COMMODE. J
pour aller à Rome demander la mort du ministre , il le laissa tuer, coupable ou non, avec sa femme, sa sœur et ses trois fils; l’armée connut ainsi la faiblesse du gouvernement,
Pérennis fut remplacé par CI ceandre qui, né dans la Phrygie, avait élé amené esclave à Rome; il appartint d’abord à Marc- Aurèle, puis à Commode, qui lui don avec la liberté, une de ses concubines pour femme, et, comme il n’avait à, redouter ni son habileté ni son courage, il lui accorda un pouvoir sans limites. Cléandre en abusa pour vendre tout, charges, provinces, revenus publics, justice, jusqu’à la vie des innocents; ayant accaparé les blés, il, affama la ville pour s enrichir et se concilier la multitude … par des distributions. Ïl créa patriciens beaucoup d’esclaves qui venaient à peine de quitter la chaîne, et les fit entrer dans le sénat; il élut jusqu’à vingt-cinq consuls dans une année. Mais, un ‘ jour, tandis qu’on célébrait des jeux, une troupe d’enfants, conduits par une grande et forte femme, entrent dans le cirque et poussent des cris terribles contre Cléandre. Le peuple applaudit, court en tumulte au palais suburbain, où était l’empereur, et demande la mort du ministre. La cavalerie charge sur la foule , qui, faisant usage des armes populaires, de tuiles et de pierres, met en fuite les prétoriens. Commode, plongé dans les plus sales débauches, ignorait ce qui se passait; dès qu’il en est instruit, la frayeur le saisit, et il fait jeter aux séditieux la tête de son favori, dont le cadavre est traîné dans les rues avec ceux de sa femme, de ses enfants, de ses amis.
. Commode avait eu encore un autre conseiller de ses crimes dans l’affranchi Antérus de Nicomédie ; quand les prétoriens, soutenus par Cléandre , l’eurent tué, l’empereur s’en vengea en sévissant contre eux avec une grande rigueur. Les préfets du prétoire étaient changés presque chaque jour ; quelques-unsnedurèrent que six heures, et la plupart perdirent la vie avec leurs fonctions. Nonseulement ce prince, aussi..paressenx.. que débauché,.s’en remettait de tous soins à de tels hommes , mais il refusait même de signer les dépêches officielles , et c’est à peine s’il écrivait le vale au bas des lettres adressées à ses amis. Cet infâme osait pourtant se donner, dans ses médailles, le titre d’heureux ; il voulut que son siècle fût appelé Como EN: "Rome colonie commodienne, et le sénat, basserment adulateur, inscrivit sur le lieu de ses assemblées : Maison de Commode. Les noms des mois furent changés en adjectifs à sa louange, et il écrivait au sénat : L'empereur César Lucius Ælius, Aurélius, Commode, Antonin Auguste, Heureux, Lion, Pieux, Sarmatique, Britannique, Germanique, Paci-
ficateur, Invincible, Hercule romain, Père de la patrie, Pontife supréme, Consul pour la septième fois, Imperator pour la huitième, Tribun pour la dix-septième, aux illustres sénateurs commodiens salut.
Poussée par l’ambition, sa sœur Lucilla crut pouvoir faire une révolution en conspirant avec les principaux sénateurs; mais l’assassin, arrêté au moment où il levait le bras en disant : Voilà ce que t'envoient les sénateurs, fut mis à mort avec ses complices. La princesse, exilée à Caprée, y fut immolée à son tour; plus tard, limpératrice Crispina, reléguée dans cette île pour avoir voulu imiter les débauches de son époux, eut le même sort.
Les paroles du sicaire, qui avaitéchoué dans l’exécution , exaspérèrent Commode contre le sénat, Au début de son règne, féroce
par inehaation, non 1, il savait pardonner, et, à l'exemple de son père, il avait jeté au fou les révélations que lui avait remises Manilius, secrétaire de l’usurpateur Avidius Cassius; nsais alors il fit revivre les délateurs et les procès de lèse-majesté, avec leur cortége ordinaire d’innocents livrés ausupplice , frappant surtout ceux dont la vertu contrastait avec la corruption impériale. Nous citerons entre autres les deux frères Quintilius, Maxime et Condien, de la Troade, célèbres pour leur amour fraternel, qui toujours les faisait agir de concert, comme s’ils n’eussent été qu’un seul homme. Ensemble ils gouvernaient les provinces et commandaient les armées ; ensemble ils exercèrent le consulat et les autres fonctions que leur avaient conférées Antonin et Marc-Aurèle : Commode les fit tuer ensemble. Jules-Alexandre d’Émèse tua les soldats envoyés par l’empereur pour lui ôter la vie, et s'enfuit, dans l'intention de se retirer chez les barbares ; mais, entravé dans sa marche par un ami trop lent à le suivre, il lui donna la mort et se frappa ensuite.
-Si du moins Commode avait su employer sa valeur féroce à déendre les frontières! mais, à peine monté sur le trône, il avait cédé aux Quades: tous les forts élevés sur leur territoire , à la condition qu’ils se tiendraient à cinq milles de distance du Danube, rendraient leurs armes, fourniraient des troupes aux Romains, et ne se réuniraient qu’une fois par mois, en présence d’un centurion. Il acheta aussi la paix d’autres Germains, et laissa les Sarrasins (mentionnés ici pour la première fois) remporter des avantages sur l'empire. Un simple soldat, nommé Maternus , s’étant fait le chef d’une troupe de déserteurs, bouleversa l'Espagne et la Gaule ; puis, comme il se vit cerné de toutes parts , il dispersa ses compagnons et vint en Italie, suivi des plus audacieux, dans l'in-
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