‹ Histoire universelle [microforme] (volume 2)Chapitre 67 sur 135 · UN AU MER A · texte numérisé non relu

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Homère était toujours l’objet du même culte : Apion, que Julius Africanus appelle le plus pointilleux des grammairiens (xeptepyéreros ypaumaruwäiv), se montra le digne émule de son maître Didyme, qui, du temps de Jules César, avait écrit quatre mille volumes sur la patrie d’Homère, sur la véritable mère d’Énée, sur les mœurs d’Anacréon et de Sapho, et sur d’autres sujets également futiles; il consacra ses recherches à des subtilités pareilles, recourant même à des évocations magiques pour apprendre quelle était la patrie d’Homère. IL s’applaudissait fort d’avoir découvert que les deux premières lettres de l’Iiiade ( un) signifient quarantehuit, nombre des chants réunis des poëmes. Député à Rome par les Alexandrins pour demander l'expulsion des Hébreux, il écrivit contre ceux-ci un livre que réfuta Flavius Josèphe. On lui doit aussi un ouvrage sur les merveilles de l'Égypte et deux anecdotes célèbres, l’une sur le dauphin de Pouzzoles qui s'était attaché à un enfant, et l’autre sur le lion d’Androclès. Apion se faisait appeler un second Homère, et se vantait d'immortaliser ceux auxquels il dédiait ses livres.

La poésie grecque était aussi tout à fait déchue, et c’est à peine si l’on doit nommer les médecins Marcellus Sidétès, qui composa, au terups des Antonins, un poëme en quarante-deux chants sur la médecine ( B:6{x iatpa ), et Héliodore d'Athènes, dont Galien mentionne la Justification (’Axovrix&). Oppien de Cilicie composa dans son exil un poëme sur la pêche (‘Akeux&), dont chaque vers lui valut une pièce d’or de la part de Sévère; il en dédia à Caracalia un autre sur la chasse (Kuvrnyeruxé) que Scaliger traite de divin, et que le goût peut à peine considérer comme médiocre. Quelques écrivains croient que ces deux poëmes, du genre des criptif, le dernier de tous, sont de deux auteurs différents.

La rhétorique n'avait pas moins dégénéré dans la patrie de Démosthène , où l’amour naturel de la discussion, à défaut d’occasions d’appliquer l’éloquence aux intérêts nationaux, se donnait carrière dans des lectures publiques, sur les places ou dans les écoles. Au temps des Antonins, la langue grecque avait repris à Rome une telle faveur que l’on comptait cinq rhéteurs grecs contre trois latins, et les cours de ces rhéteurs étaient nombreux. Athènes conservait l’école la plus renommée pour la rhétorique, comme Alexandrie pour les mathématiques, et Béryte pour la jurisprudence. On y exerçait les enfants, suivant l’usage du temps, sur des sujets imaginaires. Les orateurs s’en allaient de ville en ville, déclamant des choses qui, cent fois redites, paraissaient

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nouvelles à beaucoup de gens, par suite de la rareté des livres. 11 ne se donnait pas un spectacle ou un divertissement populaire, sans qu’un orateur procurât à la multitude grecque le plaisir, qu’elle prisait extrêmement , d'entendre sa belle langue parlée avec toutes les ressources de l’art. Comme le fit plus tard Nostradamus à l’égard des troubadours, Philostrate recueiilit les paroles et les actes des sophistes et des rhéteurs ; ce travail nous fait connaître l’impudence et l'esprit artificieux de ces vagabonds, qui couraient le monde en quête d’argent ou de renommée, toujours prêts à se supplanter et à se déchirer les uns les autres.

Afin de plaire à la multitude, le bon goût fut sacrifié, et l'esprit sophistique se mit à subtiliser dans les divisions et subdivisions des discours, des matières et des arguments (1).

Quelques-uns de ces rhéteurs ne le cédaient pas aux meilleurs orateurs de l’antiquité pour la pr.eté de la langue et la dignité du style : mais, comme les Latins , ils ne savaient que répéter; rien chez eux n’était neuf, rien n’était senti. La rhétorique reprit quelque vigueur lorsqu’elle s’associa à la philosophie pour traiter certaines matières, non plus en faisant usage du dialogue aride des disciples de Socrate, ni en adoptant la sévérité scientifique d’Aristote, mais d’une manière oratoire, comme nous le voyons dans les néoplatoniciens, et dans les philosophes qui fleurirent depuis Adrien jusqu’à Julien.

… Un des plus illustres parmi les orateurs fut Dion Chrysostome , de Pruse en Bithynie. Vespasien l'ayant trouvé à Alexandrie, lui demanda s’il ferait bien d’accepter l'empire qu’on lui offrait, sans

(1) Les discours se distinguent en pehétn, oûotaouc, À6yos, Add, mpoladia, oxédrov, Giddetie, énidestic. La mMélélé était une déclamation préparée soigneusement, dans laquelle l’orateur jouait le rôle d’un personnage antique ou fabuleux, et traitait un sujet imaginaire comme s’il eût été vrai; la systasis était un petit discours de recommandation à un protecteur; le Zogos, tout discours, mais plus spécialement une harangue, sur un sujet important ; la Lalia, un compliment ; la prolalia, un prologue aux lectures publiques ; le schédion , un discours non préparé ; la dialexis, une dissertation ; l’épideixis, une composition d’apparat, prononcée sur un théâtre ou devant une assemblée solennelle. Ceux qui en trouveront le courage peuvent lire la mélété par laquelle Lesbonax exhortait, au temps de Tibère, les Athéniens qui avaient vécu deux siècles auparavant à se venger de Thèbes et à combattre vaillamment les Lacédémoniens ; celle par laquelle un Aristide invitait fortement ces mêmes Athéniens à expédier des secours en Sicile à Nicias, ou à faire la paix ävec les Spartiates après la bataille de Pylos, ou à leur venir en aide après celle de Leuctres. Puis, changeant de thème, celle où il leur conseillait de s’unir à Thèbes contre Sparte, ou plutôt de garder la neutralité; ou bien encore celle dans laquelle il délayait en prose trainante les vers mis par Homère dans la bouche d'Ulysse pour adoucir la colère du fils de Thétis.

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