CHAPITRE XVI
La littérature , si brillante du temps d’Auguste , ne déclina point par degrés , mais tomba tont à coup; e’est une preuve que l’heureux triumvir n’eut que peu d'influence sur le siècle qui garde son nom et sur les génies dont il fut le contemporain. Quand il mourut, on n’entendait plus retentir que la voix plaintive d’Ovide, que son abondance parasite, ses tournures forcées , l’abus des détails, les jeux de mots, placent aussi loin d’Horace , de Virgile et de Tibulle, qu’Euripide l’est de Sophocle (3). Après lui, la littérature fut plutôt, à vrai dire , anéantie que corrompue; car, si nous exceptons Phèdre , dont l’authenticité est douteuse , il n’y a pas, durant un siècle, un seul écrivain romain, En couvrant les savants du manteau impérial , Auguste les avait habitués à considérer létude , non comme une noble application de l’esprit et un épanchement nécessaire à des sentiments purs et élevés , mais comme une profession , un métier ; aussi, quand les maisons de campagne , les dons, les banquets, vinrent à manquer, les Muses perdirent la voix. IL était aussi dangereux de louer Tibère que de le blâmer. Caligula jalousait chez les autres tout ce qui brillait. Claude , savant imbécile , et d’autres empereurs encore, soupçonneux ou fous
(1)'Acu xéraox alé répaë Cauvapéveuc aiarov. ( HEsycnius, Lexicon. )
(2) Sérénus Sammonicus, maître de Gordien le jeune , nous a laissé un poëme sur la médecine, dans lequel il conseille Pabracadabra dans les cas de fièvre hémitritée :
Inscribas chartæ quod dicitur abracadabra Sæpius, et subter repetas, sed detrahe summaæ ; Et magis atque magis desint elementa figuris Singula, quæ semper rapies, et cætera figes, * Donec in angustum redigatur litera conum :
His lino neæis collum redimire memento.
(3) Dans les Études de mœurs et de critique sur les poètes latins de la décadence, par M. D. Nisano (Paris, 1834 ), l'auteur fait plus usage de la finesse de son goût pour attaquer ses contemporains que pour apprécier à leur juste valeur les écrivains du temps passé.
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furieux, condamnèrent, soit ;à la mo’. soit à Pexil ceux qui les surpassaient en éloquence , et ils prétendirent parfois décerner par décret le titre d’orateur. Quelques vers imprudents valurent à Ælius Saturninus d’être précipité du Capitole; Sextus Paconianus fut étranglé en prison, et M. Scaurus envoyé à la mort pour une tragédie où Tibère crut se reconnaître dans le personnage d’Agamemnon ; Crémutius Cordus se vit blâmé pour avoir loué Brutus et appelé Cassius le dernier des Romains (1). Pline était tellement en défiance, sous le règne de Néron, qu’il se mit à écrire sur des questions de grammaire.
Sauf l’empereur, quel élément d'inspiration restait-il à la littérature romaine, qui, pleine du sentiment politique de la grandeur de la patrie, n’avait jamais puisé à cette source inépuisable de pensées , la vie du peuple? Elle dut donc se plonger dans la flatterie. Stace flatte, non-seulement Domitien , mais quiconque est riche dans Rome : Valère-Maxime et Velléius Paterculus exaltent les vertus de Tibère; Quintilien, la sainteté de Domitien, et, ce qui devait coûter encore plus à son goût, le talent de ce prince en fait d’éloquence ; il l'appelle le plus grand des poëtes, le remerciant de la protection divine qu’il accorde aux travaux littéraires, et d’avoir banni les philosophes , qui avaient poussé l’arrogance jusqu’à se croire plus sages que l’empereur. Martial baise la poussière foulée par les pieds de Domitien , et pour lui ce n’est pas assez de le mettre au rang des dieux. Juvénal flatte, Tacite flatte aussi. Pline le Jeune ne sait donner à Trajan que des louanges exagérées ; l’autre Pline flattait Vespasien, qui peut-être agréa la dédicace de l'Histoire naturelle, parce qu’en appelant les citoyens à la contemplation de l’univers elle les détournait de réfléchir sur eux-mêmes; mais quand, sous son règne, Maternus composa une tragédie de Caton, il dut bien vite modérer des expressions qui sonnaient mal à des oreilles puissantes. Sénèque flatte Claude x et, pour inviter Néron à la clémence, il lui accorde le droit de tuer tout le monde, de tout anéantir; c’est en mettant jusqu’à un certain point sa force en opposition avec la faiblesse de l’univers qu’il cherche à lui inspirer la pitié à l’aide de l’orgueil,
Pouvait-il en être autrement ? Personne ne lisait alors, si ce n’est l'aristocratie ; l’auteur ne pouvait donc conserver l'espoir de créer son public. L’élite de la société ne pouvait non plus acheter, comme aujourd’hui, assez d'exemplaires d’un livre pour que l’auteur y trouvât une récompense proportionnée à son mérite ou à
(1) Dion, LV, 22. — Tacire, Ann., VI, 39 et 93 EV, 34. 19,
sa réputation. Chaque personnage opulent avait des esclaves exclusivement chargés de transcrire et de relier les livres qu’il voulait avoir. La masse du peuple ne lisait que quelques ouvrages mis à sa disposition par les empereurs dans les bibliothèques ou dans les bains publics; aussi lécrivain, qui s’applaudissait d’être lu partout où arrivaient des gouverneurs ou des commandants romains, se trouvait-il contraint de mendier son pain et une aumône auprès d’un patron, de lintendant de quelque Mécène ou du distributeur des largesses publiques (1). Et comment les obtenir sans louer? et comment louer des maîtres exécrables ou de lâches serviteurs, sans se faire adulateur ?
D'un autre côté, quels souvenirs d’un temps plus libre , quelles traditions républicaines à réveiller chez ces étrangers accourus à Rome pour avoir part aux libéralités impériales, chez ces affranchis parvenus à siéger dans le sénat à force de ramper devant leurs maîtres ? Ils ne voyaient pas au delà du jour actuel, et cela leur suffisait pour faire l’apothéose des maîtres du monde.
La vie publique des temps de liberté avait fait place à la tranquillité muette de la tyrannie ; le jugement redoutable et sans appel des assemblées populaires avait cessé , et le caprice de quelques sociétés restreintes, ou celui des grands chez lesquels les gens de lettres trouvaient accueil , décidait du mérite des auteurs. Auguste se moquait du style prétentieux de quelques écrivains et des expressions surannées de Tibère; il disait à sa nièce Agrippine : Je m'étudie surtout à parler et à écrire naturellement (2). Mais, si l’étude des anciens ne lui plaisait pas, c’était peut-être à cause des idées qui se trouvaient dans leurs œuvres. Son favori Mécène avait un style lâche et recherché (3). Asinius Pollion était plus
(1) Omnis in hoc gracili xeniorum turba libello Constabit mummis quatuor emta tibi.
Quatuor est nimium ; poterit constare duobus, Et faciet lucrum bibliopola Tryphon.
Haxc licet hospitibus pro munere disticha mittas, Si tibi tam rarus quam mihi nummus erit.
(Manr., XII, 3.)
(2) Suéronr, Vie d'Auguste, 86.
(3) Isidore nous a conservé quelques vers adressés à Horace par Mécène :
Lugent, o mea vila, te smaragdus, Beryllus quoque, Flacce; nec nitentes Nuper, candida margarita, quxro, Nec quos Thynica lima perpolivit Annellos, nec iaspios lapillos.
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Idem et disso el conti epistola « mel g « Tiber « Porse Saturn.,
(1) Sc le plus ( phique, Pollion prædic atque y speraqt libus, c r'um m habeba nera d Jortius eas nor certior animo, gi, q est. Al Lam m
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que sévère à l’égard des écrivains les plus célèbres ; il reprochai: à Salluste des expressions vieillies, à Tite-Live d’avoir conservé quelques locutions usitées dans Padoue, sa patrie, à César la négligence et la mauvaise foi. Il se montra surtout l’adversaire déclaré de Cicéron; un jour qu’il se trouvait dans la maison de Messala au moment où un certain Popilius Lænas s’apprêtait à lire un poëme sur la mort du grand orateur, à peine eut-il entendu le premier vers,
Deflendus Cicero est, Latiæque silentia linguæ,
qu’il se leva de mauvaise humeur et s’en alla, comme s’il eût été courroucé d’être compté lui-même parmi les muets, quand son fils venait d'écrire un livre dans lequel il lui donnait sur Tullius la palme de l’éloquence. Le style de Pollion était sec, obscur, saccadé (1) ; mais il était l’ami de l’empereur, il avait une bonne bi-
Et SUÉTONE ceux-ci :
Ni le visceribus meis, Horati, Jam plus diligo, tu tuum sodalem Ninnio videas strigosiorem.
MACROBE nous a transmis un billet dans lequel Auguste se moquait de Mécène en contrefaisant son style :
Idem Augustus, quia Mæcenatem suum noverat esse stylo remisso, molli et dissoluto, talem se in epistolis, quas ad eum scribebat, sæpius exhibebat, el contra castigationem loquendi, quam alias ille scribendo servabat, in epistola ad Mæcenatem familiari, plura in jocos effusa sublexuit : « Vale, « mel gentium, melcule, ebur ex Btruria, laser Aretinum, adamas supernas, « Tiberinum margaritum, Cilniorum smaragde, jaspi figulorum, berylle « Porsennæ, carbunculum habeas, Via auvréuw névra, uéhayua mæcharum.» Saturn., 11, 4.
(1) Sénèque nous a conservé un passage de Pollion (Suasor. 7 ), qu'il dit être le plus éloquent de son histoire; nous le rapportons comme échantillon philosophique, et parce qu'il y est parlé de Cicéron sans cette hostilité que l’on impute à Pollion : Æujus ergo viri, tot tantisque operibus mansuris in omne ævum, prædicare de ingenio et industria supervacuum est. Natura autem pariler atque fortuna obsecuta est. Ei quidem facies decora ad senectulem, prosperaque permansit valetudo : tum pax diutina, cujus instructus erat arlibus, contigil, namque a prisca severitate judicis exacti maximorum nozxiorum mullitudo provenit, quos obstrictos patrocinio, incolumes plerosque habebat. Jam felicissima consulatus ei sors petendi, el gerendi magna munera dem consilio, industriaque. Utinam moderatius secundas res, el Jortius adversas ferre potuisset ! namque utraque cum vencerat ei, mulari eas non posse rebatur. Inde suntinvidiæ tempestates coortx graves in eum, certiorque inimicis aggrediendi fiducia : majori enim simullates appetebat animo, quam gerebat. Sed quando mortalium nulla virtus perfecta contigi, qua major pars vitæ atque ingenii stelit, ea judicandum de homine est. Alque ego ne miserandi quidem exitus eum fuisse judicarem, nisi ipse
Lam miseram mortem nulacset
Ÿ HV UTEUL s
Bibliothèques.
bliothèque , une belle maison de campagne, un excellent cuisinier, et dès lors il devait trouver, non-seulement l’indulgence qu’il refusait aux autres, mais encore la louange , et ses jugements ne pouvaient être que des oracles. Adrien aussi préférait Caton à Cicéron , Ennius à Virgile, Cœlius à Salluste (1), et le jugement d’un prince trouve des milliers d’approbateurs.
La formation d’une bibliothèque était, à cette époque, un objet de luxe; outre celles qui furent annexées par Auguste au temple d’Apollon Palatin et au portique d’Octavie, Tibère en établit une dans le Capitole. Il ne paraît pas qu’elle ait été brülée dans l’incendie allumé par Néron , comme le fut probablement celle du Palatin et une autre qui existait dans le Capitole , et que la foudre consuma sous le règne de Commode (2) ; cette dernière est peutêtre cellequi avait été fondée par Sylla. Vespasien plaça aussi dans le temple de la Paix, avec divers monuments d’art et de sciences , une bibliothèque que Domitien enrichit de nombreuses reproductions faites par des copistes qu’il entretenait à Alexandrie. Celle de Trajan, nommée Ulpienne, fut ensuite transportée dans les thermes de Dioclétien. La dernière bibliothèque publique dont il soit fait mention est celle que Sérénus Sammonicus légua par testament à l’empereur Gordien le jeune, qui avait été son élève ; elle se composait de soixante-deux mille volumes, nombre prodigieux pour une collection particulière.
Certains empereurs se préoccupèrent en outre, soin négligé au temps de la république, de l'instruction publique : César accorda les droits de cité aux médecins et aux professeurs d’arts libéraux, c’est-à-dire aux légistes, grammairiens, rhéteurs et géomètres ; Vespasien, le premier, assigna sur le trésor cent mille sesterces (17,800 fr.) par an aux rhéteurs grecs et latins, tandis qu’on en donnait, dans une proportion qui s’est accrue aujourd’hui, deux cent mille à un musicien et quatre cent mille à un acteur tragique. Adrien protégea les savants, les gens de lettres, les artistes, les astrologues ; il mettait à la retraite les professeurs vieillis dans l’enseignement, en leur continuant leur traitement; l’Athénée fut fondé par lui, afin de réunir les lettres et les sciences. Antonin et Marc-Aurèle propagèrent l’enseignement, même au dehors de Rome : le premier, en instituant des écoles de philosophie et d’éloquence dans les provinces ; l’autre, en établissant à Athènes des maîtres dans toutes les branches de la science. Ces professeurs ,
(1) Æuus SPARTIANUS, in Hadrian.
(9) Onose, VII. 16.
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payés des deniers des villes en proportion de leurs richesses, quelques-uns à raison de dix mille drachmes par an (7,500 fr.), recevaient en outre une rétribution des élèves ; on leur accordait même des honneurs, et ils étaient exempts des charges les plus onéreuses, du service et des logements militaires. En général, la condition des maîtres varia selon le caractère et la générosité des empereurs, qui, le plus souvent, chargèrent les professeurs euxmêmes d’examiner et de choisir ceux qui devaient enseigner; il est probable que les leçons se donnaient alors avec plus d’ordre et de suite.
Mais il ne suffit pas de voir des écoles, il faut demander ce qu’elles sont ; or l’éducation s’était altérée par suite des nouvelles institutions. On ne confiait plus, comme autrefois , les enfants à quelque matrone de mœurs irréprochables , mais à des servantes grecques ou à des esclaves. Après être restés jusqu’à sept ans sans rien apprendre, ils étudiaient leg rec , puis le latin, sous la direction de grammairiens (1) qui leur enseignaient à lire et à écrire, à comprendre les poëtes, au moins quant à la forme, et les exerçaient à de petites compositions; en même temps, d’autres maîtres leur apprenaient la danse, la musique, la géométrie, considérées comme nécessaires à la rhétorique.
La mythologie grecque, qui ne donnait pas d'ombrage aux souverains , constituait la base de l’enseignement des grammairiens. Avant de leur confier les enfants, on mettait leur habileté à l’épreuve en leur demandant, par exemple, comment s’appelait la mère d'Hécube , quels étaient le nombre et le nom des chevaux d'Achille; on s’assurait aussi qu’ils étaient en état d’enseigner à leurs élèves de quelle couleur étaient les cheveux de Vénus, combien de coursiers traînaient le char de Phébus, ou quel jour Hercule était né.
Les enfants passaient de leurs mains dans celles des rhéteurs, classe vénale, sans connaissance de la philosophie et des lois, bien différente de ces orateurs auxquels le père de Cicéron et celui
(1) Quintilien recommande beaucoup la grammaire, qui enseigne à parler et à écrire selon la raison, l'antiquité, l'autorité et l'usage. Nous lui empruntons ces détails sur l'éducation, ainsi qu’au dialogue De corrupta eloquentia, attribué par les uns à Quintilien, par les autres à Tacite, sans que personne allègue des raisons suffisantes. Le seul motif qui milite pour le dernier est que ce dialogue offre une certaine manière qui lui est propre : ainsi ces associations de synonymes, nova el recentia jura, vetera et antiqua nomina, incensus ac flagrans animus, etc., reviennent souvent dans ce dialogue, où nous trouvons memoria ac recordatione, veleres ac senes, vetera ac antiqua, nova el recentia, conjungere et copulare.
Éducation.
SE
d’Hortensius confiaient leurs fils, pour les instruire plus encore par leurs exemples que par leurs préceptes. Alors une noble émulation s’emparait des jeunes gens, qui voyaient leur maître invoqué par les villes et les provinces comme leur défenseur et leur appui, et disposer du sort des rois et des nations, aux applaudissements du peuple souverain. Les rhéteurs, au contraire, prenaient à tâche de façonner l'esprit pesant et emphatique des Romains à la légèreté et «u verbiage des Grecs. Ils avaient aussi la prétention de paraître érudits, de s’engager dans des argumentations captieuses , d’épiloguer sur les ouvrages des classiques à propos d’érudition ou de la vérité des faits : la philologie était pour eux un jeu de subtilités; l’histoire devenait dans leurs mains un amas confus de détails qui altéraient même la vérité et lui enlevaient cette énergie qui aurait porté ombrage aux tyrans; enfin ils avaient fait de la logique une espèce d’escrime ayant pour objet de changer par le raisonnement la vérité en mensonge; de la morale, une ostentation de vertus exagérées.
Avec de pareilles écoles et de pareils maîtres, rien de plus facile à la tyrannie que de se proclamer protectrice tout en opprimant; l'instruction ne supplée pas d’ailleurs aux institutions sociales, et ne saurait réparer lesmaux causés parle despotisme. Aussi un courtisan, qui entendait un empereur se plaindre de ce que tous ses efforts ne remédiaient pas à la décadence de l’éloquence , lui répondit-il, avec non moins de franchise que de raison : Fermez les écoles et ouvrez le sénat !
Non, la paix ne suffit pas pour rajeunir et faire refleurir les lettres; il semble même que sous l’uniformité du gouvernement impérial le génie s’endormiît, comme l'esprit militaire s’éteignait. L'amour du savoir se répandait , ilest vrai, et non-seulement la Gaule, mais encore la Germanie et la Bretagne, connaissaient les chefs-d’œuvre de la littérature. Ces provinces fournissaient même aux lettres de beaux noms; mais l’originalité manquait désormais, et ni la faveur des princes, ni les largesses des particuliers, ne pouvaient la faire éclore. Les philosophes se traînaient sur les pas des anciens , dont ils recrépissaient en quelque sorte les doctrines ; les gens de lettres imitaient servilement leurs devanciers, s’écartaient systématiquement des sentiers battus, ou s’égaraient follement, ayant perdu les traditions de l’ancienne civilisation nationale, sans s’être identifiés avec la nouvelle. Les riches jetaient à peine les yeux sur quelquesatire ou quelque opuscule galant (1).
(1) AMEN MancEuLN, iv, IV.
La plup pour ét point q leur pat philosop Dans une scie
guerre, à la vie.
risprudé ceux qu blic, ni ses clien même, souvent capitale L’éga et des prévena se desti premièr lité à p:
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tation de mes, ou s’épuisa applicat ment , l vagants débiter consulte
(4) Cod
La plupart des jeunes gens qui venaient en grand nombre à Rome pour étudier ne faisaient que s’y livrer au libertinage ; c’est au point que la loi dut intervenir plusieurs fois pour les renvoyer dans leur patrie (1). Des charlatans et des astrologues, sous le titre de philosophes et mathématiciens, pullulaient partout.
Dans les premiers temps , on n’étudiait pas l’éloquence comme une science à part; mais, de même que les notions relatives à la guerre, au culte, au droit, elle entrait dans l’éducation nécessaire à la vie. Le culte avait néanmoins ses ministres spéciaux. La jurisprudence n’était considérée que comme le dernier refuge de ceux qui n’avaient pas l’organe assez puissant pour parler en public, ni le bras assez robuste pour combattre. Afin de protéger ses clients, chaque famille devait avoir un habile orateur ; à la guerre même, non moins que dans les magistratures civiles, il fallait souvent haranguer, de sorte que l’éloquence était d’une nécessité capitale dans toutes les conditions.
L'égalité avait désormais ouvert à chacun l’accès des emplois et des commandements; en augmentant la concurrence, elle prévenait les abus du cumul. L’individu qui se sentait du courage se destinait à la guerre et ceignait l’épée après avoir plaidé une première cause devant le tribunal; quiconque avait de la facilité à parler s’exerçait aux luttes du forum dès qu'il pouvait quitter le service militaire; celui qui ne se trouvait de goût ni pour l’une ni pour l’autre carrière suspendait à sa porte une branche de laurier, et donnait des consultations. Il y avait ainsi trois carrières distinctes à suivre : les armes , la jurisprudence et l’'éloquence.
Mais que pouvaient chercher dans l’éloquence un peuple sans émulation et un sénat sans autorité, sinon un nouveau spectacle? Une fois le droit égal pour tous, la république concentrée dans l’empereur, et les juges ne pouvant s’écarter des réponses des prudents, il n’y avait plus à se livrer laborieusement à l’interprétation de la loi, ni à défendre la cause des provinces et des royaumes, ou celle de la patrie. La tribune était donc muette, la curie s’épuisait en flatteries, et le forum se voyait réduit à d’étroites applications des édits. Déshéritée de la publicité qui est son élément , l’éloquence descendait à des exercices aussi vains qu’extravagants; elle habituait , aux frais du trésor, les fils des grands à débiter des flatteries ampoulées aux Césars quand ils daignaient consulter le sénat sur ce qu'ils avaient déjà décidé, et à mériter
(1) Code Théodosien : De Séudiis utriusque Rom, lib. XIV, EL, 1.
Éloquence.
ainsi de parvenir à des magistratures sans pouvoir comme sans dignité.
Sauf dans les plaidoiries qui étaient publiques pour les cas de lèse-majesté , la déclamation , déjà en usage au temps de Cicéron, était devenue , en survivant aux institutions anciennes, un étalage de pompeuses misères. On fit un code entier des convenances déclamatoires. Quand l’orateur se présente à la tribune (y était-il dit), il peut se frotter le front , regarder ses mains, faire craquer ses doigts , et montrer en soupirant l'anxiété de son esprit. Qu'il se tienne droit, le pied gauche en avant, les bras légèrement détachés du corps, et qu’en débitant l’exorde sa main dépasse tant soit peu sa poitrine, mais sans arrogance. Animé par le débit, qu’il prononce avec une négligence calculée les périodes les plus travaillées, et montre une sorte d’hésitation aux endroits où il est le plus sûr de sa mémoire. Qu'il ne reprenne pas haleine au milieu d’une proposition , ne change de geste que de trois paroles en trois paroles ; qu’il ne porte pas les doigts à son nez ; qu’il tousse et crache le moins possible ; qu’il évite de se balancer, pour ne pas avoir l'air d'être en bateau ; qu’il ne se laisse pas tomber dans les bras de ses clients, à moins que ce ne soit par épuisement véritable. Il ne faut pas non plus qu’il se promène ou s’arrète après avoir prononcé une phrase à effet, comme s’il attendait les applaudissements. Qu'il laisse vers la fin retomber sa toge en désordre, ce qui est un grand signe de passion.
Quant au point de savoir s’il est convenable ou non d’essuyer la sueur de son visage et de porter le désordre dans sa chevelure , il y a discussion entre Plotius et Nigidius, Quintilien et Pline. Ils vous diront comment on doit se vêtir pour être un homme éloquent ; pour cela ils’agit de porter une tunique qui dépasse de peu le genou par devant, et tombe par derrière jusqu’au jarret : plus longue, elle ressemblerait à celle des femmes ; plus courte, à celle du soldat. S'envelopper la tête et les jambes de laine et de bandelettes dénoterait un malade; rouler sa toge autour de son bras gauche, un furieux ; en rejeter le bord sur son épaule droite sent l’affectation, et déclamer, les doigts chargés d’anneaux, est le fait d’un efféminé.
Les précepteurs vous désigneront ensuite nommément chaque gradation de la voix (1), en vous indiquant celle qui convient à
(1) Quinuuen dit : Si ipsa vox non fuerit surda, rudis , immanis, rigida, vana, præpinguis; aut tenuis, inanis, acerba, pusilla, mollis, effeminata.…. Ornata est pronuntiatio cui suffragatur vox facilis, magna, beata, flexi-
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chaque sentiment. Voilà les graves études dont on occupait la jeunesse romaine, pour la faire rivaliser avec Démosthène et Cicéron : tant c’est un système ancien, de la part des mauvais gouvernements, non d’abolir le savoir, mais de l’étouffer au milieu des futilités et des règles indispensables !
Le fond des choses ne valait pas mieux que la forme. De même que le peintre qui s’écarte du vrai tombe dans le maniéré, les rhéteurs , réduits à supposer des causes à discuter, à inventer des sujets de harangues, donnaient à traiter des questions bizarres et extravagantes ; l'absence de conviction, le manque de moralité dans les moyens allégués, et le jugement suprême du public, manquaient totalement à ces vaines luttes de la parole. Les harangues que les élèves avaient à faire comme exercices se divisaient en suasoriæ et en controversiæ. Les premières avaient pour objet l'éloge de la vertu , de l'amitié, des lois, et plusieurs autres développements philosophiques d’une exécution facile , ou parfois d’une subtilité sophistique. Les autres consistaient en discussions de différents genres, judiciaires pour la plupart ; elles se subdivisaient en tractatæ, pour lesquelles le rhéteur donnait le sujet et la marche à suivre , et en coloratæ, dont l’élève trouvait par luimême la matière et la disposition. Une fois composées et corrigées par le maitre, l’élève les apprenait , et les débitait devant le patient auditoire.
Veut-on connaître les thèmes que le maître fournissait aux jeunes komains, en voici quelques-uns : dissuader Caton de se donner la mort; exhorter Agamemnon à épargner Iphigénie ; Alexandre, qui a conquis la terre, à ne pas vouloir dominer encore sur l’Océan ; Sylla à abdiquer la tyrannie (1); Annibal à ne pas s’amollir dans Capoue; César à tendre la main à Pompée, afin que Rome puisse opposer aux barbares ses deux plus grands capitaines. On discutait encore sur le point de savoir si les trois cents Spartiates, abandonnés aux Thermopyles, auraient dû s’enfuir ; si Cicéron devait demander pardon à Marc-Antoine, et livrer au feu ses écrits, à la demande de ce dernier,
bilis, firma , dulcis, durabilis, clara, pura, secans aera, et auribus sedens. (Inst. XII).
(1) ÆEt nos ergo manum ferulæ subduximus, el nos Consilium dedimus Sullæ privatus ut allum Dormiret.
Voilà ce que dit JuvÉNaL (Sat. 1, 15 ), et l’on aurait de la peine à croire que c’est précisément ce qui se faisait dans nos écoles au dix-huitième siècle, et ce qui se fait au dix-neuvième,
On passait ensuite à « questions plus sociales, plus actuelles, en proposant des cas où la science des lois venait en aïde à l’éloquence : Une vestale, étant précipitée de la roche Tarpéienne, a con... vé la vie; lui sera-t-elle ôtée? — Un mari et une femme se sont juré de ne pas se survivre ; l'époux, ennuyé de sa femme, part, et lui :ait parvenir la nouvelle de sa mort ; elle se jette par la fenêtre, mais elle guérit ; l’artifice est découvert , et son père demande le divorce, auquel elle se refuse : que l’un plaide pour le père, l’autre pour la femme. — Titius recueille deux enfants abandonnés ; il les élève, puis il casse un bras à l’un, une jambe à l’autre, les envoie mendier, et s’enrichit : que l’un se charge de l’accusation, l’autre de la défense. — Une ville, dans une grande disette , envoie un délégué acheter des grains, avec ordre de revenir à une époque déterminée. Il part, fait les achats ; mais, à son retour, il est poussé par la tempête dansun autre port, oùil vend son chargement pourun prix double, achète le doublede grains, et arrive enfin; mais, dans l'intervalle, la villea souffert une horrible famine; les citoyens se sont dévorés entre eux, et le délégué est poursuivi comme coupable des malheurs dont ila été la cause (cadaveris pasti). — Un homme pénètre dans une citadelle pour gagner la récompense promise à celui qui tuerale tyran; nele trouvant pas, il tue son fils, et lui laisse son épée dans le sein. Le tyran de retour voit son fils mort, et se plonge dans la poitrine le fer qui l’a percé. Le meurtrier du fils réclame le prix comme tyrannicide (1). — Les abeilles d’un pauvre butinent sur les ‘fleurs d’un riche ; celuici demande une indemnité au premier, el, sur son refus, empoisonne ses fleurs; les abeilles meurent, et le riche est cité en justice. — Une mère revoyait en songe le fils qu’elle avait perdu; elle en fait part à son mari, qui va trouver un magicien et lui fait exorciser le tombeau ; la mère, qui ne voit plus son fils en rêve, accuse son mari de mauvais procédés à son égard. — Deux jumeaux étaient abandonnés des médecins; quelqu'un promit de guérir l’un des deux s’il pouvait examiner les organes vitaux de l’autre; sur le consentement du père, l’un a été éventré , l’autre guéri : la mère accuse son mari d’infanticide. Il s’agit toujours d’accuser et de défendre. — La loi condamne {c’est une invention de ces pédants) celui qui frappe son père à avoir les mains coupées. Un tyran or, ‘are à deux fils de maltraiter leur père. Le premier, pour ne me. “b#?, se précipite du haut de la citadelle ;
(1) C'est le sujet du 7rianic: de de Lucien, dans les œuvres duquel on trouve plusieurs harangnes de ce genre.
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l'autre , poussé par la nécessité, outrage l’auteur de ses jours, et encourt la peine prononcée par la loi. Appelé en jugeinent pour avoir les deux mains coupées, il est défendu par son père luimême. Il y a là sujet pour une double harangue. — Une autre loi (du même code) laisse le choix à la jeune fille à qui l’on a fait violence de demander la mort de son ravisseur, ou de l’épouser sans lui apporter de dot. Un jeune homme enlève deux filles ; l’une veut qu’il meure, l’autre veut être épousée. La cause est à plaider dans un sens ct dons l’autre. — Une autre loi inflige au calomniateur la pire subie par celui qu’il a calomnié. Un riche et un pauvre, ennemis irréconciliables, avaient chacun trois fils ; le riche avant été norniné général, le pauvre l’a accusé faussement de trahison. , et le peuple en fureur a lapidé ses enfants. Le riche demaude à son retour que les fils du pauvre soient mis à mort; celuici offre de subir seul la peine. Dans quel sens prononcez-vous ?
Le goût des jeunes Romains se pervertissait et leur imagination se fourvoyait à traiter ces questions bizarres (4) et bien d’autres encore ; entraînés en dehors de la vie ordinaire et de la force naturelle des passions humaines , ils s’habituaient aux subtilités et à l’exagération. Pétrone avait donc raison de s’écrier : « J’estime « que dans les écoles on abrutit les jeunes gens, attendu qu’ils « ne voient et n’entendent rien de ce qui arrive d’ordinaire ; mais « bien des corsaires qui sont enchaînés au rivage, des tyrans qui « ordonnent à des fils de trancher la tête de leur père, des oracles « qui, en temps de peste, ordonnent d’immoler trois vierges ou « plus (2). »
Si ce n'était pas assez de l’embarras du sujet, on y ajoutait des difficultés artificielles, en déterminant, par exemple, par quel mot il fallait commencer ou finir la période ; le tout devait ensuite se soutenir à grand renfort de figures, de pointes et de lieux communs dans le seul but de mériter une louange ou des huées dans l'école de la part de quatre ou cinq oisifs, ou d’être, dans quelque salon, l’cbjet de la faveur ou de l’envie d’une société particulière. Le de:rier terme de l'ambition d’un orateur était de se voir choisi pour composer le panégyrique d’un empereur, à moins que la soif de l’or et du pouvoir ne le portât vers cette éloquence lucrative el sanguinaire dont furent victimes Crémutius, Helvidius et Thraséas, Nous avons dit que, sous la république, les jeunes gens
(1) On les désignait dans les écoles par les titres de gemini languentes, se- Pulcrum incantatum, venenum effusum , tormenta pauperis, cadaveris pasti, apes pauperis…
(2) Satyricon, c. T.
Quintilien, 42-120?
débutaient d’ordinaire au forum par une accusation éclatante (1), ce qui pouvait devenir un frein pour la corruption, sous un régime de liberté où la loi permettait au coupable de prévenir la sentence par un exil volontaire; mais les temps étaient bien changés. Le fond ou le prétexte de toutes les accusations était la haine contre la tyrannie , haine qu’on punissait avec la dernière rigueur. Quei beau champ pour l’éloquence d’une jeunesse généreuse que de proférer des invectives à la manière de Cicéron foudroyant Catilina et Marc-Antoine, et cela pour exagérer les horreurs de la haute trahison, pour interpréter dans le sens le plus sinistre les faits etles paroles les plus simples, et pour faire condamner quelque citoyen magnanime, et se concilier la faveur d’un Caligula ou d’un Domitien !
À peine commença-t-on à respirer que les hommes éclairés s’accordèrent pour déclarer la guerre à cette misérable éloquence , vassale de la calomnie. Pline tonna contre les délateurs, et Juvénal flagella les rhéteurs ; Tacite les désigna dans ses allusions, en signalant les causes de la corruption de l’art oratoire. Enfin parut Quintilien, qui le premier enseigna l’éloquence aux frais de l’État. Né à Calaguris en Espagne , élevé à Rome, il reçut les leçons de l’orateur Domitius Afer, et fut chargé par l’empereur Domitien de l'éducation de ses neveux, qui devaient lui succéder. Il écrivit sous les auspices de ce dieu, comme il l’appelle, ses Institutions oraloires , destinées à former un orateur accompli. Il fut témoin de la misère à laquelle les lettres se trouvèrent réduites, surtout par les exemples de Sénèque; en effet, cet écrivain, qui était en faveur comme précepteur du prince, avait mis en discrédit le style des anciens, afin d'assurer la préférence au sien, qui, plein d’affectation et d’arguties, reste toujours tendu et n’accorde pas au lecteur un moment de relàche (2). Quintilien s’efforça donc de ra-
(1) Voy. liv. V, chap. 11.
(2) Voici en quels termes QUiINTILIEN juge Sénèque : « J'ai différé jusqu’à « présent de faire mention de Sénèque en parlant des écrivains en tout genre, « à cause de l'opinion qui s’est répandue à tort que je le blâmais, que j'étais « même son ennemi. La cause en est aux efforts que j'ai faits pour soumettre « à un examen sévère un genre d'éloquence nouvellement introduit, genre cor- « rompu et infecté de {ous les défauts. Sénèque était alors le seul auteur qui fût « répandu parmi les jeunes gens. Je ne voulais pas certes le leur ôter tout à fait « des mains; mais je ne pouvais souffrir qu'il fût préféré à de meilleurs, qu'il « m'avait jamais cessé de blâmer, attendu que, appréciant sainement lui-inême le « nouveau genre d'éloquence qu’il avait adopté, il désespérait de plaire à ceux « qui préféreraient les autres, Or les jeunes gens l’aimaient plus qu’ils ne l'imi- « taient, étant aussi loin de lui qu’il s'était éloigné des ancieus; car il aurait été
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mener aux classiques et de faire donner la préférence à la force réelle, quoique sans ornéments, sur les fadegrs gracieuses, au langage naturel sur un style hérissé de métaphores (1).
Que ce champion officiel du bon goût füt lui-même atteint profondément de l’épidémie courante, il suffit, pouren être convaincu, de savoir que lui-même nous a fourni la plupart des règles que nous avons rapportées ci-dessus comme destinées à former un homme éloquent, qui , pour Quintilien , n’est après tout qu’un bon déclamateur. On dirait qu’il ne soupçonna jamais ce qui avait manqué à Rome après ses grands orateurs, le forum et la liberté. Ou il ne connaît pas la sublime destination de léloquence , ou il la redoute ; il se plaît donc à la regarder comme un art ingénieux et difficile , qui s’acquiert en réunissant à une disposition naturelle l’étude et la probité, et qui peut exister même dans les temps les plus malheureux, si l’on se résigne à louer.
Lui-même fut prodigue d’adulations; puis, bien qu’il cherchât à se faire un style riche , délicat, vigoureux, sachant combien la négligence et l'affectation font tort à un bon raisonnement (2), il
« leur plaisait seulement par ses défauts; chacun en prenait donc suivant sa vo- « Jonté, puis on se vantait de parler comme Sénèque; il en résultait qu'on le « perdait ainsi de réputation. Ce fut du reste un homme d’un grand mérite, « d’un esprit facile et abondant, assidu à l'étude et possédant de grandes con- « naissances, bien qu'il ait été trompé quelquefois par ceux qu’il chargeait de « faire des recherches, Presque tous les genres de sciences ont été cultivés par « Jui, et il nous reste des discours, des poëmes, des lettres et des dialogues de « sa composition. On trouve dans Sénèque d'excellents sentiments et une foule « de choses dignes d’être lues comme règle de mœurs; mais son style est géné- «ralement corrompu, et d'autant plus dangereux queles défauts en sont agréables. « Il serait à désirer qu’il eûl fait usage, en écrivant, et des ressources de son « esprit et du jugement d'autrui. Car s’il ne se fût pas trop occupé de certaines « choses, s'il n'eût pas été trop désireux de gloire, s’il n’eût pas aimé sur- « tout ce qui venait de lui, s’il n’eût pas énervé par la recherche de l'expression « les plus nobles sentiments, il aurait pour lui l’assentiment des doctes , au lieu « de l'amour des enfants. Tel qu'il est néanmoins, il doit encore être lu par les « hommes déjà mûrs et formés à une éloquence solide, ne fût-ce que pour ha- « bituer l'esprit à distinguer le maüvais du bon. En effet, ainsi que je l'ai dit, « beaucoup de choses dignes de louanges, beaucoup même dignes d’admiration, « se rencontrent dans ses ouvrages pour celui qui sait en faire le choix. Que n’a- « t-il agi ainsi lui-même ! car un esprit comme le sien, qui pouvait tout ce qu’il « eût voulu, était certes bien digne de vouloir toujours le mieux. » ({nstif., X, 1.) Quintilien est le modèle de ces critiques officieux qui ne font pas une blessure sans lui apporter en même temps un léger remède, et chez lesquels la précaution va parfois si loin qu'ils ne laissent pas bien comprendre s'ils décernent le blâäme ou la louange.
(1) Si antiquum sermonem nostro comparamus, pæne jam quidquid loquimur Jigura est. ({nst. or., X.)
(2) Pierumque nudæ iiix artes, nimia subtiüitatis affectatione, fran-
ne mit guère plus de deux ans à composer son livre, temps qu'il employa même à faire des recherches et à lire une foule d'auteurs, plutôt qu’à polir son style. Il avait bien l'intention de le revoir (1),
mais les instances réitérées desonlibraire l’empêchèrent de mettre.
en pratique cette sage résolution. Il serait bon que cet aveu, à l’aide duquel tant d’autres ont cherché depuis à pallier leurs négligences, pût modérer quelques admirateurs outrés de Quintilien, qui, non contents de voir tout par'ait chez lui, regardent comme d’infaillibles préceptes de bon goût ce que lui-même convient de n’avoir pas suffisamrient médité.
Il fit aussi des harangues , et défendit la reine Bérénice, qui entendit le plaidoyer de son avocat. On faisait des copies de ses discours pour les vendre ; mais on ne pense pas que ceux qui portent aujourd’hui son nom lui appartiennent réellement. Dans le passage même le plus éloquent de son livre, on reconnaît que lui-même s'était laissé gâter par ces thèmes artificiels où l’on exagérait le sentiment, et où l’on visait à l'effet, à l’art, plutôt qu’à l'expression vraie d’une affection de l’âme. La perte d’une jeune femme morte à dix-neuf ans et celle de deux fils déjà grands étaient à coup sûr, pour un cœur paternel et bon comme celui de Quintilien, des sujets de douleur assez puissants ; néanmoins il ne sait pas oublier tout à fait les artifices de l’écrivain (2), et il se livre à des plaintes vaines contre la fortune. Après avoir dit si affectueusement : Cet enfant était pour moi tout caresses ; il me préférait à sa nourrice, à son aieule, qui présidait à son éducation, à tout ce qui plait à cet âge , il retient ses larmes près de couler, en ajoutant que c'était un piége que lui tendait le destin pour le faire souffrir davantage (3), etil se jette dans des protestations exagérées de ne pas vouloir supporter plus longtemps la vie (4).
gunt atque concidunt quidquid est in oratione generosius, et omnem succum ingenii bibunt et ossa detegunt, quæ ut esse et astringi nervis suis debent, sic corpore operienda sunt. (Proœæmium.)
(1) Quibus componendis, uti scis, paulo plus quam biennium, tot alioqui negotiis districtus, impendi : quodtempus, non tam stylo quam inquisilioni instituti operis prope infiniti, et legendis auctoribus qui sunt innumerabiles, datum est... Usus deinde Horatii consilio qui in Arte poelica suadet ne præcipitetur edilio, nonumque prematur in annum, dabam iis otium, ut, refrigeratoinventionis amore,diligentiusrepetitos tamquam lector perpenderem,
2) Non sum ambitiosus in malis, nec augere lacrymarum causas volo.
(3) Illud vero insidiantis, quo me validius cruciaret, fortunæ fuit, ut ille mihi blandissimus, me suis nutricibus, me aviæ educanti, me omnibus qui sollicitare illas ætates solent, anteferret…..
(4) Tuosne ego, o meæ spes inanes, labentes oculos, tuum fugientem spirétun aidée Tam Corpus frigitiim, FASanque, COMPIETUS, ANIMAM re-
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thèses juvénil gligée préve attend poids , lassitu insiste bon or!
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Et pourtant c'était un des meilleurs maîtres ; il réprouvait les thèses simulées, réprimait par des critiques faites à propos l’orgueil juvénile, recommandait la lecture des meilleurs auteurs, trop né gligée désormais, et modérait l’idolâtrie pour les classiques en prévenant qu’il ne faut pas répéter tout ce qui sort de leur bouche, attendu qu'ils se trompent parfois, soit qu'ils succombent seus le poids , soit qu’ils s’abandonnent à leur caprice ou à une sorte de lassitude ; ils sont grands , il est vrai, mais ils sont hommes. I insiste particulièrement sur la nécessité, pour celui qui veut être bon orateur, de se conserver honnête homme. Cette recommandation , qui, de nosjours, ne serait qu’un lieu commun de morale, venait grandement à propos dans un temps où les délateurs et les espions exploitaient l’éloquence pour justifier ou provoquer la cruauté des gouvernants. Il faut pourtant lui savoir gré d’avoir non-seulement saisi le rapport qui existe entre la controverse dans l’école et la discussion dans le forum, mais encore de s’être exprimé, autant qu’on le pouvait, avec franchise et courage sous le règne de Domitien.
Favorinus, d’Arles , eut pour maître Dion Chrysostome , et fut celui d’Aulu-Gelle et d’Hérode Atticus. Ami de Plutarque, il luttait avec lui pour le nombre de ses compositions. Il s’occupa de philosophie et d’histoire. Adrien , qui d’abord l'aima beaucoup, se dégoûta de lui ou en devint jaloux, et les mâgistrats d'Athènes abattirent les statues du favori disgracié ; il s’écria alors : Socrate ne s’en lira pas à si bon marché.
Nous passerons sous silence plusieurs autres rhéteurs et orateurs; nous parlerons toutefois de Cornélius Fronton , né en Numidie, qui, au dire de quelques-uns, ne le céda point à Cicéron (4), et fut supérieur à tous les anciens pour la gravité de l'expression ; mais il aurait eu besoin, pour conserver cette réputation, qu’un
cipere, auramque communem haurire amplius potui? Dignus his cruciatibus, quos fero, dignus his cogilationibus. Tene consulari nuper adoptione ad omium spes honorum patris admotum, te avunculo prætori generum destinatum ; te omnium spe atticæ eloquentiæ candidatum, superstes parens tantum ad pœnas, amisi! Et, si non cupido lucis, certe patientia vindicet te reliquamea ætate : nam frustra mala omnia ad fortunæ crimen relegamus : nemo nisi sua culpa diu dolet.. ( Introd. au livre VI.)
On peut comparer par opposition Rorzin dans son Traité des éludes, et Ni- SARD dans les Poëles de la décadence.
(1) ÉUMÈNE, c. 14, dit qu'il fut eloquentiæ romanæ non secundum, sed allerum decus. En 1815, Muï découvrit dans la bibliothèque Ambrosienne une partie de la correspondance de Fronton avec Vérus et Marc-Aurèle ; puis il trouva le reste dans celle du Vatican.
Favoriaus,
Fronton.
306 SXIÈME ÉPOQUE.
érudit ne vint pas exhumer des fragments de ses écrits. Il remplit plusieurs magistratures , et si nous voulons nous en rapporter au portrait qu’il trace de lui-même, dans une de ces conjonctures où il semble que le sentiment dont on est affecté n’adimet pas le mensonge (1), il mérita réellement par ses vertus d’être le maître de Marc-Aurèle. Il osa lui dire la vérité tant qu'il fut simple particulier (2) ; puis, lorsqu'il occupa le trône, il lui écrivait avec l’abandon qui sied à un ancien ami, et comme le méritait son sage disciple (3). Lorsque, dans sa vieillesse , il eut déposé le fardeau
(1) Ayant perdu un petit-neveu, il épancha sa douleur dans une longue lettre à Marc-Aurèle ; c’est une de celles qui furent découvertes par Maï, Me consolatur ætus mea prope jam edila el morli proxima. Quæ cum aderit, si noclis, si Lucis ad lempus eril, cœlum quidem consalutabo discedens, et quæ mihi conscius sum protestabor. Nihilin longo vilæ meæ spalio ame admissum quod dedecori, aut probro, aut fiagilio foret : nullum in ætate agenda avarum, nullum perfidum facinus meum exslilisse; contraque multa liberaliter, multa amice, mulla fideliter, multla constanter, sæpe eliam cum periculo capitis consulta. Cum fratre optimo concordissime vixi; quem patris vestri bonitate summos honores adeplum gaudeo , veslra vero amicitia satis quielum et multum securum video. Honores quos ipse adeptus sum nunquam improbis rationibus concupivi. Animo polius quam corpori juvando operam dedi. Studia doctrinæ rei familiari meæ prætuli. Pauperem me quam ope cujusquam adjulum, postremo egere me quam poscere malui. Sumptu nunquam prodigo fui, quæstui interdum necessario. Verum dixi sedulo, verum audivi libenter. Potius duxi negligi quam blandiri, tacere quam fingere, infrequens amicus esse quam frequens adsenlalor, Pauca petii, non pauca merui. Quod cuique polui pro copia commodavi. Merentibus promptius, immerentibus audacius opem tuli. Neque me parum gratus quispiamrepertus segniorem efficit ad beneficia quæcumque possem prompte impertienda. Neque ego unquam ingralis offensior fui.
(2) Il lui disait entre autres choses : Nonnunquam ego le coram paucissimis ac familiarissimis meis gravioribus verbis absentem insectatus sum... cum tristior quam par erat in cϾlu hominum progrederere, vel cum in theatro tu libros vel in convivio lectitabas : nec ego, dum lu theatris, necdum conviviis, abstinebam. Tum igitur ego te durum et inlempestivum hominem, odiosum etiam nonnunquum, ira percilus, appellabam. (Lib. 1V, 12).
(3) Voici trois billets choisis parmi les M. Connezit FRONTONIS ET M. Au- RELII IMPEUATORIS EPISTOLÆ, ,. FRAGMENTA FRONTONIS ET SCRIPTA GRAMMATICA ( Edilio prima romana... curante À Mao; Romæ, 18923) :
Magistro meo. — Ego dies istos lales transegi. Soror dolore muliebrium partium ita correpta est repente ut faciem horrendam viderim : mater autem mea in ea trepidatione imprudens angulo parietis costam inflixit : eo ictu graviter et se et nos adfecit. fpse, cum cubitum irem, Scorpioni in lecto offendi : occupavi tamen eum occidere priusquam supra accubarem. Tu si rectius vales ,est solalium. Mauic: jam levior est, deis volentibus. Vale, mi oplime, dulcissime magister. Domina mea te salutat.
Domino meo. — Modo mihi Victorinus indicat dominam tuam magis valuisse quam heri. Gratia leviora omnia nuntiabat. Ego te idcirco non vidi
guerre excès e
quod ex £Eadem Mayis!
hodie vic facit ips scilicet v nu magii (t)jlle Eun ego alios ora um is ?
ludine a vix aliis ejus scr'i Copiosissi composil oralionib quæ non) memoria quod pri ila ut si aul non i Nous 0 verborun semper s ipsu pepe (2) 1e, hominu omni not graluin € ardua es Vobis pra nonnung moderab
des fonctions ‘publiquesi, retenu chez lui par ies douleurs de la goutte, il fit de sa maison le rendez-vous des gens de lettres, qu'il s’etforçait de ramener du style ampoulé et du néologisme à la simplicité des temps anterieurs à Ciceron. L’éloquence etait, à son avis, très-difticile à acquerir; il blâmait ceux qui considèrent comme une beauté de répéter la même pensée de différentes façons , à la manière de Senèque ou de Lucain, qui ne dit autre chose dans ses sept premiers vers, sinon qu’il veut chanter des guerres plus que civiles. L’orateur doit, selon lui, être hardi sans excès et bien choisir ses expressions ; il lui recommandait pourtant (soin qui doit nécessairement conduire à l'affectation) de rechercher les moins attendues et les plus saisissantes (1). Il se laissa trop aller au courant de son siècle en conseillant de dire et de faire selon qu'il plait au peuple (2j : méthode qui enlève au goût
quod ex gravedine sum imbecillus. Cras tamen mane domum ad te veniam. Eadem uie, si tempestivum eril, etiam dominam visitabo.
Magistro meo. — Culuil et hodie Fuuslina : et quidem id ego maygis hodie videor deprehendisse. Sed, deus juvantibus, æquiorem animum mihi facil ipsa, quod se Lam oblemperanter nobis accommodut. Tu, si poluisses, scilicet venisses. Quod jam potes el quod venturum promitlis, detector, mu magister. Vale, mi jucundissime mugister.
(1) 1 exprime notainmeut cette pensée dans ie jugement qu'il porte de Cicéron : Eum ego arbilror usyuequaque verbis pulcherrinus eloculum, el unte omnes alios oratores ad eu quæ osienture vellel ornanda muügniicum fuisse. Verum is mihi videlur u quærendis scr'upulosius verbis abfusse, vel magnitudine animi, vel Jugu laburis, vel jiducia non quiurents elium sibi, quæ vix aliis quærentibus subvenirent, pr'æslo udfuturu. Iluque videur, ut qui ejus scripla omnia sltudiosissime lecliluverim, celeru eum genera verborum copivsissime uberrimeque tractasse, verba propriu, translala, simplcia, composita, el quæ in qus scriplis amæna : quum Lamen in omnibus ejus oralionibus paucissinu admodum r'eperias insperala ulque inopinala verba, quæ nonnisicun studio, alque cura, ulque vigilia, aique velerum curnunum memoria indagantur. Ansperatum aulem atque inopinalum verbum appello quod prater spem alque opinionem audientium aul leyentium pronutur ; ila ut si subtrahas ulque euin qui legal quurere ipsum jubcas, aut nullum, aut non ila ad signijicanduin adcommodatum verbum aliud reperiat.
Nous opposerons a cette doctrine Cicéron lui-même, qui disait : Rerum copia verborum copian gignil… Res alque sententiæ vi sua verbu parient, quæ semper salis ornuta mihi quiden videri solent si ejusmodi sunt ut eares ipsu peperisse videutur.
(2) 1e, domine (écrit-il à Marc-Aurèle), ia compares, ubi quid in cœtu honmunum recilabis, ul scuus auribus serviendum; plane non ubique, nec omni modo... Ubique poputus doninuatur el præpotlet. Igilur ut populo gratui eril, ila Juvies aique dices. Hic summnu illu virtus oraloris atque ardua est, ut non magno detrimento rectæ eloguentiæ audilores oblectet…. Vobis præterea, quibus purpura el cocco uli necessarium est, eudem cultu nonnunquan oralio quoque amicienda est. Facies istud et lemperabis, et moderaberis oplimo modo, ac temperamento.
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Pline le Jeune.
toute règle certaine. C’était peut-être par indulgence pour la manie de son temps qu’il se complaisait tant à chercher des images, et les recommandait à Marc-Aurèle , lequel, à son tour, lui annonçait comme une heureuse nouvelle qu’il en avait trouvé dix (1).
Le littérateur le plus digne d’attention, à cette époque, est Plinius Cæcilius, né à Côme, d’une sœur de Pline le Naturaliste. Adopté par son oncle, il hérita de sa fortune et de son amour pour l'étude. Bien jeune encore, il fut élevé par Virginius Rufus, ce grand Romain qui plus d’une fois préféra à l'empire du monde une honorable tranquillité. Après avoir reçu près de lui des préceptes et des exemples de vertu , il se forma à l’éloquence dans Pécole de Quintilien. A quinze ans, il se présenta dans le forum pour défendre les droits de la justice, et continua à plaider gratuitement, parlant quelquefois sept heures de suite sans que la foule diminuât autour de lui.
Il se conserva pur sous des empereurs détestables, et osa même plusieurs fois accuser les agents et les conseillers de leurs iniquités; il n’en obtint pas moins des charges publiques et le respect de tous. Étant entré au service, il fit ses premières armes en Syrie; à son retour à Rome, il récita devant Trajan son Panégyrique. 11 avait lu, selon son usage, à plusieurs de ses amis ce travail, dont il s’était occupé longtemps, et ce qu’il nous raconte, qu’ils louaient davantage les parties qui lui avaient le moins coûté, nous donne une bonne idée de leur goût ; pour lui, il s’en étonne, sans arriver à comprendre combien le naturel lui était nécessaire. En effet, dans le Panégyrique, rempli d'expressions et de phrases étudiées, limées, compassées, il semble s’être appliqué continuellement à s'éloigner de la manière la plus simple de penser et de s'exprimer, pour se maintenir à une hauteur forcée , en affectant un esprit fin, en donnant à chaque chose un air de nouveauté, en trouvant des antithèses et des rapprochements inattendus. On a osé le dire concis à cause de ses périodes hachées , tandis qu’en réalité il tourne, comme Sénèque , autour d’une même idée sans savoir la quitter à temps.
Trajan était un empereur à pouvoir être loué autrement et mieux qu’avec des généralités vides de sens et des flatteries d’esclave. Il resta l’ami de Pline lorsqu'il fut parvenu au faîte de la grandeur, et les lettres qu’il lui adressa, surtout lorsqu'il gouver-
(1) Ego hodie a septimae in lectulo nonnihil legi : Nam eixévas decem Jerme capedivi.
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nous ir Pline é de plu:
Il éc cifs, p nombr Cicérot neurs (
Prot infériet sance « fille cit pagne.
mus, 5 un sec:
mis au valait « à Corn:
prix in hérité :
tes du accord les hat béralit Jupitel cieux, prenan
nait la Bithynie, sont importantes à consulter ; celles de Pline (1), bien loin de la charmante naïveté des épitres familières de Cicéron, laissent voir qu’elles sont destinées au public et À la postérité. Elles ont pourtant de l'attrait, malgré leur ton académique et déclamatoire, parce qu’elles nous révèlent un naturel excellent, et nous introduisent dans la vie d’alors, dans la vie littéraire surtout, Pline étant en relation avec ce que Rome et l'empire comptaient de plus distingué.
Il écrivit aussi des vers , entre autres des hendécasyllables lascifs, pour lesquels il demande grâce , bien qu’il en cite de trop nombreux exemples. Il étudiait les ouvrages de Démosthène et de Cicéron ; mais il avouait que, tout en ayant été revêtu des honneurs de ce dernier, il se sentait loin de légaler.
Protégé par les grands, il protégeait à son tour ses amis et ses inférieurs; il exerçait des jeunes gens à l’éloquence. Sa reconnaissance envers Quintilien, dont il était l'élève, lui fit donner à sa fille cinquante mille sesterces de dot. Martial, à son retour d’Espagne , reçut de lui une subvention généreuse, et Romanus Firmus, son concitoyen et son élève, simple décurion de province, un secours de trois cent mille sesterces, pour qu'il pût être admis au rang de chevalier. Il donna à sa nourrice un terrain qui valait cent mille sesterces, et fit vendre par un de ses affranchis à Cornélia Proba, illustre dame romaine qui la désirait, mais à un prix inférieur à sa valeur, une maison de campagne dont il avait hérité sur le lac de Côme. Il se chargea de payer toutes les dettes du philosophe Artémidore, affranchit beaucoup d'esclaves , et accorda à d’autres le droit de tester ; il fit élever un temple pour les habitants de Tipherne, et les Étrusques eurent part à ses libéralités. Il envoya à Côme, son pays natal, pour le temple de Jupiter, une statue antique due au ciseau grec, d’un travail précieux , et institua dans cette ville des écoles pour les garçons, en prenant à sa charge le tiers de la dépense. Il assigna de plus un capital de cinq cent mille sesterces pour l’entretien des enfants nés de parents libres et tombés dans la misère, et fonda dans la même ville une bibliothèque annexée aux thermes. On lui fut redevable d’autres bienfaits, dont le mérite serait encore plus grand s’il n’avait eu la vanité de nous les raconter lui-même.
Il possédait sur le Larius deux maisons de campagne magnifi-
(1) Une première édition en fut faite à Bologne en 1498; mais elle ne contenait qu’un petit nombre de lettres. Les autres furent retrouvées en France par le peintre Fra Giocondo et données à Alde Manuce, qui les publia à Venise en 150%.
Poésie,
Papinius Stace.
ques, qu'il appelait la Comédie et la Tragédie, outre celle, plus splendide engçore, qu’il avait à Laurentum, sur le bord de la mer; c’était pourtant un simple particulier. Une ancienne légende raconte qu’il s'était laissé convertir en Crète par Titus, disciple de saint Paul, et avait subi le martyre. Les chrétiens regrettaient d’avoir à croire damné l’homme qui avaitrendu justice à leurs vertus.
L’art des vers, assoupi sous les premiers Césars, se réveille sous Néron, et devient une manie irrésistible. Savants et ignorants, jeunes et vieux , patriciens et parasites, tous font des vers ; on versifie au bain, à table, au lit. Les riches récitent leurs compositions à la foule dont ils s’entourent , et payent ses applaudissements en patronage , en diners ou en distributions. Des jeux annuels et quinquennaux sont institués à Naples, à Albe, à Rome, et il suffit que les vers lus dans les réunions publiques aient la mesure déterminée pour qu’on les proclame supérieurs à ceux d’Horace et de Virgile.
Le Napolitain Stace ne cessa point une seule fois , depuis treize ans jusqu’à dix-neuf, d’être couronné dans les joûtes littéraires de sa patrie ; il remporta ensuite les palmes néméennes, pythiennes et isthmiques (1). Des succès si nombreux déterminèrent les grands à lui faire quitter l’école ; il se rendit donc auprès d’eux ,
et fut convié à leurs banquets , en échange desquels il leur prodi-
guait ses vers. Quand il vit les partisans de Vitellius et ceux de Vespasien se battre dans Rome, et le Capitole livré aux flammes, il saisit avec enthousiasme une occasion si favorable, et fit un poëme dont s’émerveillèrent ses compatriotes , parce que la rapidité de la composition avait égalé la rapidité des flammes.
Il transmit sa verve à son fils Papinius. S’agit-il d’un mariage, d’une cérémonie funèbre , quelqu’un a-t-il perdu son mignon ou sa femme (2), un autre son chien ou son perroquet, Stace se trouve inspiré tout à point (3). Un homme riche s’enorgueillit d’une
(1) Ille tuis toties perstrinxit tempora sertis, Cum stata laudalo caneret quinquennia versu.
Sit pronum vicisse domi. Quid Achæa mereri Præmia, nunc ramis Phæbi, nunc germine Lernæ, Nunc Althamantæa protectum tempora pinu ?
(A) success So Me fulmine in ipso Audivere patres : ego juxta busta profusis Matribus atque piis cecini solatia natis.
(Sylv., IE, 1.)
(3) Psittace, dux voiucrum, domint facunda voluptas,
béllé m trusque à décrir Il dressé . véillé o il n’est | des die cheveux lés Naïa poque bellaria Romain « Loin « nous « turne « nouve « du « Pont « néme « cieusé « nent « une Oo « belle « beille « Qu’or € vinn « n’abo « nous « plèbe « Toi-r « notre « chef « auxq « de la « suite « tout « Lydi « Cadi « des
F Ce
béllé maison de campagne, un autre vante un arbré préféré, l’'Étrusque Claudius des bains magnifiques , et Stace se met aussitôt à décrire en détail cet arbre, ces bains, cette maison de plaisance. Il dresse !-+ longues généalogiés de cés parvenus opulénts qui la . véillé ont quitté l’ergastule pour s'installer dans ün palais ; ‘enfin il n’est pas d’incident si frivole pour lequel ne descendent du ciel des dieux et des déesses : Cythérée rendra la mer propice aux chéèveux d’un eunuque qui sont expédiés en Asie; les Faunes et lés Naïades prendront soin du platane d’Atédius Mélior. Voici l’époque des Saturhales ; Stace mettra en vers la liste de tous les bellaria qui seront échangés entre amis, et de tous ceux que les Romains auront prôdigués à Vomitien , leur père ét leur dieu : « Loin d'ici, Phébus, et toi, sévère Pallas, et vous, Muses joyeuses; nous vous rappellerons avec janvier. Vienné à cette heure Saturne, et Décembre ruisselant de vin. A peine l’aube ramène le nouvel orient que les dons pleuvent sur César comme la rosée du matin. Que tout ce qui tombe de meilleur des noyers du Pont , tout ce qu’Iviça mûrit dans ses roseaux , sé livre spontanément au généreux pillage , fromages délicats, conserves précieuses , dattes, fruits du caroubier. Que de telles pluies viennent pour notre Jupiter, jusqu’à ce que le Jupiter céleste épanche une ondée sur les chants réjouis. La plèbe encombre les théâtres, belle d'aspect, parée de ses habits de fête, apportant des corbeilles de pain, de blanches nappes, des mets et du vin à foison. Qu’on aille maintenant comparer l’âge d’or à celui-ci , lorsque le vin ne coulait pas avec autant de profusion, quand la moisson n’abondait pas l’année entière. Ici tous, citoyens de tout rang, nous prenons la nourriture à la même table, femmes, enfants, plèbe, chevaliers, sénateurs, et la liberté fait oublier le respect. Toi-même (qui aurait pu tant espérer des dieux?) tu sièges à notre fable, et le plus pauvre est fier d’avoir mangé avec le chef de l’État. Les femmes elles-mêmes se livrent à des combats auxquels prennent plaisir Mars et la Valeur. Puis, à la tombée de la nuit, entrent les jeunes filles d’un prix facile; on voit ensuite paraître sur les théâtres tout ce qui plaît par la forme, « tout ce que-l’on vante pour le talent. Ici l’on applaudit les « Lydiennes orgueilleuses de leurs troupeaux ; là, les femmes de « Cadix avec leurs cymbales et leurs crotales. Ailleurs on voit « des bandes de Syriennes, ou la troupe scénique , au milieu de
Humanæ solers imilator, psillace, lingux, Quis {ua tam subito nræclusit murmura falo ?
(Sylv., IE, 4.)
« laquelle tombent d’en haut à l’improviste des nuages d'oiseaux « venant du Nil sacré, du Phase glacé et de la brûlante Numidie. « Alors, le sein comblé, tous élèvent leur voix au ciel en chan- « tant leur maître chéri ; puis, durant la nuit, les illamirations « splendides mettent en fuite le repos indolent et le sommeil pa-
. « resseux (1). »
Le lion familier de Domitien fut tué par un tigre amené récem-
ment d'Afrique. Abascantius proposa au sénat d’adresser d’une manière solennelle des compliments de condoléance à l’empereur ; Stace chanta les mérites du défunt, et déplora avec le peuple et le sénat la perte que venait de faire le monde dans le favori impérial (2). Voilà à quelles sources s’inspiraient les poëtes de cette époque; c’est ainsi que Stace méritait les couronnes de pin dans les jeux, l’or de César et les applaudissements de son auditoire.
La lecture publique est le secret de toute la poésie d’alors. Vingt, quarante, cent amis se réunissent pour applaudir, non pour donner des avis; pour s'amuser eux-mêmes, non pour venir en aide au poëte. L'empereur lui-même prend part à ces réunions; Claude se contente d’écouter ; Néron et Domitien lisent leurs propres vers, et portent au comble la manie des applaudissements obligés.
La déclamation avait été réduite en préceptes pour le poésie comme pour l’éloquence : «Que le lecteur, disait-on, se montre modeste, et que les auditeurs soient indulgents ; à quoi bon vous faire un ennemi, par des arguties littéraires , de celui à qui vous venez prêter une oreille favorable ? Que l’ouvrage soit plus ou moins remarquable , louez toujours (3); que le lecteur se présente avec une défiance respectueuse, comme l’usage le prescrit; qu’il ait un compliment, une excuse, tout prêts : « J’ai été prié ce matin de « plaider dans une cause; veuillez ne pas me savoir mauvais gré « de ce mélange des affaires avec la poésie, car jai l’habitude « de préférer les affaires aux plaisirs, mes amis à moi-même. »
(1) Sylo., [,6.
(2) Magna tamen subit: tecum solatia lelhi, ‘ Victe, feres quod te mæsti populusque patresque.. Ingemuere mori, magni quod Cæsaris ora, Inter tot Scythicas, Libycasque, et littore Rheni, Et Pharia de gentes feras, quas perdere vile est, Unius amissi leligit jactura leonis.
(Sylv., IL, 5.)
Quan son ma yeux li temps € se fait encore selon le bien, t troisiè quatrièr fin les d
(1) On suis pers à l’huma génère e de trava pris pour!
d’habitue mois de j des siége me prier sion de temps me à la lectt pour cou j'avais le rence au) même. D senlemen dans la 6 contre l néanmoit supprime état de p endroits ont moir faut bien sont aim nous éco même ur dernière permet ] sa nouve but uniq là ne te soit qu’à gâtés. E paraît cl
Quand l’auteur a un organe ingrat, il charge un esclave de lire son manuscrit (4); s’il déclame lui-même , il observe de tous ses yeux l'impression qu'il produit sur son auditoire , et s’arrête de temps en temps, en ayant l’air de craindre de lavoir fatigué, et se fait prier de continuer. Aux endroits les plus beaux, et plus encore à la fin, éclatent les applaudissements, qui se divisent, selon les règles de l’art, en catégories : l’une comprend le trivial bien, très-bien, admirable ; l’autre, les battements de mains; la troisième, les bonds sur les siéges, les trépignements; dans la quatrième, on agite sa toge , et ainsi de suite, en gardant pour la fin les démonstrations les plus passionnées.
(1) On trouve dans Pline le Jeune la description d’une de ces lectures : « Je suis persuadé que, dans les études comme dans la vie, rien ne convient mieux à l'humanité que de mêler le plaisant au sévère, de crainte que l’un ne dégénère en mélancolie, l'autre en impertinence. Par ce motif, après m'être occupé de travaux importants, je passe toujours mon temps à quelques bagatelles. J'ai pris pour les mettre en lumière le temps et le lieu propices, avec l'intention d’habituer les personnes oisives à les entendre à table. J'ai donc fait choix du mois de juillet, durant lequel j'ai vacance complète, et j'ai rangé mes amis sur des siéges près de plusieurs tables. Un. jour il arriva par hasard que l’on vint me prier de plaider une cause, quand j’y pensais le moins. Je saisis cette occasion de faire à mes invités un petit compliment, et de leur adresser en même temps mes excuses ; car, après les avoir appelés en petit nombre pour assister à la lecture de l'ouvrage, je l'interrompis comme une chose peu importante, pour courir au Forum , où d’autres amis me réclamaient. Je leur assurai que j'avais le même ordre dans mes compositions, que je donnais toujours la préférence aux affaires sur les plaisirs, au solide sur l’agréahle, à mes amis sur moimême. Du reste, l'ouvrage dont je leur ait fait part est tout à fait varié, nonsenlement quant au sujet, mais encore pour la mesure des vers. C’est ainsi que, dans la défiance où je suis de mon esprit, j'ai pour habitude de me prémunir contre l'ennui. J'ai lu haut deux jours pour satisfaire au désir des auditeurs; néanmoins , bien que les autres suppriment certains passages, je ne passe ni ne supprime rien, et j'en préviens ceux qui m’écoutent. Je lis tout, afin d’être en état de pouvoir corriger tout ; ce que ne peuvent faire ceux qui ne lisent que les endroits les plus travaillés. Ils donnent peut-être ainsi à croire aux autres qu'ils ont moins de confiance en eux que je n’en ai dans l’amitié de mes auditeurs. Il faut bien aimer, en effet, pour croire n’avoir pas à craindre d’ennuyer ceux qui sont aimés. En outre, quelle obligation avons-nous à nos amis, s’ils ne viennent nous écouter que pour leur divertissement? Pour moi, je vois un indifférent et même un ingrat dans celui qui préfère trouver dans ies ouvrages de ses amis la dernière perfection que de la leur donner lui-même. Ton amitié pour moi ne me permet pas de douter que tu sois bien aise de lire promptement cet ouvrage dans sa nouveauté, Tu le liras, mais retouché, attendu que j'en ai fait lecture dans le but unique de le retoucher. Tu en connais déjà une bonne partie. Ces endroitslà ne te paraîtront pas moins nouveaux, soit qu'ils aient été perfectionnés, soit qu’à force de les repasser, comme il arrive souvent, ils se soient trouvés gâtés. En effet, quand la majeure partie d’un livre à été modifiée, tout le reste paraît changé à la fois, bien qu’il n’en soit rien. »
314 sIRIÈMÉ ÉPOOUE.
Les auditeurs compareront le lecteur aux écrivains les plus célèbres; le poëte n’oubliera pas un compliment pour le journaliste, et dira : Unus Plinius est mthi, tandis que Pliné lé journaliste - publiera le lendemain : Jamais je n'ai mieux senti l'excellence de les vers.
Pline se félicite ou s’afflige selon que ces lectures ont des auditeurs nombreux ou rares (4). L'avocat Réguülus lut des compositions familières; Calpurnins Pison, un poëmé ; Passiénus Paulus, des élégies; Sentius Augurinus, des poésies légères; Virginius Romanus, une comédie; Titinius Capiton raconta les derniers instants de personnages illustres, etc. (2).
Tel était le public auquel Stace voulait plaire, et auquel il plut. I ne sortait jamais sans être entouré d’un nombreux cortége d’amis, et c'était une fête dans Rome quand il envoyait des billets d'invitation (3) pour entendre ses vers dans la salle d’Abascantius. Crispinus, le plus ardent de ses admirateurs , prépare tout ce qu’il faut ; il invite, il échauffe il gourmande les gens tièdes, donne le signal des applaudissements, les ravive an besoin, pendant que le poëte déclame ses vers, dans lesquels il croit, en tirant quelques faibles sons du petit nombre de cordes que la tyrannie a laissées à la lyre romaine , se concilier tout ensemble et les triomphes du moment et les louanges de la postérité.
Quelle sera sa récompense? Les bonnes grâces impériales et l’insigne honneur d’embrasser les genoux du Jupiter terrestre. Mais
(1) Æp. 1, 13. « Nous avons eu cette année bonne quantité de poëtes. Dans tout le mois d'avril, il ne s’est presque pas passé un jour sans qu'il ait été lu quelque composition. Je suis charmé que les sciences soient cultivées aujourd'hui, et que les esprits de notre époque cherchent à se faire connaître, bien que les auditeurs se réunissent avec beaucoup de lenteur, En effet, ils restent en majeure partie assis an dehors, s’informant de temps à autre si celui qui doit réciter est entré, ou s’il a fini la préface ou lu la plus grande partie du livre; alors enfin ils s’acheminent à pas lents vers le lieu assigné, et ne s'y arrêtent pas même jusqu'à ce que la lecture soit finie. Ils partent au contraire bien avant, les uns sous quelque prétexte et en cachette, les autres ouvertement, sans le moindre égard. L'empereur Claude n’en agit pas ainsi au temps passé; car un jour qu'il se promenait dans le palais, ayant entendu des exclamations, et appris que Novatianus lisait un certain ouvrage de sa composition, ce prince entra à l’improviste dans le cercle des auditeurs. Anjourd'hui chacun veut qu'on le prie beaucoup, quelque peu d'occupation qu’il ait; puis il ne vient pas, ou, s’il vient, il se plaint d’avoir perdu sa journée, précisément parce qu'il ne l’a pas perdue. Mais ceux qui ne s6 découragent pas d'écrire malgré l’ignorance ou l’orgueil de pareilles gens, n’en sont que plus dignes de louange. »
(2) Nisann, Poëles de la décadence.
(3) Envitari auditores solebant per libellos et codicillos. (Puine.)
il devra, ses tragé richesse donnent Mais S dissemen effet, no poëme o béré; et de huit c troductid trer com n'avait fa de délayd de Miche A forc par dote tes ou ex inventio chit une de s’exp guiser | sut trou!
et simpl nuisit en d’avoir « cent soi puissanc des défa:
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(2) Cu au recer
il devra, pour rassasier sa faim, vendre à l’histrion Pâris une de ses tragédies , attendu que les danseurs et lés comédiens ont la richesse et le pouvoir, qu'ils créent les chevaliers et les poëtes, et donnent ce que ne savent pas donner les grands (1).
Mais Stace ne retirera de ses vers tant vantés que des applaudissements, qui l'enivrent et le remplissent de présomption. En effet, non content d’avoir produit les Sylves , il veut composer un poëme ou plutôt deux, non par inspiration , mais de propos délibéré; et il en vient à bout, s’il suffit d’avoir, dans les douze livres de huit cents vers chacun que contient la Thébaïde, fabriqué l’introduction de l’Achilléide. Peut-être se proposait-il de nous montrer complétement, dans Achille, ce héros qu’Homère, à son avis, n'avait fait qu’esquisser, comme un sculpteur qui entreprendrait de délayer dans une série de bas-reliefs la grande pensée du Moïse de Michel-Ange. |
A force d'écrire, un auteur, pour peu qu’il ait de talent, finira par doter la langue de formes nouvelles, de tournures ou élégantes ou expressives ; en effet, on fait honneur à Stace de quelque invention de style, bien qu’il n’eût pas la spontanéité qui enrichit une langue, maïs la faculté de changer la manière ordinaire de s’exprimer, de ren-hérir sur elle, sauf à la dénaturer pour déguiser limitation. Il sortit aussi parfois des lieux communs, et sut trouver des caractères vrais, les deSsiner même avec vigueur et simplicité, mais sans les soutenir jusqu’à la fin. Sa facilité lui nuisit en cela; elle était si grande qu’il ne craignit pas de se vanter d’avoir composé en deux jours l’épithalame de Stella, en deux cent soixante-dix-huit hexamètres. C’est ainsi qu’il énervait la puissance d’un esprit beau sans doute et cultivé (2), mais esclave des défauts du temps.
(1) Curritur ad vocem jucundam et carmen amicæ Thebaidos, lætam fecit cum Statius urbem, Promisitque diem : tanta dulcedine captos Afficit ille animos, tantaque libidine vulgi Auditur ! Sed, cum fregit subsellia versu,
Esurit, intactam Paridi nisi vendat Agaven !
Ille et militiæ multis largitur honorem, Semestri vatum digitos circumligat auro.
Quod non dant proceres dabit histrio : tu Camerinos, Et Bareas, tu nobilium magna atria curas !
Præfectos Pelopea facit, Philomela tribunos.
Haud tamen invideas vali quem pulpita pascunt. (Juven., VII, 82-93.)
(2) Cultissimus poela atque ingeniosissimus ! neque enim nullus veterum aut recentiorum propius ad virgilianam majestatem accedere valuit, etiam
Un autre poëte qui fit des vers pour toutes les circonstances fut M. Valérius Martial, Espagnol, natif de Bilbilis ( Bé/bao). Il vint à Rome, et, pour avoir du pain, il mit sa muse au service de l’empereur Domitien; en effet, la moitié de ses quinze cents Épigrammes ne sont que des flatteries dégoûtantes en l'honneur du Jupiter romair , et des requêtes variées par lesquelles il mendie, avec beaucoup d’esprit et sans la moindre honte , de l’argent, des vêtements, des bonnes grâces , des dîners , un filet d’eau pour sa maison de campagne : « Je priais naguère Jupiter de me don- « ner quelque mille livres, et il me répondit : Te les donnera « celui qui me donne les temples. On a donné des temples à Jupiter, « mais non pas à moi les mille livres; cependant il avait lu ma « requête avec non moins de bonté que lo”squ’il accorde le dia- « dème aux Gètes suppliants, en se promenant dans les avenues « du Capitole. O Pallas, secrétaire de notre dieu tonnant, dis-moi, « si son air est tel lorsqu'il refuse, quel sera-t-il quand il accordera? Ainsi parlais-je; Pallas me répondit : Insensé! crois-tu « refusé ce quin'a pas encore été octroyé (1)? »
Et ailleurs : « Si j'étais invité à souper en même temps par Cé- « sar et par Jupiter, quand même les étoiles seraient près de moi « et le palais de César bien éloigné, je répondrais aux dieux : « Cherchez qui veuille être le convive du dieu; mon Jupiler me « relient sur la terre (2). »
Voilà donc Jupiter mis au-dessous de Domitien , non pas ici seulement, mais perpétuellement, comme si le crédit du dieu avait baissé à tel point qu’on dût regarder comme une faible louange de lui être comparé. C’est ainsi qu’en parlant de la reconstruction du Capitole , Martial le dit d’une telle magnificence que Jupiter luimême, quand même il vendrait à l’encan l’Olympe et tout l’avoir des dieux, ne pourrait rassembler la dixième partie de la dépense (3).
propinquior futurus, si tam prope esse noluissel. Siquidem nalura sua elatus, sicubi excellere conatus est, excrevit in tumorem. (ScauGent Poelice. ) (1) Epigr., VI, 10.
(2) Épigr., IX, 92.
(3) Quantum jam superis, Cæsar, cæloque dedisti Si repelas, et si creditor esse velis, Grandis in æthereo licet auctio fiat Olympo, Coganturgque dei vendere quidquid habent, Conturbabit Atias, et non erit unica tota, Decidat tecum qua pater ipse deum.
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Ilne core re et port terces ; curer d invité à
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Ailleurs il prie Domitien de monter le plus tard possible aux lieux où l’on boit le nectar, en ajoutant que Jupiter, s’il veut jouir de sa compagnie, n’a qu’à venir prendre place à sa table (1).
Ilne paraît pas cependant que ces flatteries et d’autres pires encore remédiassent à la pauvreté de Martial, qui, couvert de dettes et portant un manteau râpé, s’en allait mendiant quelques sesterces ; réduit à vendre les cadeaux qu’il avait reçus pour se procurer du pain, il|fit des vers sur toutes sortes de mets pour être invité à goûter de quelques-uns (2).
Et pourtant , au sein de cette misère, il faut qu’il soutienne le fardeau de la renommée! il faut qu’il soit tribun honoraire , père honoraire, sans porter les armes, sans payer le cens, et sans avoir trois enfants ! Il continuera donc de chanter, de porter aux nues le moindre bien que fait Domitien, la vertu ou la qualité la plus imperceptible qu’il pourra découvrir en lui. Puis, Domitien tué, il le maudira et louera Nerva de s’être conservé honnête homme sous un prince cruel (3); il représentera Jupiter s’étonnant des ruineux plaisirs et du luxe onéreux de ce tyran plein d’orgueil (4).
Le même besoin d’aduler produisit les obscénités dont il souilla ses vers (5) ; car ce n’était pas un homme seul qu’il avait à flatter, mais les mœurs dépravées de la cité entière. Lors même qu’il aiguise contre quelqu’un la pointe de l’épigramme, il le fait toujours avec le libertinage d'expression le plus vil, le plus détestable, comme si rien alors n’eût été bon pour exciter le rire que les vices dont on aurait dû rougir.
Martial semble pourtant, de même que Stace , avoir été capable
Exspectes el'sustineas, Auguste, necesse est : Nam tibi quod solvat non habet arca Jovis.
(Lib, IV, 4.) (1) Liv. VIH, 39.
(2) Voy. le livre XII, intitulé Xenia.
(3) Tu sub principe duro
Temporibusque malis, ausus es esse bonus.
( Lib., XIE, 6.)
(4) Miratur Scythicas virentis auri Flammas Jupiter, et stupet superbi Regis delicias, gravesque luxus. (Lib. 1V,15.)
(5) 1 s’en excuse en alléguant l'exemple de ses devanciers : Zascivam verborum veritatem, id est epigrammaton linguam, excusarem, si meum esset exemplum. Sic scribit Catulus, sic Marsus, sic Pedo, sic Getulicus. ( Préface du livre 1°", )
Lucain, 19-68.
318 ‘ lSIXIÈME ÉPOQUE.
de goûter la vie domestique , et de comprendre que le bonheur ne consiste pas dans l'or et dans l'éclat : « Sais-tu quelles choses ren- « dent heureux ? Une fortune acquise sans fatigue et par héritage, « un champ fertile, un foyer toujours allumé, point de procès, « un petit nombre de patrons , un esprit tranquille, des forces na- « turelles, un corps sain , une simplicité prudente, des amis as- « sortis, une table hospitalière , une nourriture sans art, des nuits « sans ivresse et exemptes de soucis; une couche attrayante et « pourtant pudique, un sommeil qui abrége les nuits, aimer sa « position, n’en pas ambitionner une meilleure, ne pas craindre, « ne pas désirer le dernier jour (1). »
Cette épigramme , qui pourtant est une de ses meilleures, accuse une grande pauvreté de poésie dans cette froide énumération, dépourvue d'images. Lui-même disait de ses vers : Z! y a de bonnes choses; il y en a de médiocres, et plus encore de mauvaises (2). Les louanges que lui ont prodiguées les commentateurs prouvent jusqu’à quel point on peut se passionner pour un auteur, quand on à vicilli à la tâche de lui trouver des mérites qu'il n'avait pas (3). On ne rencontre jamais dans Martial un sentiment profond , et personne ne supporterait ces pointes continuelles, triviales , fades ou recherchées, sans la langue , qui le plus souvent est correcte et expressive , autant que cela se pouvait à une époque où toute inspiration spontanée était étouffée par la crainte de déplaire à des maîtres ombrageux, ou bien à des protecteurs dédaigneux.
Cependant la nature des ouvrages de Martial, instantanés de pensée comme d'exécution ; le sauve d’un des défauts les plus habituels chez ses contemporains, celui de n’être que de pâles reflets des écrivains du siècle d’Auguste. Sùr de son imagination, il invente des modes nouveaux, expressifs, et emploie avec bonheur les termes que les étrangers introduisaient dans la langue de la ville dont les murailles s’etaient ouvertes pour eux. Il se distingua donc de ses pareils en faisant une poésie non d’érudition et de réminiscences, mais inspirée par les sensations du moment, par la vue des vices présents , et qui parlait le langage usité dans la société d'alors.
Marcus Annæus Lucanus, natif de Cordoue, fut aussi Espagnol, el, pour son malheur, neveu de Sénèque. Élevé à Rome par ces
(1) Liv, X,47,
(2) Sunt bona, sunt quædam mediocria, sunt mala plura.
(3) En revanche, André Navagero brûlait chaque année, à un jour déterminé, quelques exemplaires de Martial en holocauste au bon goût.
gramma dispositi d'y met seigné. $ amplific son exc& ces cerc plaudiss la poésie ensuite ; cain, ac current alors de laissa en Lucain, pas moit cherché Ceux
sujet tro rent des pée doit froid cal était la latifs po comprit bataille :
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l'avenir | sera jam poëmne , cre , sur mérite € grand di cause dé sait; me actions , comme jours «u
rne renage, Dcès ,
Da- S AS— uits te et er sa dre,
action, a de au leurs | auqu'il nent > trivent épointe eurs
y de has r'eion, bonigue distion ent, lans
nol, ces
hiné,
grammairiens et ces rhéteurs chargés de pervertir toute heureuse disposition des esprits, it fut introduit par son oncle à la cour, afin d’y mettre en pratique l’art de la flatterie que l’école lui avait enseigné. Sénèque l’exerçait , en outre, à composer et à faire des amplifications dénuées de pensées et de sentiments , encourageant son excessive facilité au lieu de la refréner, et le produisant dans ces cercles où l’on venait semer l’ennui pour recueillir des applaudissements. Néron, qui avait étudié avec lui la philosophie et la poésie, le fit questeur avant l’âge, puis son lieutenant, augure ensuite ; mais des jalousies de métier troublèrent leur amitié. Lucain, accoutumé aux triomphes dès l’enfance , osa se faire le concurrent de Néron et se vanter de sa victoire. Néron lui défendit alors de lire à l'avenir dans les assemblées, et le poëte irrité se laissa entraîner par Pison dans une conspiration qui fut découverte. Lucain , arrêté, dénonça ses amis et sa propre mère; il n’en fut pas moins condamné, et abandonna en héros une vie qu’il avait cherché à conserver en lâche.
Ceux qui attribuent l’infériorité de la Pharsale au choix d’un sujet trop récent, qui interdisait la fiction, essence de la poésie, tirent des conséquences erronées de principes arbitraires, Une épopée doit être fondée sur un fait auquel l’inspiration plus que le froid calcul ait donné naissance. La guerre entre César et Pompée était la lutte de deux systèmes politiques opposés, trop spéculatifs pour devenir la matière d’un poëme, Lucain d’ailleurs ne comprit pas le sens de cette lutte, lui qui pense que le gain d’une bataille aurait pu amener le rétablissement de l’ancienne république, c’est-à-dire raffermir la tyrannie des patriciens sur le peuple. Or l'homme qui, regrettant le passé, ne dirige pas vers l’avenir les forces de son esprit et l’énergie de ses sentiments ne sera jamais poëte. Ponpée ne pouvait non plus être le héros d’un poëme , c’est-à-dire un personnage populaire, lui toujours médiocre, surtont dans la dernière guerre, où sa vanité mesurait son mérite d’après les adulations qui l'avaient ébloui. César, le plus grand des Romains peut-être , était remarquablement poétique , à cause de son infatigable activité et de la popularité dont il jouissait; mais Lucain le prend du mauvais côté, défigure ses belles actions , et néglige ses fautes réelles; puis, afin de le dépeindre comme un ambitieux furibond qui, dans le doute, s'attache toujours «u moyen le plus atroce (1), il arecours à des particularités
(LL Cæsar in arma furens, nullas nisi sanguine Juso Gaudet habere vias. (11, 429. )
aussi absurdes que mensongères. A Pharsale, il lui fait examiner toutes les épées, pour juger, par le sang dont elles sont trempées, du courage de chaque guerrier ; ille montre épiant celui qui tue avec sérénité ou avectristesse , contemplant les cadavresamoncelés sur le champ de bataille , leur refusant les honneurs funèbres, et se faisant servir son repas sur une hauteur, pour jouir le plus possible du spectacle de ces débris humains. Parvient-il néanmoins à empêcher que César n’apparaisse comme le principal personnage de l’action? et le lecteur voit-il autre chose, à l'égard de Pompée , que les flatteries dont le poëte le caresse du même ton dont il adulait Néron?
Son amour pour la liberté plaît, et la brusque franchise de ses expressions séduit les âmes généreuses ; mais, si l’on va au fond, on ne trouve rien au delà de ce qu’éprouvaient tous les Romains instruits de ce temps: une horreur profonde pour les guerres civiies, née du goût pour le repos ou de l’épuisement ; un regret presque religieux pour l’ancienne république , provenant, non de l’intelligence de ses institutions , mais de l’exercice de l’école, où des pédants proposaient les eloges de Brutus et de Caton aux futurs ministres de Néron et de Domitien. Un pareil système d’éducation devait naturellement avoir pour fruit un poëme où l’on accuse les dieux des malheurs de la patrie, où les discordes civiles sont envisagées sous leur aspect le plus superficiel , c’est-à-dire où l’on montre comment s’entre-tuent les frères, les pères et les fils, sauf à vanter les vertus intempestives de Caton , qui prit une grande part à ces guerres , et à mettre son jugement au-dessus de celui des dieux (1). Les-dieux, à qui Rome ne croyait plus , ne pouvant jouer un rôle dans l’action , le poëte y suppléa par un surnaturel du genre le plus malheureux : tantôt c’est la patrie qui, sous l’aspect d’une vieille femme , cherche à éloigner César du Rubicon : tantôt ce sont des magiciens qui raniment des cadavres pour en tirer des oracles, ou bien des prophéties de sibylles et des présages naturels; plus souvent c’est la Fortune , considérée comme présidant en souveraine aux destinées mortelles,
Celui qui a appelé ce poëme l’Éphéméride en vers de la guerre de Pharsale a dit la chose la plus éloignée du vrai, tandis qu'il fait, sans s’en apercevoir, la satire des journaux. Dans Lucain en etfet, comme dans ceux-ci, les petites choses se trouvent exaltées , et les grandes restent incomprises ou sont dénigrées ; l'attention est arrêtée sur des détails insignifiants, et détournée de ce qui
(1) Victrèr causa diis plaruit, sed vicla Catoni.
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est capital; le jugement cède la place à l’esprit de parti, et de grands débats se rapetissent, parce qu’on n’en montre que les accidents momentanés.
L'histoire est faussée dans la Pharsale, où l’on ne trouve rien qui révèle le cœur humain et fasse plonger le regard dans ses mille replis ;ses tableaux offrent des vertus inflexibles ou de monstrueuses tyrannies, non ces nuances de sentiment infinies au milieu desquelles flotte la nature humaine. C’esi pourtant cette nature que le poëte doit étudier, non les préceptes des rhéteurs, non les méthodes des déclamateurs, à l’école desquels Lucain apprit à faire ses longues descriptions , ses digressions étranges et amenées par les circonstances les plus légères. Il est vrai que c’est là seulement qu’il se montre poëte; mais, dépourvu de jugement et de goût , il voudrait suppléer par l’érudition au manque de variété , à l'enthousiasme et à la dignité par la pompe des maximes stoïques; souvent aussi sa pensée est à peine esquissée, ou même incompréhensible , et sa couleur uniformément sombre. Si parfois son vers a de la magnificence, il est plus souvent dur et contourné ; il fait abus des détails, et, s’il lui arrive de s’élever jusqu’à la grandeur , il n’a pas l’art de s’arrêter, et il dépasse le but. Comme si ce n’était pas assez de l’horreur d’une guerre Plus que civile, il faut qu’il nous montre les serpents allant par bandes dans les déserts de la Libye : les arbres d’une forêt ne tomberont pas, bien que coupés par la hache, tant ils sont pressés; les batailles seront éternellement homicides, et le sang coulera par ruisseaux ; les morts resteront debout au milieu des files serrées; les blessures s’ouvriront beantes comme l’antre de la Pythie, et le cri des combattants tonnera plus fort que l’Etna.
Afin d’excuser ses défauts, on dit que la mort l’empêcha de mettre la dernière main à son poëme; comme s’il n’en avait pas été demêmede Virgile, comme si un travail de révision pouvait modifier le plan général ! Mais la langue poétique que Virgile avait transmise, est pervertie par Lucain, comme la prose le fut par Sénèque; ce que le premier avait dit avec une rureté limpide, il le tourmente, il l’exagère , il le noie entièrement dans une pompeuse misère de mots, de phrases, d’antithèses, de vanités ampoulées et prétentieuses.
Ilétait pourtant doué d’imagination et de puissance poétique à un plus haut degré que Virgile ; mais celui-ci eut l’art de s'emparer de traditions non discutées et chères également à toute la nation; Lucain choisit un fait sur lequel les opinions et les intérêts étaient trop en désaccord. Virgile flatta plus encore Rome que
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