis que les parallèles passaient par les villes principales, telles que Syène , Alexandrie , Rhodes et Byzance. Comme il avait donné au degré cinq cents stades de longueur au lieu de six cents, toutes ses autres indications tombèrent à faux. Dans les latitudes, alors que le degré serait üc quatre cent quatre-vingt-cinq stades scus le parallèle de Rhodes, il }’ivalue à quatre cent quarantequatre, différence peu grave, du reste; en réuisant les stades dans cette proportion, on connaît dans quelle mesure il faisait son profit des observations antérieures. Combien Ératosthène, qui avait, comme directeur de la bibliothèque d’Alexandrie , tant de riches matériaux sous la main , reste loin du savoir de Ptolémée ! Strabon , qui s'appuie sur le premier, ne connait point encore le nord de l’Asie; il croit que la mer Caspienne est un golfe du grand Océan , et il avoue que de là jusqu’à l’Elbe il marche dans les ténèbres: il dit fort peu de chose de linde en decà du Gange, rien

de la partie qui est située au delà, et il ne connaît l’Arabie que d’après ce que lui en a raconté en Égypte le général Ælius Gallus.

Ptolémée, au contraire, connaît, bien qu’inexactement , nonseulement les côtes , mais encore le centre de l’Inde et une vingtaine de villes et ports de la Taprobane ; c’est le premier qui décrit les pays situés au delà du Gange, et nomme beaucoup de localités de l’intérieur de l'Arabie. La péninsule du Jutland et ses habitants lui sont connus; il détermine les territoires habités par différents peuples germains depuis la Pologne jusqu’à la Baltique , et sait que de vastes pays s'étendent au nord de la mer Caspienne. La science avait avancé dans l’espace d’un siècle et demi, moins par l’effet des conquêtes que par le commerce , devenu plus libre et plus régulier, et par les expéditions de découvertes (périples) par terre et par mer. Ainsi Ptolémée dut des renseignements sur l’Asie orientale à la relation de Titianus , négociant macédonien , qui avait envoyé ses agents, par terre , dans la Mésopotamie et le long du Taurus, et, dans les Indes , jusqu’à la capitale des Sères. |

La confusion qu’il fit des stades des différents peuples, son peu de critique dans le choix de ses matériaux et des observations astronomiques inexactes l’entraînèrent dans des erreurs grossières ; on ne connut pourtant, durant quatorze siècles , d’autre manuel systématique que sa géographie, et c’est toujours ce que nous avons de mieux, en fait de renseignements , sur cette science chez les anciens. Sa Grande Construction (MeyaAn Xüvraëis) , en treize livres, comprend toutes les observations et problèmes des anciens sur la géométrie et l'astronomie. Il ne fut pas grand astronome, mais bon mathématicien , et se montra très-laborieux dans le soin qu’il prit de rassembler tout ce qui était épars dans les traités de ses prédécesseurs. La grande réputation dont il jouit doit être attribuée à la rareté des écrits d’Hipparque, où il copia { ce qui est vraiment répréhensible ) dans sa Syntaxe , c’est-à-dire sa trigonométrie, la partie purement sphérique et la théorie mathématique des éclipses. Son ouvrage fut traduit en arabe en 827, sous le titre de Tahrir al magesthi; de là le nom d’Almageste, sous lequel il est connu (1).

(1) La première édition de P£olémée, en latin, a été publiée en 1475 ; letexte grec ne fut imprimé qu'en 1533, à Bâle, par les soins d'Érasme ; puis à Paris, en 1546, avec toutes les erreurs de la précédente. Une troisième édition grecquelatine en fut faite à Francfort en 1605, avec des cartes de Mercator ; elle fut ensuite reproduite en 1616 et en 1618. L'abbé Halma en commença une en 1813- 1815, à Paris, avec une traduction de lui et des notes de Delambre; mais elle

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