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de dépravation (1). Dans la troisième, qui est des plus actuelles, il retrace les embarras de Rome et les inconvénients d’une grande ville. Telle satire tourne en ridicule le sénat , convoqué gravement par Domitien pour délibérer sur la sauce à laquelle il doit mettre un turbot qu’on lui a envoyé de l’Adriatique ; telle autre est dirigée contre les femmes vaines, impérieuses, dissimulées , libertines, avides, superstitieuses. Dans celle-ci, il démontre que la noblesse ne consiste pas dans le nombre des aïeux, mais dans le mérite personnel ; dans celle-là , il donne à un ami, qu’il invite à souper, le menu du repas, sans oublier de faire l’éloge de la frugalité et la satire du luxe. Plus loin il convie à une fête un de ses amis, échappé d’un naufrage , et, pour qu’on ne croie pas que la joie qu’il en éprouve est feinte, il prévient que l'invité a des enfants, ce qui l’amène à retracer les artifices mis en usage dans le but de capter l’héritage des célibataires.
Juvénal nous montre Rome pleine degrammairiens , de rhéteurs, de géomètres, de peintres, d’augures , de saltimbanques , de médecins , de magiciens, de flatteurs et d'êtres rampants : ces gens-là viennent d’abord dans la ville avec une charretée de figues et de prunes, puis chacun d’eux s’adonne à quelque métier ; ils vantent l'esprit d’un sot, font un Hercule d’un écloppé, prodiguent bassement la louange et se font écouter; ils vengent leur patrie subjuguée, en corrompant leurs vainqueurs. Là, le Juif se cache dans les bosquets de Numa , contraint de payer jusqu’à l'ombre des arbres dont les Muses ont été chassées. Le client , couché à la même table que son patron, subit l’humiliation continuelle de lui voir servir le pain de choix, le vin pur et l’eau limpide, tandis qu’il n’a qu’une galette de farine moisie et de l’eau bourbeuse , qu’assaisonne le parfum des fruits et desfriandises , sans parler des railleries du maître du logis; or c’est pour lui faire sa cour qu’il a quitté avant l’aube sa femme et ses enfants, qu’il e*t venu se promener sur les dalles glacées de ce palais. Le riche admire le poëte, lui prête sa salle pour lire ses vers, et ses affranchis pour l’'applaudir; mais il le renvoie ensuite à jeun. L’historien n’est guère mieux rétribué qu’un scribe ; la dîime du salaire du grammairien est prélevée par le précepteur et l’intendant. L'avocat
(1) On voit que Juvénal réprouvait déjà comme absurde, il y a quatorze siècles, l'emploi de la mythologie dans les vers :
Nota magis nulli domus est sua, quam mihi lucus Martis, et Æoliis vicinum rupibus antrum Vulcani ; quid agant venti, quas agat umbras Æacus, etc.
à la mode est celui qui à fait faire son buste et sa statue, qui a huit portiers , beaucoup d’anneaux, et derrière lui sa litière avec un nombreux cortége d’amis ; tandis que telautre, qui n’est qu’honnête homme, reçoit, en récompense de ses fatigues, un jambon desséché, de mauvais poissons et du petit vin ; ou, s’il lui revient quelque pièce d’argent, il est obligé de la partager avec les courtiers qui lui ont procuré le client.
Si l’on voulait juger par Juvénal de la vie privée des Romains, qu’il dépeint avec des couleurs assez sombres pour qu’elle puisse faire pendant au tableau que Tacite a tracé de leur vie publique, l'on courrait risque d’être induit en erreur par cet honnête menteur, qui, pour faire de l’hyperbole et de la déclamation , se place à un faux point de vue. Les mœurs étaient telles qu’il fallait bien autre chose , pour les corriger, que le rire d’un poëte; du reste, celui-là ne pouvait pas les réformer, qui, tout en se plaignant que la religion est négligée, la tourne en dérision (1); qui oppose aux vices les plus honterx les aphorismes sentencieux d’une vertu absolue , générique, vague (2); qui ne sait conseiller, pour consolation dans les souffrances, que la force d’Ame et le mépris de la mort : biens, ajoute-t-il, pour lesquels on peut offrir aux dieux les gras intestins d’un pourceau blanc (3) ; qui, après avoir mis à nu les misères du pauvre , communes à toutes les époques ou spéciales à la sienne, dit, par une sorte d’insinuation et de conseil, que tous les pauvres de l’ancien temps se fussent d’eux-mêmes exilés de Rome (4).
Nous ne voyons donc pas en quoi il a pu être utile à ses contemporains. Quant à la postérité , elle se félicite , en le lisant , d’être devenue beaucoup meilleure ; mais elle revient à Horace, dont ies
(1) Satire XIII.
(D) ssscsass ass ocesvosioce ….... Semila certe Tranquillæ per virtutem patet unica vilæ.
(Sat, X, 363.)
(3) Ut tamen et poscas aliquid, voveasque sacellis ÆExta, et candiduli divina tomacula porci, Orandum est ut sil mens sana in corpore sano; Fortem posce animum, et mortis terrore carentem. Nesciat irasci, cupiat nihil, et votiores Herculis ærumnas credat sævosque labores,
Et Venere, et cœnis, et plumis Sardanapali,.
(Sat, X, 356.)
(A) soso es dose 0 Agmine facto, Debuerant olim tenues migrasse;Quirites.
(Sat. 111, 162.)
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Chez Li goureu sage pa sacrifie Juvé clamat ayantr et cont qu'il s’e traits v qu’il ft rision, qu’ilm Aul resté « Rome ue sav.
zième cienne homm en suf satires cause d’un j elles p et aff point Sot raient précé ses cd vais il sig inces jeune rieus
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demi-caractères se trouvent reproduits souvent dans les demi-virilités de notre siècle.
En écrivant la satire avec un style facile et populaire (sermones per humum repentes ), Horace avait donné un exempleinimitable. Ceux qui vinrent après lui se complurent dans un style haché, maniéré; mais Juvénal les surpassa tous par son âpre énergie. Chez lui le vers , la phrase , les mots, offrent une originalité vigoureuse , fruit d’un travail assidu : point de paroleinutile , de passage parasite, rien qui n’ajoute à la force , point d’imitation qui sacrifie la pensée à l’expression.
Juvénal , né à Aquinum, fit son éducation dans les écoles de déclamation, et suivit le barreau jusqu’à l’âge de quarante ans; ayant récité à quelques-uns de ses amis une satire contre Domitien et contre un poëte son complaisant , il se vit tellement applaudi qu’il s’appliqua entièrement à ce genre de composition. Quelques traits mordants qu’Adrien crut à son adresse lui valurent , quoiqu’il fût déjà octogénaire, d’être envoyé en Égypte , où, par dérision, on lui donna le commandement d’une cohorte; c’est là qu’il mourut d’ennui , 4 -tet de vieillesse.
Aulus Persius Flacer . : Volaterra, d’une famille équestre, resté orphelin, après avoir étudié six ans dans sa patrie, vint à Rome à l’âge de douze ans, pour suivre les leçons de maîtres qui ne savaient que donner des préceptes. Lorsqu'il eut atteint sa seizième année , G. Annæus Cornutus lui enseigna la philosophie stoicienne , et le présenta à Lucain , qui admirait les vers de ce jeune homme; il avait à peine vingt-huit ans lorsqu'il mourut. Cornutus, en supprimant ce qui était défectueux ou dangereux, publia ses satires , qui excitèrent alors une vive admiration, peut-être à cause de ce sentiment qui fait voir tant d’espérances sur la tombe d’un jeune homme ; mais l'expérience et les corrections auraientelles pu faire disparaitre de ses compositions l’abondance vide et affectée, ou lui donner l'imagination , sans laquelle il n’est point de poésie?
Son livre forme un seul discours, que des grammairiens auraient divisé en six prédications , sur des sujets moraux : le tout précédé de quelques mots de préface. Dans la première, il raille ses contemporains sur la manie de faire des vers et sur le mauvais goût qu’ils apportent dans leurs jugements. Dans la seconde, il signale l’incohérence frivole des vœux que les mortels adressent incessamment aux dieux; il réprimande , dans la troisième , les jeunes gens efféminés qui ont horreur de toute occupation sérieuse, Dans la quatrième, il flagelle la présomption qui fait que
Perse, 3% 62,
tous se croient capables d’arriver aux. plus hauts emplois , et no. tamment de gouverner l’État. il examine dans la cinquième quel est l’homme vraiment libre, et conclut que c’est le sage; la dernière est dirigée contre les avares, qui, se refusant le nécessaire, amassent pour des héritiers dissipateurs.
Mais Perse avait été & té par le stoïcisme des écoles, qui, dédaignéux non-seulemeñt du superflu, mais du nécessaire luimême (1), faisait un crime de l’acte le plus innocent, s’il n'était approuvé par la raison (2); disait à l’homme qu'il n’est pas libre, parce qu’il a des passions; condamnait les raffinements de la civilisation , les vêtements élégants, l’emploi des laines de Calabre teintes d'une pourpre altérée, l'usage des parfums, l’eztraction de la perle arrachée à sa coquille, etla réunion en masse embrasée du métal dormant dans les veines de la terre, I] y avait pourtant bien d’autres vices à stigmatiser de son temps : un libertinage révoltant, une bassesse dégoûtante chez les petits, un luxe effréné chez les grands, l’infamie des délateurs, l’avilissement du sénat , l’insolence des affranchis , la décadence générale ; c'était bien assez pour exciter un généreux courroux dans l’âme de quiconque avait le sentiment du bien. Perse ne s’en doutait pas , attendu qu’on ne lui avait rien dit de cela dans les écoles, et qu’il n’en avait rien lu dans les livres; mais, ayant oui dire en général que le siècle était corrompu, il s’imposa pour tâche d’en manifester son mécontentement dans une discussion très-vague,
mais méthodique et complète , telle qu’il pouvait la faire , renfermé .
dans son cabinet, sur des arguments préétablis , non sur ceux qui l’auraient irrité ou inspiré , s’il avait vu par lui-même : bien différent d’'Horace , qui, homme du monde, se heurtant aux hommes et heurté par eux, est toujours actuel, sans qu’on puisse supposer qu'il ait pensé la veille à ce qu’il jette sur le papier, quand le vice ou la sottise se rencontre sur son chemin, Voilà pourquoi Horace vous transporte sur son terrain ; il personnifis le vice , lui donne un nom et vous met à même de le reconnaitre partout, tandis que Perse s’en tient, comme un prédicateur, aux généralités , aux peintures vagues, à des mœurs , À des scènes, à des personnages in-
(1) Messe tenus propria vive; et, granaria, fas est, Emole, Quid metuas ? occa, en segés altera in herba est. (Sat. VI, 26.)
(2) Mit tibi concessit ratio : digitum exsere ; peccas, Et quid tam parvum est ?
(Sat. V, 119.)
détermin d’'Horace qu'il faut les réplio ambitieu une lang exercé le posent q envelopp se faire c de Perse d’Horace jeta au fe de saint 2 on né vo Sulpic reipublic chassa 1 Les co mestique Satyrico nous au
(1) Onr disait :
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Et Quin sius mert que ce rh préter à st
Sélis, 8 de Perse fait menti si disting des Mém laver de dit que P méritent lille l’esti:
de Weim sique. Sc Voy. lot
déterminés, Si par hasarA il cherche à imiter l'allure dramatique d’Horace, il devient encor: plus obscur que d’habitude, si bien
uel er- qu’il faut , pour attribuer à tel ou tel interlocuteur les attaques et re, les répliques, toute la finesse d’habiles commentateurs. Son style ambitieux, qui fait contraste à la stérilité des idées déguisées sous dé- une langue bizarre , assemblage de mots sonores , n’a pas moins ui | exercé leur patience. Ceux qui veulent lui trouver un mérite suptait posent qu’il attaquait Néron , et que ce fut le motif pour lequel il S li- enveloppa sa pensée : étrange manière de censurer, que de ne pas nts se faire comprendre ! Quant à nous, permettant aux admirateurs de de Perse de trouver ses hexamètres plus harmonieux que ceux 2m - d’Horace , nous nous rangeons de l’avis de saint Jérôme , qui les se jeta au feu afin que la flamme en éclairât l’obseurité, et à celui ait de saint Ambroise, qui disait qu’on ne méritait pas d’êtrelu quand er- on ne voulait pas se laisser comprendre (1). un Sulpicia , femme de Galénus, écrivit une satire ( De corrupto se- reipublicæ statu temporibus Domitiani) lorsque cet empereur le ; chassa les Shilosophes d'Italie.
me Les couleurs qui peuvent manquer à la peinture de la vie do- Pétroue. ait mestique des Romains nous sont fournies par Pétrone dans son es, | Satyricon , mélange de prose et de vers. Il n’est parvenu jusqu’à en nous aucun renseignement sur l’auteur; car des inductions he (1) On rapporte , au contraire, que Lucain ctait enthousiaste de Perse ; Martial mé disait : | | Sæpius in libro memoratur Persius uno, +4 | Quam levis in tota Marsus Amazonide. Us Et Quintilien (Inst. VD) : Mullum et veræ gloriæ, quamvis uno libro, Persius meruit; ce qui ne constitue pourtant qu'un de ces jugements prudents er que ce rhéteur portait d'habitude eur ses contemporains, et qu’on peut interce préter à son gré, de même que ces vers connus de Boileau : Ce Pérse en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, ne Affecta d’enfermer moins de mots que de sens ue Sélis, son admirateur passionné, assigne quatre raisons à l'obscurité volontaire n- de Perse; et la ireilleure est l’allusion perpétuelle à Néron, dont nous avons n- fait mention. Jean-Gérard Vossius l’attribue à ce que lestyle de ce jeune homme
si distingué ne respirait que grandeur, comme son âme. L'abbé Garnier, tom. XLV des Mémoires de l'Académie des inscriptions el beiles-lettres, cherche à le laver de tous les défauts qu’on lui reproche. Harris, père de lord Malmesbury, dit que Perse est, parmi les classiques, le seul écrivain difficile dont les pensées méritent d'être suivies à travers les obscurilés dont elles sont enveloppées. Delille l’estimait aussi beaucoup, de même que Monti, qui l'a traduit, et Passow de Weimar, qui les met au rang des esprits les plus privilégiés de l'antiquité classique. Scaliger l'appelle ostentator febriculosæ eruditionis, cætera neglexit. Voy. l'ouvrage de Nisard déjà cité.
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seulemen: font supposer qu’il était l’intendant des laisirs de Néron. Son ouvrage, dont il reste beaucoup de fragments obscurs, embrouillés, ne laisse pas apparaître d’autre intention que celle de retracer, dans un style obscène, le libertinage de son temps; corrupteur en réprouvant la corruption, il s’exalte dans l’orgie jusqu’au délire, comme un homme ivre qui va mourir. Il montre un débauché dont la fortune est immense et le faste prodigieux , entovré de parasites, de philosophes, de poëtes, de toutes les voluptés infâmes qui rendaient exécrable la cour des grands. Les uns ont voulu voir dans ce personnage aussi vaniteux que stupide, que l’auteur appelle Trimalcion, une allusion « l’empereur Claude, d’autres à son successeur ; nous sommes plus porté à le considérer comme le type idéal de la plupart des riches de l’époque (1). Eumolpe, un des personnages mis en scène , voulant enseigner aux convives ce que doit être le véritable poëte, leur dit qu’il ne suffit pas pour cela d’ajuster des mots sonores en vers harmonieux, mais qu’il faut être doué d’un esprit généreux , éviter toute bassesse dans l’express'on et donner du relief aux sentences ; il leur propose alors comme exemple une de ses compositions sur les causes de la guerre civile, critique dirigée r''obablement contre Lucain, qui en effet, dans sa composition, oublie de les mentionner. Après avoir gourmandé , en termes graves, la corruption des mœurs (2), il fait apparaître comme machines épiques la For-
(1) Sous le règne de Louis XIV, Bussy de Rabutin et l'abbé Margon voulurent renouveler l’obscène splendeur du banquet de Trimalcion. 11 est dit dans l’Héliogabale, ou Esquisse morale de la dissolution romaine sous les empereurs, qu’un repas d’après cette idée avait été donné par un certain personnage peu d'années auparavant.
(2) « Déjà le Romain tenait le monde entier sous son joug, et il n’était pas rassasié; il allait cherchant dans les golfes les plus ignorés, et, s’il y découvrait une terre qui produisit de l'or, elle était traitée en ennemie. Les plaisirs connus du vulgaire, les voluptés communes, n'avaient plus aucun attrait. On tirait la pourpre de l’Assyrie; les marbres, de la Numidie; les soies , de la Sérique ; les parfums, de l'Arabie. On allait chercher des bêtes féroces dans les forêts des Maures; on courait jusque près d’Ammon, à l'extrémité de l'Afrique, pour s’y procurer l’ivoire, et l’on chargeait les navires de tigres destinés à boire le sang humain au milieu des applaudissements du peuple. O honte ! on interrompt la puberté chez les adolescents, pour retarder la fuite des années rapides ; mais on aime les complaisants infâmes, la molle contenance de leur corps énervé, leurs cheveux tombants, les noms nonveaux de vêtements messéants à un homme. On a une table de citronnier dont le bois fut abattu sur la terre africaine, des troupes d'esclaves, de la pourpre splendide, on veut orner l'or lui-même. La gourmandise est ingénieuse ; le scare qui nage dans la mer de Sicile est apporté vivant sur la table , avec les coquillages arrachés au bords du Lucrin. Déjà l'onde du Phase est dépeuplée d'oiseaux, et sur le rivage muet les brises
tune corde
Le mais roma d’une thage grand ries ré la cou aussi il po telle force voular gage j se féli le cul major:
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miers ñ quand i et enten nunqua neque v latin éta un effor digenun excolui,
(2) Sa (Métam.
dam in Ego mu
tune et l'Enfer, qui prédisent les malheurs à venir; puis la Discorde, qui met aux prises Pompée et César.
Le Satyricon est le premier roman latin que nous connaissions ; mais celui d’Apulée , dont la vie elle-même peut passer prur un roman, fit beaucoup plus de bruit. Né à Madaure en. : .que, d’une bonne famille et au temps des Antonins, il étudia à Carthage, en Grèce, à Rome, où il apprit le latin (4) avec la plus grande peine. Il voyagea, en se faisant associer à diverses confréries religieuses (2) , eten prononçant partout des discours selon la coutume d’alors. Nous en avons conservé quelques-uns (Florida) aussi riches d’érudition'que pauvres de critique, et dans lesquels il pousse la crédulité à l’excès; cependant ils lui valurent une telle réputation que plusieurs villes lui érigèrent des statues. A force de dépenser, il se trouva réduit à une telle pénurie que, voulant se faire consacrer au service d’Osiris, il dut mettre en gage jusqu’à son manteau pour se procurer l’argent nécessaire ; il se félicite pourtant d’être entré avec ies plus distingués dans le culte de ce dieu, qu’ilappelle Deëm magnorum polior, et majorum summus, et summorum maximus, el maximorum regnator.
Il s’occupa alors de gagner de l’argent en plaidant des causes ; mais il réussit mieux en épousant Pudentilla, veuve de quarante ans, riche de quatre millions de sesterces. Les parents accusèrent Apulée de s'être fait aimer d’elle à l’aide de sortiléges :
seules murmurent dans les rameaux déserts. La rage n’est pas moindre au Champ de Mars; les Quirites achetés font de leurs votes un objet de Incre, le peuple est vénal, vénale la curie des pères conscrits, et la faveur se paye; la vertu rexiste plus chez les vieillards , et le pouvoir et la majesté gisent corrompus par les richesses : Rome se vend comme une marchandise, et ne peut pas ellemême se racheter. »
(1) Madaure était une colonie romaine; cependant Apulée, fils d’un des premiers imagistrats municipaux (duwmvir ), ne comprenait pas un mot de latin quand il vint a Rome ; son heau-fils ne parlait de même que la langue punique, et entendait un peu de grec, grâce à sa mère qui était Thessalienne : Zoquitur nunquam, nisi punice : etsi quid adhuc a matre græcissat, latine enim neque vull, neque potest. Voy. l'Apologie. Cela dément ceux qui croient que le latin était généralement parlé dans les colonies. Ajoutons qu’Apulée crut faire un effort prodigieux en apprenant le latin à Rome sans maître : Quirifium indigenum sermonem ærumnabili labore, nullo magistropræeunte, aggressus excolui, ( L’Ane d’or.)
(2) Sacris pluribus initiatus, profecto nostri sanctam silentii fdem. (Métam.) — Sacrorum pleraque initia in Græcia participavi, eorum quædam in signa et monumenta tradita mihi a sacerdotibus, sedulo conservo.… Ego mullijuga sacra, et plurimos ritus, et varias cæremonias, studio veri
et officio erga Deos didici, (Apologie.)
Apulée,
chose peu vraisemblable de la part d’un beau jeune homme qui recherche une femme sur le retour. Cité devant Claudius Maximus, proconsul d’Afrique il se disculpa au moyen d’une apologie, qui nous est restée comme un bizarre témoignage dés préjugés de l’époque.
Son livre de Mundo est une traduction libre de celui qui est attribué à Aristote; dans un autre , intitulé de Deo Socratis, il admet le génie du philosophe grec, et cherche à savoir à quelle classe de démons il appartenait. Celui de Habitudine doctrinarum et nativitate Platonis est'une introduction aux œuvres de Platon. La première partie traite de la philosophie naturelle ; la seconde, de la morale; la troisième , du syllogisme catégorique. I suppose que le monde est formé de la réunion du ciel et de la terre avec leurs natures respectives , et que la concorde des quatre éléments avec un cinquième, de genre divin, produit l’harmonie. Dieu ne pénètre ni ne remplit le monde , mais il le règle par son pouvoir et ne peut être qu’un. Le suprême bien moral est Dieu ; le pur esprit, la vertu ; le reste n’est qu’accidents.
Riche de connaissances historiques , Apulée est bien loin de Lucien pour la fécondité de l'esprit, ou pour l’aptitude à pénétrer le sens des doctrines philosophiques et à en découvrir le côté ridicule. Son style offre encore une plus grande négligence; car, tandis que lPon trouve dans Lucien un atticisme , sinon toujours pur, au moins toujours aimable, Apulée ne cesse de vous faire sentir combien la langue romaine devenait de plus en plus barbare , et combien il était peu capable de la régénérer avec ses archaïsmes, avec son style prétentieux, prolixe, obscur, rempli d'expressions et de tournures nouvelles. Après avoir cru à la magie et à d’autres superstitions du même genre, il les tourna en ridicule, mais sans s’en dégager tout à fait; car, bien qu’il en fasse la satire dans les Métamorphoses et l’Ane d’or, ilétait persuadé que les démons exerçaient un pouvoir immédiat sur l’homme et sur la nature.
L'idée de l’Ane d’or est prise de Lucien , qui lui-même l'avait empruntée à Lucius de Patras; mais l'épisode de l'Amour et "ché est nouveau et mérite de compter parmi ce que lantiquité
a laissé de plus exquis. Ce roman, à cause de son obscurité , : tr, interprété de mille manières : les païens firent d’Apulée un ‘2 dieu miraculeux qu’on pouvait opposer au Christ; dans le moyen âge, on chercha dans son œuvre Île secret de la pierre philosophale; enfin les métaphysiciens y trouvèrent une allusion à V’'avilissement produit dans l’âme par le péché , tant que la grâce
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ne vient pasla relever; Dautres lui attribuent surtout la pensée de remettre en honneur les mystères, tombés dans le discrédit ; mais il ne semble pas que cette hypothèse puisse se concilier avec les abominations qu'il révèle, bien que le onzième livre expose dahs toute leur beauté lés rhystères d’Isis et d’Osiris , sur lesquels il nous fournit de précieux renseignements.