CHAPITRE XX
Jusqu'à quel point ces conseils furent-ils suivis par les historiens qui vivaient à cette époque?
Cornélius Tacitus s'élève comme un aigle au-dessus de tous. Né à Terni dans l’Ombrie , élevé dans les écoles des déclamateurs et des stoïciens, il y contracta quelques-uns de leurs défauts , et devint ladmirateur des vieilles vertus romaines ; mais il puisa dans ses sentiments et dans la lecture de ce que les philosophes produisirent de plus pur, l'horreur de tout ce qui était bas et servile, et ce coup d’œil qui sonde le cœur humain dans ses replis les plus cachés. Il porta les armes, puis se fit avocat; il exerça les fonctions de questeur et de préteur sous Domitien , vit la Germanie et la Bretagne, et fut aussi promu au consulat. Sa vie fut
Tacite.
longue et plus tranquille que ne le ferait supposer le mécontentement sévère qui règne dans ses écrits.
Au milieu de ces contrastes frappants de bons et de mauvais princes, de cette lutte du bien et du mal , il contemplait en silence la marche des événements; avant de s’exposer aux regards du public, il attendit la maturité de l’âge , et c’est à l’âge de quarante ans qu’il écrivit par reconnaissance la vie d’Agricola , son beau-père. Dans cet ouvrage, il éleva la biographie à la dignité de l’histoire , en y faisant entrer les événements relatifs à un peuple nouveau (les Bretons), dont il recueillit ies particularités les plus notables.
Il entreprit ensuite la description de la Germanie, et, marchant sur les traces de César, il peignit les mœurs des peuples qui l’habitaient; devinant une invasion imminente de leur part, il semble qu’il eût voulu prémunir l’empire contre le danger, en attirant les regards sur les mœurs grossières, mais honnêtes, de ces hordes belliqueuses , qui menaçaient la civilisation corrompue des Romains. Ce petit ouvrage est un des travaux les plus importants de l'antiquité , et un modèle accompli de l’art de dire beaucoup en peu de mots, bien que les louanges qui ont été données à l’auteur ne soient pas toutes restées à l’épreuve du progrès des études. Quant aux faits, il est en général véridique, et l’on croit reconnaître qu’il en parle comme témoin, ou sur les renseignements de son père; mais il abuse , en les retraçant, d’une sorte de morale que lui suggère son dégoût de la société romaine , ce qui fait que, pour opposer à la corruption de son siècle la droiture vigoureuse des nations nouvelles , il tombe dans le travers des admirateurs de la vie sauvage. Ne sachant pas la langue teutonique, il dut se méprendre sur bien des choses ; porté, comme tous ses concitoyens, à ne voir en tous lieux que des usages romains, il retrouva les dieux de la Grèce et de Rome chez les Germains (1). Bien plus, comme cette contrée , à peine ouverte par les armes, offrait à la curiosité peu empressée des Romains une foule de mystéres, ilemploya les équivalents inexacts d’une civilisation tout à fait différente pour traduire les renseignements imparfaits qu’il recueillit. Le vague et l'incertitude s’accroissent encore par l’expression elle-même, qui, dans sa concision étudiée , ne suffit ras à beaucoup près pour rendre ce que l'écrivain a conçu , ou qui se trouve employée dans un sens différent de celui qu’elle a commu-
(1) En entendant le mot mar, adjectif teutonique qui signifie glorieux, et le mot her où kert appliqué à Odin, il en forma Mercure, Et de même ailleurs.
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nément. Ces défauts n’enlèvent pas à Tacite, tout en le diminuant, le mérite de nous offrir les premières pages de l’histoire moderne.
Après avoir ainsi éprouvé ses forces, il entreprit l’histoire de Rome en trente livres, depuis Néron jusqu’à Nerva ; il réservait le règne de ce dernier prince et celui de Trajan pour sa vieillesse, comme un thème plus riche et moins périlleux (4). Il abandonna ce projet, trouvant qu’il était plus conforme à son génie de décrire, en forme d’annales, les atrocités des quatre premiers successeurs d’Auguste. Malgré le soin que prit un de ses descendants, parvenu à l'empire, de multiplier les exemplaires de ses ouvrages (2), il s’en est perdu une grande partie ; nous n’avons de son Histoire que les quatre premiers livres et le commencement du cinquième, qui n’embrassent guère plus d’une année , la 69° de J.-C. Cela fait supposer qu’ils devaient être nombreux. Il en reste six des Annales, avec beaucoup de lacunes ; tout ce qui retraçait la fin du règne de Tibère , celui de Caligula et une grande partie de celui de Néron, a péri; enfin il nous fait complétement défaut, alors qu’il eût acquis tant d’importance en nous montrant le changement de dynastie.
Après Hérodoteet Tite-Live, qui sont deshistoriens poëtes, Polybe et Xénophon, qui sont des écrivains politiques, Tacite, historien et philosophe , est l’anneau qui réunit les anciens et les modernes. Il fit le premier descendre l’histoire aux tableaux de mœurs et d'intérieur, exerçant sa haute habileté dramatique sous le toit de la famille , non moins que dans le forum et sur le champ de bataille ; loin de se borner uniquement à sa patrie, il porte ses regards surles norveaux mondes du Nord et de l’Orient. N’oubliant jamais le sublime sacerdoce de l'historien , juge sévère de !a moralité , il honore la vertu , même lorsqu'elle succombe , et flagelle le vice , quelque puissant qu’il soit ; il porte sur tout ce qui s'offre à lui la critique, la réflexion, le sentiment, l’apprécie en juge implacable, et prononce d’un mot sa sentence. Quelque petit que soit un fait , il ne ie raconte jamais sans remonter à ses causes et sans développer ses conséquences; mais, comme la politique est tout pour lui, même dans les actions les plus simples, ilen scrute les motifs éloignés et compliqués, ce qui l’entraîne parfois dans
l'excès de la censure la plus raffinée , et le met dans le cas de voir
(1) Principatum divi Nervæ et imperium Trajani, uberiorem securioremque materiam, senectuti seposui. (Hist. I. ) (2) L'empereur Tacite, qui ne régna que six mois.
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chaque chose sous un jour tellement sombre qu’il paraît rigoureux, même envers un siècle aussi dépravé. Honnête au fond du cœur, toujours véridique, jusque dans l'emphase, il aime la liberté avec passion, mais il ne sait la concevoir que sous les formes surannées de la république; il reconnaît pourtant qu’il est possible de se montrer grand, même sous de mauvais princes, et qu’il existe, entre la servitude abjecte et la résistance périlleuse, une manière de vivre exempte de danger et &e bassesse (1). En même temps qu'il voue les tyrans à une éternelle infamie , il sait louer un Nerva, associant le pouvoir suprême et la liberté , comme aussi un Trajan, sous lequel chacun est libre de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense.
Mais que pensait de son temps Tacite lui-même ? Croyait-il que la société dût tomber d’abime en abime, ne voyait-il aucun remède, puisqu'il n’en proposait aucun? Quel choix fait-il entre cette foule de superstitions dont il instruit fidèlement son lecteur, en les respectant comme des institutions politiques et nationales , et une divinité qui abandonne son plus bei ouvrage à cet excès de corruption ? Repousse-t:il véritablement les espérances placées dans un ordre de choses , et croit-il que Les dieux s'occupent de la vengeance , non du salut? C’est ce que l’on ne saurait dire positivement ; car il exerce son observation avec la froideur d’un anatomiste qui dissèque un cadavre et découvre l’ulcère qui a causé la mort. Que si, dans le cours de cette investigation , il rencontre sous son scalpel quelque partie où se manifeste le progrès d’une vitalité récente, il la traite avec le même sang-froid , et décrit le supplice des chrétiens comme celui de tant d’autres victimes , dont le sang n’est qu’un spectacle pour le tyran et le peuple.
La peinture uniforme des atrocités et des débauches des empereurs dont il traça l’histoire, la docile lâcheté du sénat , l’indifférence brutale du peuple, vous font frémir ; mais vous lui amande: en vain comment les fils des Catons et des Bruius sont descendus jusque-là ; vous lui demandez en vain le secret de cette profonde habileté à l’aide de laquelle Auguste soumit au frein le peuple, et comment les anciens républicains, maissonnés par la guerre et les proscriptions , ne laissèrent d’autre héritage que l’épuisement ei la résignation.
Il y a cependant plaisir et profit à voir un écrivain , resté sans tache au milieu de la corruption générale, montrer en l’homme
(1) Liceatque inter abruptam contumaciam et deforme obsequium, pergere iler, ambilione ac periculo vacuum. (Annales, IV, 20.)
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(1) C’ cet enn sage ; 1 dicis.
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l’existence de quelque chose qui est au-dessus du pouvoir des tyrans, et qu’ils ne peuvent arracher même avec la vie.
Ce type antique des modernes subtilités politiques , ce philos0phe à la manière de la Rochefoucauld , bannit de son œuvre toute manière naturelle et simple de concevoir et d’exposer ; il se forme un style artificiel qui lui est entièrement propre, tantôt d’une vivacité rapide, tantôt d’une majesté calme, simple dans sa grandeur, parfois sublime, toujours original. Chez lui pas un mot de trop, point d’expressions fleuries, point de luxe d'images , point de cadence , point de périodes ; ilne cherche point à plaire, mais il veut qu’on pense, que chaque phrase instruise, que chaque parole ait un sens, un enseignement , et qu’elle soit dès lors précise quant à son objet, vague quant à sa portée. C’est par là que Tacite, malgré ses défauts, a mérité d’être loué par quiconque médite en lisant (1), et d’être appelé par Bossuet le plus grave des
(1) C'est chose singulière que l'estime professée par beaucoup de princes pour cet ennemi des princes. Christine de Suèdeen lisait chaque jour quelque passage ; le pape Paul III l'avait toujours à la main, de même que Côme de Médicis. Le marquis de Spinola, général célèbre, en fit une traduction; Léon X avait promis mieux que de l'argent à celui qui trouverait au delà du peu que l’on en avait de son teraps, et qui avait été publié en 1468 par Vindelin de Spire. En effet, Angelo Arcimboldi découvrit dans le monastère de Corvey, en Westphalie, un manuscrit contenant les cinq premiers livres des Annales, qu'il publia en 1515.
On raconte que Napoléon eut l'entretien suivant, au sujet de Tacite, avec M. Suard, l’un des secrétaires perpétuels de l'Institut de France : l’homme d'action avec l'homme de iettres, l’homme pratique avec le faiseur de préceptes :
« Ne vous paraît-il pas , disait l'empereur, que Tacite, grand esprit comme il est, n’est nullement un modèle pour l’histoire et pour les historiens ? Profond qu'il est, il suppose des desseins profonds dans tout ce qui se fait ou se dit, Il n'y a pourtant rien au monde de plus rare que des desseins.
« Cela est très-vrai, répondait Suard , très-vrai en tout autre lieu ; mais dans Rome ils étaient très-communs. Dans les six cents ans que dura la république, tout alla par desseins et par exécutions; durant l'empire, les maîtres du monde s'ahandonnèrent bien à leurs passions, mais non au hasard .Tibère , tout plein dextravagance qu’il était, réfléchissait à fond,
« Napozéon, Tacite devait prendre l'esprit de l'empire dont il se faisait l’historien, et il conserva au contraire celui de la république ; mais elle n'est pas possible, etc...
« Suanp, Siro, Tacite vit mieux qu'aucun autre historien de l'antiquité comment la plus grande puissance du prince peut s'unir à la plus grande liberté des peuples, union qu'il appelle une rare félicité,
« Napozéon. N'importe : il est l'historien d’un parti, et le peuple romain n’efnit pas du parti de Tacite; il aimait les empereurs, dent Tacite veus nous {re peur, et l'on n'aime jamais les monstres. Les atrocités de l'empire naissaient dea factions.
« Suann, Pardonnez, sire ; il n’y evait plus alors de peuple romain dans
Suétone, 70 121P,
historiens , par Racine le plus grand peintre de Pantiquité ; aussi a-t-iltoujours été cher à ceux qui, dans les calamités publiques, ont besoin de raffermir et de retremper leur caractère contre les terreurs ou la séduction.
De même que Tacite n’avait point eu de modèle, il resta sans imitateurs , parce que, pour limiter, il faudrait vivre, comme lui, dans un empire où , sans avoir oublié la liberté, on supportait la servitude, en réunissant à des traditions glorieuses une ignoble dégradation; il faudrait avoir passé sa première jeunesse au milieu de guerres civiles dans lesquelles deux factions se disputaient à qui donnerait au rnonde le plus mauvais maître; puis il faudrait avoir respiré sous un Vespasien , un Titus, fréimi sous un Demitien , jusqu’au moment où l’on pouvait exhaler son indignation sous un Nerva, dans des pages longuement méditées à l’école du malheur. Ces pages seraient alorsempreintes de la sublime tristesse de l’homme qui , sans songer à lui-même , s’occupe des maux publics , tristesse qui accompagne tout ce qu’il y a de fort, de grand, de sublime, et qui se répand sur la vie , sur la pensée, sur tous les sentiments profonds,
Tacite eut l'avantage de jouir de sa gloire, bien que peut-être il la dût moins à ses travaux historiques qu’à ses vers et à ses discours, qui ont péri, de même qu’à un recueil de facéties dont eut connaissance le grammairien Fulgentins lianciade.
Caïus Suétonius Tranquillus, grand amateur d’antiquités , dont il faisait collection, avait l’anneau d’un empereur, un diplôme d’un autre , et fit don à Adrien d’une vieille statuette de bronzequi avait appartenu à Auguste. Il recueillit avec non moins de zèle et de bonheur des anecdotes concernant les douze Césars : il connaît le visage de chacun d’eux, sa manière dese vêtir, son maintien, ses folies ; ilsait à quelle heure chacun se mettait à table, combien de plats on lui servait, quels ineubles garnissaient ses appartements, les bons mots qu’il disait, les obscénités auxquelles il se plaisait, et il rapporte le tout sans voile , sans réflexions , sans esprit, sans élévation. Froid et laccnique archiviste des Césars , il n’a en vue que l'érudition ; peu lui importe la morale, et c’est beaucoup qw'il
Rome, mais une plèbe, ramassis de tout l'univers, qui applaudissait avec transport le plus mauvais des empereurs devenu comédien, pourvu qu’elle eût du pain et les jeux du cirque,
x Naroséon, Et son style vous paraît-il exempt de blâme? Après avoir lu Tacite , on se demande ce qu'il pense. J'aime qu’un écrivain procède clairement. En cela nous serons d'accord, hein, monsieur le secrétaire? »
Mais le secrétaire n'eut pas le temps de répltquer, (Voy. Ganwr, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard; Paris, 1819.)
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traite Caligula de monstre. Il ne s'inquiète pas de la politique, et ne s’aperçoit seulement pas de la grande révolution qui s’est opérée dans le monde , de César à Domitien. Au lieu de suivre l’ordre des temps, il distribue les vices et les vertus par catégories, à la manière des panégyristes , en les séparant ainsi des faits qui les ont produits, et qui leur donnent leur signification , leur valeur, sans indiquer non plus en quoi ils ont influé, en bien ou en mal, sur les destinées du prince ou sur celles de l’État.
Son style est correct , sans ornements ni affectation. On lui doit quelques ouvrages, comme les Vies des rhéteurs, des grammairiens et peut-être des poëtes ; il écrivit en outre sur les jeux des Grecs, sur les mots injurieux, et sur l’habillement des Romains.
Originaire de la Campanie, Velléius Paterculus servit sous Tibère, en Thrace et en Germanie; il exerça des fonctions civiles et traça l’histoire de Rome depuis son origine jusqu’à son temps ; mais il ne nous reste que ce qui regarde la Grèce et Rome, depuis la défaite de Persée jusqu’à la dix-septième année du règne de Tibère. Narrateur sincère pour le reste, il flatte bassement les Uésars jusqu’à aitérer et à supprimer des faits. Pour lui Germanicus est un oisif, Tibère un dieu, Séjan un héros; on rapporte même que Velléius fut enveloppé dans la disgrâce de ce favori, non comme son complice, mais comme son ami (1).
Bien que sa manière d’écrire soit châtiée, elle est inégale, et ne rappelle celle de Tite-Live que pour faire ressortir la distance qui les sépare. Il cherche à faire suivre chaque fait de sentences à effet , à briller par des mots saillants ou des antithèses , et ses louanges, comme son blâme, sentent la déclamation ; après avoir
raconté la mort de Cicéron, il lance contre Antoine des invectives d’école qui, à force de véhémence, tombent dans le rtdicule.
C’est à partir de la chute de Séjan que Valère Maxime à commencé son recueil de Faits et paroles mémorables en neuf livres , ouvrage dont les matériaux sont rassemblés sans jugement, disposés sans critique et employés sans goût. Amateur du merveilleux, il s'attache de préférence aux événements qui tiennent du prodige, aux circonstances qui offrent quelque chose d'étrange, ce qui n'exclut pourtant pas la vérité et la simplicité de l’histoire ; aussi fut-il très-goûté dans les temps intermédiaires, recopié plusieurs fois et chargé de gloses. Les défauts de son style, une dé-
(1) Vauews ParencuLus, ræœmische Geschichte, von Fn, Jacons; Leipsig,
Moncensrens, de Fide historien V, Paterculi, imprimis de adulatione ei objecta ; Leipsig, 1800.
Velléius Pa-
Valere Maximue, 14,
clamation constamment froide et sévère, ont fait supposer que l’ouvrage que nous avons aujourd’hui est un abrégé du sien, ou plutôt un extrait qui en aurait été fait par un certain Julius Pâris. Il est précédé d’un prologue à Tibère , où l’on trouve de basses flatteries.
Justin dédia à Marc-Aurèle (1) un résumé de Trogue Pompée, qui, au temps d’Auguste, avait écrit une histoire en quarante livres, intitulée ?hilippiques, parce que, à partir du septièmelivre, il traitait de l'empire macédonien. Faut-il imputer aux ubréviateurs d’avoir causé la perte des auteurs originaux , ou leur savoir gré d’en avoir au moins conservé une partie? Ilest difficile, à vrai dire, de considérer comme un abrégé l’onvrage de Justin, qui ne se fait pas faute de digressions , et dont les récits sont toujours étendus, excepté quand il omet ce qui ne lui paraît pas curieux ou instruatif (2); mais il altère la chronologie, ne sait pas lier les dif- €: tes parties de son récit, et commet des erreurs : peut-être est-ce la faute de l'original , auquel on pourrait aussi attribuer le mérite du sigle de Justin.
Afin de s’assurer jusqu’à quel noint il était digne de foi, les érudits ont recherché les sources auxquelles Trogue at. t dû puiser, et que n'indique pas son abréviateur (3). Dans les six premiers livres, qui servent comme d’introduction à l’histoire de la Macédoine, il a suivi Théopompe, qu’il a presque traduit dans les quatre livres suivants, où l’on parle spécialement de la Macédoine et de la Perse jusqu’à Darius Codoman. Ce qu’il dit du règne d’Alexandre, dans les livres XI° et XIL°, est tout à fait connu; il n’en est pas de même des guerres de ses successeurs, pour lesquelles il laisse trop à désirer. Les livres XVII jusqu’au XXITI nous ont conservé des renseignements précieux sur les Carthaginoisavant les guerres puniques. L'auteur qu’il aura consulté pour les événements survenus jusqu’à laguerre de Philippe contre les Romains, aura été Phylarque , et Polybe pour ceux qui se sort accomplis jusqu’à Mithridate. Pour le règne de ce dernier et pour l’histoire des Parthes, nous n’avons presque d’autre ressource que Justin, rien ne restant de Posidonius de Rhodes. qu’il a probablement suivi; ilen est
(1) Si pourtant cet alinéa n’a pas été interpolé dans les manuscrits, car le style indique une époque postérieure.
(2) Omissis his quæ nec cognoscendi voluptale jucunda, nec exemplo er ant necessaria. (JUST.)
(3) Hgenew, de Trogi Pompei et Juslini fontibus et auctorilate, dans les Mémoires de la Société de Gættingue, 1803, vol, XV.
J, Cu, Gavrener, vom Plan des Trogus und seires Abhursers, Justinus.
de même pour l’histoire d’Espagne, contenue dans le livre LXIV®.
Lucius Annéus Florus, probablement Espagnol, écrivit en quatre livres l’abrégé de l’histoire romaine (depuis la fondation de la cité jusqu’au moment où Auguste ferma le temple de Janus), ou plutôt un panégyrique, dont le style est tellement poétique que lon y rencontre fréquemment des hémistiches entiers de Virgile. En conséquence, il néglige la chronologie, exagère les couleurs, et relève tout par l’emphase ou l'interrogation qui commande d'admirer. Il a beaucoup de pensées ingénieuses, qu’il exprime souvent avec force et précision ; mais la profusion des sentences et son emphase poétique rendent le récit froid et ennuyeux : Camille, après la destruction de Rome, assaille par derrière les Gaulois, dont il fait une telle boucherie que « l’inondation de leur sang efface tout vestige de l'incendie » ; les guerres des Gaulois servaient aux Romains de pierre à aiguiser, afin d’affiler le fer de leur courage ; Fabius Maximus, après avoir occupé les hauteurs, lance de là des armes sur les ennemis, et «il fut beau de voir la foudre tomber du ciel et des nuages sur les habitants de la terre ». Raconte-t-il l'expédition de Brutus le long des rivages celtiques, il assure il n’arrêta sa marche victorieuse qu’au moment où il vit le soleil se plonger dans l'Océan, et qu’il entendit même le petillement produit par son disque au contact des flots.
Ceux qui croient son ouvrage un abrégé de Tite-Live sont dans l'erreur, car il s’en écarte souvent. Il introduit une idée qui se rapproche de ce que nous appelons la philosophie de l’histoire, en attribuant trois âges à l'empire romain : l’enfance, l’adolescence et la jeunesse, en divisant celle-ci en deux siècles, auxquels il ajoute comme couronnement l’âge d’Auguste.
Quelques-uns placent Quinte-Curce vers ce temps, d’autres sous Constantin; mais, comme aucun auteur ancien n’en fait mention, et qu’il manque de tout caractère propre, plusieurs critiques ne voient en lui qu’un moine moderne. Celui qui se contentera de considérer son ouvrage comme un roman, et ne sera pas blessé de l’enflure et du ton sentencieux qui y règnent, trouvera la narration claire et les descriptions fleuries ; mais on y chercherait en vain une histoire. L'auteur, au lieu de suivre les meilleurs biographes d’Alexandre, s’est malheureusement attaché aux plus crédules et aux plus fabuleux, comme Clitarque et Hégésias , bien qu’il passe sous silence ou révoque même en doute quelques-uns des prodiges dont leur récit est semé (1). Sans s'arrêter à l’ordre
(1) Plura transeribo quam credo, nam nec affirmare sustinco de quibus dubilo, nec subducere quæ accepi. (Lib. IX.)
Florus,
Quinte-Curca,
Dictys de Crète.
Autres historiens,
chronologique, il ne s’attache point à concilier les faits contradictoires qu’il recueille çà et là, ni à rechercher si les fables peuvent cacher quelque vérité. Il savait peu le grec, avait fort peu de connaissances dans l’art militaire, et ignorait entièrement la géographie et l'astronomie. Il place le Tanaïs au delà de la mer Caspienne, dit que:le Gange vient du midi, et que, coulant vers l’orient, il débouche comme l’Indus dans la mer Rouge , qui est à l'occident; il confond le Taurus avec le Caucase, l’Iaxarte avec le Tanaïs, tandis qu’il distingue la mer Csspienne de la mer Hyrcanienne ; le désert, qu’on ne parvint à trav rser qu'après les plus grandes fatigues, n’exige qu’une marche de trois jours : l’immense Babylone occupe à peine quatre-vingt-dix siades ; enfin il fait arriver les éclipses à la nouvelle lune (4). Les hetangues révèlent un rhéteur qui veut faire étalage de belles paroles et de sentences fastueuses, sans s’inquiéter si elles sont à leur place; c’est ainsi qu’il fait débiter aux Scythes des sentences du Portique grec, et aux héros, des exagérat’… s de théâtre. Après avoir raconté à quelles indignités Alexandre e"nployait l’eunuque Bagoas, il ajoute que les plaisirs du conquérast macédonien furent toujours licites et naturels.
On dit que, sous le <gne ie Néron, un tremblement de terre découvrit le tomsear: : ": Crétois Dictys, compagnon d’Ideménée au siége de Troie, et qu’on y trouva le récit de la fameuse guerre, écrit par lui, en caractères phéniciens, sur des feuilles de palmier. L'ouvrage pseudonyme, résultat de cette imposture, nous est resté, traduit en latin , dans le cours du troisième siècle, par Quintus Septimius.
On mentionne de cette époque d’autres historiens : Lucius Fénestella (mais letraité Des magistrats romains qu’on lui attribue, est du Florentin André-Dominique Floceus), M. Servilius et Fabius Rusticus, ce dernier contemporain de Néron et admirateur de Sénèque, sont cités souvent par Tacite; une femme grecque, nommée Pamphilia, composa, sous Néron , une histoire universelle en trente-trois livres ; Suétonius Paulinus, lun des meilleurs généraux de Néron, raconta son expédition au delà de l’Atlas en l’an 41, et Pline le cite fréquemment, comme à s'appuie aussi, pour ce qui concerne l'Orient, du témoignage de Mucianus Licinius, qui compila un recueil des discours, des actes et des lettres des anciens Romains; ce dernier portait sur lui une mouche vivante, comme
(1) Luna deficere cum aut terram subiret, œut sole premeretur. KV, #9. Le Clerc à démontré ces erreurs dans son Ars erética.
présel certai Vespa cuteu quenci précé( écriva succes l'adm duren qui pc Les catius ou pe qu’hi voluti des e se vêt romai de sty
préservatif pour la vue (1). Julius Sécundus raconta la vie d’un certain Julianus Asiaticus; Vipsanius Messala , la guerre entre Vespasien et Vitellius; ces deux derniers figurent comme interlocuteurs dans le dialogue de Tacite: Swr la corruption de l’éloquence. Cluvius retraça le règne de Néru: « les guerres civiles qui précédèrent celui de Vespasien, Les ouvrages de ces différents écrivains sont perdus, mais ils servirent de base à ceux de leurs successeurs ; néanmoins , comme ils vivaient dans un temps où l'administration était renfermée dans le mystère du palais, ils durent s’en tenir aux bruits publics, et passer sous silence tout ce qui pouvait déplaire aux tyrans,
Les auteurs de l’Histoire Auguste, Spartien, Lampride, Vulcatius, Capitolinus, Pollion, Vopisceus, écrivirent sous Dioclétien, ou peu après. Biographes formés sur le modèle de Suétone, plutôt qu'historiens, ils nous font connaître bien moins les grandes révolutions qui s’accompussaient alors que les vices er les vertus des empereurs, leur éducation, leur manière de se nourrir et de se vêtir. On dirait que la confusion toujours croissante de l’empire romain passa dans leurs récits, non moins dépourvus d'ordre que de style (2).
(1) Tacrs, Orat., 37. — PLINE, XX VII, 2.
(2) Catalogue des Vies écrites par les auteurs de l'Histoire Auguste :
Princes. Auteurs présumés.
Adrien. ..... sossssssessresesosess.s.. Spartien. Antonin le Pieux........,..,......,... Capitolin.
Élius Vérus...... sed is ss drives Spartien, Capitolin. Ml... ss urcscoecescrresses Avidius Cassins.......,.....,.,... .…… Vulcatius Gallicanus. Commode........... sossssssossssse. Lampride. Pertinax.............. vessssssssoss... Capitolin. Didius Julianus...........,...,....., :
Septime Sévère..... EPCNAEERRERRER ... } Spartien. Pescennius Niger..... se. conso Claudius Albinus.............,,... .... Capitolin. Caracalla. ...,....,......,...., soirs L Géla...... Soda esse —.
Magrin...........éssossessessessseses Capitolin. Diadumène.... ..........:..., sagesse) Héliogabale....,..,..,.......,.... …. } Lampride Alexandre Sévère........,..,...,,. ….
Les deux Maximin.....,,.......,.....)
Les trois Gordien...,.., ssssesssescese Maxime et Balbin.......,......
Capitolin.
368 SIXIÈME ÉPOOUE.
Peut-être le seul Vopiscus fut/l témôîi ocüläire de cé qu’il daconte; les autres n’écrivent giié sur des traditions ‘incerthines!, ou empruntent ‘aux aûteurs precedents, en changeant de 'Stylé'et de vues, selon les sources où ils puisent; mais’, dépourvus qu'ils sont de jugement; après avoir copié un auteür, il$ passent à ‘un autre et'entirent les mêmes faits, san s’apercevoir de la répétition, qui parfois même est triple: Quelle confiance peuvént-ils inspirer ?
Ils sont pourtant les seuls dont nous ténions uñ grand'nombre de faits et de détails de mœurs durant les cent s0ixantésdixchuit ans qu ’embrassent leu?s trente-quatre biographies , qui paraissent avoir été choïsies parmi boaueoup" d'antres par” un brin au temps de Constantin.
Le Juif Josèphe, dans sa Vie écrite par iétnérié, nous ap rend qu’il est né la première année du règne de Caligula , et qu’il déscend par sa mère des Machabées, et d’une famillé sacerdotale par son père. Tout jeune encore, il discutait avec les doëteurs qui venaient le consulter, pleins de-foï en'sa science." Tl'étüdia les trois sectes qui partageaient son-pays';'et, afin de connaîtréicélle des esséniens , il demeura trois années dans le désert avec Barnün, qui vivait dans une grande austérité, se nourrissant dé ce qué lui fournisse * la terre, et faisant jusqu’à trois ablutions par jour pour se conserver pur. Revenu à Jérusalem , ii prit parti pour les pharisiens, -t se donna aux affaires; puis, quand ses concitoyéns voulurent déclarer la gu: "+ aux: Romains, il s’efforça vainement de les en détourner. Loin de rester oisif au milieu des querelles intestines qui déchiraient 561 pays, il commanda'un corps de troupes dans les guerres qui amenèrent la soumission de la Judée. Fait prisonnier à Jotapath ;'il prédit l'empire à Vespasien ,.ce qui lui valut la liberté, etprit, selon l'usage des affranchis, le surnom de Fiavius. Il accompagna Titus au siége de Jérusatein ; et revint avec jui à Rome, où il finit ses jours.
Les deux valéiies er dc cefiaict Ù
Les deux Gallien, doses see ne bosses Trébellius Pollion. Les trente tyrans.. ..,.,....,.4.0. si
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Il a écrit en vingt livres les Antiquités judaïques, depuis la création du monde jusqu’à la douzième année du règne de Néron, non pour l’usage des Hébreux, mais pour faire connaître aux Grecs et aux Romains sa nation , trop méprisée d’eux ; c'est pourquoi il omet tout ce qu’ils auraient pu regarder comme entaché de superstition , ayant toujours soin de montrer son peuple par le côté où il pouvait plaire aux dominateurs. Les livres sacrés ne sont guère pour lui que des documents ; il en altère la noble et pathétique simplicité en reproduisant leurs récits, mu \vé ou défigurés; néanmoins il comble une lacune de que dans l’histoire des Hébreux , et fournit certains détail:
Lorsqu'il entreprend ensuite de raconter en sep Guerres des Juifs, où il fut témoin et acteur, il laisse vou tion d’être agréable aux vainqueurs. « La guerre qui a éclate « les Juifs et les Romains, dit-il, est la plus fameuse non-seule- « ment parmi celles de notre époque, mais peut-être de toutes « les guerres connues de cités à cités, de nations à nations; ce- « pendant, comme les individus qui n’y ont pas assisté, s’'ap- « puyant sur des relations fautives et en désaccord, les racontent « en gens abusés, et que ceux qui ont été témoins des faits, soit « pour flatter les Romains ou par haine contre les Juifs, dé- « guisent la vérité, et font de leurs écrits tantôt une accusation, « tantôt un panégyrique , jamais une histoire exacte : moi, Jo- « sèphe, fils de Mathias, de race juive, né à Jérusalem , de con- « dition sacerdotale , ayant fait la guerre en personne contre les « Romains, et assisté aux derniers événements, je me suis pro- « posé de traduire en grec l’histoire que j’ai écrite dans l’idiome « paternel pour les étrangers des provinces supérieures. Il m’a
« paru convenable que la vérité ne füt pas méconnue sur des « affaires d’une telle importance ; or, tandis que les Parthes, les « Babyloniens , les Arabes les plus reculés , notre nation au deià « de l’Euphrate , etles Adiabènes, savent, grâce à ma sollicitude, comment la guerre commença, au milieu de quels accidents « elle se poursuivit et quel en fut le résultat final , j’ai voulu que « ceux des Grecs et des Romains qui n’ont pas pris part aux évé- « nements ne restassent pas dans les ténèbres à ce sujet, en ne « lisant que des adulations ou des mensonges. »
Il traduisit donc en grec son ouvrage, écrit en hébreu moderne , pour le présenter à Vespasien, et Titus en fit faire une traduction en latin ; c’est ainsi qu’il passa dans les deux langues littéraires du temps. Le roi Agrippa en fut satisfait (1) ; on éleva à Josèphe une
yves
CS
(1) Josèphe rapporte, dans sa Vie, c. XXXII, ces deux billets d’Agrippa : UT, UNIV, — T, V. 24
Philon.
30 av. J.-C,
Héren. Philon.
26 ap. J.-C.
Arrlen.
106 ap. J.-C.
, Applen-
statue à Rome, et les premiers. écrivains.chrétiens,. le: portèrent aux nues, bien qu’une critique sincèra puisse signaler dans,ses livres, une foule d’isexactitudes, Connaissant à fond les sectes de son pays, il offre le spectacle instructif de leurs dissensions au moment où la patrie périssait, Nous avons aussi de lui deux livres contre Apion, qui, dans son Histoire d'Égypte, avait maltraité les Juifs; enfin un discours en l’honneur des sept Fartyre Machabées.
Philon d’Alexandrie, qui était Juif aussi, écrivit la sciaiion de son ambassade près de Caligula ; il composa en outre, sous le titre de Vertus de Caligula, cinq livres sur les maux que ce fou furieux fit souffrir aux Juifs, Nous aurons à parler ailleurs des opinions philosophiques de Philon,
Hérennius Philon retraça l’histoire de la Phénicie, sa patrie, et mit en grec l’ouvrage de anchoniaton,
Arrien de Nicomédie, disciple d’Épictète, servit dans les armées romaines et parvint jusqu’au consulat. Il avait écrit l’histoire des Parthes et des Bithyniens , qui malheureusement a péri ; mais il nous reste de lui sa vie, quatre des huit livres des entretiens familiers d’Épictète et douze des discours de ce philosophe. Nous avons en outre d’Arrien le récit de l'expédition d'Alexandre, et c’estle meilleur document qui nous soit parvenu sur ce grand roi ; il s’est appuyé, pour l'écrire, sur Aristobule et Ptolémée, compagnons du conquérant ; enfin il composa un autre livre concernant les Indes. 11 imite servilement le style de Xénophon , en disant qu'il le fait pour obéir à l'inspiration divine. Il est donc concis, sans spontanéité, et n’est pourtant ni obsçeur ni dépourvu de grâces; il se montre, en outre, économe de prodiges et de harangues.
Appien d'Alexandrie avait été saisi d’étonnement en voyant des nations nouvelles qui venaient s’offrir vainement à Rome , désireuse désormais de conserver et non plus d’acquérir. Mais, sil renferme en quelque sorte son esprit dans les bornes de l'unité romaine, il étend son attention au delà; toutes les fois qu’un peuple, pour son malheur, se trouve aux prises avec les Romains, il s'arrête à l’étudier, à exposer ses vicissitudes , avec l'intention de
« J'ai lu ton livre avec grand plaisir, et il me semble que tu l'as fait avec plus d’exactitude que tout autre ayant écrit sur ces choses, Fais-moi avoi: ceux qui suivent, »— « Il paraît, d’après ce que tu as écrit, que tu n'as besoin d’aucune information pour nous enseigner à tous ce qui est arrivé dès le commencement ; cependant, si tu viens me trouver, je te révèlerai, moi aussi, beaucoup de choses que l’on ne sait pas. »
rendre de l'importance aux nations dont Tite-Live etles autresécrivains latins nè prononcent le nom que lorsqu'elles fournissent à Rome Poccasion d’un nouveau triomphe. Il‘ nous reste de lui les guerres puniques, celles de Mithridate et de l’Illyrie, cinq livres de la guerré civile , et quelques fragments des guerres contre les Celtes ; c’est un monuinent précieux. Appien connaissait l’art militaire, et il raconte de ce ton simple qui sied à la vérité; on lui reproche pourtant de s'être approprié les opinions et jusqu'aux expressions dès auteurs qu’il a mis à contribution.
Bien qué Pausanias, dans son Voyage en Grèce ; arrête principalement son attention sur les édifices publics et sur les monuments d'art , il est d’un grand secours pour l'intelligence des anciens temps, attendu que , non content de décrire ces monuments, il en étudie l’histoire, discute, éclaircit les faits et les fables. Si parfois il observe et recueille avec la rapidité d’un voyageur, dans d’autres moments il examine et pèse avec soin. S’il avait pu prévoir l’orage qui planait sur le monde, il ne se serait pas contenté de rapides indications , plus propres à exciter notre curiosité qu’à la satisfaire. Son style haché, et d’une concision affectée, imite pénibiement celui d'Hérodote. Natif de Césarée en Cappadoce , il visita la Grèce , la Macédoine, l’Asie, l'Égypte, jusqu’au temple de Jupiter Ammon ; il paraît qu’il se fixa à Rome sous les Antonins,.
Hérodien , qui a écrit en grec , nous a laissé huit livres sur l’histoire des empereurs, depuis la mort de Marc-Aurèle jusqu’à celle de Maxime et de Balbin; il déclare n’avoir rapporté rien dont il n’ait été témoin oculaire. Il ne s’occupe ni de chronologie ni de géographie; mais il choisit avec discernement et raconte avec brièveté les faits les plus propres à faire connaître une époque malheureuse, où la politique ne pouvait qu’obéir aux circonstances , et où la patience des Romains encourageait lus excès audacieux de leurs maîtres.
Un auteur plus important est Cassius Coccéius Dion, de Nicée en Bithynie , qui, élevé aux plus hautes dignités par Commode et ses successeurs, écrivit en huit décades l'histoire de Rome, depuis Énée jusqu'à Alexandre Sévère. Cette tâche lui avait été imposée par un songe , et il avait tant de foi aux rêves qu’il y consacra un ouvrage spécial, Il mit dix ans à rassembler ces matériaux, et en employa douze à écrire son récit, très-détaillé jusqu’à la mort d'Héliogabale , mais qui n’offre ensuite qu’un sommaire, Exact dans les choses qu’il a vues lui-même, il est , pour le reste, sans caractère propre , compilant plus qu’il ne médite ;
Pausanias,
Hérodien,
Dion,
Diogène Laërce,
Philostrate,
Plutarque,
il reste bien loin de Thucydide, qu'il se propose pour, modèle , dans les pensées comme dans la manière d'écrire. Claïr, maïs Mcorrect et rempli de parenthèses , il sème son récit de prodiges et de songes. Il vous dit que. le soleil se montra tantôt plus grand, tantôt plus petit que de coutume, avant la journée de, Philippes (4). Vespasien guérit un aveugle avec sa salive; un phénix parait en Égypte, l’an 780 de Rome (2). I. maltraïte Cicéron, “Brutus,. Cassius , Sénèque et d’autres personnages ‘illustres , parce qu'ils sont républicains: ; presque seul parmi les anciens, il prend le parti de César et d'Antoine, et ne cesse de souténir la légitimité du gouvernement impérial, Comme il avait. été investi de, hautes fonctions; il rend compte avec soin de l’ordre des comices , de l'institution des magistrats et des modifications subies par le droit public; il est donc extrêmement à regretter qu'une si grande partie de son. Qrrage: ait Péri, ainsi que son Histoire des. Perses ét des Gètes.
L’épicurien Diogène Laëreë véeut sous Antonin; j6e8 ÿ: Vies: des Philosophes, bien que faites à la hâte et altérées 'en beautoup d’endroits, nous. ont conservé le OPADIANS d'un An. nombre d'écoles.
L’Athénien Philostrate écrivit la vie d'Apollonius de Tyane, quatre livres sur les tableaux qui ornäient le portique de Naples, les Viés des sophistes , un traité des héros et quelques lettres famnilières.
Plutarque , le plus répandu des écrivains de Pantiqnité; naquit cinquante ans après J.-C., et fut peut-être ‘tüteur d’Adrien. On lui doit les Vies des Hommes illustres, . : : place toujours en regard un Grec et un ‘Romain ; il nous apprend: qu’il. écrivait. à Chéronée, sa patrie, petite ville san ressources pour l'étude , et pourtant il ne l’abandonna point. Quelle i immense bibliothèque ne devait-il pas avoir !
Son érudition n’est pas, en effet, le résultat d’une étude qui lui aurait assimilé les connaissances puisées dans une foule d’auteurs; car il ne fait que les citer continuellement , et conduire le lecteur d’assertions en assertions , qui souvent se contredisent sans qu’il prenne la peine de résoudre la difficulté (3). I1 s'appuie aussi sur les monuments et les actes publics, mais souvent à faux, attendu qu’il ignorait les langues étrangères et même le latin, quoiqu’il eût habité Rome, IL sentait bien qu’il lui eût été agréable et
(1) Liv. XLVIT.— (2) Liv. LVITI, (3) 1 cite deux cent cinquante auteurs, dont quatre-vingts sont perdus.
bruit
on rs a ét l'orc!
Arch
‘fugié
Dém
HISTORIENS. 273 utile de lPapprendre , mais les difficultés de cet idiomé auraient demandé plus de loisir et de jéunesse ; de à, des méprises grossières : pour ne rien dire de ses erreurs partielles, son habitude de ne pas placer les événements dans l’ordre chronologique ‘produit, uhe confusion qui $’augménte encore par des allusions fréquentes et obscures ét par des digressions mordlés (1) qui révèlent l'absence d’une pensée arrêtée et féconde. | Re
(1) Prenons seulement ja Vie de Démosthène. — « Dans ce temps un funeste destin, à ce qu'il paralt, conduisant, dans la révolution dés choses, la Nbèrté de la Grèce d'éd fin, #’6pposà à/ce que faisait Démosthène, et fit apparaitre beaucoup'dé signes annonçant d'avenir. La Pythie aussi proférait de terribles oracles, et loi répétait en outre cet ancien oracle, etc. » , taju suit
4.4 On dit.que le Thermodon est un petit ruisseau qui se trouve près de notre ville de Chéronée, lequel.se jette dans le Céphisé. Nous ne sachions pas qu’il se trouve là’ à présent aùcun'cobrs d’eau ‘appelé ainsi; mais noûs pensons que celui qui s’appelle Émon à cette heure est précisément le Thermodon d'alors; il coule-près du temple d’Hercule, où campaient les Grecs, et l’on conjecture que, s’étant rempli. de sang et de cadavres durant la bataille, il au depuis lors changé de nom. Dictys assure que le Thermodon n’était pr; un fleuve, mais qu'en dressant une ténte et en éreusant alentour, quelques-utis trouvèrént une petite statue de pierre avec certains caractères indiquant qu’elle représentait Thermodon; qui portait dans ses bras uné amazone. blessée ; il raconte qu'il y avait, à cette occasion un autre oracle disant, etc... Il est difficile dès Jors de déterminer ce qu'il en est; mais on dit que Démosthène, etc. » :
‘— « Dans le no: .bre était Archias, qui fut ensuite nommé Phygadothéras. Le bruit court que, Thurien d’origine , il avait autrefois représenté des tragédies ; on raconte aussi que ce Paulus d'Égine, qui surpassa tous les autres acteurs, a été son disciple. Mais Hermippe compte cet Archias parmi les disciples de l'orateur Dacrite,, et Démétrius dit qu’il fréquenta l'école d’Anaximène. Cet Archias donc entratna lors du temple d'Ajax, dans Égine, où ils s'étaient ré-
‘fugiés, l’orateur Hypéride, Aristonique de Marathon, et Himérée, frère de
Démétrius de Phalère; et les envoya à Antipater, dans la ville de Cléone, où ils furent tués; on dit aussi qu'Hypéride eut la langue coupée. Apprenant ensuite que Démosthène se tenait en suppliant à Calaurie, dans le temple de Neptune, il passa dans une barque avec des satellites thraces, et chercha à lui persuader de quitter cé lieu pour se rendre avec lui près d’Antipater, comme s'il ne devait attendre aucun mauvais traitement; mais Démosthène avait fait par hasard un songe bizarre durant la nuit. Eneffet , il lui avait semblé lutter avec Archias dans la représentation d’une tragédie!, et, bien qu'il réussit heureusement et à la satisfaction de l'assemblée, il se trouvait surpassé quant anx ornements et à la Magnificence. C’est pourquoi, Archias Jui ayant dit maintes paroles pleines d'humanité, illeva:les yeux sur lui, et, restant assis comme il se trouvait, il lui dit: 0 Archias, lu n'as pu m'ébranler dans la représentation ; tu ne m'ébranieras pas à cette heure par tes promesses. »
— « Ariston raconte que Démosthène prit du poison. Un certain Pappus, dont l'histoire fut écrite par Hermippus, assure qu'après qu’il fut tombé près de l'autel, on trouva sur une tablette le commencement d’une lettre qu’il écrivait : Démosthène à Antipater, sans qu'il y eût autre chose. {l ajoute qu’une mort aussi subite ayant causé de l’étonnement, les Thraces, qui étaient aux portes,
Riche de bon sens vulgaire, mais dépourvu du sentiment du passé , le siècle, la patrie, la condition, ne lui font mettre aucune différence entre ces héros, qu’il peint tous des mêmes couleurs, et qui sont d’une vertu merveilleuse ou d’une méchanceté infernale , sans ces nuances et ce mélange de bien et de mal qui offrent la véritable physionomie d’un homme. Plutarque ne voit que l’homme dont il parle actuellement , sans souci de se contredire dans la vie d’un autre; il le suit partout, dans les camps, sur le trône, dans sa maison, au milieu des affaires , ramassant toutes les anecdotes, sans choix ni discrétion: de telle sorte que les érudits discutent sur le point de savoir si son ouvrage dbitêtre rangé parmi les histoires ou parmiles romans historiques. Ilest pourtant bien loin de nous représenter les personnages sous toutes leurs faces; il peint César et Pompée bien différents de ce qu’ils sont dans l’histoire ; il raconte les songes, les bons mots de Cicéron, non sa vie publique, et il n’a pas même lu ses harangues. Entièrement dépourvu d'intelligence politique, il devient plus que médiocre, pour peu qu'il porte son regard au delà de la vie de son héros.
Dans ses parallèles, plus ingénieux que solides, il est bien loin de la grandeur, de l’habileté, de la profondeur de Tacite; s’arrétant à des ressemblances superficielles, il penche en faveur des Grecs, afin de démontrer qu’ils ne furent pas toujours aussi avilis que de son temps. Animé des passions de ses contemporains ou de celles des auteurs chez lesquels il puisait , il n’est pas toujours bon juge de la vertu ; c’est ainsi qu’il présente comme de l’héroïsme l'oubli des sentiments naturels, en portant aux nues Timoléon et Brutus , Pun tuant son frère, l’autre ses fils , et qu’il exalte comme un mérite chez Caton ce que tout honnête homme doit abhorrer,
Éclectique dans ses pensées, il l’est aussi dans son style, moitié
racontèrent qu'il avait tiré quelque chose d’un linge, et que, l'ayant pris dans sa main, il l’avait approché de sa bouche. Ce fut alors qu’il avala le poison, quand ceux-ci pensaient qu'il avalait de l'or. Une femme à son service, interrogée par Archias, répondit qu'il y avait déjà longt:mps que Démosthène portait ce linge attaché sur lui, comme un amulette. Ératosthène dit que Démosthène avait du poison dans un anneau ereax, et qu'il portait cet anneau autour de son bras. Il n'est pas besoin de mentionner ici les diverses opinions des autres auteurs qui ont écrit sur ce qui le concerne; seulement je ne dois pas taire que Démocrate, qui était dans l'intimité de Démosthène, croyait qu'il mourut ainsi subitement et sans douleur, non par un poison qu'il aurait pris, mais par un bienfait et une providence des dieux , qui voulurent l’arracher à la cruauté des Macédoniens. » il est inutile de multiplier les exemples; on en trouve à chaque pas.
grec ; moitié latin, verbeux: et embarrassé ; il a la prétention de reproduire tous les styles; et pourtant il ne peut atteindre ni à Pénergie dorique ; ni à élégance attique, ni à la fluidité et l’harmonise ioniques, Homme sincère cependant, Plutarque se concilie ses lecteurs, en leur persuadant qu’il pense réellement ce qu’il
leur dit et ne cherche pas: à les tromper. Il ne prétend pas à l’autorité doctorale ; la simplicité même de ses réflexions , qui ne sont pas, comme celles de Tacite, gros:es de pensées ; mais conformes au bon:sens général, séduit les lecteurs ; satisfaits de voir que l'historien leur suggère ce qui s'était déjà présenté à leur esprit. Ge: qui rend encore sa lecture attrayante, c’est la grandeur des hommes qu’il peint ; en effet, comme le comportait la constitution de la société antique, ils jouent un rôle dans toutes les parties de la vie politique, et se font admirer par l'imagination , même quand la raison les réprouve.
Plutarque composa beaucoup d’autres ouvrages ; de ce nombre sont les Questions romaines, qui traitent de l’origine de certains usages chez ce peuple , et dans lesquelles il examine pourquoi, lors d’un mariage , on dit à la nouvelle épouse de toucher l’eau et le feu, et par quel motif ozallume cinq flambeaux, ni plus ni moins ; pourquoi les voyageurs qu’on a crus morts ne doivent pas, à leur retour dans leur maison, y entrer par la porte , mais descendre dutoit; pourquoi on se couvre la tête pour adorer les dieux ; pourquoi l’annéecommenceenjanvier; pourquoi les trois parties du mois n’ont pas le même nombre de jours ; pourquoi Fon ne se met pas en voyage le jour des calendes, des nones et des ides ; pourquoi les femmes baisent les parents sur la bouche ; pourquoi les donations sont prohibées entre mariet femme. Si les réponses sont souvent niaises ; elles fournissent, parfois de précieux éclaircissements sur les mœurs, Il se livra à des recherches pareilles sur les Grecs, dans ses Questions helléniques , en s'occupant de pénétrer au fond des choses les plus étranges, rapportées dans leur histoire ; par exemple, il s’enquiert de la cause pour laquelle, lors de la solennité des Thesmophories, les femmes érétriennes font dessécher les viandes au soleil , au lieu de les rôtir au feu ; d’où viennent les différents proverbes, et ainsi de suite. Il met aussi en parallèle des événements grecs avec des événements romains , afin de prouver que les premiers sont réputés fabuleux à tort, puisque l’on trouve leurs analogues dans l’histoire véritable : tâche immense et qui fut mal remplie. Son traité de la Fortune des Romains et de celle d'Alexandre, dans lequel il entreprend de démontrer que les uns durent tout à la fortune, et l’autre à son propre mérite, est un
ouvrage de.sophiste; il accuse aussi: la sa/ignité d'Hérodote, plus.
par-amout de la patrie que: par zèle pour la-vérité... ui
sPlutarque; à l’en-croire, était très-indulgent: aveo les esclaves ;.
après s’être-plusieurs fois: courroucé: contre eux , ik: finit par :se convaincre qu'il valait mieux.les gâter parla bonté que:se per-
vertir soi-niême par la colère; en voulant les corriger. IL étend:sa :
pitié jusqu'aux animaux, disant qu’il n’aurait pour rien au monde véndu le bœuf vieilli à son service;: cependant Aulu-Gelle raconte qu’un:esclave: qu’il faisait battre lui reprocha ; au milieu, de.ses gémissements, cet acte de colère, d'autant moins excusable de sa part, qu’il réprouvait la colère dans ses écrits ; mais le philosophe
aurait répondu d’un ton calme : Eh quoi ! ai-je donc: de visage :
enflammé? M'est-il échappé quelque parole dont j'aie: à rougir ? Voilà: les: signes. de la colère que-j'ai blâmée: chez les sages. L’exécuteur: ayant fait tréve aux coups durant ce colloque :,Conlinue:ton office, aurait-il ajouté , fandis sue nous. discutons tous les deux. :; AITE g'atoiqhh en Reviendrons-nous sur les nbétitions dont sbondodt d'une manière si fâcheuse ses récits? Cet écrivain, que l’on qualifie de
judicieux, croit à l’horoscope de Pyrrhus, aux songes de Sylla, .
aux corbeaux qué le bruit des applaudissements fait tomber, à des têtes de bœufs sacrifiés qui : sortent la langue et lèchent leur pro-
pre sang. Vous attendez qu’il explique les causes d’un: grand évé-
nement, et il.se met à vous parler ou: de serpents faisant leur nid
dans -une couche nuptiale,; ou d'oiseaux au vol sinistre, ou de:
présages funestes , et tout cela: avec une naïveté, une bonhomie qui montre cn: mbien l’homme:tombe dans la petitesse quand de
fausses croyances tiennent lieu de religion. Plutarque: a dans ses :
dieux une foi sincère ; comme si aucune parole n’eût encore menacé leurs autels. Un différend s'étant élevé entre lui et les parents de sa femme peu après leur mariage , celle-ci, dans la crainte que le contre-coup ne s’en fit sentir dans leur intérieur, invita: son mari à monter avec elle sur l’Hélicon, pour faire ‘un sacrifice à l'Amour ; le pèlerinage ne fut pas vain, et leur tendresse en devint plus vive. Il fut longtemps prêtre d’Apollon Pythien, et il'se fit initier à la confrérie mystique de Bacchus. Jamais, dans ses nombreux ouvrages de morale, il ne lui‘arrive de dire un mot des chrétiens ; on pourrait donc, à défaut de preuves historiques , le croire contemporain de ces anciens philosophes dont il emprunta les meilleures maximes en les appuyant de faits, et en les embellissant parfois de vives images et d'heureuses allégories. Tandis que ces écrivains composaient, d’autres critiquaient
relles privé deux avoir alexs à cor recu
ou/recueillsient , ‘et’ grammairiens et 'philologues acquirent de l’importance dans ce genre de travaux ;' c’est ainsi qu’il fut donné à la médiocrité d’immortaliser le nom de quelques hommes de génie dont, sans elle; lesouvenir'aurait péri. Triste considération !
Un certain Gelle ou‘Aulu-Gèlle (car son nom n’est pas même bien connu}, qui vivait sous Marc-Aurèle, écrivit ses‘ Nuits attiques, compilation de ce qu’il avait oui ou lu de meilleur, et destinée à.ses enfants: Quoique le goût et le discernement éclairé lui manquent dans ile choix, il nous a conservé des renseignements très-importants et des monuments anciens ; semblables à ces musées d’Hérculanum et de Pompéi , pris ‘de fragments tirés ès villes qui n’existent plus.
“be:livre:XX , dans: lequel il fait une digression sur les Douze Tables; est surtout important. Son style, varié selon les auteurs où il-puise ;:1est parfois énergique. et beau ; mais on y sent déjà la transformation de la langue latine et Paffectation de l’archaïsme : signe déplorable de per qui rappelle le vieillard tombant dans l'enfance.
Auluü-Gelle: raconte ques, choisi par les préteurs pour statuer sur de légères contestations entre particuliers, il reçut /la plainte d’un individu affirmant avoir prêté une somme d'argent à un autre: qui le niait, Il n’y avaitni témoins ni écrit; mais le demandeur jouissait d’une excellente réputation, tandis que l’autre était trèsmal famé. Le cas embarrassait Aulu-Gelle ; et ses collègues soutenaient qu’on'ne pouvait condamner sans. preuves. Favorinus lui cita Caton qui, dans une conjoncture semblable, disait qu’on devait tenir compte de la vertu des deux plaideurs ; mais Aulu-Gelle ne sut prendre aucun parti dans une affaire si dif: à son avis.
Athénée, natif de:Naucratis en Égypte, vivait sou. Commode; supposant que vingt et une personnes, tant jurisconsultes que médecins,: poëtes , grammaitiens, sophistes, musiciens, sont réunies chez un certain Laurentius ;, ‘il les fait parler de tout ce qui peut se rapporter aux apprêts d’une fête ; comme mets, vins, vases, jeux, parfums, guirlandes ; ce qui lui fournit occasion de dire une infinité de choses’ sur ia médecine, l’histoire , les sciences naturelles et philosophiques, sur les mœurs et les usages publics et privés des Grecs. Il cite plus de sept cents auteurs, et les titres de deux mille sept cents ouvrages tant en prose qu’en vers; il dit avoir fait des extraits de huit cents comédies et plus, de l’époque alexandrine. Le lecteur a pu voir que nous avons plusieurs fois mis à contribution son Banquet des sages (Aerrvosopioral); bien qu'il recueille sans discernement, ilest vraiment regrettable que cette
Athénée.
Polyen.
Sextus Jullus Africanus.
Phlégon,
Ptolémée Chennus.
Antoninus Libéralis.
compilation se soit perdue, à l’exception d’un extrait des premiers livres, fait à Constantinople, dans des temps bien éloignés de celui où vécut l’auteur.
‘ Les Stratagèmes du Macédonien Polyen, dédiés à Marc-Aurèle et à Vérus, sont sans utilité pour l’art militaire; mais ils nous ont conservé, dansun style orné avec ostentation, beaucoup de renseignements précieux; comme la manie de l’auteur est de voir des ruses en toutes choses , il dénature les faits, et change les Achilles en autant d’'Ulysses.
Sextus Julius Africanus, d'Emmaüs, fit un mélange de choses agréables ou'gracieuses, qu’il intitula Cesti, par allusion au ceste ou ceinture de Vénus.
Phlégon, de Tralles dans la Lydie , affranchi d’Adrien, écrivit en grec une description de la Sicile , des fêtes des Romains, et seize livres des Olympiques et Chroniques, dans lesquels il avait disposé l’histoireuniverselle d’après les années des olympiades, ce qui rendrait cet ouvrage important, malgré l’aridité qu’on lui reproche. Il y consigna, dans la dix-huitième année du règne de Tibère, une éclipse tellement obscure que l’on vit les étoiles à six heures; cette éclipse, accompagnée d’un tremblement de terre, est celle précisément dont font mention les évangélistes. Il reste de lui deux opuscules : Des personnes qui ont vécu longtemps, et : Des choses merveilleuses; il aurait pu dire absurdes. Il décrit un hippocentaure pris en Arabie et apporté dans le musée d’Adrien ; en outre, il raconte avoir vu lui-même, avec plusieurs personnes dignes de foi, une jeune fille apparaître six mois après sa môrt, mangeant et marchant, comme si elle eût été vivante, jusqu’au moment où, ses parents étant accourus pour la reconnaître, elle dit qu’ils mettaient fin par leur présence à sa nouvelle existence, et tomba à leurs pieds.
Élien, qui écrivit en grec sur l'ordonnance des armées, est à distinguer de celui qui nous a laissé les Histoires diverses et le traité de la Nature des animaux ; il nous a conservé dans un recueil, fait sans goût ni critique, beaucoup de fragments d’ouvrages perdus.
On peut joindre à ces auteurs Ptolémée Chennus , qui, sous le règne de Trajan, compila en grec les Nouvelles histoires d'érudition variée, et Antoninus Libéralis, qui écrivit des Métamorphoses au temps des Antonins.
H ne faut pas croire que ces recueilset ces abrégés eussent pour objet de répandre Pinstruction parmi la classe qui en a besoin, car on sait que celle-là n’étudiait point; ils étaient uniquement